‹ Le monde slaveChapitre 46 sur 67 · Pln-^ de 50 000 en · texte numérisé non relu

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F)E F'AHIS A PUAC.l'E. 203

c'est le progrès que la population tchèque a fait dans cette vilk' depuis plusieurs années, Pilsen a un théâtre : pendant longtemps la langue allemande étant, disait-on, l'idiome cultivé (kultursprache). ce théâtre fut occupé par une troupe allemande. Aujourd'hui il y a une troupe^ tchèque qui joue le drame et l'opéra. Le costume des femmes de Pilsen est sans analogue dans tous les pays slaves : elles portent une robe fort courte, lourdement empesée, qui laisse voir la jiiiulic jusqu'au genou.

Après Pilsen vient Rokytsany. patrie du célèbre théologien Jean (h- Hokylsany. Rokytsany soutiiil «le longues luttes avec sa voisine oi-lhodoxe Pilsen. Aujourd'hui les deux villes ne rivalisent plus entre elles qu(> de patriotisme. Jusqu'en 1756, le clocher de l'église de Sainte- Marie-aux-Ni'iges fut surmonté d'un calice, symbole des utraquistes. Dans le lointain, on apen^oit les deux châteaux en ruines de Zebrak et Tocznik. Le dernier servait de prison, mais c'était une prison siii gencris. Les mauvais ménages y étaient renfermés jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé dans l'isolement du tète-à-tète le moyen de se raccommoder. Chez nous un établissement de ce genre ne désemplirait pas.

Toute la population des communes environnantes jusqu'à Horzovitz vit de l'industrie cloutière. Quand je dis vit, c'est une façon de parler. Le vrai est qu'elle n'en meurt pas. Je ne sais ce que gagnent aujourd'hui les clouticrs d'Horzovitz; mais ce que je sais bien, c'est qu'il y a trois ans environ leur salaire était de douze sous par jour. Ils demandèrent une augmentation qui leur fut refusée. Ils se mirent en grève, et une collision finit par éclater entre eux et les patrons dont quelques-uns furent maltraités. Or. il se trouva (jne ces patrons

étaient dos juifs. Deux jours après, les journaux de Vienne dénonçaient les Tchèques à l'Europe comme le plus intolérant et le plus barbare de tous les peuples. En règle générale, il faut se défier des journaux de Vienne quand ils parlent des peuples non allemands de l'empire. Mais ce n'est pas seulement des journaux de Vienne qu'il faut se défier. Récemment, tandis qu'à la suite de manifestations politiques l'état de siège était proclamé en Bohème, ce pays fut le théâtre des exploits de la police autrichienne. Dans une petite ville du Nord, et située près de Sadowa, Horsits (et non pas Horzovitz), il se trouva que la moitié de la population mâle se trouvait, jjour raisons politiques, sous le coup de poursuites judiciaires. Le Siècle releva ce fait monstrueux qui contrastait si singulièrement avec le libéralisme tant vanté de l'Autriche. Un autre journal, le *", jugea nécessaire de remettre en lumière fhistoire très ancienne de grève et se plut à embrouiller ad majorem veritatis et Austriœ gloriam la grève des pauvres cloutiers de 1867 avec les meetings d'Horsits, à la date de 1868. Et voilà comment dans une certaine presse on écrit l'histoire; mais nous apercevons déjà à gauche de la voie ferrée le château de Karluv-Tyn (Karlstein) dont la masse quadrangulaire se détache fièrement sur le paysage. L'édifice disparaît, caché par les collines, puis il reparaît tout à coup. Arrêtons-nous un instant, voici l'un des plus illusti^es monuments de la Bohème, l'un des plus vénérables représentants de son passé.

« Oh! quel admirable spectacle s'offre aux regards étonnés! Quelle gigantesque forteresse s'élève là-haut si fière, si intimement scellée au rocher gris que le rocher semble un château et le château un rocher.

