‹ Le monde slaveChapitre 56 sur 67 · LES ÉCRIVAINS ANT.LAIS ET LA RUSSIE. 24S · texte numérisé non relu

LES ÉCRIVAINS ANT.LAIS ET LA RUSSIE. 24S

jiilir les laiitaisies que rhistoriograjjlK' de la Tour de Londres s'est permises en plus <,run endroit : « J"cspérais, dit M. Barry, que la lecture de Frec lUissia donnerait au public des idées justes sur ce grand pays, et que l'œuvre ilun écrivain aussi distingué apprendait au monde ce quest la Russie et ce que sont réellement les Russes; mais en lisant le livre de Dixon. je me suis rappelé le mot du prince Eugène Dolgorouki. c Les Russes seuls « ont le droit d'écrire sur la Russie », disait le prince, entendant sans doute que le droit de traiter un pareil sujet n'appartient qu'à ceux qu'un long séjour a familiarisés avec la Russie. »

.Nous ne dressons pas la liste de toutes les erreurs que relève M. Barry; il suffit d'en signaler quelquesunes. Ainsi, M. Dixon, qui connaît peu le paysan russe, oflirme que le père de famille peut se livrer chez lui à tous les excès, à toutes les violences, et que personne ne doit lui demander compte de sa conduite. M. Barry, qui a vécu longtemps avec les moujiks, cite une foule de faits qui démentent cette assertion. A l'appui d'un récit de mœurs contemporaines, M. Dixon invoque un numéro de journal russe: M. Barry, qui lit le russe, nous ap|)rcnd que le journal en question date de 18G4 : détail important à noter dans un pays qui. toute proportion gardée, marche plus ra[)i(lemcnt (pie nous dans la voie du progrès. Ailleurs, pour démontrer la brutalité du paysan russe, M. Dixon raconte une épouvantable histoire d'assassinat : le coupable était un certain Gorski; malheureusement pour l'auteur, il se trouve que c'était un étudiant polonais, précepteur dans la famille qui succomJja victime de sa férocité. Parlerons-nous de ces chemins de fer fantastiques que M. Dixon perce à travers rOural, et dont M. Barry n'a jamais aper(;u le tracé?

Que dire de ces bazars où M. Dixon n'a vu vendre que du pain, du poisson, dos images saintes et des cartes? Nous avons visité nous-même les bazars de Moscou, Kazan, Vladimir, Tver, Jaroslav, et d'autres villes. Nous n'avons jamais vu le peuple acheter des cartes, et nous l'avons vu rarement y jouer. Les dames sont le jeu favori du peuple russe: quant aux cartes, elles sont le divertissement préféré des salons. Nous pouvons ici, comme en maint endroit, joindre notre témoignage à celui de M. Barry; nous sommes malheureusement obligé de suspecter à tout propos celui do M. Dixon. € Ce livre n'est pas sérieux, disait naguère la meilleure dos Revues de Pétcrsbourg. mais il est bien curieux. » En effet, les Russes peuvent y apprendre une foule de choses qu'ils ignorent sur leur propre pays. La Revue en question relève aussi plus dune erreur chez M. Dixon ; mais elle le fait avec moins d'amertume que M. Rarry. Juges et parties dans leur propre cause, les Russes déploient généralement vis-à-vis des étrangers une modération, une courtoisie, qui font parfois suspecter jusqu'à l'énergie de leur patriotisme.

M. Dixon éprouve à tout propos le besoin de sortir des limites où devrait l'enfermer le cercle restreint de ses connaissances. S'il s'était borné à décrire les monastères de la mer Blanche qu'il a visités, et la vie monastique qu'il a mieux étudiée que personne, il nous aurait donné un livre excellent, qui pourrait se lire sans défiance et même avec un sérieux intérêt; mais non, il a cru nécessaire de toucher à des sujets qui lui étaient plus ou moins étrangers : la seconde partie de son livre traite tour à tour des paysans et de la police, des étudiants et de l'armée, du panslavisme et de la Sibérie; elle fait un tort véritable à la première.

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