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LES ÉCRIVAINS ANGLAIS ET LA RUSSIE

« On ne connaît pas la Russie en Occident. » Ainsi s'exprimait naiifnère Alexandre llerzen. que Ton naccusera certes point d'une tendresse exagérée pour les choses moscovites. Ouatante ans auparavant, M. de Custine parcourait la Russie pour y recueillir et nous en rap[)orler des commérages plus ou moins diplomatiques et des impressions plus ou moins exactes: tout en se donnant lair de connaître un pays dont il avait à peine eflleuré la surface, M. de (Justine faisait cependant cet aveu bon à note.r : « Les Russes, disait-il, ont beaucoup d'avantages sur nous: nous marchons au grand jour, ils avancent à couvert: l'ignorance où ils nous laisseul nous aveugle ». Cela est juste: mais il eût fallu dire : « l'ignorance où nous restons volontairement ». En admettant que sous l'empereur Nicolas il fût difficile de voyager en Russie, qui donc empochait les publicistes et les hommes d'État d'Occident d'apprendre la langue russe et de se tenir au com-ant des publications moscovites? Depuis M. de Custine. dont la compétence est fort contestable, on ne peut

guère citer en France, comme ayant étudié sérieusement la Russie, que M. Schnitzler pour l'histoire et la j)olitiquc, MM. Mérimée, Marmier, Léouzon le Duc et Delaveau pour la littérature*. Beaucoup de Français vivent en Russie; mais il en est peu qui s'inquiètent de comprendre ce pays : de deux choses l'une, ou bien ils songent à s"y établir et se russifient au point de ne plus percevoir les nuances qui distinguent cet Orient européen de notre Occident; ou bien ils méditent de revenir en France et s'épargnent la peine d'approfondir des mœurs et des institutions auxquelles ils espèrent prochainement échapper. Il est de bon ton d'assurer que le français étant généralement parlé en Russie, il est parfaitement inutile de savoir le russe; on nie la littéra ture russe pour n'avoir point à la connaître; faute de contrôle, on répète, sur la foi d'écrivains allemands ou polonais, des monstruosités qui font sourire toute personne un peu au courant de la Russie. U est des erreurs dont tout le monde est complice : les publicistes par la légèreté ou par ignorance, l'État par incurie. Pour ne citer qu'un fait, n'est-il point étrange que le thibétain et le japonais occupent en France, dans l'enseignement public, une place plus considérable que l'idiome officiel du plus grand empire de l'Europe ^'P Les Russ(>s eux-mêmes, loin d'être choqués de cette insouciance ou de ces préjugés à leur égard, semblent prendre un certain plaisir à voir les étrangers si mal instruits sur leur compte; jiourvu qu'ils nous connaissent, peu leur importent les jugements vrais ou faux que nous portons sur eux.

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