‹ Le monde slaveChapitre 25 sur 67 · Lo, concile «le Uoiiic en ISG'.t · texte numérisé non relu

Lo, concile «le Uoiiic en ISG'.t

■2. Dans l'cdilion de ISG'J.

teri'ogez pas les encyclopédies allemandes : elles l'ont oublié; diMiez-vous des reporters du Concile, ils ont fait tour à tour de l'éniinent prélat un Allemand, un Hongrois, un évéquc in parlibiis de Sunium : Mgr Strossmayer n'est pourtant ni Allemand, ni Magyar : il est même généralement assez mal vu des hommes d'État de ces deux nations; je ne doute pas qu'il n'ait lu Platon, et qu'il ne soit des plus familiers avecle miel de l'Attique; mais je puis affirmer que son diocèse est bien à lui et qu'il n'a rien de commun avec la Grèce antique ou moderne.

L'auteur de cette notice a eu tour à tour l'occasion de rencontrer Mgr Strossmayer à Paris, à Agram, à Diakovo ', à Rome; il s'est mis au courant de sa carrière l)ublique. Il a eu l'honneur de pénétrer dans sa vie privée : en diverses circonstances, il a été assez heureux pour signaler les services que Mgr Strossmayer a rendus au christianisme, à la civilisation; il regarde comme un devoir de dire aujourd'hui tout ce qu'il sait et d'éclairer définitivement l'opinion publique sur la vie et le rôle d'un homme qui, avant d'arriver à une notoriété européenne, avait déjà acquis, dans son pays, une renommée et une influence sans égales peut-être dans le monde politique ou religieux.

Joseph-George Strossmayer est né le 4 février 1815, à Essek en Slavonie. Le nom de cette province, généralement désignée sur nos cartes sous le nom impropre d'Esclavonie, indique nettement la race de ses habitants. La Slavonie appartient au royaume Iriunilairc de

1. On écrit généralement Diakovar. C'est la forme officielle en hongrois. Mais, les Hongrois n'habitant pas la Slavonie. nous crovons devoir nous servir île la forme slave : Diakovo.

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Croalie. Dalinalio el Slavonio , doiil la capitale osl Airrain. La langue ([iron y parle esl désignée par les habitants sous le nom de croate (Iirvatski) et eux-mêmes se donnent ce nom. ('."est donc à la nationalité croate (lu'appartient Mgr Strossmayer. Son nom, il est vrai, est de forme germanique, mais il ne donne pas plus aux Allemands le droit de i-éclanuM' l'éminent prélat pour compatriote que le nom de M. Schneider ne les autorise à revendiquer Ihonorable ex-président du Corps législatif.

Le jeune Strossmayer lit ses études au gymnase d'Kssek. Sa famille, peu fortunée, fui bientôt récompensée des sacrilices quelle s'imposait pour lui; dans un temps où l'éducation était on ne peut plus mal organisée en Autriche, où lempereur François avait donné pour mot d'ordre aux jjrofesseurs des gymnases ces paroles tristement célèbres : « Faites-moi non pas des savants, mais des sujets soumis », le futur évèciue de Syrmium se montra, on jx'ut le dire, supérieur aux enseignenieids qu'il recevait. Au sortir du gymnase, il étudia pendant deux ans la philosophie au séminaire de Diakovo : de là, il passa à l'université de Pest, où il prit le titre de docteur en philosophie. On l'envoya ensuite à Vienne, à l'Augustineum, académie religieuse, où il fut nommé docteur en théologie.

Il avait alors vingt-trois ans. Il fut successivement vicaire de Petervardein, et professeur au séminaire de Diakovo; il se présenta pour une chaire de théologie à Pest, mais son ignorance de la langue hongroise le fît échouer. En revanche, son savoir et son éloquence le firent appeler à Vienne, où il reçut, avec le titre de chapelain impérial, les fonctions de directeur de l'Augustineum: iu(Miibre de la Faculté de théologie el des

commissions d'examen, il se fit surtout remarquer par sa profonde connaissance de la langue latine et par la rare élégance avec laquelle il la parlait. Tous ses confrères du Concile en ont été frappés, et j'ai moi-même pu la constater plus d'une fois. Mais le latin ne lui faisait pas oublier l'idiome maternel, le croate; il l'avait toujours cultivé avec ardeur et, loin de sa patrie, il ne négligeait rien de ce qui ])ouvait y développer la littérature et la civilisation nationales.

