‹ Le monde slaveChapitre 44 sur 67 · Capilalc, ville de résidence, ville royale · texte numérisé non relu

Capilalc, ville de résidence, ville royale

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liiiscn'|ilioii. Xoble lilcr i|m' je iiiôlV'i'c aux belliqueux souvenirs de la colonne NCndônie. La i)asede la colonne est ornée de bas-reliels représentant des scènes historiques, le roi jurant lu Comlitutioii. Beau sujet! mais j'en sais un encore plus beau qui serait relui-ci : le roi obserim^t la Conuliliition. Il Inudrail beaucoup d'iniaerination à un artiste pour traduire cela sur le marbre ou le bronze. Les autres bas-reliefs ont un caractère belliqueux : ils lig-urent les exploits du roi, cliefirun corps d'armée dans la campagne de France : les combats de la Fcre-Champenôise et de Briennc, la prise de Sens. Pour l'explication de ces faits historiques désagréables, je renvoie à -M. Tliiers. Les lial)ilants de Sens seront sans doute bien étonnés d'apprendre rpi'un épisode de leur histoire figure sur un luouunieut wurlembergeois.

Nous avons vu la rue royale, le bâtiment royal, la colonne royale; voici maintenant le château du roi I Rcsidcnz Scldoss). Il se com])ose d'un grand corps de l)àtiment flanqué de deux ailes — assez médiocre comme ensemble. — et ne comi>rend pas moins de trois cent soixaide pièces: je laisse à ixMiser tout ce (ju"on peut loger lie valetaille en celte caserne. Du reste, afin (jue personne n'en ignore, le" pavillon central est surmonté dune énorme couronne royale. On peut visiter le palais moyennant une vingtaine de sous. L^n Gladiateur de Canova, un grou[)e de Thorwaldsen indemniseront les amateurs. Stuttgart possède d'ailleurs une autre œuvre du grand sculpteur Scandinave, c'est la statue de Schiller qui décore la place du même nom. Toute ville allemande qui se respecte a une statue de Schiller, parfois même de Gœthe : ces deux grands hommes ont eu le rare bonheur de symboliser le génie de leur nation, d'écrire à la fois pour les letli'és et \r peuple. L'Aile-

loo LE MONDE SLAVE.

magne s'en est montrée noblement reconnaissante. Du reste, Schiller, par sa naissance, appartient au Wurtemberg.

Stuttgart possède peu d'anciens édifices. Les petites capitales allemandes (Carlsruhc, Darmstadt) ont presque toutes l'aspect morne et moderne de notre Versailles, sur lequel elles ont été calquées pour la plupart. La maison métropolitaine qui date^ je crois, du xvi"^ siècle, le vieux château, ne méritent guère d'attirer les regards du voyageur. Je lui recommanderais plutôt le parc qui s'étend autour du château royal, et le Musée qui renferme une curieuse collection de plâtres de Thorwaldsen et de Dannecker. Titien, Palma Vecchio, Jules Romain, Caravaggio, Véronèse, Rubens, Zurbaran , Murillo, Lucas Cranach y représentent avec honneur les écoles italienne, flamande, espagnole eL allemande.

Mais ce c[ui vaut mieux encore à Stuttgart que les monuments, le parc et le musée, c'est la situation de la ville; elle est environnée d'un cercle de collines verdoyantes. Les principales rues ont ces collines pour perspective. Elles sont chargées de vignobles cjui fournissent un vin léger et délicat, gris rosé, fort prisé des gourmets. La récolte en est très abondante. Un vieux proverbe allemand dit :

Si l'on ne cueillait pas à Stuttgart le raisin, Toute la ville, hélas! se noierait dans le vin!

Stuttgart a été récemment dotée d'une gare monumentale, cjue l'on peut comparer, en petit, à notre nouvelle gare du Nord. C'est dans cette gare que me fut faite un jour une réponse mémorable, et qui mérite d'être transmise à la postérité. Je demandais un billet pour Nuremberg, c'est-à-dire, pour la Bavière, ^yh' gebcn

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kcine Billet I r fitr dasAuslaml, me répondit gravement l'employé: ce qui, en français, signilie : Nous ne donnons pas de billets pour lél ranger: l'étranger, c'est-à-dire un pays dont Stuttgart est éloigné d'environ vingt-riiui lieues. Il est vrai qu'il s'agissait d'un train ordinaire, d'un de ces trains que le vélocipède arriverait sans j)eine à dépasser. Stuttgart n'a de trains directs ([ue pour Paris et Vienne: quant aux trains à petite vitesse, leur coTneidence avec les lignes bavaroises se règle par des dilTérences de cinq ou si.\ heures. De jour, ces longues stations sont toléi-ables; de nuit, c'est odieux. Il est vrai que le buffet des gares intermédiaires est ouvert toute la nuit, et qu'un Allemand est capable d'y rester six heures entières à boire de la bière: mais liour nous autres Français, cela manque absoliiiiirut d'agréuMMit. Je n'ai recueilli de mon séjour forcé dans les salles d'attente que de grands maux de tète que je crois inutile de communiquer au lecteur. Il me souvient, notamment, d'une certaine nuit passée à la gare de Nordlingen. et oîi l'Allemagne se vengea cruellement, sur mon humble personne, de la défaite que le grand C.ondé lui avait autrefois infligée à ce même endroit.

