L'AUTRICHE CONTEMPORAINE
à l'égard de» ftlro*.
Nous venons de montrer en résumé ee que r Autriche ancienne, l'Autriche de l'histoire, a dû aux Slavei depuis son origine jusqu'à nos jours. Maintenant, B faudrait constater l'état de l'Autriche contemporaine dans ses rapports avec le slavisme. Pour cela, il importe d'étudier d'abord l'Autriche officielle, bureau* cra tique, avant et depuis la révolution d'octobre; puis, on l'envisagera dans ses rapports et ses actes vis-à-vis des peuples vaincus.
L'Autriche, telle que l'ont faite M. de Hetternich et les archiducs de la maison régnante, F Autriche de l'ancien régime et celle de la réaction nouvelle, est essentiellement contraire au progrès. Elle a pour base l'immobilité des gouvernés ; elle est par excellence le champion du statu quo. Par là même aussi cette puissance est l'antagoniste obligée de la France, l'ennemie la plus constante , la plus acharnée de la révolution ea
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Europe. Toute l'histoire n'est que la preuve de ce grand fait. Voyez, en effet, comme la main de fer du destin pousse incessamment l'Autriche dans toutes les Toies de la réaction. Cet empire eut pour chef, à la fin du dernier siècle, un des plus chauds adeptes de la philosophie voltairienne. Joseph II, durant son séjour à Paris, y fraternisait avec les radicaux, et se moquait de la gentilhommerie française et de la cour de Ver» sailles. Cependant, de retour en Autriche, il devint forcément l'adversaire de cette même révolution française, dont, au fond de sa conscience, il admirait les principes.
Les longues guerres autrichiennes contre notre première république ne s'arrêtèrent pas même devant la réaction impériale de Napoléon : c'est que Napoléon personnifiait encore jusqu'à un certaiu poiut la révolution française. Egalité, fraternité, telles étaient les bases de son fameux Code civil, code qui a vraiment constitué la société moderne. Au milieu même de ses plus lointaines conquêtes, le héros avait adopté ce principe d'égalité fraternelle partout et pour tous, jusque pour les musulmaus. L'Egypte et la Syrie se souviennent encore de la sévère équité avec laquelle il vengeait la mort d'un pauvre fellah aussi rigoureusement que celle d'un prince. A la question d'un cheik arabe : Est-ce que cet esclave qu'on a tué était ton cousin? le conquérant répondait : 11 m'était plus que cousin, car tous ceux que je gouverne sont mes enfants. Napoléon se posait doue devant les rois comme le re-
présentant de la démocratie française. Or, quel était l'obstacle continuel à ses plans d'organisation? L'Autriche. Aussi toute la vie de Napoléon fut-elle une lutte constante contre l'Autriche et ses alliés. Chacun des traités de paix qui suivent ses victoires n'a qu'un but : celui de démolir l'Autriche et de se l'assimiler.
lisez l'histoire du consulat. Pendant ce temps, que faisait l'Autriche? Elle pesait de tout le poids de son esprit réactionnaire sur la France, et, à l'aide de ses nombreux confédérés, elle la bloquait hermétiquement. Ne pouvant l'entamer sur le Rhin, ses armées la pressaient tout le long des Alpes. Le roi de Sardaigne était son plus fidèle allié. Pour dégager la France de ce blocus moral et faire jour à son influence au dehors, Bonaparte s'élance avec un corps d'élite pour attaquer cet incommode portier des Alpes, le roi de Piémont ei ses amis autrichiens. Il suffit de deux batailles, à Montenotte et à Mondovi, pour conduire le conquérant de vint-cinq ans à dix lieues de Turin, et à une paix glorieuse avec l'Autriche. Bientôt la reprise des hostilité! convia le jeune consul à de nouveaux triomphes, la Lombardie, en appelant les Français, devint la République cisalpine, jusqu'à ce que Napoléon, s' étant fini empereur, donna Milan pour capitale au royaume d'Italie, avec le prince Eugène pour vice-roi.
C est en combattant l' Autriche dans les plaines de Lombardie que le conquérant fut, pour ainsi dire» amené sur la trace des deux grandes forces slaves, de la Pologne et de l'Ulyrie. C'est h Milan que s'organi-
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ftrent sons Dombrovski, successeur de Kosduszko, les premières légions polonaises émigrées. Portant snr kors drapeaux leur aigle blanc en compagnie du coq gantois, elles donnèrent naissance au fameux chant dé guerre : leszcze Polska nie zginela, qui est parti de F Italie pouf aller retentir dans la Slavie entière , de génération en génération. Durant toute l'époque impériale, ce cri de liberté des légions polonaises ne cessa d'ébranler toutes les provinces slaves d'Autriche, de Dresde à Trieste, et d' A grain à Breslau. Mais le coup h plus rude porté par Napoléon à la puissance morale de r Au triche, fut l'appel à la vie d'une nationalité illyrienne, et la création par le célèbre édit de Milan, eb 1809, d'une administration indigène dans les provinces croates et slaves de l'Adriatique. C était la vaste Myrie des Romains qui, tout-à-coup, se relevait A la voix du nouveau César. Borné d'abord au littoral slave de r Adriatique, à la Carinthie, à la Garniole, A la Croatie, le nouvel état si a vo- français devait s'étendre avec les événements, et absorber peu à peu dans son sein la presque totalité de l'empire d'Autriche. La force, secondant la nature, allait restituer au monde slave cet empire, dont la diplomatie seule prétend faire on empire allemand, lorsque cette même diplomatie parvint à faire entrer Marie-Louise aux Tuileries. Dès lors c'en fut fait de la fortune du conquérant.