Professeur à Diakovo, il avait été appelé aux assemblées de la joupa ou province d'Essek, et s'y était énergiquement })rononcé contre les tendances absorbantes et centralisatrices des magyaroni. (On appelle ainsi le parti centralisateur qui veut faire dominer en Hongrie la langue et la suprématie absolue des Magyars.) Cette politique, qui, malheureusement, prévaut encore aujourd'hui à Pest. a toujours provoqué d'énergiques résistances chez les nationalités non hongroises (les Roumains, les Serbes, les Slovaques, les Croates) et a peut-être, plus que l'intei'vention russe, contribué à l'échec de l'insurrection hongroise en 1849.

Jellacic, dans lequel nos publicistes n'ont vu qu'un instrument aveugle de la réaction autrichienne, est considéré en Croatie comme un héros national, comme le sauveur des Slaves menacés dans leur existence même par l'absolutime magyare. Le jeune abbé Strossmayer fut en rapport et avec Jellacic, et avec le ministre croate baron Kulmer, avec le baron Metel Ozegovic et avec les représentants des Tchèques, des Polonais, qui venaient chercher à Vienne des garanties pour leurs nationalités respectives. Son patiùotisme slave contribua à appeler l'attention sur lui. lorsqu'en 1849 l'évèché de Diakovo devint vacant par la rc^traite du prélat qui

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rocriipaif, Mirr Kiikovic Maln^ré sa jeunesso — il n'avait alors (iiic Irenle-quati^' ans. — rablx' Slrossniayer l'ut proposé à la cour de Hoiiie. Il lut noninié par l'cmpereiir le 18 novembre lSi9, préconisé le 20 mai 1850. et sacré à \'ienne le 8 se|)teml»re l8;;o, parle nonce apostolique, depuis canlinal. Mi:v \'iale Prela, assisté des évéques de Varad et d'ÔIinutz.

Cet évèché, dont le siège est à DiaUovo, à quehpies lieues au sud d'Essek (Slavonie). porte à la chancellerie romaine le titre d'cpiscopatits bosncnsis, diacovcnsis et sir- )iiie)isis. II réunit deux anciens diocèses, celui de Bosnie et celui de Syrmie. L'histoire du diocèse de Bosnie est fort incertaine : agité au nujyen âge par les hérésies des Bogomiles et des Patarins, il ressortissait primitivement à l'archevêché de Salone. Audc'-lMil du xiir siècle la métropole fut transportée à Diakovo.

Ce n'est qu'à partir de cette époque qu'on peut déterminer le siège et la série des évèques.

Quant au diocèse de Syrmium, suivant la tradition ecclésiastique, il avait eu pour premier évèque Andronique. disciple de saint Paul; promu par Constantin au rang de métropole, il avait disparu au milieu des invasions des Avares et l'ut restauré au ix" siècle pour Méthode, le grand apôtre des Slaves. En 1773, une bulle de Clément XIN' réunit les deux évéchés : le diocèse actuel de Bosnie et de Syrmie est sulTragant de l'archevêché d'Agram, c'est l'un des plus vastes de l'Europe : il comprend la Slavonie. la Bosnie turque; l'évêque est en outre administrateur apostolique des évèchés de lîelgrade et de Smederevo (Scmcndria), dans la principauté de Serbie. De grands revenus sont attachés à ce diocèse ; le prédécesseur de Mgr Strossmayer avait laissé le désordre s'introduire dans la gestion des proi)riétés

diocésaines; les tristes événements de 48 avaient encore compromis leur prospérité.

