L'AUTRICHE
ANCIIlfHl, MODTBLLI IT FUTDKI
dus ici rapports avec le Sltftae.
Noos avons jusqu'à présent esquissé dans ses traits les plus généraux la physionomie du monde slave. Nous avons passé en revue les diverses faces du panslavisme. Nous connaissons la Russie, officielle et populaire, comme empire et comme nation, et enfin les nombreuses péripéties de la grande et perpétuelle lutte do despotisme et de la liberté en Slavie. Cherchant ce que les Slaves ont à craindre, et ce qu'ils ont à espérer de la Russie, nous avons vu dans cette puissance considérée comme empire, la citadelle et le camp du despotisme slave. Il semble qu'on peut essayer de montrer comment l'Autriche nouvelle, l'Autriche de l'avenir, est providentiellement appelée à devenir pour tous les Slaves le rempart et le camp de la liberté. Pour cela disséquant jusque dans ses fibres les plus intimes la conscience autrichienne, et séparant avec
soin le côté factice et bureaucratique du côté naturel et populaire, nous allons montrer successivement, et toujours w rxtiflt 4$ YQÇ slave, l'Autriche pncienne, nouvelle et future, afin d'en conclure lés corrélations, sinon existantes, du moins possibles entre l'Autriche et le slavisme.
L'A» IICBE ANCIENNE ,
»V8 ABX SLAYI8.
Bn «impie eeup-d'eei) sur la carte d'Autriche lait ve» combien est centrale et dominante la situation de ••e provinces slaves. La Moravie et la Styme, l'Illyrie et la Bohème, forment comme les quatre membres de Fembryon autrichien. Ce sont ces provinces qui ont Eût eonstemmeqt le nerf de la monarchie depuis qu'elle existe. Bien plus, ee soqt les Slaves eux-m^mes qu!on doit regarder comme les pères, les fondateurs de eet empire. L'histoire abonde de preuves que l'Autriche est d'origine slave.
Vienne (Vindobona) fut longtemps le siège des derniers Vendes indépendants , refoulés par les Romains de F Adriatique vers le Danube. Marc-Auréle enfin étant venu les chercher jusque dans Vindobona , y bâtit, pour les tenir en bride, un castel et une caserne, eh il installa la fameuse légion fabienne : de là le nom de fabima porté quelque temps par la ville des Ven-
des. Mais cette race étant aborigène dans les Alpes d'Autriche, continua d'y mener sa vie agricole et pastorale sous la domination romaine, jusqu'à ce que les Obres ou Avares d'Asie firent à leur tour invasion dans le bassin du Danube, d'où ils chassèrent les derniers Romains. Fabiana , désertée par les légionnaires fabiens, redevint Vindobona ; et les Slaves reparurent formant comme toujours le fond de la population du sol.
Chariemagne, marchant contre les Avares, passe avec ses Francs par la cité des Vendes, et un donjon français y remplace le castel romain de Marc-Aurèle. A la place de la basilique de son premier évêque, Mamertin, Vienne voit s'élever par la main des Francs une chapelle dédiée à V apôtre du Salzbourg et au missionnaire des Vendes, à saint Rupert : c'est aujourd'hui dans Vienne le plus ancien monument connu. Douai cures allemandes furent créées par Chariemagne , et fleurirent sur cette terre vende , jusqu'au jour où li croix grecque de saint Cyrille y vint remplacer la croix latine de saint Rupert.
L'élément slave émancipé par les Avares n'avait pa être qu'imparfaitement remis sous le joug par Charlemagne. L'empire morave fut une des puissances qui émanèrent du démembrement de la monarchie carlovingienne. Les empereurs moraves englobèrent dans leur domination toute l'Autriche actuelle. Une branche des Ogres, affiliée aux Obres ou Avares, et connue sous le uom de Magbyars, est enfin appelée, des bords de la mer Noire , par les conquérants allemands des
l'àOTUCHE KT LE 8LAVISM1. 31 S
pays tendes, pour les aider à écraser le slavisme naissant , qui succombe sur le Danube où la barbarie k remplace. Ce fut alors que pour opposer une digne aux débordements de la férocité maghyare , l' empereur Otbon fonda en 984 le margraviat de l' Os t mark ( frontière d'Orient ) , dont le premier margrave fut Léopold de fiabenberg.