De Stuttgart à Nuremberg, la route n'offre rien de bien remarqualile. Nuremberg, tant de fois célébrée par les poètes, est de tous points l'antithèse absolue de Stuttgart. L'une, capitale toute neuve d'un royaume né d'hier, est comme une petite bourgeoise parvenue qui se pai'c de bijoux et de diamants, et fait sonner bien haut sa richesse: l'autre, ancienne ville impériale, res-

semble à ces douairières de grande l'amille qui sont restées fidèles à la mode du temps passé. Nuremberg est avant tout la ville du moyen âge; elle a pieusement gardé sa lourde enceinte de tours crénelées ; elle n'a point comblé ses larges fossés : elle se contente de les louer à des jardiniers : des carrés appétissants de choux et de navets ont remplacé l'eau croupissante des anciens jours. Si les nécessités de la vie moderne ont obligé Nuremberg à se bâtir de nouveaux édifices, elle leur a imprimé le caractère général de son architecture, et. dans cinquante ans. le touriste naïf sera peut-être convaincu que sa gare et sa grande poste datent du moyen âge. Nuremberg a raison: est-ce notre architecture sans style et sans inspiration qui pourrait entreprendre de lutter avec ces œuvres d"art et de foi dont le xv'= et le xvi*^ siècle Font embellie?

Quelle ville en Allemagne se présente escortée d'un pareil cortège d'artistes? Elle savait non seulement les produire dans son sein, mais les attirer du dehors. Quelle brillante époque que celle où un Durer, un Adam Krafft, un Pierre Vischer, un Veit Stoss, un Hirschvogel, peignaient ses tableaux, fondaient ses fontaines, sculptaient ses statues, illustraient les verrières de ses églises, où deux cent cinquante clianteurs — et. parmi eux, l'immortel Hans Sachs — égayaient les loisirs de ses habitants! Les républiques italiennes seules offrent d'aussi grands souvenirs.

Nuremberg a la forme d"un parallélogramme assez régulier : une petite rivière, la Pegnitz, la partage en deux parties égales. Toutes deux reçoivent leur nom d'une église. La partie méridionale, dite côté de Saint- Laurent, que le voyageur rencontre d'abord en arrivant, se développe sur un terrain plat: l'autre, la partie nord.

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(lile côté do Sainl-Sélt;iltiiis. siMiMid au lljmc d'uno (•oUinc. cjue couronne lancien boui'i; ou cliàleau. Huit ponts traversent la Pegnitz. L'un d'entre eux, la Fleischlirucke ipont de la ^'iande), jeté d'une seule arche sur la rivière, a reçu des liabilaids le nom poini>eux de hi'ilto. 11 y a i)lus d une analogie entre la vieille cité gei'inaniciue et la ville italieinie. Le pont des Soupirs ne manque même pas : c'est une mauvaise passerelle en liois (jui aljoutit en l'ace de l'ancienne prison. Elle a un nom teri'ible : elle s'appelle le Pont-du-Botiircau.

L'église de Saint-Laurent, qui donne son nom au côté méridional de Nuremberg, est le plus beau des dix-huit «''dilices gothiques de la ville, l'un des plus beaux de ceux dont l'Allemagne s'enorgueillit. Elle fut bâtie pendant le xui'-' et le mv» siècle, avec ce grès rouge que nous rencontrons dans les Vosges, et qui donne un aspect si riant aux munsters des bortls du Rhin. Deux ilèches élégantes, une fine rosace distinguent l'extérieur. A l'intérieur, ce qui appelle avant tout l'attention, c'est le Sacmmcnta-Hxuslein ' : c'est une tour en pierre, surmontée d'un<^ pyramide sculptée avec une légèreté, une audace inconcevables. Elle fut l'œuvre de maître Adam Krafft, qui. aidé de deux de ses élèves, mit quatre ans à l'achever, (lette toui' repose sur les épaules de trois ligures agenouillées, représentant l'artiste et ses deux élèves inclinés sous la majesté divine et sous la sainteté du Sacrement. Au plafond est suspendue par des chaînes une Salutation angélifjue en bois sculpté par Veit Stoss. C'est une inmiense couronne de roses : des anges s'élèvent vers elle eu jouant de ilivers instruments. Au milieu tn'ment la Sainte Vierge et l'archange

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