L'un des premiers soins de Mgr Strossniayer lut de rétablir le l)on ordre dans ses domaines ; bien résolu à user de toute son inlluence et de sa fortune dans Tintérèt de son peuple, d ne s'est jamais regardé que comme l'administrateur du bien de tous : l'impulsion qu'il donna alors à l'économie rurale en Slavonie a vivement contribué à développer la richesse de ce pays si longtemps négligé. Les années qui suivirent en Autriche la réaction de 1850 fermaient toute carrière à l'activité politique de l'éminent prélat : mais le despotisme viennois ne pouvait l'empêcher d'ouvrir des écoles, de fonder des sociétés savantes, de publier des livres. Depuis longtemps Agram était le centre fécond d'un grand mouvement littéraire; par tous les moyens possibles, Mgr Strossmayer propagea ce mouvement dans la Slavonie jusqu'alors si négligée.

Dans la petite ville de Diakovo il fonda, à ses frais, un petit séminaire, une école de garçons et une école de fdles. Grâce à sa bienfaisante impulsion, les trentehuit paroisses qui composent son diocèse civil ont soi.xante et onze écoles pour les deux sexes, et sur huit mille trois cent quatre-vingt-sept enfants, sept mille neuf cent dix-huit y reçoivent l'instruction élémentaire. 11 y a certainement en France tel département où le Gouvernement n'est jjoint arrivé à de si beaux résultats.

Je ne passerai pas en revue toutes les fondations de Mgr Strossmayer. Je me contente de signaler les plus importantes : la Bosnie soumise à la Turquie n'a i)oint de séminaires catholiques : jusqu'en 1857 les jeunes Bosniaques étaient ()t)ligés d'aller étudier en Italie et,

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le plus souvent, ils revenaient après avoir oul)lir' la langue et l'esprit national.

Krappé du danger que cette ignorancr faisait <(iuiir à la rcliirion. Mgr Strossmayer qui. en recevant l'anneau pasloral. avait pris pour devise : Sve za vicvu i za iloinoviiiu : « Tout pour la loi ri la patrie », a consacre cent mille francs environ à la fondation d'un séminaire liosniaque où trente jeunes gfus viennent cliacjue année recevoir rédu<-;ilion dans leur langue nationale. Mgr Strossmayer. qui prévoit et qui espère depuis longtenqis raffraneliissement des Slaves turcs, veut qu'au jour dr la lii)erté ils aient acquis la plus grande somme i)0ssible de civilisation. 11 fait également élever à Agiam de jeunes Bulgares muâtes. C'est à lui qu'on doit encore la restauration du chapitre slave de Rome, siégeant près l'église San Girolamo dejH Schiavoni: c'est grâce à sa libéralité que le savant chanoine Raczki, d'Agram. a pu entreprendre en Italie des voyages qui lui ont permis de publier ses beaux travau.x historiques. Dans le même temps, une somme de vingt-cinq mille lloi'ins était consacrée à améliorer la situation îles ecclésiastiques du diocèse de Syrmie.

Une légitime po[)ularité devait être la réconq)ense de cette libéralité chrétienne et patriotique. Le nom de Mgr Strossmayer n'était prononcé qu'avec respect, et les orthodoxes mêmes le vénèrent comme le premier l'ds de la nation slave (prvi sin naroda). Aussi quand, après la guerre de 1859, il s'agit de chercher pour l'Autriche des conditions nouvelles d'existence, l'empereur appela-t-il Mgr Strossmayer au Reichsrath pleinier qui devait les déterminer. Là, tout d'abord, le prélat prit place dans les rangs des fédéralistes; il demanda (pi'on i-ecounùt les droits historiques et poli-

tiques des diverses nationalités : « charges égales pour tous, droits égaux pour tous », tel fut laxiome quïl proclama et qui devint la devise de tous les peuples qui l)our8uivaient l'empire, non pas comme les Allemands et les Magyars, la chimère d'une domination inique, mais la simple réalisation du droit. 11 défendit notamment contre les Hongrois l'intégrité du royaume triunitaire menacé par eux; dès ce jour, il devint le chef politique de la nation croate. En novembre 1865, il fut l'àme de la Conférence banale (le ban est le représentant de Tenqjcreur en Croatie) où fut pour la première fois agité le projet de restituer au royaume triunitaire la Dalmatie et la frontière militaire. C'est dans cette conférence que furent aussi posées les bases de l'académie des Slaves méridionaux; Mgr Strossmayer consacra tout d'abord à cette fondation cinquante-huit mille et plus tard vingt mille florins.