Je me suis souvent demandé d'où pouvait venir ee nom de Babenberg , porté par la première dynastie princîère de l'Autriche. La racine bab est tout à fait étrangère aux idiomes germaniques. Bab, Baba est on mot essentiellement slave , et désignait dans le paganisme slavon la divinité de la matière, le génie femelle de l'univers; c'était la mère du monde, Tépouse du dieu Soleil, comme Isis, Gybèle ou Diaue. Il y a encore en Slovakie la cime sacrée des Karpatbes, dite Baba-Hora, mot qui se traduit assez bien en allemand par Babenberg. Les premiers margraves d'Ostmark auraient-ils fait comme plus tard les seigneurs slaves de T$erna hora et de uuna hora , qui pour complaire aux conquérants traduisirent en teuton les noms antiques de leurs aïeux, pour s'appeler Scbwanenberg et Liechtenstein ? Qui sait si les Babenbergen ne tiraient pas leur nom du culte de la grande Baba, ou mère nature des Vendes du Danube , dont leurs ancêtres avaient peut-être élevé l'autel sur quelque dme aérienne, sur quelque baba hora des environs de Vienne? Devenus les sentinelles de l'Allemagne en Slavie, ces margraves bâtirent leur première citadelle
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à Melk , dont la situation péninsulaire au milieu du Danube indique asses que ceux qui y tenaient leur ronr, se sentaiept en terre étrangère et ennemie.
A force de combats, le margrave Saint Léepcld m glisse pins avant ehos les Vendes, et réussit à alkv se aenstrntfe an eastel , au-dessus même de Yindebene, sur le Kablenberg , montagne chauve , nom qui, M aussi, porte une empreinte éminemment slave. Tentes tes villes des Slaves païens possédaient un pareil ment chauve on dépouillé de verdure, montagne de fid ai de Berun , le dieu blanc, le dieu de la lumière et es Isn. Cette montagne oh se faisaient tous les sacrtfiosi «tpiatoires, destinés à apaiser la colère dn ciel, était regardée eomme un paratonnerre soutirant la ïambe, et protégeant h ee titre la ville bâtie à see pieds : émk pourquoi on la représente toujours foudroyée et «I» einée par le fou du ciel. Nestor nous montre au-descn de Kiev un pareil mont chauve, où Vladimir met m pièces la statue de Peran. La même chose se Mroum à Graeovie, où la Lysa Sera porte eneore sur sa peinte le plus ancien couvent de la Pologne, élevé sans dénis sur 1rs ruines du principal sanctuaire du paganisme kkhite. A Moscou même, te peuple, quoique chrétien, a voulu, fidèle à ses souvenirs, avoir comme pirater nerre auprès de ses murs une montagne chauve parsttb au Kablenberg viennois.
Ce furent les croisades qui rendirent 1* Autriche tout à fait allemande, et lui donnèrent son rêle historique. ta situation de ee pays limitrophe à la Grèce et
l'autmobi et li slàvisme. 815
états musulmans rappelait naturellement à devenir 1 entrepôt des vivres, des marchandises, des provisions de guerre de tonte eapèoe, nécessaires aux années des croisés. On sait d'ailleurs que jusqu'à la découverte du eap de Bonne-Espérance, le Danube avait formé la grande artère de communication entre l'Asie et l'Europe, f unique canal des caravanes de l'industrie, comme des armées conquérantes. Aussi quand P Occident fanatisé parut vouloir se déverser tout entier sur r Orient mécréant, l'Autriche, naguère eqcore obscure et ignorée, devint comme un port de salut, et le point de rrpos des pèlerins entre Ratisbonne et la Ontee , entre Gnnstantinople et Paris. Toutefois les Waves sentaient que les croisades n'étaient pas pour eui, que fûtes par leurs oppresseurs , elles ne devaient avoir pour résultat que d'agrandir les états de leurs conquérants. Cest pourquoi ils n'y prirent jamais une paît «rihonsiaste. Les courtisans slaves des princes germaniques suivaient seuls leurs maîtres en Syrie.
