I.i: MKAME MODEHNK EX SEUBIK
d apifs la chronique dite de l'rcsbytcr Diûclœs: luii île ses parents, J. Palinotic, écrit une tragédie de Dion. etc. Nous pourrions citer une foule d'autres noms; la plupart de ces drames sont devenus Tort rares, nous ne voulons ici ni les énumérer ni les apprécier. La fécondité de la littérature ragusaine se prolonge jusque vers la fin du xviii' siècle; le plus fertile dramaturge de cette époque est un certain Gledievic: Sorkovsky (Sorgo) tniduit Molière et Métastase; un Français, Bruère-Deriveaux. naturalisé à Raguse sous le nom de Brucrovic. compose une comédie représentée dans cette ville.
Plus tard, nous retrouvons la littérature dramatique à Agram. Le chanoine Brezovacki puldie une comédie de Saint Alexis, une autre intitulée Giabancias l'étudiant, |)uis on commence à imiter, en Croatie et en Slavonie. (les comédies allemandes.
Au moment où la Serbie, délivrée des Turcs, entreprit de rentrer dans la vie européenne, deux écrivains se rencontrèrent : lun, Obradovitch, pour lui créer une prose littéraire: l'autre. Karadjitch. pour lui révéler sa poésie populaire. Cette publication des pesmt'N arracha la littérature serbe à l'imitation servile des modèles français et allemands et lui ouvrit des horizons inconnus jusqu'alors. L'époque d'ailleurs prétait au drame. La Serbie venait de chasser les musulmans après trois siècles de souffrances. Des poètes parurent qui évoquèrent l'antiipie gloire de leur patrie, qui mirent sur le tiiéàlre ses malheurs et sa délivrance. Quand nous disons Ihcûlre, c'est une métaphore, la muse tragique n'avait pas encore de temple officiel chez les Slaves du Sud; comme au temps de Molière, elle s'abritait dans les granges et dans les auberges. 11 n'y a que quelques années qu'Agram . Novi-Sad et Belgrade ont des
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théâtres. Le preinier poète de la Renaissance serbe fut Sima Milutinovitch. Nature ardente, impétueuse, éminemment poétique, c'est bien le chantre d'une nation jeune et aventureuse, c{ui cherche sa destinée et qui saura la trouver. On estime encore ses deux drames : Bik'i Tsemngorsiia et Miloch ObUitdi ( 1S37). Le second poète l'ut Etienne Popovitch ; ses drames : Svetozar et MUava. Skanderbeg, Miloch Ohilitch: ses comédies : la Mauvaise Femme, Tromperie pour tromperie, Belgrade autrefois et aujourd'hui, lurent jouées avec succès sur les théâtres provisoires d'Agram et de Belgrade. On les représente encore aujourd'hui. Dans une période plus récente a paru M. Subbotitch. aujourd'hui président de la Matira (société littéraire serbe), dont les drames sont empruntés à l'histoire serbe et croate; certains critiques leur donnent le premier rang dans la littérature jougo-slave. A côté de lui se place l'auteur du drame que nous allons analyser, M. Matia Ban. M. Ban est né en 1818, dans cette ville de Raguse où la poésie écrite des Serbes a commencé. Il a, comme les Vetranovic, comme les Gundulic. subi dans sa jeunesse l'influence de la littérature italienne; ses premières productions sont même écrites en italien. Jeune encore, il quitta sa patrie et alla s'établir à Constantinople où il enseigna la langue italienne. Puis, il vécut quelque temps à Brousse, en Asie Mineure. Il se rendit ensuite à Belgrade, où le prince Alexandre lui confia l'éducation de ses fdles. 11 écrivit, à ce propos, un ouvrage estimé sur l'éducation des lîlles; il retourna plus tard à Raguse et y publia un recueil intéressant. DubrovniJ;. En 1853, il revint à Belgrade et occupa au lycée la chaire de langue et de littérature serbe. Il a beaucoup écrit en français et en italien sur les questions politiques. Il a publié jusqu'ici
