Yirt(jr Ihiso. Voix intérieures
DE l'AUlS A l'UAGUE. 181
Ceinte d'une forél haute, Couronnée d'un château héroïque, La colline ondule Jusqu'à ce qu'elle ail icjuinl la vallée.
Lesjai'dins tiiio cluinhiit (in'liie sont de date récente; ils ont été créés eu ISu'k ([uand on eut déblayé les pierres et les ronces dont le liane de la colline était jonché.
Avant la ruine s'étendaient d'autres jardins dessinés sur les plans dun de nos compatriotes, dont une mystitication i-écenlc. très répaiulue. a voulu l'aire linventeur nuk'onnu des machines h vapeur. Attaché successivement au service de l'électeur de Bavière et de l'électeur palatin. Salomon de Caus fut pour eux ce que Le Nôtre l'ut pour le Grand Roi. Il a donné la description des jardins de Heidelherg, dans un volume intitulé Hortus Palatinus, orné dun j^rand nombi-e de ligures gravées par H rie et publié à Francfort, en 1020. A l'en croire, c'était (pielque chose de féerique : un fouillis de plates-bandes, de galeries, de grottes, d'arcs de triomphe, de jets d'eau et de labyrinthes. Cette œuvre fut achevée en lOlî). c'està-dire à la veille du moment oîi l'électeur palatin était appelé au trône par la Bohême justement révoltée au déitut de cette guerre de Trente Ans, qui devait avoir de si funestes conséquences pour la Bohème et le Palatiiiat.
.Vu bout de quelques minutes, nous ari'ivons à lune des portes du château; après avoir traversé une galerie souterraine, nous débouchons sur VAItan, large terrasse d'où l'œil découvre au loin la ville et la vallée du Neckar. Celte terrasse s'étend devant la façade extérieure du bâtiment de Frédéric (Fredcrichs-Bau). C'est la partie la
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initHix conservée de la raine, ce jrcst pas la meilleure : rarcliitecture en est lourde et sans grâce. Quel édifice pourrait d'ailleurs rivaliser avec le panorama du Neckarlal? Après avoir traversé une seconde galerie et franchi une lourde ])ortc de guerre, nous entrons dans Tintérieur. C'est ici vraiment que la ruine se présente dans tout son charme; et l'on comprend que les écrivains allemands n'aient pas craint d'évoquer ici le magique souvenir de rAlhand)ra. Les bâtiments et les arbres ont, pour ainsi dire, été plantés au hasard : pans de murs crevassés, arcades ogivales, maisonnette rustique, puits orné de lici're, bassin desséché, porte massive, semblent avoir été jetés là par quelque fantasque génie pour servir de cadre au joyau de la ruine, à la façade de VOtto-Hcinrichx- Ban. Cet édifice, qui porte le nom de son fondateur, regarde l'ouest et devait, dans la pensée du fondateur, dominer le panorama de la vallée. Des constructions ultérieures l'ont enfermé dans cette cour. L'architecte fut un Flamand, Collin de Malines. Il semble avoir voulu combiner dans son œuvre le génie germanique et celui de la Renaissance. Je laisse aux hommes du métier la description des frises, des festons, des corniches et des astragales. Ce que les profanes remarqueront, c'est l'ingénieux mélange des ordres dorique, ionique et corinthien; c'est surtout cette surabondance de vie qui déborde sur l'édiUce et ne se rencontre que dans les monuments les plus achevés de l'art chrétien. Le mur disparaît sous la multitude des statues dont il est revêtu ; les fenêtres elles-mêmes en sont garnies, et leurs consoles sont soutenues par des Hermès. Les pilastres sont des cariatides; l'ensemble des statues qui représentent les héros de l'antiquité, les vertus fondamentales, les sept grands dieux de rOlympe, les vertus princi[)ales, a.
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parail-il, un sens synil)olii[ne (|ue les esthéticiens allemands ont Ibrt bien expliqué. Mais il serait trop long à t-xposer. Il fait bon à étudier ici, il est encore mieux d'y révei-.
Le chàl<-aii do Ileiil(>llierg a d'ailleurs un giand avantage sur bien îles monuments: on n'y est pas troubli- |>ar riniportunité des ciccroni. Ceux (pii vous montrent les salles intéi'ieures sont rétrilniés parTIUatef n'ont aucun intérêt personnel à se l'aire valoir près du voyageur. L'intérieur ne mérite guère, tlailleurs, d'être visité : le grand tonneau est un grand tonneau, voilà tout. Les malles conservées sont d'un fort mauvais style: quant au musée Graimberg, qui occupe la Frederichs-Bau, c'est une collection de bibelots ijui n'ont guère d'attrait que pour ceux cpiintéresse spécialement l'histoire du Palalinat. Il y faut noter cependant le moulage en plâtre de ja tète de Kotzebue et le portrait de l'étudiant Sand, qui l'assassina èi Mannheim en bsil; c'est une tète charmante, presque virginale, empreinte d'une indéfinissable expression île mystique enthousiasme et qui éveille une pitii'- synqiathique.
Les massifs de verdure qui enveloppent le château au liehors ne permettent guère de se faire une idée de l'ensemble; nuiis il est des détails qui méritent d'être étudiés: par exemple, la tour fendue (gesprcngte thurm), dont une moitié tomba d'un seul bloc dans le fossé oîi elle gît encore aujourd'hui. Mais c'est toujours près du iS'eckar qu'il faut revenir pour jouir de la ruine dans toute sa majesté. Et si l'on a eu, comme nous, la bonne fortune de redescendre la rivière par une belle soirée d'été et de voir tout à coup cette masse colossale, illuminée de feux de liengale comme un décor de féerie^ rofiler ses murs llambovants sur le fond noir du ciel et
de la colline, on aura vu l'un des plus rares spectacles que l'art associé à la nature puisse offrir à l'homnie.
« Hélas! monsieur, me disait une jeune Allemande en me montrant de loin la ruine découronnée, voyez ce que vos ancêtres ont fait de notre château. »
Comme elle disait ces mots, la ruine se mit à llamboyer.
« Que c'est beau! s'écria ma voisine.
— Avouez, mademoiselle, que ce ne serait pas si beau si nos ancêtres ne vous avaient préparé les éléments du spectacle » : et je me mis à dévelopjjer la théorie de Victor Hugo. Ma voisine accepta en souriant mon paradoxe. Mais comme nous mettions pied à terre, nous entendîmes tout à coup une voix près de nous, qui criait : « ^lélac! Mélac! Komm hier '. » C'était un bon bourgeois qui appelait son chien. Il n'avait pas trouvé de meilleur nom à lui donner que celui du général français qui jadis avait désolé son pays. Toute médaille a son revers. Qu'en eût pensé Louis XIV?
Deux heures après avoir quitté Heidelberg, nous entrons dans le Wurtemberg. Les wagons wurtembergeois appartiennent au système américain que vous avez sans doute rencontré dans cpielques parties de la Suisse. Ils ont huit ou dix mètres de long et ne sont pas divisés en compartiments. Ils s'ouvrent aux deux extrémités ; une allée traverse le wagon dans toute sa longueur; il se termine par deux plates-formes oii le voyageur peut tout à