‹ Le monde slaveChapitre 65 sur 67 · Voir la Bulr/arie (,Paris. lilirairie Cerf · texte numérisé non relu

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KXI'A.NSION 1»I> I.ANC.IF.S Sl.Wr.S. 321

Chez les Slaves de roiiesl. un idinme (|iii ;i nioiitré une iiuloniptable vitalité, c"esL le t(lir«|ne. (.eux (|iii le parlent adoptèrent an x" siècle le laliii coninie huiiiue de l'Kglise, mais ils niMi restèrent pas moins ti'ès attachés à lenr laiiirne maternelle, même à r('"po(pie oîi des colonies allemandes sélablissaienl dans lenr pays, on ils avaient ponr rois des princes de la maison de Luxemltonra". Dans un monument célèbre, la Bulle d"or, rempei'eui- C.liarles IV (l;ri(> i:i78) la proclamait langue iri'.lat et invitait les électeui's de rmipire à l'enseignera leurs lils :

La majesté du Saint-Empire romain, disait-il, doit prescrire des lois et commander à plusieurs peuiiles de diverses nations, mœurs, et de dilTérentes langues. H est juste que les princes électeurs, qui sont les colonnes de l'Empire, aient la connaissance de plusieurs idiomes, leur devoir étant de soidager l'empereur en ses plus importantes alTaires. En conséquLMice. nous ordonnons que les tilles et héritiers du roi de iJoliême, du comte palatin du Itliin, du (lu(^ de Saxe, du margrave de Brandebourg, qui doivent savoir rallemaud pour l'avoir appris dès renl'ance, apprennent à partir de sept ans les langues latine, italienne et slave (c'est-à-dire tchèque), de laçon à les posséder dès l'âge de quatorze ans,

Personmdlement. Charles l\' prélerail rallemaud. (]ui était l'idiome de sa chancellerie. Sous son successeur Vacslav IV commença l'agitation religieuse à laquelle le nom de JeanHus est resté attaché. Klle avait un double caractère : il s'agissait d'une part de réformer ll-^glise, de l'antre de réinstaller dans la liturgie la langue nationale qui en avait (''li' iiannie depuis plusiciu's siècles : utra(iuistes, taborites, orphelins, frères bohèmes, toutes les sectes issues du hnssitisme furent d'accord sur ce point. Uns fut poui- la iJolièmc ce que Lullicr fid pour

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rAlloniairnc. De 1410 à ir)26, on ne compte pas moins de quati-e-vingt-trois psautiers, évangiles ou bibles complètes, imprimés ou manuscrits. La première bible imprimée en tchèque estde 1487. Cctessor de la littérature sacrée a son contre-coup dans la littérature politique. Sous Georges de Podiebrad (1458-1471) la langue tchèque entre dans la diplomatie. A partir de, la fin du xvi<^ siècle, elle devient l'organe de la chancellerie royale ; on voit apparaître des ouvrages de littérature juridique.

Dans les pays slovaques voisins de la Bohème, mais soumis à la couronne de Hongrie, le tchèque joue le rôle d'un idiome tout ensemble religieux et politique. Les rois de Hongrie l'emploient dans leurs documents officiels; les rois de Pologne, les grands-ducs de Lithuanie s'en servent dans leur correspondance. A cette époque, le tchèque peut vraiment être considéré comme une langue internationale. 11 domine en Bohême, en Moravie, en Silésie, dans les pays slovaques; il fournit des vocables au polonais et même au russe.

Née avec le hussitisme, cette prépondérance de ridiome tchèque devait décliner avec lui. Auxvii<= siècle, la guerre de Trente Ans fait triompher en Bohème la réaction catholique et le despotisme plus ou moins paternel des Habsbourg. Les livres hérétiques sont brûlés ou jetés au vent. Des penseurs, comme le grand pédagogue Comenius (Komensky), sont forcés de se réfugier à l'étranger. Le latin domine dans la littérature scientifique ou théologique, l'allemand dans la vie politique. Cette langue qui naguère résonnait à la tête des armées ou dans les conseils des rois étrangers, honnie, ])ersécutée, elle est réduite maintenant à se concentrer au foyer domestique, dans hi chaumière du paysan. J'ai