Son rôle politique se dessina plus nettement encore à la Diète croate de 1861. Cette Diète avait pour objet de renouer avec la Hongrie les liens constitutionnels et historiques rompus à la suite de 1848. L'empire autrichien cherchait les conditions nouvelles de son existence : c'était à l'histoire du passé qu'il fallait demander les garanties de l'avenir. Nous n'entrerons pas ici dans le détail des débats qui eurent lieu à cette Diète, il suffira de dire que les Croates y revendiquèrent énergiquement leur droit public nié ou restreint par les hommes d'État hongrois. L'évèque de Diakovo fut le leader de cette opposition. Il prononça en cette circonstance un discours qui peut être considéré comme une véritable déclaration de principes. Ce discours expose, d'après les documents historiques, la situation de la Croatie vis-à-vis de la dynastie autrichienne et du

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royaume do Hongrie; une aii:il\sr ilélaillée nous entraînerait trop loin : citons-en cependant quelques passages; ils donneront unr idée de Féloquence de Mgr Strossniayer et des idées qui Tinspirent ; nous traduisons sur le texte croate :

« Je nie serais tu. disait loi-aleur. si je ne nie sentais la force de prendre la parole de ma conscience, par Tamour de ma patrie: cet amour, croyez-le, Dieu m'en est témoin, est ai'dent et sincère; il n'a point en vue la satisfaction d'intérêts personnels, il est prêt à supporter tout mal et toute injustice, s'il peut à ce prix détourner de notre patrie le mal et l'iniquité! »

Puis, rappelant le traite conclu au xii" siècle entre la nation croate et la race des Arpads : « Il me semble que je vois aujourd'hui les tètes blanches de nos aïeux se dresser dans cette enceinte. Pleins d'amour et de tendresse pour nous, de sagesse et de force, pleins de sollicitude pour notre avenir, ils assistent à nos conseils et ils nous disent : La question qui fait aujourd'hui l'objet de vos délibérations, nous l'avons délibérée il y a huit siècles; le traité que nous avons signé avec les l'ois de Hongrie, non pas avec le peuple hongrois, ce traité a été déchiré; libres et indépendants de tout temps, nous avons fait jurer aux rois de Hongrie et à leurs magnats de respecter nos libertés; nous avons eu leur signature pour garantie de leur serment. Voilà l'exemple que vous devez suivre si vous voulez aujourd'hui eidrer en rapport plus intime avec la Hongrie. La nation vous a envoyés ici, non pour affaiblir par un traité fraternel cette antique indépendance, mais pour la raffermir et la restaurer. Nous, vos ancêtres, nous dont vous portez le nom. nous dont vous avez hérité la gloire l't la liberti''. iiuns vous conjurons de ne pas vous

jeter iniprudeniment dans l'étreinte des étrangers. Jadis les Hongrois devaient par leur signature garantir notre liberté et notre indépendance. Vous avez le droit et le devoir de demander d'abord que Ton vous garantisse, sans conditions et formellement, la liberté, Tautonomie, Tintégrité de votre État. Cela est nécessaire pour vous et vos voisins. Il est nécessaire que l'Europe reconnaisse (|ui vous êtes et ce que vous êtes; qu'elle reconnaisse que vous n'êtes pas chez elle un élément étranger. Cela est nécessaire pour vos voisins, car ceux qui respectent et reconnaissent le droit et la liberté d'autrui. ceux-là défendent le mieux leur propre liberté. Cela est nécessaire pour vous et pour les Hongrois: car sans cela il pourrait arriver précisément le contraire de ce que vous cherchez par cet accord. Au lieu de la concorde, de la fraternité, des garanties des libertés, rinimitié, la haine et la ruine de la liberté. »

L'état actuel de la Croatie justifie, pour qui le connaît bien, la prosopopée de l'éloquent orateur.