La première croisade que l'antique cité des Vendes vit défiler sous ses murs germanisés fut celle du duc délaie, Henri-le-Lion. Ce fameux bourreau des Slaves de la Baltique descendit le Danube avec une armée magnifique. Sa flottille dorée , pavoisée de mille orgueilleux écussons, et chargée des dépouilles des sanetuaires slaves de l'Elbe , qu'elle portait à Jérusalem, parada devant le Babenberg Henri Iasomirgott , qui descendit de son kahlenberg, et alla au devant du lion de Saxe jusqu'à Klosternenbourg. Puis le chef saxon
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continue sa route à travers la Slavonie, la Serbie et la Bulgarie, où ses louangeurs racontent de lui des aventures fabuleuses au milieu des prétendus païens slaves. La seconde croisade , celle de F empereur Cou* rad III , passe également par Vienne et emmène en Judée lasomirgott. Battu , le margrave autrichien revient sans armée, et l'oreille basse, à son cartel de Leopoldsberg , où il oublie son malheur dans les taras d'une belle princesse greco-slave ou hysantine, de Tbeodora, qui, exemple parfait de la fécondité slave, donna à son époux dix-neuf enfants. Il semblerait qae ce prince avait tendu la main aux Slaves , an point d'adopter en partie leur langage. Le nom singulier de ce Babenberger n'offre qu'une syllabe allemande, lt dernière, gotl qui signifie Dieu. Quant au mot 7<womtr, il ne s'explique bien qu'en si a von. Iaz, canal souterrain, fossé ou retranchement, et rotr, la paix, c'est-èdire le retranchement , la forteresse de la paix , de h paix féodale, ou paix de Dieu.
Grâce à ce prince habile, et à la paix qu'il savait maintenir dans ses domaines, Vienne, la champêtre cité des Vendes, se transforma en une grande et opulente cité. Aussi lasomirgott obtint-il de l'empereur le titre de duc, et son pays celui de duché. En 1 165 le nouveau duc maria sa fille Agnès au roi de Hongrie, Etienne III. Les noces eurent lieu à Vienne, et donnèrent lieu pendant quatorze jours à des fêtes d'une magnificence féerique. Prague la dorée devient jalouse de Vienne : elle voit en elle une future rivale,
l'autmchi et le slavisme. 347
et une maie odieuse ; car c'est une cité allemande en 81a vie. Les chevaliers bohèmes se lèvent donc pour aller la réduire en cendres. Assiégée par eux, Vienne se défend bravement ; mais son duc Iasomirgott qui veut prendre en flanc les assiégeants, est blessé mortellement par eux sons les murs de la ville en 1 177. L'antagonisme entre le germanisme et le slavisme devient flagrant. Le Danube, slave jusqu'alors, est disputé aux Slaves à la fois par les marchands et les barons germains. Ce fleuve se couvre de villes qui regorgent de richesses, et où par contrecoup affluent les colonies teutones. L'Autriche germanisée devient un duché pareil à la Bavière.
