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LES ÉCRIVAINS ANGLAIS KT LA RUSSIE

M. Ralston a visil»'* la Hiissie. non pour y l'cciitMllii' tii's iiiipressions comint' M. Dixoii, ou pour y Irailor (les allaires comnu^ M. Hariy. mais |»()ur observer les uKiMirs ])opulaires, pour i)éuélrc'r les traditions, pour •'•tudicr cet ensemble de coutumes j)rimitives et de chants naïfs que les Anglais appellent folklore, mot pour lequel notre langue ne paraît point avoir d'équivalent. Une connaissance sérieuse de Fidiome russe est indispensable à des recherches de ce genre; elle ne fait point défaut à .M. Ralston. Une ex^iellente traduction des fables de Krylov suffirait à Tattester; Touvrage qui nous occupe en ce moment prouve que le savant Conservateur du Bristish Muséum n'a i)as approfondi seulement la grammaire, mais l'esprit inrine d(^ la nation qui l'intéressait. Le sujet dont il traite est de ceux qu'un seul écrivain ne saurait embrassi'r: les problèmes complexes de la vie et de la religion populaire exigent des études pr-rsévérantes et multiples. A chacun sa lâche : l'un recueille les contes de la bouche des enfants ou des vieilles femmes; Taulre arraclH^ aux rapsodes rustiques le texte correct des épopées qu'ils chantent; un troisième arrête au vol les paroles ailées, proverbes, énigmes, dictons; celui-là note les rites du mariage; cet autre les cérémonies îles funérailles. Et ce Itatient travail doit se répéter poui- cIukiuc province, pour chaque district, pour chaque village. On ne sait pas assez quelle patriotique et consciencieuse ardeur les Russes appli(iuent à ces recherches, qui tout ensemble enrichissent la littérature nationale et jettent des lueurs

inattendues sur bien des côtés de la vie indo-européenne. Et comment le saurait-on? On ne lit pas les Recueils qui apportent les comptes rendus de ces travaux; les livres qui les renferment sont introuvables dans le commerce, et ne figurent point dans nos grandes bibliothèques. Si l'on n'y prend garde, lAllemagne, l'Angleterre, l'Amérique même devanceront les pays français dans la connaissance du monde russe. Telle société savante dont jamais un volume n'a pénétré à Paris, envoie trois ou quatre exemplaires de ses Mémoires à Londres, à Berlin et même à New York Pétersbourg et Moscou ne sont pas les seuls centres de cette activité scientifique qui nous échappe. Oui se douterait, par exemple, qu'on imprime des livres d'érudition à Kazan, et qu'une Revue philologique se publie à Voroneje? Il existe aujourd'hui, en Russie, toute une littérature de la vie populaire. Les Proverbes et le Dictionnaire de Dahl, les Études historiques et grammaticales de M. Bouslaïev, les contes recueillis par MM. Afanasiev et Sakharov, les recherches de M. Kolliarevsky sur les rites funéraires, les Essais de M. Afanasiev sur l'idée poétique de la nature, ceux de M. Miller sur le cycle héroïque de Kiev, les Chants édités par MM. Schein, Bezsonov, Golovatsky et bien d'autres travaux qu'il serait long d'énuraérer ici, jouissent d'une légitime renommée dans le monde slave et mériteraient d'être connus ailleurs. Cette science nouvelle a déjà eu ses martyrs; naguère mourait dans un village du gouvernement d'Olonetz. un savant distingué. M. Hilferding, emporté par le typhus au moment où il se préparait à compléter une collection de chants épiques, commencée dans un précédent voyage.

M. Ralston n'a ignoré aucune de ces publications; par

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