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Comme au loin une ceinture de murs crénelés envclop{)e la tète de la montagne, tantôt montant vers les cieu\-. tantôt s'abîmant vers les profondeurs de la roche I Comme elle domine librement la noble demeui'c! Connue la tour commande avec majesté! Comme ils rient anectuonsomenf les grands arbres verts (jui s'élancent des noires saillies de la muraille! Maintenant le rayon de midi tombe sur l'édilicc et les hautes lucarnes étincellent, les fenêtres rayonnent de flammes! O merveilleux spectacle! »

Ainsi s'exprime Eberf, un poète allemand (pii a consacré quelques-uns de ses chants à célébrer les souvenirs de la vieille Bohème !

Le château de Karluv-Tyu ou Karlstciii a eu pouifondateur l'empereur Charles IV, roi de Bohème, dont le souvenir est aussi clier aux Tchèques qu'il est peu sympathiijue aux Allemands. La première pierre en fut posée en 1348 : détail important, ce fut à un architecte français, Mathias d'Arras, qu'en fut confiée l'exécution, l^levé en France, Charles IV avait pour nos compatriotes une affection toute particulière. 11 fonda l'Université de Prague sur le modèle de celle de Paris. Il transporta de Boui-gogiie en Bohème des vignes qui produisent encore aujourd'hui des vins estimés. Le château devait être tout ensemble un séjour de villégiature où le souverain viendrait se retremper dans la méditation, et une forteresse où il garderait les joyaux lie la couronne et les reliques auxquelles il tenait le plus. Une situation romantique sur une roche nue entourée il'un cercle de collines répondait à cette douide destination. La proximité de Prague, la capitale du royaume, ajoutait encore à ces avantages. Vingt-deux chevaliers étaient préposés à la garde du cliàlcau. Un

d'entre eux faisait toutes les nuits des rondes sur le rempart extérieur en criant :

Date od hradu, dale,

At nespotka nestesti nenadale.

Ce qui veut dire en bon tchèque :

Loin du château, loin, De peur que tout à coup il ne vous arrive malheur.

La consigne était sévère : un des gardiens ayant manqué sa ronde fut condamné à mort par le commandant Joachim de Kolovrat. Quatre chapelles avaient été construites dans le château. Trois d'entre elles gardaient les joyaux de l'empereur; la quatrième, dite chapelle de l'Assomption, servait à la célébration des offices divins : chapelle collégiale, elle avait un doyen et quatre chanoines. Par respect pour les reliques, aucune femme ne devait passer la nuit dans cet asile religieux et guerrier. La chronique scandaleuse, cette inséparable compagne des Cours, n'eut rien à voir dans les premiers siècles de Karluv-Tyn. L'impératrice, elle-même, n'entrait pas dans le sanctuaire. L'empereur avait fait construire pour elle un petit château appelé Karlik (le Petit- Charles). Plus tard, ces mœurs sévères s'adoucirent. Voyez plutôt les Mémoires de Bassompierre : il y raconte plaisamment les divertissements que lui offrit son séjour à Prague en 1614. II y avait connu le boiiryçjrafc de Karistein, un certain Preschetoris i. Il devint amoureux de la quatrième fdle de ce personnage, Mme Esther de Bechin. Le bourggrafe l'invita à venir passer le carnaval à Karistein :

1. C'est ainsi que Bassompierre traduit le nom slave do Verchovets (Yrsovec).

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« Nous Y trouvAuies, dit Bassompierro, plus de vingt (lames, parmi lesipielles il y en avait de très belles, et il ne faut pas demander si nous l'ùnics bien reçus des filles du loyis. mais principalement de la mienne qui fut ravie île me voir, et moi aussi; car j'en étais extrêmement amoureux, et puis dire que de toute ma vie je n'ai passé des journées \)\i\s agréables ni ne les enqjloyai mieux que je lis de celles-là. Ce fut une l'ète perpétuelle, étant perpétuellenaent à table ou au bal ou en autre meilleure occupation....