Plus loin, s'élevant à des considérations plus générales, il s'écriait :

€ L'Autriche ne peut se réorganiser que sur la base d'une complète fédération qui assure à chaque peuple des droits égaux, que les peuples puissent considérer comme la garantie de leur individualité et de leur droit historique. Cette base est la seule qui réponde aux diversités nationales de l'empire, la seule capable de guérir avec le temps les plaies de TÉtat, la seule capable, j'en suis profondément convaincu, de l'arracher au péril qu'il court en ce moment. La centralisation, sous quelque forme qu'elle se déguise, ne saurait aboutir....

« Les Hongrois sont nos alliés naturels: nous sommes

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pirls à riili-ore:i ai'corcl avec eux, mais il nous faut des iifai'anties. (Jomnie Slaves, nous devons avoii- une politi(iue slave, nous devons nous efforcer «le faire accorder à tous les peuples de Tenipire les lil»erl«''s dont n,ous avons toujours joui. C.etle polilicpie nous impose le devoir de résister virilmieiil à toute centralisation, (pfelle vienne des Allemands ou des lloiiirrois. Car la centralisation ne répond nullement aux conditions de lAutriclie ou de la Hongrie: elle ne répond pas à Tesprit du droit, elle ne n'pond pas à Tesprit de l'Évangile: ce n"est jias seulement à la vie privée, mais aussi à la vie piililuiue, cpie s"applii|ii(' h- |(r(''cepte : Xr fuia pas à aulnd ce que tu ne roudniis pus qu'ox te fil à toinuhnc. La centralisation est la domination d'une nation.iliti" sni-une autre: elle n'est donc pas la liberté, mais roi)i»ression. Si la centrali.-^aticm absolutiste impose des chaînes de fer, la centralisation constitutionnelle impose des chaînes d"or; mais cela importe peu aux peuples. Nous. Slaves, nous devons veiller avant tout à ce que Vienne et Pest ne fassent pas alliance contre nous, à ce que l'injustice ne s'accouple pas à l'injustice, le centralisme au centralisme, dans le but d'écraser les Slaves, l'ne seule centralisation produit pour nous de mauvais fruits : que sera-ce quand nous aurons à lutter coidre deux? Ola n'est que trop possible.... Messieurs, le sang et la sueur de la nation sont ses plus chers intérêts, surtout quand le sang est à ilrmi é'puisé et la sueur à demi tarie. »

Il est impossible d'approl'Hiidir Ii- pi-oblème auti'ichieii sans aboi'der. par la même occasion, la question d Oi'ient qui s'y rattache par tant de cotés. L'orateur ne l'oubliait pas.

♦ On a souvent dans cette enceinte, ditil à la fin de

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son discours, parlé de la question dOrient, question que Dieu lui-même a mise h l'ordre du jour en Europe : l'Europe en parle, car cette question est liée à son existence ou à sa ruine; nous en parlons, nous aussi, et comment n'en parlerions-nous pas quand elle nous concerne plus que personne? Il faudrait que nos cœurs lussent de pierre pour n"étre pas émus des gémissements de nos frères qui souffrent sous le joug séculaire des Osmanlis.

« Ils sont les enfants de notre race, le sang de notre sang : chacune de leurs blessures nous fait souffrir.

« ... Deux mots seulement sur cette question : ou la question d'Orient sera résolue dans l'intérêt de la civilisation, du christianisme et de^ la liberté, ou dans l'intérêt d'une puissance que je ne veux pas nommer ici : car son nom est sur les lèvres de tous. Or, la question d'Orient ne peut être résolue au profit de la civilisation, du christianisme et de la liberté que par l'intermédiaire des Slaves du Sud : les fortifier, les éclairer est, au point de vue de la question d'Orient, un intérêt européen, autrichien et hongrois. La Hongrie doit songer, avant tout, qu'elle ne peut réussir dans la question d'Orient que par l'intermédiaire d'une fédération des Slaves méridionaux; sans leur intervention, elle est aussi peu capable de résoudre cette question qu'elle l'eût été, au début du XVI* siècle, de défendre son indépendance sans le secours des guerriers croates.... »