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raconte'' à diverses reprises ' comment elle se reniil à vivre dans les dernières années du xviii<' siècle, comment elle a repris aujourdhui conscience de sa valeur, comment elle est redevenue l'organe d'une des littératures les plus intéressantes de l'Europe. Cette résurrection triomphale a un revers douloureux : les Slovaques, qui jadis avaient adopté le tchèque, l'ont définitivement rejeté au xix" siècle et ont décidé d'écrire dans leur dialecte particulier. La perte est d'autant plus pénible que la Bohème avait dû aux pays slovaques deux des hommes les plus remarquaJjles de sa renaissance, le poète Kollar, et l'ethnographe historien Schafarik. Cette perte d'ailleurs n'est pas irréparable; il peut se produire un jour telles circonstances pf)litiques, — un démembrement quelconque de la Hongrie sous l'inlluence des idées fédéralistes. — qui rapproche d('-linilivi'nient les Slovaques de leurs frères tchèques, connne les Allemands du Sud se sont rapprochés des Allemands du Nord. En attendant, l'existence du slovaque est sérieusement menacée par les Hongrois, qui ne négligent rien pour magyar iser entièrement les pays de la couronne de saint Etienne. La Bohème en revanche voit sa langue reileurir non seulement dans la littérature, mais dans la science et la vie politique: une université et une académie nationales ont été récemment créées à Prague. Le tchèque déborde au delà des frontières de la Bohème et de la Moravie. Dans la basse Autriche et à Vienne on ne compte pas moins de 300 000 Tchèques ; ils n'oublient pas leur idiome maternel et, au grand scandale des vieux Viennois, ils s'efforceht de lui faire une place tout au moins dans l'église et dans l'école.

l. Voir nolaminent Histoire de V Autriche-Hongrie, liv. Vil.

Si l'on jelte les yeux sur une carte ethnographique des pays slaves, on est frappé de la façon singulière dont la langue polonaise est répartie. Dans la Galicie orientale, une partie du duché de Poznan (Posen) et le royaume créé par le congrès de Vienne, les Polonais forment une masse compacte. Dans la Galicie orientale et dans les anciennes provinces de la Lithuanie ou de la Petite- Russie, ils constituent des îlots qui flottent au-dessus de la population allogène comme des gouttes d'huile sur une masse d'eau. Au temps où la république était florissante, ces îlots dominaient les majorités au milieu desquelles ils s'étaient aventurés. Depuis que la république n'existe plus, et que la Russie a entrepris une politique de russification impitoyable, leur situation est fort compromise, et ils sont menacés de périr s'ils ne se replient pas à temps sur le groupe central dont ils se sont détachés. Il y a dans l'histoire de la nationalité et de la langue polonaises un fait très singulier. Son point de départ, sa base d'opération historique, c'est le bassin de la Vistule et le bassin supérieur de l'Oder ou de son affluent, la Warta. Elle était adossée d'une part aux Tchèques, catholiques comme les Polonais, et aux Slaves de l'Elbe encore païens qu'une habile propagande religieuse eût pu rattacher au polonisme. Mais les ancêtres des Polonais actuels laissèrent aux Allemands le soin d'évangéliser ces Slaves, ou plutôt de les détruire. Ils abandonnèrent également aux Allemands la Silésie, dont la population était et est en grande partie encore aujourd'hui polonaise. Les rois appelèrent dans les villes

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truiie part drs juils. tlo l'aulrc îles colons alleiuaiids : en dépouillant le vocabulaire polonais, on est étonné du nond:)re de mots allemands qui Tout pénétré. Des mots foncièrement slaves ont été exclus ou réiluits à une fonction inférieure et remplacés par des termes germanic(ues dont la langue ne peut plusse passer. D'autre part la prédominance du latin dansI'Kglise, dans renseignement et dans la science nuisit au développement de la langue polonaise, qui ne fut délinitivement émancipée qu'au xvi° siècle. Refoulé à louest par l'Allemand, le Polonais chercha du côté de l'Orient le terrain de son expansion. Il le trouva dans les pays de langue lithuanienne et dans ceux de langue russe. L'aristocratie des pays qu'on appela la Russie rouge, la Russie blanche, la Petite-Russie embrassa volontiers le catholicisme ou l'union et se fit polonaise; mais le peuple resta ce qu'il était : il fallut continuer à rédiger pour lui des statuts, des annales en langue russe; il fallut imprimer pour lui des livres religieux en slavon. c'est-à-dire dans la langue de l'Kglise orthodoxe.

En Pologne comme en Bohème la Réforme donna une im[)ulsion nouvelle au développement de la langue nationale. Les traductions de la Bible se multiplièrent; pour combattre les novateurs, le clergé catholique eut plus souvent recours au langage du peuple. Les lois furent traduites. Le xvi'' siècle est considéré comme le siècle d'or çle la langue polonaise; elle domina dans la Petite-Russie et la Russie blanche. Ces provinces. Russes d'origine, fournirent un certain nombre d'écrivains polonais; des prêtres uniates écrivirent tour à tour en polonais et dans un dialecte slavon-russe fortement imprégné de polonais. On pourrait faire un lexique spécial des vocables que le polonais avait empruntés à