1,1. hiiAMi: Mohi.HNi: i;.\ sr.iiiur.. 141
il('ii\ (Iranio. \i' Tsar Ijizurc ol Mcirimn. (iiic nous ;illons aïKilyser. (icilc touvrc a excité, parmi les ciiliiincs slaves, tic grandes controN^M'ses. Elle en esl sortie liioiiipliaiile. Lors de son apiiaiilinn. le oomilé t'Ialili à Agrani pour rencouragement de l'art dranialicjne lui a décerné une rt'conipense. Pul»liée en is.iO à Novi-Sad. elle a été traduite iMi iehèque et en polonais. Nous croyons que laideur ne s'est pas l)ien rendu compte des exigences de la scène: sa pièce gagnerail à être élaguée, et. dans noire analyse, nous devrons quelquefois sauler des scènes oiseuses, d(> longs monologues, inutiles à la marche du drame. Néanmoins, elle nonsi)araîl reiileniier de grandes beautés, et il serait lorl possible qu'avec (piel(|ues l(''gers remaniements elle oblinf un succès v<''rital)le. non seulement sur la scène serbe, mais mènie sur un des lliéàtres d<> rOccid<'ul '.
Le sujet du drame de Mciriiiia esl purement romanesque. Les personnages ne sont pas historiques. Le poète n'a emprunté à l'histoii-e que le fidèle tableau de l'oppression des chrétiens par les musulmans. L'idée jiremière se retrouve dans bien fies œuvres, depuis la Zinrr de Voltaire jus((u"au Makk-Ailcl de Mme Cottin. depui+i le Gidoiir de Hyron jusc[u à la Juire de Scribe; c'est lamour d'un chrétien pour une musulmane, sujet jécorul <'n péripéties dramali(pies. heureusement rajeuni
1. Meirima a éli'; rcpréscnlée avec succôs sur le thcàlre national de Belgrade. L'auteur a, depuis Meirimu. écrit deux drames éi:alement estimés.
parla l'c'alilr des peintures. On connaîl les Tui'cs français de Voltaire, les Musulmans fantaisistes dç Byron. Voici de vrais Turcs, de vrais Serbes, peints par un poète qui a vécu longtemps à Raguse, à Belgrade et à Constantinople. De nombreuses citations permettront au lecteur de comprendre et d'apprécier une poésie qui, pour sortir de l'ornière classique, n"en offre pas moins de sérieux mérites littéraires et un puissant intérêt dramatique.
La pièce a un dou])le titre : Meiriinn ou les Bosniaques ;l'action se passe dans cette province de Bosnie, jadis si florissante sous ses rois nationaux, depuis soumise à la Porte. L'hostilité des chrétiens contre les oppresseurs a été poussée au dernier degré par les excès toujours croissants des pachas et des beys musulmans. Dès la première scène, on prévoit une lutte imminente : mais tandis que l'orage gronde et va bientôt éclater, deux jeunes gens, Jivan, le fils du Serbe Novko, Meirima, le fils d'Alipacha. s'abandonnent à un amour coupable et impossible.
Le père de Jivan, qui veut le marier à la fille du chrélien Ouroch et qui redoute les conséquences d'une passion illégitime, va lui-même dénoncer cette passion au père de Meirima, sans toutefois lui révéler le nom du Serbe assez audacieux pour aimer une musulmane. « Pacha, tu as une fille, elle est jeune, elle est belle: garde-la bien, un chrétien est son amant. — Malheur à toi si tu as menti! » répond Alipacha.
Novko n'a pas menti : Meirima elle-même révèle à sa suivante Chérifa son amour et ses inquiétudes, .livan l'aime, mais il ne veut pas se faire musulman. Il obéil à son père, il est faible devant lui, et son père va le marier à la fille d'Ouroch. à Loubitsa. « llélas ! s'écrie
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(loiiloiireusenioiil Mriiiin.i. il ne vioiidra pas nirnie nio (lire adioul »
CIILIUKA.
