M.ii-(Piiii«tlc «lu SacrL'iiit'iil
Gabriel; autour de la couronne, des bas-reliefs représentent les sept joies de la Vierge : au-dessous d'elle on distingue le serpent et la pomme. Cette œuvre naïve, éminemment ratliolique, l'ait aujourd'hui l'ornement d'une chapelle protestante. Telle était, à Nuremberg, la puissance de la tradition artistique, que les églises réformées, non seulement ont gardé l'ornementation catholique, mais, même, ont accepté celte ornementation postérieurement à l'année 1530, oîi la ville reconnut la confession d'Augsbourg. Sur soixante mille habitants, Nuremberg ne compte encore aujourdhui que six mille catholiques.
Le Sacraments-Haguslein est un don d'une riche famille nurembergeoise; bien d'autres ex-voto parent l'église de Saint-Laurent; en dresser la liste, ce serait rappeler toutes les familles illustres qui l'ont, à diverses reprises, embellie de leur munificence. L'église est comme un musée historique où revivent Fart et la piété des temps passés.
Saint-Laurent est, du reste, le seul monument remarquable du quartier qui porte son nom. Sur l'autre rive de la Pegnitz. nous trouvons groupés, autour d'une halle puante et pittoresque, la Frauenkirche, l'hôtel de ville, l'église Saint-Sébaldus et d'autres merveilles. L'église de Notre-Dame (Frauenkirche) fut fondée par l'empereur Charles IV, dont le souvenir vit encore à Nuremberg, et dont nous retrouverons aussi à Prague l'influence bienfaisante. Au milieu du portail se di'esse la statue de cet empereur en grand costume; sous cette statue est une horloge qui fut longtemps regardée comme une des merveilles de Nui-emberg, ce berceau de riioilogerie. Quand Theure sonnait, les sept électeurs du Saint-Empire venaient gravement défiler devant l'em-
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pL'i'riir; ils ne sortoril plus aujourd'hui de leur niclie l)roroudo. Le Sainl-Euii)ire est tombé; ils auraient lionle de se montrer; mais qui sait si, proctiainemcnt, ils n auront pas l'occasion de recommencer leur promenade pour venir s'incliner devant la statue d'un Holienzollern •? — La Frauenkirclie l'ut bâtie au xiv<= siècle sur l(»s débris il'uue synagogue; des sculptures de Kralït en l'ont le principal ornemenl ; on y remarque le meilleui' tableau de l'école nurembergeoise du xiv"^ siècle.
A côté de la Frauenkirclie s'élèvent deux fontaines : lune, œuvre ha'ive d'un disciple de Vischer, représente un jeune gars tenant, sous chaque bras, une oie dont le bec crache de l'eau. C'est la fontaine de l'Homme aux oies {Gœnsemxnnchen) ] l'autre s'appelle la Belle fontaine : Das schœne Briinnen, c'est une pyramide gothique sculptée à jour et flanquée de nombreuses statuettes. Les sept électeurs y ligurent ainsi qu'il sied à la fontaine d'une ville impériale : on y trouve encore les principaux héros de l'antiquité sacrée et profane : Judas .Macchabée, David, Clovis, Charlemagne etGodefroy de Bouillon, et les sept prophètes. Cette fontaine mérite son nom ; on la considère, k bon droit, comme un des chefs-d'œuvre de l'art gothique à son déclin. On en retrouve une copie à Prague sur le quai de la Vltava.
L'hôtel de ville de Nuremberg (Rathaus) se compose de deux parties bien distinctes : l'une appartenant au style gothique, l'autre au style italien de la Renaissance. Les caveaux de la première ont longtemps servi de prison. La seule vue de lédidce inspirait un respect religieux aux habitants de la cité, c Quand tu passes devant
1. Ceci élail t-crit en 1860. — La predicliuii n'a pas tardé à se réaliser.
l'église, disait la mère à son enfant, dis un pater; quand tu passes devant le Ratliaus, dis-en deux. » La grande salle du Ratliaus est ornée de fresques par Albert Diirer ; une d'entre elles représente le mauvais juge sous les traits de Midas coiffé d'oreilles d'âne. Il est assis entre l'Ignorance et la Mauvaise Foi; la Calomnie traîne devant lui par les cheveux un pauvre diable qu'accompagnent les figures allégoriques du Préjugé, du Mensonge, etc. La Vérité lente vient la dernière, à la fin du lugubre cortège. Arrivera-t-ello jusqu'au juge? Une inscription peinte sur la muraille explique l'intention de Tartiste :
Eins manns red est halb red Man soll di teyl hœren bed.