rallemand au xiii» siècle; on pourrait aussi dresser la liste des mots polonais qui pénètrent à leur tour dans la langue des théologiens de Kiev; il y a là un phénomène linguistique de Drang nach Osten fort curieux à observer pour les spécialistes. Au xvii<= siècle, le domaine de la langue polonaise s'étendait des frontières du Brandebourg au cours du Dnieper, des bords de la Baltique à ceux de la mer Noire. A la même époque, le domaine des Osmanlis comprenait la plus grande partie de la Hongrie, la péninsule balkanique presque tout entière et la Morée. Malgré la diflérence de culture, les langues naguère soumises à la domination des Osmanlis, le grec, le serbe, le bulgare, le roumain, le hongrois, conservent dans leur vocabulaire des traces incontestables de cette domination. Les Ottomans ne reviendront plus à Bude. à Belgrade, à Bucarest ni à Sofia; mais, à défaut de l'histoire, la linguistique suffit à nous apprendre qu'ils ont jadis dominé dans ces capitales; de même le lexique nous attesterait, à défaut d"autres documents, la domination du polonisme dans la Petite-Bussie ou dans la Bussie blanche. Ce contact avec les dialectes russes n'a pas été sans profit pour la langue polonaise; elle y a puisé des éléments précieux; et les critiques littéraires signalent avec raison dans sa poésie une école ukrainienne, une école lithuanienne. La Petite-Bussie a donné le poète Zaleski à la Pologne, comme elle a donné Gogol à la Bussie. Si la carrière historique de la Pologne avait été moins brusquement interrompue, si elle ne sétait point heurtée aux répugnances de populations non catholiques, la langue polonaise aurait sans doute fini par s'imposer à tous les peuples qui vivaient sur le domaine de l'ancienne république; mais cette assimilation n'a pas eu le temps

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de s'accoiii]ilii-. L'oxiiaiision [loloïKiise s'est heurtée ci l'expansioti russe; celle-ci était mieux conduite; à une noblesse luniullueusc et anarclii(iue elle opposait la politique d'un tsar autocrate; elle invoiiuait la coniniunauté des traditions liisloi-iques et relii?ieuses pour revendiquer des provinces qui avaient été le berceau de la Russie et que le malheur des temps avait seul \)u en ilétacher. Nous parlons toujours en Occident du partage de la Pologne; les historiens russes tiennent un autre langage. Ils parlent, eux, delà réannexion de provinces russes naguère détachées de la mère patrie. Ces provinces ont été pendant des siècles et sont encore aujourd'hui le grand obstacle à la réconciliation des Uusses et des Polonais. J'ai souvent entendu des Russes libéraux tenir ce langage : « Nous verrions avec plaisir la Pologne reconstituée si nous avions l'assurance qu'elle i-enoncera à ses pi'étentions sur la Petite-Russie et la Lifliuaiiic ». Certains Polonais de sang-froid sont, je le sais, prêts à faire cette concession; les exaltés s'y refusent opiniâtrement. Il leur faut tout ou rien, c'està-dire la Pologne od morza do niorza, de la mer à la mei', de la Raltique à la mer Noire. Ils reconnaissent d'ailleurs que cet idéal n'est j)as facile à réaliser; ils espèrent ini miracle (pii jusqu'ici ne s'est pas encore produit. En attendant, le gouvernement russe actuel ne néglige rien pour refouler la langue polonaise, pour la faire disparaître des contrées oîi naguère encore elle se croyait prépoiidéi'ante. Dans les provinces dites occidentales par rapport à la Russie, c'est-à-dire dans les gouvernements de Kiev, Minsk, \'itebsk, Cirodno, Kovno, Vilna, Mohilev, Smolensk, l'usage du iiolonais est absolument interdit dans la vie publi(iuf; il n'a même pas le droit de figurer sur une carte de restau-

rant; il n'est toléré que dans l'Église catholique. Reconnaissons-le d'ailleurs, la langue du peuple dans ces provinces n'est pas le polonais, mais le lithuanien, le russe blanc, le petit-russien ou le russe. Les juifs, fort nombreux dans ces contrées, ont, comme on le sait, leur idiome spécial. Autrefois ils se disaient polonais ; aujourd'hui ils se disent volontiers russes; ce sont des étudiants Israélites des anciennes provinces polonaises qui constituent à Paris la plus grande partie de la colonie russe du quartier latin.

Refoulée dans ces provinces, où d'ailleurs le peuple lui échappe, la langue polonaise est moins menacée dans le royaume de Pologne créé par le Congrès de Vienne et que la langue officielle russe appelle le pays vistulien. Là, en laissant de côté les colonies allemandes, russes, et les juifs, qui se sont en grande partie assimilés, le fond de la population est essentiellement polonais. Jusqu'en 18G3, la langue polonaise avait dominé dans la vie publique. A dater de cette époque, le gouvernement a introduit la langue russe; elle a été imposée dès l'école primaire, dans les bureaux, dans l'administration. A l'université russe de Varsovie, même renseignement de la littérature polonaise est donné en langue russe. Pour les magasins, les enseignes russes sont obligatoires à côté des enseignes polonaises. M. Boudilovitch ne se dissimule pas l'effet que ces mesures violentes peuvent produire sur les Slaves auxquels il propose la langue russe comme idiome international. Il est lui-même professeur à cette université de Varsovie cjui est le grand instrument de russification de la jeunesse polonaise.

e Depuis 1863, dit-il, la langue russe a pris en Pologne une j)Osilion de combat, qui peut-être ne répond pas à

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