< Après le carnaval passé, nous nous en revînmes à Prague avec grand regret d'elle et de nous, mais avec grande satisfaction de notre petit voyage. Ma maîtresse me promit qu'elle viendrait bientôt à Prague; mais, comme son père retomba malade, elle ne le put, mais elle me fit venir déguisé à Karlstein, où je fus cinq jours et six nuits caché en une chambre près de la sienne, au bout desquels je revins à Prague. »

Bassompierre oublia vite cet amour éphémère. 11 en aura bien d'autres encore à nous conter. Curieuse nature! Pas un mot dans ses Mémoires des beautés artistiques ou pittoresques de la Bohème. Histoires de ripaille, aventures de femmes, intrigues de Cour, voilà ce qui l'occupe. \'éritable contemporain du Béarnais, ayant le triple talent de boire, de battre, et d'être un lertl) a tant.

Le sang a. plus d'une fois rougi les épaisses murailles de Karlstein. C'est là que furent, en 1397, égorgés (juatre conseillers du roi Wenceslas (Vaclav) soupçonnés de trahison envers leur souverain.

Plus tard, en li2il, (juand les États de Bohème, révoltés contre Sigismond de Luxembourg, eurent confié le trùne au prince lithuanien Korybut, ils assiégèrent

le château espérant y trouver la couronne royale qu'ils voulaient poser sur la tête du nouveau souverain. Cette fois les assiégeants avaient de Tartillerie, des canons en métal de cloche, des boulets en pierre : le château en soulïrit moins que les assiégeants qui voyaient leurs engins éclater à tous moments. Le siège dura six mois, et le château ne fut pas pris : plus tard un incendie y éclata qui ne fit que de médiocres ravages.

Au xvir siècle, Rodolphe II embellit Karlstein à sa façon, en mutilant et badigeonnant ce qui n'était pas au goût du jour. En 1622, les archives et les joyaux de l'État furent transportés à Prague. Lors de la guerre de Trente Ans, les Suédois ravagèrent le château (1648) Pendant les deux siècles suivants, durant la longue misère de la Bohème vaincue par les HabsbourgSj il tomba en ruine et ne fut réparé qu'au début de ce siècle par l'empereur Ferdinand. Aujourd'hui, dépouillé de sa splendeur, il excite encore l'intérêt des patriotes et des archéologues.

Après avoir franclii les portes des deux enceintes, on pénètre dans une cour où sont les logements des gardiens. Dans cette cour, on montre un puits creusé dans le roc à une profondeur d'environ 300 pieds, et dont on tire l'eau à l'aide d'un tread-mill. On franchit une troisième porte et l'on entre dans l'intérieur du château lui-même. On rencontre une série de salles et de chapelles, aujourd'hui nues et dévastées, mais qui témoignent encore de leur antique splendeur. Dans la chapelle de l'Assomption apparaissent encore quelques peintures à moitié effacées, débris d'un art jadis florissant. La Bohème, bouleversée par les luttes des Hussites et de la guerre de Trente Ans, pillée tour à tour par les Allemands et les Suédois, a vu la plupart de ses œuvres

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«larl (It'tniitcs, dispersées, vendues. C'est un devoir de rrrueillir avec soin tons les faits qui prouvent que ce in>l)le pays a connu, lui aussi, la culture des arts.

tji 134.J. l'empereur Charles I\'. le fondateur de Karluv-Tyn avait établi une conlrérie de peintres : cunOrmée par ses successeurs, cette confrérie ou corporation était exclusivement slave. Les privilèges , lettres, etc., qui la concernent sont, jus([u'à Tannée lt)7îS, rédigés en langue tchèque. Les Allemands ne pénétrèrent dans cette confrérie qu'à partir de la grande persécution religieuse de la guerre de Trente Ans. Mais avant l'organisât ion de cette confrérie il existait déjà d(^s i)einlres doid quelques œuvres ont été en partie conservées. Un écrivain tchèque, M. Vysek, calcule qu'il n'existe pas en Bohème moins de quatrevingts manuscrits enluminés. Ouant aux tableaux et fresques, il n'en compte pas moins de quatre cents antérieurs à l'époque de \'an Dyck. Des témoignages diurnes de foi attestent qu'au xir siècle les églises de Prague et des environs étaient déjà ornées de peintures dont malheureusement il ne reste plus de traces. On a conservé les fresques d'une chapelle romane à /naim. en Moravie. L'une d'entre elles représente la naissance du Christ. Le peintre a cru devoir donner (les auréoles au bœuf et à l'àne de la crèche : une peinture plus ancienne représente le laboureur Premysl recevant les messagers de la princesse Liboucha.