Ce discours résumait le programme des fédéralistes autrichiens. Ce programme est peu du goût de l'empereur François-Joseph et de ses conseillers. Dès lors, Mgr Strossmayer devint un personnage suspect. Il parvint cependant à réaliser l'un des rêves les plus chers de sa vie, la fondation d'une académie slave à Agram

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l'iio somme (TiMiNiroii iiKMKMi rr;iin-s rtMiiiic dans le pays. ri dont plus (lu (piiirt a élr lourni par.Myr Slrossmayoi-. constituail Ir capital primitif de cette Ibinlaliou.

Dès 1861 . les statuts de l'Acad(''mie avaient ('•l('' approuvés par la Diète : « .Mais, si la nat ion comprenait |iarl'ait(> ment ce qui lui était hon. il ne lui pas aussi l'acile au ( iouvernenieni de idnipn'ndre (|iic ce (|iii (•lai! lion pou !■ elle réfait aussi poiu' lui ■■. Ain>i >'e\|irime. dans son l'apport, le secrétaire de rAcadi-mie; il m> fallut pas au (iouveniemenl autrichien, moins de six années pour aujoriseï' trente-deux personnes à se rc'unii'. à seule lin de pulilier des travaux scient iliipi<'^. ('/est juste le temps (piavail mis rAuti'iclie à perdre li-s liatailles de Solférino et lie Sadova et à élaborer trois ('-(uistiUi- I ions.

Tandis cpie IWcadénne slave s'élaborait. IKtat autrichien, ébranlé dans ses fondemeids, cherchait encore une fois le moyen de se ralïerniir. I n étranger, .M. de Renst. était appelé à ^'ielUle i)our sauver l'Empire. Il ne vit qu'une chose : c'est que la Hongrie avait, en IS-iS, jet<- deux cent nulle iioninies sur les chanq)S de bataille, et qu'il fallaii. avant tout, satisfaire la Hongrie, en lui i-endant son roi et sa Constitution. .Mais il était impossible de régler la question hongroise sans déterminer les rappoi'ts de la Hongrie et de la Croatie. Les Croates s'ap|)uyaient sur leur droit histoi-iqne. ainsi qu'on l'a vu dans le -discours que nous avons citi' pins haid : les Magyars, lidèh^s à la malheureuse politique «piils avaient inaugurée en 1848. ne songeaient qn à niei- ce droit au prollt de leur domination.

Mgr Strossmayer n'avait pas disjjaru de la scène politique : il avait joué un rôle important à la Diète de 186(1. Malheureusemeid . nou'-- n"av(nis pas sous les yeux les

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discours qii il y ijioiioiica. Au (Irbut. en ls6G, il lil partie de la Commission qui fut envoyée à Pest pour poser les bases d"un arrangement. En 18G7, la situation était fout autre. Les Hongrois triomphaient; mais, redoutant réloquence et l'influence de Mgr Strossmayer à la Diète, où seraient détlnitivenient discutées les conditions de VAusgleich, du concordat entre Pestli et Agram, ils le firent inviter, par rempereui", à voyager pendant quelque temps. Mgr Strossmayer vint à Paris, mais son absence ne changea rien aux dispositions de la Diète croate. Dans son adresse du 18 mai 1867. la Diète de Croatie déclara nettement qu'elle n'enverrait pas ses députés au couronnement du roi de Hongrie, tant que satisfaction ne lui aurait pas été donnée. Elle fut dissoute, mais la Croatie ne fut pas représentée à la cérémonie du couronnement.

Une nouvelle Diète fut convoquée, puis dissoute encore : enfin, à l'aide de manœuvres honteuses, on parvint à en constituer une qui vota tout ce qu'on exigeait. Inutile de dire que Mgr Strossmayer n"a point siégé dans ce rump-parlutmcnt. Vaincu dans ses idées politiques, il s'est retiré sous sa tente, et. en attendant des jours meilleurs, il continue de consacrer à des reuvres nationales ou littéraires la vaste fortune dont il peut disposer.