« Le témoignage d'un seul n'est qu'un demi-témoignage; il faut entendre les deux parties. » A côté de cette invitation à la justice, voici le triomphe de la force et de la souveraineté personnifiée par Maximilien ; il s'avance traîné sur un char magnifique, précédé des trompettes de la bonne ville et de ses minnesingers. Le génie de la Renaissance anime déjà cette oeuvre qui annonce l'aurore de l'art nouveau. Popularisée par la gravure, elle a inspiré plus d'un artiste.
Comme l'hôtel de ville, l'église SaintSébaldus appartient à deux styles différents : elle est mi-romane, migothique. L'extérieur n'offre guère de remarquable que la Porte des Mariées (Brautthure). Elle est surmontée d'une dentelle ogivale ornée des statues de la Vierge et de saint Sébald, des cinq Vierges sages et des cinq Vierges folles. Ingénieuse et paternelle leçon donnée aux jeunes épouses qui franchissaient le seuil du saint édifice. Saint-Sébald est aujourd'hui temple protestant;
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mais ainsi (luà Saint-Laurent. roi-ncnKMitation inléricure est toute catholique. Les Kralït, les Sloss, les Wolifcniut Tont embellie à Tenvi. Si le Savramenls- Hœuslein fait l'orgueil de Saint-Laurent, Saint-Sébald a pour parure le tombeau de son patron, le plus précieux trésor de l'art allemand : c'est l'œuvre du grand fondeur Pierre Vischer qui, aidé de ses trois fils, mil treize ans à l'élever.
Le cercueil du saint, revêtu d'or et d'argent, est porté par de gigantesques limaçons. 11 est entouré de plus de quatre-vingts figures représentant des apôtres, des génies, des animaux, chaos étrange où l'artiste a su garder l'ordre et l'harmonie. Sur la base de la châsse où repose le saint est représentée la vie de Sébald, né prince de Danemark et mort apôtre de la Germanie. Dans un coin, l'artiste, suivant la pieuse coutume du temps, s'est figuré lui-même avec son tablier et son marteau. Le tout est surmonté d'un immense baldaquin à triple coupole supporté par d'élégantes colonnelles. Nuremberg peut, à bon droit, être fière de cette œuvre que l'Italie lui envierait.
Les maisons vulgaires de Nuremberg passeraient ailleurs pour des monuments historiques. Comme les divers palais de Venise, elles ont chacune un caractère différent et beaucoup d'entre elles demanderaient une monographie spéciale : un des traits distinctifs (h; leur architecture, c'est l'existence des échauguetles qui ornent la façade du plus grand nombre. C'est, je crois, le nom que les spécialistes donnent à une sorte de lanterne ou logette qui s'avance sur la rue et forme une espèce de balcon couvert d'où l'on voit à la fois sur le devant et sur le côté sans sortir de l'appartement. Les voyageurs qui ont été en Suisse en ont pu lencontrer
un grand nombre à Schaffhouse. Plusieurs des maisons de Nuremberg ont d'ailleurs un intérêt historique. Voici celle de Hans Sachs le cordonnier ; voici celle d'Albert Diirer non loin de laquelle s'élève la statue du grand artiste en attendant qu'un musée spécial soit consacré à recueillir ses œuvres ou leur reproduction; en voici une autre qui perpétue, comme la ruine de Heidelberg, des souvenirs peu glorieux pour la France ; sur la façade on lit :
Ici demeurait Johann Palm
qui tomba victime de la tyrannie de Napoléon
en juin 1800.
