M1'\(.II A
Nomme-le! Nomnu^-le!
(// lèvr siiv elle son poirpiar'l.\
MEIRIMA.
Non. mun père !
[Elle (ovibe l'viinoiiie.)
Au l»onl de qiicl<|U('s iiistaiils elle roi)rcnd eonnaissancp. Le père, qui adore sa (illc et (|ui l'a crue moite, ciierche à la eoiisolcr, la rassure et rcconrl à la ruse pour savoir son secret. « Ne crains rien, mon cid'aut. c'est la volonté de Dieu: ne crains rien, dis-moi son nom. — Tu \ rii\ 11' perdre, mon pri'c I — .le ne I l'omjifrais pas d'une l'aeon aussi inràme le dei'uier des esclaves, à plus l'orle raison mon enfant. » Kt elle lui avoue (pic cet amani (■'(»sl .Ii\aii. le lils de Novko. Aliparlui compriMid mainlenanl le mystère dont >«ovko avait envelo[)i)é son (■•li-ange révélation; il envoie chercher Jivan. 11 veut l'eii- Irelciiir. mais défend à sa lille d'assister ù rcntreticii. Jivan arrive, la jeune hllesorl. Alipaelia lui révèle qu'il sait tout : t Tu aimes ma fille Meirima! "
JlVAN".
C.i'lui i]ui l'a dit cela, puisse la langue lui lumher! Il l'a trompé. Hier même je me suis liancé à une chrétienne.
ALIPACIIA.
Ah! de mieux en micu.x; à l'une le co^ur, à l'autre Taniieau nuptial, et tu les trompes toutes deux!
JIVAN.
J'ai tout donné à ma fiancée.
146 I>i: -MONDE SLAVi:.
ALIPACIIA.
Tais-toi, misérable! Ne te déshonore pas par d'autres mensonges. Je sais tout, Meirima m'a tout dit.
JIVAN.
Kll.>!
ALII'ACIIA.
Et c'est elle que lu dois remercier si la tète est encore sur tes épaules.
JIVAN.
Alors, il est inutile de dissimuler. Elle l'a dit el je ni' la démens pas. Me voici en tes mains: fais de moi ce qui' tu voudras.
ALIPACIIA.
Tu.es né sous une heureuse étoile. Non seulement je le laisse la vie, mais encore je te donne ma fille, et avec elle toute ma fortune...; mais à une condition : c'est que tu renonceras à la Croix.
JIVAN.
Que dis-tu? Tu veux m'éprouver!
ALIPACHA.
Non, je parle sérieusement. Tu te tais.... Ce que je te donne est-il trop peu pour toi?...
JIVAN.
Tes dons me sont aussi chers que ma vie; mais ma i'oi m'est plus chère encore.... Je ne puis.... Mon père, ma mère, mes frères me maudiraient.... Ils mourraient de honte et de douleur. D'ailleurs, je suis fiancé à la fille d'Ouroch: ce serait un péché d'ahandonner la fiancée qui a reçu mon anneau.
ALIPACIIA.
Tu as bien pensé à tout, sauf à une chose, c'est que lu es dans ma main, et qu'il me suffit de la serrer un peu pour t'étoufTer comme un oiseau. Avant de me donner une réponse décisive, réfléchis donc!
JIVAN.
A quoi bon réfléchir?... Je t'abandonne ma tète, mais je ne t'abandonne ni ma foi, ni mon honneur.
i.i: DiiA.Mi. \iui»i;i;m: i:.\ sf.rrir. tiT
M.II'ACKA.
Va-l'en, ri puisse le doinoii reniporler! Que jamais je ne voie l'ombre de Ion corps! Ne regarde jamais, même de loin, nui demeuiv; et ne confie nu*mo pas à la lerie sourde i-e que tu as dit ici.
.Ii\iin S(irl. .M('ii-iiii;i i-cnlrc seule: ello se soulient à peine: elle n l(nil entendu, et ne conipreMunt rien à lliéroïsme du chrétien, elle s'imuirine (jue .Jivan aime Louliitsa; elle éclate en fureur contre l'infidèle. Klle veut se venger; elle veut faire périr celui qui In Ironipi'-e. Sou père profite de ce brns(|ne revirement: elle lui promet de faire dans trois jours un clioiv entre ses prétendants: dans trois jours ce choix sera lait. Klle sera le prix du plus lirave. de celui qui aura tu<' le ijiaour en combat, siiiirulier et ipii lui apportera sa tète. Klle confie son sinistre projet à Chérifa; Chérifa l'on détourne : tout espoir n'est pas encore perdu. En éloignant Loubitsa on peut regagner le cœur de Jivan. « Va dire à Osman de lenlever. ([u'elle m'a offensée, de Tenlever bien loin! »
CIlÉlîIKA.
Mais, qu'en iV'ra-t il? Où l'cminènera-t-il? MEiniMA.
Qu'il la vende, qu'il la noie dans le ruisseau, qu'il la lue d'une balle de son fusil! Qu'il eu fasse ce qu'il voudra; seulement, qu'elle n'épouse pas .Jivan, comprends-tu? Quelli' ne l'épouse pas. Va!
.Vu début du second acte, le poète nous transporte dans les montagnes de la Bosnie : une troupe de lœydoiths s'y est retirée. On appelle ainsi les Serbes chrétiens qui préféraient à la condition de raias une vie héro'i'que et aventureuse dans les montagnes Ils viennent de prendre leur repas : les uns sont couchés sui- le gazon,
148 IJ". -MONDE SLAVi:.
les autres f)nt alluinr leur (•liib(Mil< : un riuzlur^ prend sa guzia et chante; sa chanson mérite dètre traduite, elle peint fidèlement la vie duclephte bosniaciuc.
Oh! qu'elle est belle, la vie du heydouk ! Vivre au sommet des montagnes.
Près du ciel et du brillant soleil ; Là où, assises sur des nuages d"or, Flottent dans l'air les Vilas vaporeuses, Répandant le bonheur sur les héros !
Là, l'homme n"a point de maitre ; Il ne craint personne, hormis Dieu.
11 est hbre, heureux et fier Comme l'aigle gris sous les nuages.
Oh! qu'elle est belle, la vie du heydouk!
Lorsque le ciel se couvre d'un voile noir,
Voir là-haut, au-dessus de sa tête.
Jouer les éclairs enllammés:
Entendre autour de soi
Résonner le tonnerre furieux ;
Sentir la montagne sous ses pieds
Trembler jusqu'en ses fondements.
Et, debout sur elle, au milieu de ses épouvantes,
Chanter sur la guzla une pesma héroïque :
Oh! qu'elle est belle, la vie du heydouk!
Du haut de la montagne, fondre comme l'ouragan
Sur les demeures des spahis turcs;
Couper les tètes des spahis;
S'emparer de tous leurs biens.
Et, avec les biens, des jeunes musulmanes,
Brûler leurs demeures
Sans qu'il reste trace des maudits,
Et revenir en chantant dans la montagne :
Oh! qu'elle est belle, la vie du heydouk!