L'un des plus beaux jours de sa vie a été assurément celui où il a pu ouvrir solennellement, inaugurer l'Aca demie nationale, fondée grâce à sa généreuse initiative. On n'avait pu moins faire que de le nommer protecteur de cette académie. Du reste, le Gouvernement déploya en toute cette affaire la plus mauvaise grâce qu'on puisse imaginer : défense aux habitants d'Agram de pavoiseileurs maisons, défense d'illuniinei'. La jiolice ne put

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poiii'taiil pas eiTipèclier l'ovalion i\on\ \c Mcccnc slave lui l'objet à son arrivée à Ai,M"aiii ; j'assistais à cette scène, et j'ai rarement rencontré une aussi touchante populalili'. Ce n'étaient pas seulement les catholiques, mais les uilliodoxes, les Serbes. les Bulgares, que j"ai vus acclamer Mgr Strossmayer avec un indescriptible enthou- •^iasme. La l'ète nationale, que le Gouvernement de Pest avait inlerdite dans les rues, lui au moins célébrée dans tous les conirs. J'ai sous les yeux le discours prononcé par Mgr Strossmayer à l'inauguration de l'Académie.

Il a pour objet les rapports de la science et de la religion. 11 d(''bule par un parallèle entre les croyances du monde ancien et du monde moderne. Il n-iid. eu passant, à la théodicée de Leibnitz. un hommage (pie Mgr Strossmayer devait renouveler [)lus lard dans le Concile, au grand scandale d'un paili intolérant; à ctMé de Pascal, de Bossuet, de (Chateaubriand et de Montesquieu, il n'hésite pas à placer M. Guizot, dont les méditations sont, dit-il. une œuvre de merveilleuse beauté il de profonde sagesse. C'est à la littérature française qu'il emprunte la plupart des exemples qu'il invoque; peu de prélats à l'étranger la possèdent mieux que lui : nos grands écrivains sont l(»ués par lui en un rare et magnifique langage.

Il faudrait tout traduiie; je me contenterai de citer • pielques passages qui donneront une idée de la manière oratoire de l'auteur. L'un traite <lu patriotisme chrétien :

« Si l'histoire élève jusipi'au ciel les patriotes qui •^'oublient eux-mêmes et se sacrilienl à l'iidérèt de leur nation, qui l'aiment d'autant plus <]u'elle est plus malheureuse et plus abandonnée, (pi'elle a moins d'amis et de défenseurs (jui sont prêts à tout souffrir, même la

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mort, il n'est pas doutciix que ces grands génies n'aient dû à la croix l'esprit de dévouement et d'abnégation par lequel ils ont ressuscité leur peuple. C'est à la croix que l'immortel O'Connoll a dû sa force.

« Tous ceux qui connaissent la vie et l'œuvre de ce grand homme savent qu'il a eu plus d'influence sur son pays et sur l'opinion pulilii|ue en Angleterre, que ceux-là mêmes qui avaient le pouvoir en main, et cela, non pas quand il prononçait ses admirables discours, quand il relevait et les antiques et les nouvelles injures dont son peuple avait été victime, mais quand il gémissait sous les voûtes obscures d'une prison. Cette force n'était que le retlet de celle qu'il avait puisée aux pieds de la croix.

<i ... Dernièrement, pendant mon séjour à Paris, j'ai lu dans le journal VUnivers que je dépense le bien de l'Église pour des entreprises mondaines. Il est facile de deviner de quelle source viennent ces accusations, et qu'elles sont dirigées contre notre Académie et notre Université.