C'était un pauvre diable de libraire que Napoléon fit fusiller comme coupable d"avoir publié des pamphlets contre la domination française. L'Allemagne n'a pas oublié cet humble martyr; Napoléon sans doute ne loublia pas dans la solitude vengeressse de Sainte- Hélène.
Le Burg ou château, que l'on atteint après avoir dépassé la maison d'Albert Durer, est le plus ancien monument de Nuremberg : bâti par l'empereur Konrad au XI' siècle, souvent habité par ses successeurs, il a été réparé en 18oi par le roi Max : la municipalité de Nuremberg en a fait don à la famille royale, qui n'use pas souvent du droit d'y résider. C'est un lourd entassement de massives bâtisses, d'appartements meublés à l'ancienne mode et ornés de vieilles peintures allemandes. Dans la première cour se dresse un vénérable tilleul que Timpératrice Cunégonde aurait planté au xi^ siècle. Sur les murs on signale une empreinte de deux pieds de cheval qui naturellement ont leur légende. Un chevalier accusé de brigandage et cou-
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damné à être pendu — il y a de cela bien longtemps, — demanda romme suprême faveur la permission do faire à cheval un tour sur le rempart. Tout à coup il iu(iua des deux et franchit le fossé. Crcdat Judœus Apetla! Près de l'entrée du château une salle voûtée renferme une petite bibliothèque de livres consacrés à ce bel art : les tenailles, les poinçons, les chevalets ne laissent rien à désirer. D'autres instruments se trouvent au Mii^rc rjcrmnnique. Cette iniportaiile collection a]»i)arlicnt moins à Nuremberg quà lAllemagne tout entière, et ce n'est pas le lieu d'en faire ici la descrij)tion. Nuremberg est elle-même le plus curieux des musées : on ne peut regretter qu'une chose, c'est que les modes nouvelles, en y pénétrant, établissent un contraste frappant entre le costume des habitants et la physionomie de la ville. Mais il n'est, hélas! rien de parfait en ce monde. Remercions l'intelligent patriotisme des Nurembergeois d'avoir si bien conservé à leur cité son aspect primitif.
Une plaine riche en houbloiniières et en sapinaies s'étend de Nuremberg jusqu'aux montagnes du Bochmerwald. Furth est la dernière station bavaroise. C'est là qu'on rencontre la douane autrichienne et le bureau des passeports, assez inclément jadis, aujourd'hui plus commode. Au riant blason de l'écusson bavarois (blanc et bleu) succèdent les lugubres couleurs de rem[)ire autrichien, le jaune et le noir. Au-dessus de l'aigle bicéphale se dressent partout les deux lettres sacramentelles K. K. C'est l'abréviation îles deux épithètes KaiserUch, Kœniglich, inqiérial et royal : il n'est si mince débit de
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tabac où elles ne figurent : la Hongrie triomphante les a récemment effacées de ses monuments. Les peuples de la CisleUlianie, obligés de les garder, se dédommagent en faisant sur l'assonance des deux lettres un jeu de mots rabelaisien que le lecteur aura peut-être le bon goût de ne pas deviner.
Furth est situé auprès de cette chaîne de montagnes qui dessine le contour de la Bohème. Au sortir de la station, on traverse un court tunnel : le train gagne le versant oriental de la montagne, et en longe les lianes plantés de bouleaux et de sapins. Comme la Forêt-Noire, le Bœhmerwald demanderait à être parcouru à pied. La ligne de partage des eaux se trouve entre deux villages qui portent tous deux le nom de Kubitz : deux ruisseaux prennent leur source entre ces deux villages; l'un descend vers la Bavière et appartient au bassin de la mer Noire; l'autre descend en Bohème et appartient au bassin de la Baltique. Encore quelques minutes et nous voici sur le terrain slave : aux sons gutturaux de lallemand succèdent des accents chuintants qui appartiennent à un tout autre ordre phonétique. Le type germanique ne disparaît pas des wagons, le chemin de fer étant chose cosmopolite. Mais à côté de lui le type tchèque apparaît. Ce qui frappe peut-être le plus dans ce type c"est la profondeur du regard : le trait distinctif du costume c'est la czamara, sorte de redingote à brandebourgs, et l'horreur du chapeau nommé cylinder. Nous l'avons déjà constatée à Agram. La plupart des Tchèques portent une sorte de toque appelée tchepitchka. Si superficiel que soit le voyageur français, et quelle que soit son ignorance des langues, il ne lui faudra pas grande attention pour constater qu'il est entré chez un peui)le nouveau. Désor-
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mais nous ik^ rt'lroiivorons }ilus on allant vers l'est de jiays purement allemands. De Furth à Prague, de Prague à Olmutz. ilOlmutz à Cracovie. la langue tchèque parlée par près de six millions d'hommes ne cessera de se Taire entendre jusqu'au point où elle cède la place à l'idiome polonais.