Les peintures de Karlstein ont déjà été à plusieurs reprises l'objet d'études sérieuses. Avant d'être restaurées, en 1842, elles étaient méconnaissables, et on les a sé'vèremcnl traitées, puis, on s'est mis à les admirer en déclarant qu'elles étaient l'nnivre d'une colonie de peintres allemands égarés alors en Bohème. Mais il ne

paraît nullement prouvé qu'il y ait eu alors en Allemai^nc: une école allemande à laquelle la Bohème ait emprunté des artistes. II faut reconnaître que les peintres en question, Dielrich de Prague, Kunts, Wurmeser ont des noms germaniques. S'ils sont Allemands d'origine, c'est en tout cas à Prague qu'ils auront appris la peinture. Or, les archives de Karlstein nous ont conservé un précieux document : c'est un acte de donation d'un domaine fait à Dietrich par Charles IV et signé par ce peintre. Cet acte est en langue tchèque. S'il se fût agi d'un peintre allemand, l'acte n'eût-il pas été rédigé en sa langue? Il y a encore un autre artiste que l'on a voulu rattacher à l'école germanique. C'est Thomas de Mutina. Il est aujourd'hui démontré que c'était un peintre italien de Modène. Charles IV, dans ses voyages, l'avait rencontré à Trévise, et, charmé de son talent, l'avait emmené avec lui pour décorer son séjour favori. Mais l'œuvre capitale est celle de Dietrich ou Théodore, de Prague : c'est une suite de portraits de saints ou de rois peints sur fond d'or et enrichis à la manière byzantine d'or et de pierres précieuses. Ils ornent les murs de la chapelle de la Croix. Le procédé de peinture est celui-ci : on dessinait sur un fond de gypse collé à la détrempe; on peignait les ors: on appliquait les pierres précieuses ou les lames de métal; enfin venait la peinture proprement dite. Un vernis excellent préservait l'œuvre des injures du temps. Certaines peintures sont monochromes : ce sont les plus belles. Les critiques les comparent aux œuvres italiennes contemporaines, en exceptant toutefois celles du grand maître Giotto. Les figures peintes dans les tons gris de l'école byzantine sont des types slaves. Du reste, les relations que la Bohème entretenait avec Constantinople peuvent.

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dans nue coitaiiu' mesure, e\pli(iucr cette influence byzantine.

Au xii*^ siècle, à la suite d'une guerre entre les Grecs dune part, les Hongrois et les Tchèques de l'autre, la nile dun i)riuce de Bohême avait épousé le neveu de lempereur grec, et le prêtre qui avait accompagné à C.onstantinople la royale fiancée avait rapporté de cette ville un grand nombre d'objets il'art.

La décoration de la chapelle de la Croix était d'une rare magnificence : c'est elle qui renfermait les joyaux <le la couronne. Partout où il essayait de se fixer, l'œil ne voyait qu'or et pierreries. Les murailles en étaient incrustées; le plafond figurait le ciel avec un fond d'azur et des étoiles en or: cent trente-trois tableaux ornaient les lambris; treize cent trente cierges éclairaient le sanctuaire: il était caché par une grille d"or que Fempereur seul avait le droit de franchir. La chapelle était fermée par quatre portes munies de dix serrures. Mon guide, un Tchèque patriote, me rappelait ces richesses en soupirant, puis il me racontait les légendes du lieu. Cette tête de crocodile avait été trouvée dans la Bérounka ; suivant la tradition, elle appartenait au dragon que combattit saint Georges. Dans cette chambre était un lit de bois délicatement sculpté, où couchait lempereur Charles IV; en 1619, les troupes anglaises, venues au secours de Frédéric, roi de Bohème, occupèrent le château delvarluv-Tyn: leur rhcf voulut dormir dans la couche auguste, mais des mains invisibles chassèrent limprudent qui avait osé profaner la majesté du souvenir. Aujourd'hui le lit, enlevé par les Autrichiens en

1800, est au palais de Laxembourg.