Il est lioininc : il a plus ilo raison que loi. Il sait qa"à ce dernier entretien en succéderait un autre dernier, puis un troisième, et cela serait sans fin. Et pour aboutir à quoi? Pour envenimer encore la plaie de voli-e conir; pour vous exposer chaque Jour à votre perte!
MEIIUMA.
Oh n(»ii! ce n'est pas cela. Dis plutôt qu'il ne m'aime plus,... que Loubitsa m'a remplacée dans son cœur. C'est liien naturel; elle est jeune et belle. 11 est avec elle du malin jusqu'au soir. Elle le flatte; elle le caresse. Ah! puisse le tonnerre de Dieu la dévorer! Chérifa, je ne survivrai pas à cette dculeur.
CIIÉUIIA.
Oh non! Si tu le voyais, si lu renlendais! Il soulTre autant que toi.
Arrive Alipaclia. 11 trouve sa fille (''leiiilnc sur le divan, loule i)rùlanle de la lièvre de sa passion. Il esl préoccupé: sa fille veut savoir l'objel de son inf|uiéludc. On la demande en mariage; trois prétendants, ces jours derniers, se sont présentés : l'un est le fils du pacha de Bihalch, Osman: l'autre Tchizmitchhey, le troisième est le pacha de Zvornik. — « Si tu les refuses, je ne sais vraimeiil qui tu veux pour mari, à moins que ce no soit le »nllaii de Stamboul. » — Elle ne veut pas se marier. Le péri' i-rlale : « .Je sais le secret de Ion àine. lu aimes un 1,'iaour! »
MEiHiMA, lombftiil à genoux.
.l'en aime un: je ne veux pas te mentir.... Ne l'irrite pas, mon père. Plains-moi, mais ne me maudis pas. Ahl ta
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malédiction aurait bientôt son effet. Cet amour causera ma mort.
{Elle se cache le visage dans les mnins.)
ALIPACIIA.
Oui, certainement, il causera ta mort! Et sais-tu quelle mort? Je vais te le dire. Quand une musulmane aime un giaour, fût-elle la propre fille ou sœur du sultan, on la met dans un sac avec un chat et un serpent. Le chat lui déchire la poitrine de ses ongles, le serpent s'enroule autour de son cou, on lie au sac une lourde pierre, et le tout ensemble, pierre, sac, serpent, chat et femme, on le jette dans l'eau ; la lumière du soleil ne l'éclairé plus jamais. Telle est, chez les Turcs, la récompense de celle qui aime un giaonr. Quant à son amant, on lui coupe la tête et l'on expose son cadavre aux bétes féroces et aux oiseaux de proie. Dis-moi (juel est ton amant !
MEiRiMA, relevant la tète.
Tu ne le connais pas? Tu sais tout et tu ne sais pas son nom! Est-ce possible!
ALIPACHA.
Tu vas me le dire, ici, à l'instant.
MEIRIMA, à part.
0 bonheur!
ALIPACIIA.
Son nom!... Son nom!...
MEIRIMA.
Que je te le dise! Que je le trahisse! Tombe sur moi plutôt le ciel!
ALIPACHA,
Tu le diras! Tu vas le dire! Je te l'arracherai par la force.
MEIRIMA.
Il n'y a pas de force au monde qui me le puisse arracher.
ALIPACHA, hors de lui.
Par le Dieu éternel, lu oses me braver? Vois-tu ce poi-
LE ItllA.MK MuhLH.M: KN >i;iiHIi:. I4;>
;,'iKiril? Réponds à ma (|iicstioii, ou lu tomberas morte à l'instant.
MEIRIMA.
Je ne crains pas ton poignaid : lu uc sauias pas mon secret.... Tu peu.x me tuer.