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2. L'enseignement du russe à l'école des langues orientales n'a été établi qu'en 18"5.
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Los rudes Icroiis ilt> ces dernières aniK'OS seraient l.ien perdues [univ la Franre, si elles n'apportaient (pielques modilications dans ses rapports diploniatiipies et intellectuels avec la Russie, il y a deux ans encore, elle ign(jrait ce que pouvaient ses ennemis, elle s'appliquera maintenant sans doute à appicndre ce que valent ses amis. Malgré l;i dilTérence des institutions politiques, malgré les nuances qui séparent Moscou et Paris sur bien des (pieslions. il existe entre ces deux ixMes de l'Europe moderne, des sympathies, qui ne peuvent que s'accroître à mesure que les parties se connaîli'oiit mieux. On peut déjà cilcr comme un symptôme de rapproclienient moral et lilléraii-e les récents voyages de plusieurs écrivains français en Russie. Ils auront sans doute prochainement l'occasion de publier les résultats de leurs études. Pour le moment, l'Angleterre paraît vouloir devancer la France dans la connaissance du monde moscovite; M. Dixon publie la llussie îibri\ M. Herbert Rarry, la Russie contemporaine, M. Ralston analyse et commente les Chants du peuple russe: intéressants à des titres divers, ces ouvrages révèlent un ensemble d'observations et de recherches auquel la littérature française ne peut, croyons-nous, rien opjjoser. Deux d'entre eux ont été traduits; tous les trois mériteraient île l'être: malheureusement, ce n'est pas toujours aux travaux les plus sérieux (pie soid dévolus les honneurs de ];i popularité.
Des publications, aussi nombreuses que variées, ont établi la réputation de M. Dixon en Angleterre et sur le
continent. Dans ses dernières années il nous a donné coup sur coup une Histoire de la tour de Londres, une Excursion chez les Mormons, une Description de la Palestine, un Tableau de la Suisse, un Voyage en Russie. Cette facilité à passer dun sujet à lautre annonce une rare souplesse de talent. M. Dixon est un écrivain; sa langue est pure, imagée, élégante; ses dialogues sont dramatiques, ses récits animés, ses paysages pittoresques au plus haut point. C'est un charmeur. Supposez, outre ces qualités, l'esprit critique, l'art d'étudier attentivement les hommes et les choses, ce cju'on peut appeler la conscience littéraire, et vous aurez en M. Dixon lidéal de l'écrivain.
Je doute que cet écrivain idéal {rara avis) eût osé promener successivement son lecteur du Jourdain au Missouri, et du Rhône au Volga. Il aurait compris qu'un travail sérieux sur la Russie exige de longues années de préparation, que l'on n'improvise pas en trois mois l'étude d'un monde nouveau, et qu'on ne peut arriver à la connaissance exacte des institutions, sans avoir, hélas! passé par celle de la grammaire. Mais le manque de critique est précisément le défaut des qualités de M. Dixon. Il est lui-même la dupe de son imagination, et le lecteur non prévenu sera certainement la dupe de son style; comment n'avoir pas confiance dans un auteur qui a tant de foi en lui-même! M. Dixon ignore absolument le russe; cela ne l'empêche pas de nous raconter à tout propos ses conversations avec des paysans, des moines ou des soldats qui, à coup sûr, ne connaissaient guère l'idiome de Shakespeare. M. Dixon n'a pas daigné nous dire qui lui servait d'interprète. Procédé plus louable au point de vue de l'art qu'au point de vue de l'exactitude. On lui a dit ceci, on lui a
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raconté cela; tant pis pour le lecteur qui réclame des garanties. Une Ibis. M. Di.xon. dans une lettre adressée au Tù/ics, mit en scène lu ne îles personnes qui lui avaient fourni des renseignements; or, précisément, cette même personne avait protesté dans le Golos contre l'usage, ou plutôt l'abus, que l'auteur anglais avait l'ail des indications qu'on lui avait données. .Nous avons eu l'occasion de voii' en Russie les épreuves mêmes de Free Rnssia corrigées par un savant moscovite qui transmit plus d'une fois à M. Dixon d'utiles observations. Il ne les a pas toutes mises à profit : son siège était fait. En revani-lie. il ne s'est monti'é (pic trop docile à certaines influences. L'ouvrage, dans le plan primitif de M. Dixon, devait être intitulé Hohj liussia {la Sainte Russie), et cette (léiioniinalion était juste si l'on songe que les deux tiers du livre sont unicjuemenl ^consacrés à des clioses religieuses. Le titre actuel fut suggéré à l'auteur par une dame de Moscou, qui trouvait l'autre trop usé. La galanterie a traîné M. Dixon un peu loin, et ce serait le cas de répéter que l'esprit est souvent la dupe du cœur. Cependant, avec sa merveilleuse souplesse d'imagination, il a fini par croire qu'il était réellement venu étudier la Russie libre et non la Russie religieuse; dans sa courte préface, il affirme que les mots Russie libre (Svobodnaija Rossia) se trouvent sur toutes les lèvres dans ce pays. Nous venons de parcourir comme lui, plus longtemps peut-être que lui. une grande partie de l'empire russe, et nous avons bien rarement entendu ce mot. Si la masse du peuple russe est pleine d'affection, d'enthousiasme pour le souverain qui a détruit la honte du servage, elle n'en sent pas moins l'étendue des libertés qui manquent encore, et pour lesquelles le pays n'est sans doute pas suffisaniincnl pi'éparé. A
voir la popularité dont jouit Alexandre II, on peut, dès maintenant, prédire à la Russie une longue série de souverains glorieux. Alexandre II est grand pour avoir aboli le servage de la terre; un autre souverain viendra qui abolira le servage de la pensée, un autre qui affranchira les consciences du joug auquel l'Église orthodoxe les tient assujetties; un autre qui couronnera l'édifice en proclamant le régime représentatif et les libertés nécessaires. Tous ces empereurs sei'ont populaires, tous exciteront l'admiration et les sympathies de l'Europe, surtout celui qui aura l'art de réconcilier la Russie avec la Pologne, comme l'Autriche s'est réconciliée avec la Hongrie. Mais appeler dès maintenant la Russie un État libre, c'est fausser la réalité, c'est devancer l'avenir d'un siècle, peut-être de plus encore *.
Si M. Dixon avait écrit la Russie affranchie, nous comprendrions cette épithète ; mais dans l'état actuel des choses, le titre de son ouvrage laissera au lecteur une impression d'amer désappointement: Tintérieurde l'édifice ne répond nullement à l'inscription qui en décore le frontispice. Plus d'une page du livre dément la première, et parfois même l'auteur pousse trop au noir les ombres dont il a cru nécessaire d'obscurcir son tableau. Il a du reste été vertement repris par son compatriote, M. Herbert Rarry. M. Rarry, lui, n'est pas un écrivain de profession ; ses afi"aires l'ont appelé en Russie; douze années de voyage et de séjour l'ont initiià la langue et aux coutumes du i)ays, et il dénonce sans
1. Cet essai avait été écrit pour la Revue des Deux Mondes. Feu Buloz exigea la suppression de tout ce passage. Il n'admettait pas qu'on dit du bien d'un empereur russe dans son recueil ! Je refusai la suppression et l'article parut dans une autre Revue. Les événements ont marché depuis