La troisième croisade, celle de Frédéric Barberonsae, en passant par Vienne, en emmène le nouveau doc, Léopold, dit le vertueux, en Syrie. Ce vaillant, mais vindicatif chevalier se querelle à Saint-Jean-d'Acre avee Richard Ceeur-de-Lion qui, à la prise de cette place, jette la bannière de V Autrichien du haut des remparts dans la boue. Bien des années après, Richard seul, fugitif, ayant perdu son dernier soldat, traverse l'Orient et la Grèce, déguisé en marchand normand, il arrive en Autriche, est reconnu dans une misérable auberge à Erdberg, et est conduit au duc Léopold qui se vengea de lui d'une manière autrichienne peut-être, mais fort peu chevaleresque. Son fils et son successeur Frédéric Ier, s'en va mourir en Palestine, à Ptolémaïs, an lieu même où son père avait reçu F affront du Cœur-de-Lion. On cite également une
3fa LE 110XD1 SUvt.
doehesse d'Autriche, Ttba, veuve de Léopold-le-Beau* qui s' étant jointe aux croisés, disparut, prise par kl infidèles, et passa, dit-on, au sétail du sultan Massoudf qui eut d'elle un fils duquel naquit Noureddin. Les continuelles et souvent honteuses défaites des croisés finirent par déconsidérer la guerre sainte ehes les Al* tanande autant qu'elle l' avait toujours été ebei kl Mavefc ; et les Babenberger éui-mèmes qui devaient ledr grandeur à ees eipéditions finirent par 7 renoncer.
Oà ne songea plus à la cour de Vienne qu'à mener la vie joyeuse des chevaliers ; tournois, danses» pria* très grecs, chanteurs d'amour et de prouesses occupaient les loisirs des châtelains* Le luxe des Babenberger était extrême. Le plus célèbre et le plusgrasd d'entre ees princes, Léopold dit le Glorieux^ vivait entouré d'artistes de tout genre. Slaves et AltaaaadB trouvaient à sa cour un égal accueil. Les uns et la autres se communiquaient réciproquement leurs souvenirs et leur génie. 11 en est résulté le NieMuagmlied, épopée qui est autant slave qu'allemande, 00 plutôt qui, allemande par le langage, est tout à fait slave par le sujet. Expression la plus parfaite de l'Autriche primitive, ce poème, pour ainsi dire mixte, où toutes les poésies de race de Y Europe orientale se trouvent en quelque sorte concassées et unies à l'état de mosaïque, a pour base et pour dénouement la ruine des Huns et la mort d'Attila, ou la déroute définitive des bordes de cavaliers nomades* c'est-à-dire des eunemisétep»
L'AOTltttUt fit Lft SUVIStfl. Ml
tari* du Natistitoi Aussi te Nièbelungen-lied fourmil* IM-il 4e noms slaves testés jusqu'à présent inaperçus «t éradits, et qui prouvcot que parmi les mtahe* singer d'alors an grand nombre étaient sleVes. Parmi eu et distinguait le Carinthien Walter de Tbgelireide qui OMS peint la cour du duc Léopotd tods des «Ht* lut* fltfoisantett On sait qu'au fattietti combat poétkqut As Wattbourg, ee due fut tétëbri par teë latinAt* d'alors* comme le soleil de l'emplit», et mis par arttt de In lyre au-dessus de tous tes princes dû temps.
Pour l'architecture et les arts mehumentatti, tés Mbenberger ne se montraient pas moins magnifiques. Aux tilles de bâté des anciens Vendes déjà le due htftwiigott avait foit Succéder tes fortes tonstrttfr-
tiens allemandes en pierre et en granit; il avait &>)*msneé le paissant dôme de Baint-Étienne, dont tih Nonalt, Octavian Walsner de Graeotie, jeta le* ton* dHtonts et «eva la façade byzantine, qui par s» •snlptntes et ton symbolisme curieux étonne encore sajeatti'biit Ce dôme admirable auquel ou travailla dtnnt soixante-quatorze ans, fut terminé par un autrs Slave, par Antoine Pilgram de Brftnn, qui eut la gloire d'en achever en 1434 la supetbe tour, la plue belle qui existe au monde.