L'empereur tomba pour s'être fait l'élève et le complice de la diplomatie autrichienne. Une fois Napoléon enchaîné, les rois qui l'avaient vaincu relevèrent Y Au-
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triche plus hast qu'elle n'avait jamais été. Ce fat dans les mors même de Tienne qu'ils célébrerait leur fameux congrès de 1815, on figurèrent tontes les puissances absolutistes de la chrétienté. Cet événement, le plus extraordinaire de r histoire moderne, aurait pu amener une organisation définitive de T Europe. Dirigé par les diplomates de l'Autriche, le congrès de Tienne ne parvint à signer avec le peuple qu'un arrêté de compte.
Cependant l'Autriche reprit aussitôt son rôle historique. L'exercice du iwidê et hnpera fut élevé par M. de Metternich à un degré de perfection inoui jusqu'alors. Les peuples ne furent plus que des troupeaux de moutons qu'on s'efforça d'isoler, en les parquant dans le plus grand nombre possible de bergeries. Jamais il n'exista dans l'histoire un empire présentant une aussi grande bigarrure d'éléments hétérogèties : d'un côté les Slaves bohèmes, polonais, croates, serbes, rutbéniens ; de l'autre les Italiens, les Maghyars, les Valaques : et au centre de cette mosaïque cinq à six millions d'Allemands exploitant comme une puissante compagnie industrielle trente millions de travailleurs de langues diverses ! Encore faut-il ajouter que ces quelques millions d'Allemands se divisent en Tyroliens , Siléaieus et habitants de l'archiducbé d'Autriche, subdivisions qui représentent des nuances nationales et des diversités de tendances incontestables. Au milieu de tous ces provincialismes, ou ne remarque aucune trace d'une nationalité générale et
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commerce. L'histoire de la monarchie autrichienne, depuis quelle existe, n'offre qu'une collection d'histoires particulières des divers peuples incorporés, et dont chacun , sans reculer ni sans avancer d'nn pas, conserve comme stéréotypés ses traits distinctife. La langue même diffère d'une province à l'autre. A travers tons ces groupes rivaux et opposés, la seule désignation générale à laquelle chacun se reconnaît, comme à on sceau commun de servitude , est celle de kaùerlich. A ce mot toute bouche répond machinalement comme par un mouvement magnétique, sans attacher i ce mot aucun autre sens que celui de l'obéissance passive, car tout l'esprit public de la monarchie est concentré dans Vienne et sa banlieue.
Ce mot d'Autriche n'est donc jusqu'à présent qu'une expression fictive. Ce mot ne désigne ni une nation, ni on pays organisé , mais seulement une agglomération de nationalités étrangères les unes aux autres, que la force brutale a seule réunies, et que la force brutale désunira sans peine.
On conçoit qu'en présence d'un tel état de choses, le cabinet autrichien ait cherché à remédier au défaut d'homogénéité de ses populations par une centralisation impitoyable. Metternicb en sentit impérieusement le besoin. Dès lors l'invitation fut donnée à toute la haute noblesse de la monarchie de se serrer autour de la maison régnante, qui lui concéda, en retour de ses complaisances, de magnifiques privilèges dans set l De plus en plus toute la considération et la
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fortune t'entassèrent sur deux à trois cents farnOlm des diverses nationalités de l'empire, qui tontes germanisées eurent leurs palais à Vienne, et formèrent la cour impériale. Il suffit de citer un Liechtenstein qui possédait deux cent mille sujets, et un Esterhazy, dont les revenus égalent , dit-on , ceux des rois de Saxe, de Bavière et de Wurtemberg ensemble, pour se forma une idée de «s existences princières qu'avait héréditairement abritées jusqu'en 1848 1 aigle à deux tètes des Habsbourg.
Outre cette oligarchie superbe, dont les cadets remplissaient les états-majors de ses armées, la chancellerie aulique avait imaginé un système tout nouveau d'administration, que M. de Hetternich présentât toaqriaisamment à ses adeptes comme nne imitation française. Avec sa bureaucratie il enveloppa tout rempire d'un réseau immense d'agents de toute espèce, qui, non compris les employés militaires, firent arriver le nombre des fonctionnaires civils au chiffre effrayant de cent quarante mille ; sans compter trente mille douaniers , et cent mille pensionnaires de tout grade. L'existence des communes ne tarda pas à s'absorber tout entière dans les appétits insatiables de cette centralisation toujours affamée. Les plus mesquins emplois se trouvèrent dévolus à la nomination du pouvoir central. L'église même se vit jetée sous un servage aussi absurde que celui du clergé de Rusât sous son autocrate. Les agents impériaux se mirent i irfgkr jusqu'aux plus minces détails de ï administra*