La chapelle de la Vierge et celle de Sainte-Catherine

ont aussi leurs reliques arlistifpn's. Les murs de cette

dernière sonl littéralement incrustés d'agathes et d'améthystes. On y montre deux flambeaux gothiques, dons du roi de France, deux bancs de bois sculptés, paraît-il, de la main même du roi Charles IV. C'est là que le roi de Bohème, empereur d'Allemagne, aimait à se retirer pour méditer. Par une ouverture percée dans le mur, on lui passait les papiers d'État et les aliments. Une pâle lumière fdtre à peine à travers les vitraux.

La chapelle de la Croix est située au sommet de la tour quadrangulaire qui domine l'ensemble du château. Du sommet de cette tour, la vue n'aperçoit que les collines environnantes; c'est dommage qu'elle ne puisse s'étendre jusqu'à Prague : on comprendrait alors la l)iété qui anime les Tchèques envers sa mémoire. C'est lui, me disait mon guide, qui, là-bas, sur les hauteurs du Hradschin, a bâti la capitale de Saint-Vit; c'est lui qui a jeté sur la Vltava ce i)ont que l'Europe nous envie; c'est lui qui créa notre Université. On pourrait dire de lui avec un de vos poètes :

Dans les murs, hors murs, tout parle de sa gloire.

Que les Allemands le décrient, c'est leur droit; mais qu'ils ne nous contestent pas celui de le bénir et de vénérer sa mémoire. — Charles IV fut en effet un des meilleurs princes de la Bohême; bien qu'il n'appartînt à la nation tchèque que par sa mère, il aimait l'idiome slave et, dans sa Bulle d'or, il recommandait aux électeurs de l'apprendre.

D(î Karlstein à Prague les souvenirs historiques ou légendaires abondent. Là-bas, entre de grandes roches escarpées, s'étend, à l'ombre d'arbres séculaires, la poétique vallée de Saint-Ivan.

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(]V'lait. selon l:i Iratlilion, le (ils (liiii prince de Croatie, (ihassé, on no sait ponrquoi, du palais de ses pères, il sélait retiré en Bohème, il vivait dans une grotte en compagnie d'un cerf apprivoisé. Un jour, dans une chasse, le jirince Borzivoï, le premier duc chrétien de Bohème, poursuivit le cerf jusqu'à la grotte du solitaii-e. J.e prince et sa femme, la pieuse Ludmila. attirèrent le saint homme dans leur château de Tctin; mais il préléra retourner dans sa retraite oîi les païens le massacrèrent. Le duc fit ériger en son honneur une chapelle qui devint un lieu de pèlerinage encore fréquenté aujour- (I liiii. In couvent de Bénédictins s'établit plus tard au|)i"ès de la chapelle. C'est aujourd'hui un château.

Nous venons de nommer sainte Ludmila. C'est la sainte nationale de la Bohème, la patronne du peuple tchèque. Elle joue dans son histoire le même rôle que sainte Clotilde dans la notre. Son souvenir, cher au peuple, vit encore dans le village de Tetin. Racontons sa lègencle. Je ne sais rien de charmant comme des ruines auxquelles la légende s'attache. Ici, d'ailleurs, elle touche de bien près à l'histoire.

Suivant la tradition, vers le vu" ou le viii« siècle, régnait en Bohème le prince Krok. 11 avait sa résidence près de Prague dans le château du Vychegrad. Il laissa trois filles, Kacha, Teta et Liboucha : Kacha, versée dans la connaissance de la nature, habile en l'art de guérir, magicienne renommée; Teta, savimtc dans l'art de la religion et douée du don de prophétie; Liboucha, qui rt''gna sur son pays et qui, par son mariage avec le laboureur Premysl, fonda la dynastie des Premyslides. C'est Teta qui a donné son nom au bourg de Tetin.