Ce fut Léepold-le-Glorieui qui érigea Tienne ah tille libre, créant un sénat de citoyens chargés de veiller au maintien des privilèges de la ville, a sa pdliee intérieure et a sa prospérité. 11 fut alors Interdit à tout individu de marcher dans les rues avec Tare
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bandé ou le gantelet de fer à la main. Non contant d'avoir affranchi Vienne, Léopold prodigua an trésor» pour l'orner de palais, de couvents et de ments de toute espèce.
Pendant ce temps la lutte de l'empire et do doce avait succédé à la lutte des croisades. La dynastie impériale des Hohenstaufen, ayant encouru la colère des papes, se vit excommuniée, et toute F Allemagne avec elle. Ce fut un spectacle étrange et terrible: plus de messe, plus de baptêmes, plus de convois fch nèbres, les cloches muettes, les cierges éteints sur les autels, les églises fermées, les prêtres passant sombres à travers la foule! Cette situation violente surexcitait au plus haut point les passions des partis; bientôt toute la société se trouva scindée en dem camps, Guelfes et Gibelins, ultramontains et impériaux. Au milieu de cette anarchie les rusés dues d'Autriche se mettaient contre l'empire du côté de r église, aussi étaient-ils l'objet de la prédilection des papes qui les recommandaient continuellement aux électeurs ultramontains en Allemagne. Seul, Léopold- le -Glorieux, tâche de se maintenir impartial entre les dem grands pouvoirs belligérants de la chrétienté. Maîtrisé par l'idée de réconcilier ensemble le pape et l'empereur, il faisait dans ce but de continuels voyages de l'un à l'autre, et mourut l'année 1230 en Italie, occupé de ces négociations.
Ce prince avait durant son long règne poursuivi une seule pensée, celle de faire fraterniser les races di-
l'autuche xt li slavismk. 324
verses et les pouvoirs antagonistes, dans 1* intérêt de k paix et du bonheur de tous. Le due qui lui succéda, Irédéric-le-Guerroyeur se fit détester autant que Léo* pold s'était fait chérir. Son règne semble avoir été réaction du germanisme qui se sentait de plus plus débordé par les mœurs slaves en Autriche, Frédéric vécut comme un vrai Teuton, en guerre avec tout le monde. D* abord il conspira avec les magnats hongrois contre leur roi Bêla IV ; mais ce roi furieux fondit sur l'Autriche où il exerça des dévastations telles que l'empereur lui-même dut marcher au secours de Vienne, et l'ayant délivrée, il la déclara libre et indépendante de son duc héréditaire. Mais le guerroyeur Frédéric n'entendait pas se laisser spolier ainsi nos combat; il lutta contre les impériaux, et après in siège mémorable reprit sa cité de Vienne et se fit réintégrer par l'empereur lui-même dans tous ses droits. Alors avec l'appui des magnats hongrois, c'està-dire de la noblesse maghyare, il recommença sa lutte contre le roi de Hongrie, c'est-à-dire très probablement contre les Slaves illyriens et croates, que ce roi favorisait trop au gré des Allemands et des Maghyars. Le terrible Frédéric meurt enfin dans sa lutte contre les Hongro-Slaves, à la bataille acharnée de Mcustadt, en 1246. En lui s'éteint la dynastie des Babenberger; en lui le germanisme se trouve momentanément vaincu sur le Danube.
Cependant depuis la catastrophe de Neustadt, les Maghyars et les Slaves de Hongrie ne cessaient plus i. ai
an seul jour daller butiner et piller en Autriche. JLç saint empire allemand n'était plus en état de les repousser ; contre les Slaves barbares il invoqua les Slaves civilisés, c'est-à-dire les Tchekhs qui, pour leur propre ruine, acceptèrent ce nouveau rôle. Le roi de Bohème, Venzel envoya son fils Ottakar délivrer F Autriche des dévastations hongroises. Le brillant Ottakar, surnommé le Doré et le Magnifique, entre dans Vienne en triomphateur, et y est proclamé duc par la bourgeoisie enthousiasmée de son courage. Ainsi la vieille cité des Vendes, même après être devenue allemande, revient spontanément se placer soas une dynastie slave ; et les princes tchekhs succèdent en Autriche aux Babenbcrgs.