Jetons un coup d'o^l autour de nous : nous trouverons l'histoire de la nation tchèque partout écrite comme nous avons rencontré l'histoire de TAllemagne à Heideberg ou à Nuremberg. La première station bohème est Taus : ce mot est, dit-on, une corruption de l'ancien tchèque Tiihost, forteresse : elle s'appelle aujourd'hui en tchèque Domazlice. Cette ville fort ancienne s'élève à l'entrée du seul défilé par où les Allemands pouvaient de Bavière entrer en Bohème : c'est une des clefs du royaume; elle était le centre des l)ostes militaires préposés par les rois à la garde de la frontière. Au début du xv*^ siècle, Taus se déclara avec transport pour les doctrines inissites; elle arbora l'étendard du calice. Aussi en 1431, quand la grande croisade germanique envahit la Roiième hérétique, Taus subit un siège qu'elle soutint héroïquement. Les Taboritcs arrivèrent à son secours et obligèrent les croisés allemands à décamper; les habitants se jetèrent sur les fuyards et firent un grand butin. Pendant longtemps, ils montrèrent le costume et la croix que le cardinal Julien avait abanl)onnés sur le chanq) de bataille. Taus fut au temps jadis le siège d'un commandement militaire sni gcneris. Le prince Bretislav P"", à la suite dune expédition en Pologne, transporta une partie de ses f)risonniers à l'extrémité occidentale de la Bohème et les chargea de veiller à la sûreté de la frontière. Ils devaient la garder des invasions allemandes et faire de
pprptHuelles patrouilles le long du Bœhmcrwald. On les appela les Chodove, c'est-à-dire les marcheurs (du verbe choditi, marcher).
Ils subsistèrent comme corporation jusqu'au xvii« siècle. Les rois de Bohème leur avaient garanti de nombreux privilèges ; ils ne reconnaissaient pas d'autre chef que le roi et choisissaient eux-mêmes les juges qui décidaient leurs procès. Ces privilèges excitèrent à diverses reprises la jalousie des seigneurs du voisinage. Après la bataille de la Montagne-Blanche, ces privilèges leur furent retirés, et un certain baron de Laniingen, un de ces nouveaux venus qui s'étaient abattus sur la Bohème vaincue, comme les corbeaux sur les cadavres, se mit à accabler les Chodove de corvées et de vexations de toute espèce. Ils se plaignirent à l'empereur, roi de Bohème, invoquant leurs anciens privilèges. On leur répondit par une fin de non-recevoir. Mais il arriva qu'en 1623 l'empereur allant de Ratisbonne à Prague, dut passer par le pays des Chodove. Ceux-ci l'attendirent rangés sur la grand'route drapeau en tète. Leurs chefs tenaient à la main, déployés, les parchemins qui constataient leurs droits. L'empereur eut peur à la vue de cette masse d'hommes à l'air martial, et envoya son chambellan en avant pour savoir ce qu'ils voulaient; ils répondirent qu'ils réclamaient la confirmation et le maintien de leurs privilèges; qu'ils priaient l'empereur de vouloir bien apposer sa signature sur leurs parchemins. < Mes braves gens, répliqua le chambellan, cela ne saurait se faire sur la grand'route. — Qu'à cela ne tienne, répondirent les Chodove, nous avons apporté une plume et de l'encre. » Le chambellan alla rapporter la chose à son maître : l'empereur fit venir le chef des Chodove et lui remontra que la signature