<i Grâce à Dieu, je ne suis pas le seul coupable : j'ai pour complice tout notre clergé, depuis le premier jusqu'au dernier; ce clergé sait que tout ce qu'on fait pour la foi tourne au profit de la science, que tout ce qu'on fait i)Our la science est à l'avantage de la foi. Oue toute la nation sache bien que dans l'avenir nous ne nous laisserons détourner par aucune accusation, par aucune injure, de la voie que nous nous sommes tracée: oui. nous remplirons avec conscience les devoirs de notre ministère; mais aussi nous développerons de toutes nos forces tous les intérêts qui touchent au développement matériel et moral de noti-e peuple, à son existence et à son avenir. »

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Les caloiuriies que Mgr Slrossmaycr relevait alors -i fièrement ne sont pas les seules qui l'aient attaqué; on pourrait, en parcourant les journaux île \ ienne et lie Pest. en retrouver bien d'autres, de celles qu'une |)lunie honnête se refuse même à retracer : Myr Strossmayer ne s'est jamais donne'' la peine de les démentir. Il est trop haut situé dans l'amour du peuple croate et serbe pour avoir besoin tle répondre. Je ne crois pas rpi il existe en Eni'ope une pareille popularité. En (à-oatie, en Dalmatie, en Slavonie. il n'est pas rare de rencontrer son portrait jusque dans les plus humbles chaumières. Au seul nom de Vciêqice (vladika), tous ■^'inclinent avec respect. Cette popularité s'étend jusque chez les orthodoxes de Serbie.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, Mgr Strossmayer est administrateur apostolique de cette principauté; en lettc qualité, il a des relations avec le gouvernement de Belgrade, et fait de temps en temps, dans celte ville, des visites pastorales. Je me trouvais à Belgrade en 1867 ; la population était alors assez mécontente des ministres du prince Michel : i Ah! si Vcvûquc savait cela, nie disaient les Serbes, il donnerait de bons conseils à notre prince, qui les écouterait ». Dans le courant de l'année 1869, Mgr Strossmayer est venu à Belgrade donner la confirmation. La population tout entière l'attendait sur le quai et le salua de ses acclamations : les mêmes manifestations avaient eu lieu à Prague quand rt''vê([ue avait traversé cette ville en mai 18G7, se l'cndanl à Pai'is.

L'empereur d'.Vutriche a récemment décrété la fondation d'une université slave à Agram : c'est encore à la libéralité de Mgr Strossmayer qu'est due l'initiative lie cette instiluUon. Les Slaves du Sud. Serbes, Croates,

Monténégrins, pouiTont désormais recevoir dans leur langue nationale linstruction qu'ils étaient obligés d'aller chercher à Vienne ou à Pest. Dieu veuille seulement que l'ouverture de cette université ne se fasse pas attendre aussi longtemps que celle de l'académie !

Il serait difficile de relever toutes les bonnes œuvres du savant prélat.

Il n'est guère de sociétés savantes du monde slave qui n'en aient été l'oljjot. Les sociétés de Zara, de Laybach, de Belgrade, de Prague ont inscrit le nom de Mgr Strossmayer sur la liste de leurs bienfaiteurs. Fidèle à la morale du bon Samaritain, Mgr Strossmayer ne distingue pas entre les catholiques et les orthodoxes. Parmi les nombreux ouvrages publiés à ses frais, je me contenterai de signaler im magnifique recueil de chants bulgares édité à Agram et dont Mme Dora d'Istria a jadis entretenu les lecteurs de la Revue des Deux Mondes '.

Ami éclairé des arts, il a réuni dans son palais une collection de tableaux italiens dus, pour la plupart, aux meilleurs maîtres et qu'il a par avance légués au musée d'Agram.

Ce prélat qui, au dire de l'Univers et des centralistes viennois ou autres, dépense sa fortune à des entreprises mondaines, s'occupe maintenant à bâtir une catliédrale. Ses prédécesseurs à Diakovo ne lui ont laissé qu'une misérable église. Près d'elle s'élève en ce moment une cathédrale en style roman, k laquelle l'évèque a déjà consacré près de cinq cent mille francs. Les cartons des fresques qui l'orneront ont été dessinés par Overbeck.

J'ai dit qu'il me répugne de relever les calomnies dont Mgr Sti'ossmayer a été l'objet. Le simple récit de sa

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