Ottakar dota Vienne de privilèges de tout genre; il montra surtout sa libéralité envers elle après l'incendie de 1276, où presque toute la ville avait été détruite par les flammes. Ottakar la rebâtit presque entièrement à ses frais et par les mains de ses fidèles Tchekhs. Devenue une véritable république. Vienne se gouvernait démocratiquement en nommant ellpmême les vingt-quatre consuls ou mandataires chargés de l'administration. Vengeur trop dévoué des intérêts allemands contre la Hongrie, Ottakar poursuit les Hongrois vaincus hors de l'Autriche, et marche pour enlever à Bêla IV la Styrie, que ce roi avait conquise. Les deux grandes armées, bohème et hongroise, se rencontrent dans le Marchfeld, au pied des Karptthes moraves. Longtemps elles redoutent d'en venir
LAtnUCBB *T LE SLÂYISMB.
fVf mains, à tel point que la disette se met dans les denx camps. La bataille enfin s'engage, et les Haifcyan, culbutés, remplissent la rivière de la March de quatorze mille cadavres entassés, qui serrent de popt aux Slaves vainqueurs pour poursuivre le roi 9Aa et ceux des ennemis qui avaient survécu. Bêla ipplore la paix. Alors le généreux Ottakar se rapproche du roi vaincu j il contracte avec lui une alliance dopt il sera la victime, et, après un divorce fatal, il «a jusqu'à épouser, pour son malheur, la nièce même et Bêla, la belle Kunigonde. Le mariage a lieu à Vienne, où la cour hongroise étale un luxe asiatique, qui contraste avec la rudesse austère des bourgeois allemands de la ville, mais qui concorde assez avec Félégance slave. Les chroniques disent que les costumes en magnats hongrois ruisselaient de pierreries, et fft'ib avaient des diamants jusque dans leur barbe. Bon moins magnifiques dans leur costume, les Bohèdéployaient plus de tact et de bon goût. Quant 11 marchands tentons, ils regardaient, ébahis sur le al de leurs boutiques, passer ces pompes joyeuses des enfants de l'Orient.
Beçus dans le saint-empire d'Allemagne, les Slaves •Huent le féconder et ï imprégner de leur génie : cet empire allait devenir par Ottakar un fruit de l'idée ilave. Mais , pendant que le héros tchekh associait généreusement l'étincelaute épée slave à la lourde lance éff chevaliers germains, ceux-ci, craignant de se voir bientôt dominés par les Bohèmes, devenus prépondé-»
Ll UONDI SUV1.
ruts dans r eau pire, payaient les services <F Ottakar par de T ingratitude. A la place de F empereur défont, ils élisaient nn pauvre comte suisse, Rodolphe de Habsbourg, qui n'avait d'autre mérite, à leurs yeux, que celai de ne pouvoir rivaliser avec aucuu de sel électeurs. Aussi les moqueries des magnats sujr sa misère ne tarissaient pas. A son couronnement, le sceptre manque ; Rodolphe saisit le crucifix sur l'autel et s'écrie : Yoilà mon meilleur sceptre, avec lequel je frapperai sans pitié quiconque me résistera ! Les Habsbourg ont tenu parole, et la religion est restée entre leurs mains un moyen de police et de domination irrésistible.