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royale ne valait rien sans le sceau royal: en coiiséqiienee il le priait île venir le retrouver à Vienne, muni (lèses parchemins. Les C/io(/orc envoyiMenl en eUVl leurs représentants à ^'ienne•, mais on leur répondit qu(> leurs [)rivilèsjres étaient périun'>s par la rébellion de la IJohème. Puis, comme les Chodovc appailcnaienl à la secte des ntraqxmics qui communiaient sous les deux espèces, le pieux baron de Lamingen les fit, à l'aide de missions bottées, renlrer dans le chemin de la vraie loi. Pour le remercier de ce beau zèle, l'empereur lui vendit les Ch"duvc en 1G28, moyennant la somme de (>0 000 llorins. Les pauvr(>s gens eurent beau réclamer î'i la ("our de Vienne, on mit leurs envoyés en prison. Pourlaiil. ils ne se découragèrent pas. On les voit réclamer encore en lG"i2, en i()(i8, en 1088. Pour se débarrasser d'eux, en 1092, on décapita leurs principaux chefs. Ils durent se taire; peu à peu ils se fondirent avec le peuple environnant dont ils ne se distinguent plus aujourd'hui que par quelques particularités de langage, et par leur belle stature.
Le long du Bœhmerwald s'étend une région agreste, sauvage, la région des forêts, la Schumava, que l'on considère comme une des pl-us pittoresques de la Bohême. Puis, le chemin de fer longe les bords de la Radliuza: le train glisse entre le lit de la rivière et des collines grises, d'as'pect mélancolique. Il suit pendant (|uelque temps la ligne de démarcation des populations germaniques et slaves: ;'i votre tlroite on parle allemand, à votre gauche on i)ai'le tchèque. La première station importante est celle de Pilsen, en tchè(pie Plzen. Les délicats seront peut-être choqués de cette agglomération de c()nsonnes, mais je leur ferai oljserver (pie les lettres / et r, très fréfjuenles en Bohème, renferment elles-
mêmes une voyelle qui ne s'écrit pas, mais se prononce. Plzen z=Pclzen. Les orientalistes cpii ont étudié Ihébreu comprendront aisément ce phénomène.
A Pilsen tous les voyageurs se précipitent vers le buffet pour y Cfoùter Texcellente bière, qui est un des produits les plus remarquables de la cité. La bière de Pilsen égale, si elle ne les surpasse, celles de Vienne et de Munich. Il s'en fait dans l'empire autrichien une consommation considérable. On Fexporte jusqu'en Turquie. Mais l'histoire de Pilsen m'intéresse plus que sa bière. C'était jadis une des villes fortes de la Bohème. Dans les guerres des hussites, elle tomba de bonne heure aux mains des catholiques dont elle embrassa la cause. Ce fut la seule ville tchèque qui ne défendit pas le hussitisme. Ce rôle lui valut les sympathies de l'Empire et du concile de Bàle. Ses habitants furent affranchis de tous droits dans toute l'étendue du royaume et du Saint-Empire et autorisés à en percevoir sur les voyageurs qui traversaient leur ville. Ils avaient pris un éléphant de guerre dans le camp des Taborites : on leur permit de le mettre dans leurs armes. Pilsen a aujourd'hui environ 23 000 habitants •; c'est, avec Reichenberg, la seconde ville du royaume. Le plus remarquable de ses monuments est l'église de Saint-Barthélémy, curieux échantillon du style gothicjue en Bohème. Le portail était jadis orné de deux tours, dont l'une fut détruite au xvi« siècle par un incendie. Elle possède une admirable statue de la Vierge qu'une dévotion barbare a couverte, hélas! d'ornements ridicules. L'hôtel de ville date du xv" siècle. Pilsen est une ville de commerce et d'intelligence. Un fait curieux à constater,