Mais un souvenir plus vénéré se rattache à ce petit village; sur une hauteur, quelques débris de murailles,

un coin de Ibssé mal comblé indiquent la place où s'élevait naguère le château des princes de Bohème. C'est dans ce château que fut assassiné, martyre de sa loi, la princesse Ludmila. Elle avait été baptisée avec son mari, Borzivoï, par le grand apôtre Méthode. Mais leur conversien n'avait pas entraîné celle du peuple tout entic^r, et le paganisme avait gardé de nombreux partisans. Le prince Borzivoï avait laissé deux fils, Spitihnicv et Vratislav, qui moururent de bonne heure. Vratislavavait épousé une princesse païenne, Drahomira, qui lui avait donné plusieurs enfants : l'aîné, Vaclav, élevé chrétiennement par sa grand'mère Ludmila, n'avait encore que dix-huit ans à la mort de son père. Drahomira s'empara du pouvoir; ambitieuse et cruelle, elle vit dans l'inlluence de Ludmila une dangereuse concurrence. Pour se soustraire à sa haine, la pieuse princesse se retira dans le château de Tetin : la jalousie et la haine de sa bru la suivirent. Un jour, des hommes armés pénétrèrent dans le château et étranglèrent Ludmila, avec son propre voile. On montre encore dans la cathédrale de Prague le lourd anneau de bronze auquel elle s'était cramponnée en se débattant contre les bourreaux. Plus tard, le palais où ce meurtre s'était accompli fut transformé en une église sous le vocable de Saint- Michel.

En descendant de Tetin vers Prague, nous rencontrons encore plus d'un souvenir historique et légendaire. Ce chemin que vous voyez là-bas dans le rocher a été fait par les Français en 1741, lors de la guerre de la Succession. Cette montagne s'appelle Dievin ou la Montagne-des-Vierges. Là, avant le règne de Ludmila, à la mort de la sage princesse Liboucha, une guerre éclata entre les deux sexes. Une amie de Liboucha, Vlasta,

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n'-iiiiil les IcniMies. lour apprit le maniement des armes et l'exercice du ciieval ; en face île la Ibrteressc du N'ychegrad elles élevèrent la forteresse des Vierges, Dievin. Elles furent bientôt assiégées dans leur forteresse, et les fortes amazones durent se soumettre de nouveau à la loi conjugale. Vraie ou fausse, cette tradition joue un grand rôle dans l'histoire du moyen âge.

Un peu au-dessous de Dievin, s'ouvre une vallée qui conduit à la grotte de saint Procope; cette grotte a pour nous un intérêt spécial. Elle rappelle des souvenirs qui intéressent tout ensemble le philologue slave et riiistorien français. Au xi" siècle, sous le règne du prince Oldrich, vivait dans celle grotte un ei'mitc appelé Procope : i Que m'importent, direz-vous, l'ermite Procope et le prince Oldrich! » — Patience. <>! vous verrez que nous allons revenir en pleine France '.

Or, ce moine Pi'ocope, devenu confesseur du |)rince, comment^a et acheva en 1030, grâce aux libéralités du souverain, un monastèi-e d(!nt il (h^vinl abbé, et qu'il soumit à la règle de saint IJenoit. La lilurgi(^ slave fut adoptée par le monastère; ce monastère s'ai)pelle le monastère tle Sazava ; parmi les manuscrits de ce monastère, il en est un qui avait été, suivant la tradition, écrit par saint Procope dans sa grotte solitaire. Au xvi<^ siècle, il tomlja aux mains du cardinal de Lorraine, qui le donna à la cathédrale de Reims, en l'année iiJ74. Le clergé de Reims, peu compétent en paléographie slave, prit le manuscrit indéchiffrable pour un évan-

1. Voir, sur saiiil l'rocupe, liiisscs cl Slaves. 2' sérii'. i». :il3 et siiiv.

Cet essai devait être suivi (riine élmli' sur l'raf.'ue. La guerre in'enipèclia de l'écrire. Voir, sur l'rague, liussfs et Slaves, 2' série, I». 319 cl suiv.

gile syriaque, lequel aurait appartenu à saint Jérôme. Et pour honorer cette précieuse relique, on fit prêter serment aux rois de France sur le mystérieux manuscrit. Égaré pendant la Révolution, retrouvé depuis, le Texte du Sacre (c'est ainsi qu'on le nomme) a été publié en une splendide édition aux frais de l'empereur de Russie. Le proverbe banal hahent situ fata libetli n'a jamais trouvé plus étrange et plus juste application.

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