Seul Ottakar se refuse à courber la tète : excité ptr la perfide hongroise Kunigonde, et malgré les consrili de ses barons, qui ne cessent de lui répéter le proverfas slave : les femmes ont les cheveux longs et la raim courte, Ottakar envoie fièrement au nouvel emperetr un cartel de faïda. Les deux armées, allemande et slave, se rencoutrent dans le Marchfeld, précisément sur le même lieu où, quelques années avant, Ottakar avait si complètement battu et défait les Hongrois, lesquels cette fois, pour se venger, avaient amené leur armée sous le drapeau de Habsbourg. Cette seconde bataille du Marchfeld, plus sanglante encore que la première, eut lieu l'an 1276. Ce fut une mêlée bot* r ible, où la fleur de la chevalerie fut moissonnée. Tien Trantmannsdorf y périrent. Rodolphe lui-même y fat deux fois en danger de mort. Enfin, vaincu et pour-
l'autuchk et ls sutismb. 385
suivi sur cette plaine immense, où il avait tu se lever l'aurore de sa gloire, Ottakar, désespéré, cherche la mort à travers les rangs pressés des Schvabes et des Hongrois, réunis encore, comme au temps des Svatoploks, pour l'oppression du slavisme. Couvert de dixsept blessures, il tombe noyé dans son sang, à l'âge de quarante-huit ans. Rodolphe, en parcourant à cheval ee vaste champ de carnage, arrive pour voir son rival qui se roulait à terre dans les angoisses de l'agonie. Le pauvre comté ne pouvait en croire ses yeux ; il doutait encore de sa victoire : trois jours et trois nuits il resta campé sur le tfarchfeld pour voir si les Bohèmes ne reviendraient pas à la charge. Chaque nuit son armée se croyait assiégée par les fantômes d* Ottakar et de ees Slaves héroïques. On s'attendait qu'au moins leurs descendants allaient accourir pour les venger. Mais, sentant que leur heure n'avait pas encore sonné, les Slave» ne revinrent pas. Ils préférèrent se rendormir sous le joug allemand plutôt que de troubler la pan du monde. Le triste et silencieux convoi d' Ottakar, mort excommunié, semblait préluder aux destinées plus tristes encore qui allaient s'ouvrir pour rAutricbe. Après avoir flotté jusqu'alors incertaine dans ses tendances entre le slavisme et le germanisme, r Autriche se faisait allemande. Par là elle abdiquait ee caractère de spontanéité et de poésie, cette fraîcheur d'aspect, cette joyeusetè, propres aux Slaves et à la cour des anciens Babenbergs.
le premier Habsbourg célébra sa victoire en faisant
SIS Ll MOlfDB SLAVE.
soD fils Albert duc d'Autriche, et en comblant de & veurs ses schvabes, qui marchaient dans les roeS dé Vienne, dit la chronique, tout codTerts d'écarlatë, ayant des pierreries jusque sur la pointe de leurs sofr liers. Encore très peu Allemands à cette époque, ce éé voyant exclus de toutes les charges du duché, les Viennois se révoltèrent contre l'étranger qu'on avait fitit leur duc. Albert chassé se retire sur le Kahlenberg, dans le vieux castel de Saint-Léopold, d'où il barre lé Danube et affame la ville, qu'il réduit à demander merci» Hais les franchises municipales octroyées pà le généreux Ottakar durent être respectées encore qtittque temps. Le reste de l'histoire de l'Autriche est tro$ moderne pour mériter d'être constaté ici en détail.
La manière dont l'Autriche, devenue archiduAè, s'agrandit aux dépens des états slaves qui rentreraient, est connue de tout le monde. Après avoir éÉglobé successivement la Moravie, la Silésie et la Bohême, les provinces illyriennes et la Hongrie; aprft) avoir enfin démembré la Pologne, l'Autriche devint M membre le plus puissant de la confédération germanique, uniquement grâce à ses éléments slaves. Ditt ses longues guerres contre l'ancienne monarchie et Bourbon, la première République française et Napoléon, l'épée slave seule releva et soutint F Autriche vaincue. Durant les catastrophes de 1818 et 49,1e maison de Habsbourg, sans les Slaves, marchait à une ruine inévitable. Tous ses sujets allemands, dégoMft d'elle, l'avaient si bieu abandonnée, quelle ne ponviit