‹ Le monde slaveChapitre 7 sur 67 · I. Ynii- !•• ni-(...,.nt viiiumc. p. 172 et >uiv · texte numérisé non relu

I. Ynii- !•• ni-(...,.nt viiiumc. p. 172 et >uiv

XXII I.NTKODLCriO.X.

rien à notre dii^niité nationale. Rendons au Tsar ce qui est au Tsar, mais ne lui ollrons i)as ce (|uil ne nous demande point et dont nous n'avons pas le drcil de disposer. Le panslavisme — vrai on supposé — des petits peuples s"expli<pic par leur l'aildesse. C'est une arme de combat, ce n'est i)as un idéal définitif Toutes les nations ont le droit de vivre. Les Polonais, les Tchèques, les Slova(iues, les Slovènes les Croates n'ont nul besoin de se fondre dans l'unité russe et dans lorlhodoxic. Les Serbes et les Bulgares ne gagneraient rien à passer du joug turc sous la domination russe. Aujourd'hui comme il y a trente ans, je répète ces beaux vers de Kollar que je mettais en épigra]»Iie à un de mes prenii(>rs travaux :

S.;m svubody kilo liodiTi svolioihi ziui vàziLi K;izilou : Toii kdo do pout jiiiid olroky sàiu je otrok.

Celui seul est digne de la liberté qui sait respecter la lilicrlé d"auli'ui : celui qui met des esclaves aux fers est lui-niLMV.e un esclave.

Octobre 181)7.

LE MONDE SLAVE i

Ki's peuples slaves couvrent à peu près le tiers de riùirope et rornienf un (piarl au moins de sa population totale. Ils sont loin doceupei- dans nos études et dans nos connaissances une part pro|)ortionnelle à leur importance géographique et num(''ii(iiie. il impoile ;uijourd'hui, plus que jamais, d'avoir sur eux des notions complètes et précises; car ils sont («.nstamment en lutte avec l'Allemagne, ils voient, rliaipii- |(iiii-. leiu- (>.\istence menacée par elle, et ils sont aj)pelés à devenir, à un moment donne, nos plus fidèles alliés.

Esquissons. (Caliord. à grands traits, la carte et la statistique du monde slave. Les peujjles slaves se renloidrent en Allemagne, vn .\utriclie, en Russie et en

1. Ce morceau fut écrit jpour la licpublique frunçaine en 18"3. Voir fiiilrodiictioii.

Turquie. Doux Étais slaves sont réellement indépendants, la Russie et le Monténégro, un autre, la principauté de Serbie (et non Sertie), est soumis à la suzeraineté de la Porte '. Kn dehors de ces États, les Slaves ne figurent que comme citoyens de pays où le souverain est étranger à leur nationalité.

Il est assez difficile de dresser un recensement exact de la race slave; les dilïérents peuples qui la dominent ont trop d'intérêt à la dissimuler pour qu'on puisse compter sur l'exactitude des chiffres qu'ils nous fournissent. Ceux que je donne ici iront qu'une valeur approximative.

Les Slaves se divisent en trois grands groupes : Slaves occidentaux, Slaves orientaux, Slaves méridionaux ou Jougo-SIaves.

Les Slaves occidentaux comprennent les Polonais, au nombre de 12 millions, répartis entre la Russie, la Prusse et f Autriche ; les Tchèques, dans le royaume de Rohème, en Moravie et en Silésie, 5 millions, auxquels il faut joindre i millions de Slovaques dans le noi-d de la Hongrie, les Lusaciens, ou Wendes, derniers débris des races de fElbe, au nombre de 142 000, répartis entre la Prusse et le royaume de Saxe ^.

Les Slaves orientaux sont les Russes. Ils se divisent en Grands-Russes, qui habitent le nord et l'orient de la Russie proprement dite; en Malo-Russes ou Petits- Russiens, qui peuplent la Russie méridionale et une partie de la Galicie et de la Hongrie, en Russes blancs, qui habitent la Russie occidentale. On compte près de

1. Depuis 1878 la Serbie est devenue un royaume indépendant el la Hulyarie une prinripaulé vassale de la Porte.

'2. Voir plus loin, pour la discussion de ces chifTres, l'étude sur la Langue russe et Vexpansion des langues slaves.

50 millions de Grands-Husses; 10 millions de Petits- Rnssiens; 3 millions de Rnsses blancs. L'ensemble l'orme un total d<' 70 millions.

Les lougo-Slaves comprennent les Bulgares (Bulgarie, Thrace et Macédoine, dans lempire ottoman), au nombre de ■) ou 0 millions, les Serbes et les Croates qui forment rii réalili" nue seule nation par'IaLrée en deux éléments par la dillV-rence de religion et d'alphabet. Ils habitent la Croatie, la Slavonie. la Dalmatie, Tlstrie, le Monténéyro, lllerzégovine, la Bosnie, la vieille Serbie, la iVontière militaire autrichienne, quelques parties de la Hongrie méridionale. Ils forment un total d'environ 8 millions. Il faut y joindre les Slovènes, qui, au nombre de 1 -200 000, occupent la Carinthie, la Carniole, une j)artie de la Styrie, de Flstrie. etc.

Tous ces chiffres réunis donnent un total d'environ cent millions.

Cet ensemble de peuples est. malheureusement, loin de former un tout homogène. Les Slaves du Sud sont séparés des Tchèques par les Allemands d'Autriche, des Slovaques et des Polonais par les Hongrois qui se sont établis, pour ainsi dire, au ca;ur môme du monde slave; des différences de religion divisent et irritent les uns contre les autres les membres d'une même famille. Dans le conllit des Russes et des Polonais, le fanatisme religieux joue un rôle plus grand encore que l'idée nationale ; le groupe serbo-croate comiireud des catlioliques, des oi-thodoxes et des musulmans. Les Wendes, (fui ne sont que 140 000, ont trouvé le moyen d'appartenii- à deux sectes différentes, et d'avoir deux orthographes. Dans le pays qui offre, au premier abord, la configuration la plus nette et l'unité géographique la plus incontestable, trois millions et demi de Tchèques

sont tenus en échec par deux millions d'Allemands. « Les Slaves, a dit \m écrivain grec du moyen âge, sont une nation anarchique. » Leur histoire tout entière démontre la vérité de cet aphorisme; cet esprit d'anarchie s'étend jusqu"^ la littérature. Au lieu de se grouper autour de quelques dialectes bien choisis, elle sï'parpille dans une loule d'idiomes, dont quelques-uns sont réellement inq)roi)res aux grandes productions. Quatre langues principales se partagent aujourd'hui le monde littéraire slave. Ce sont : le russe, le polonais, le tchèque ou bohème, et le serbe. Autour de ces idiomes gravitent des idiomes secondaires qui finiront, sans doute, par se laisser absorber par eux. Il est possible, cependant, que les Bultrares arrivent à créer une littérature nationale '.

Pour qui veut s'initier au monde slave, il est à peu près indispensable d'apprendre au moins l'une des langues slaves: mais notre littérature, comme toutes celles des nations occidentales, est encore fort pauvre en moyens d'étude.

Les Allemands, si impartiaux et si érudits quand il s'agit de peuples morts, ont trop d'intérêt à calomnier les Slaves pour qu'on puisse se fier à eux. C'est aux Slaves eux-mêmes qu'il faut demander la clé de leur histoire et le secret de leur destinée. Mais l'étude de leurs langues n'est pas aussi accessible que celle de

i. Ils y sont en eirel arrivés, et la jeune litléralvn-c fait preuve d'une très louable activité; on n'obdit pas espérer ce résultat en i8"3.

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