L* AUTRICHE ET LE SLAT1SME. 3S
tion et de la police des villages. Si l'on joint à cela l'absurde système d'impôt de l'Autriche, où toutes les charges pèsent sur 1* agriculture seule et sur le bas peuple, en dégrevant totalement l'industrie et le captai, ou concevra que les recettes n'étant plus en rapport avec la dépense croissante et les besoins sans cesse nouveaux de l'état, la dette publique ait dû aller augmentant dans une proportion désespérante.
Pour soutenir ce système, il fallut réduire de plus en plus les appointements. Chaque employé n'eût plus en terme moyen , que 800 fr. par an de solde pour lui, sa femme et ses enfants. Dans une situation aussi infime, il n est pas de petit marchand dont le sort ne soit préférable à celui des employés autrichiens. En outre le rôle d'espion plus ou moins imposé à chacun d'eux par son supérieur, les fit tellement mépriser, qu'ils finirent par n'être plus reçus nulle part dans la haute société. Cette misère des employés s'étendit même aux officiers de l'armée qui n'avaient pas reçu de leurs parents un riche patrimoine. On alla jusqu'à leur donner leur ration de viande et de pain, et ce pain était le même que celui qu'on donne en France aux chiens de garde et aux chevaux en Angleterre.
Pour se sauver de la banqueroute de plus en plus inévitable, le gouvernement aurait dû cherchera regagner l'affection des provinces, eu leur reudautdes droits communaux , et leur octroyant une existence locale. Loin de là, l'Autriche allait se raidissant et res-
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serrant toujours davantage le lien qui rattachait les provinces lointaines à Vienne. Mais autant il j avait «obérante de vie et de jeunesse dans chacun des peuples, appliqués pour ainsi dire à ee vieux cadavre d'empire, autant I" empire se dissolvait à ce contact même, et ressemblait à la momie enterrée que le moindre souffle du dehors doit réduire en poussière. Annulée intellectuellement, l'Autriche n'était plus qu'une immense machine sans àme. La pensée et l'étude étaient comme disparues de cet empire. La censure autrichienne avait dans ses méticuleuses précautions atteint un tel degré d'extravagance, que tout livre imprimé avec sa permission , était par là même condamné aux jeux du public. Aussi dès qu'un auteur autrichien avait acquis une certaine renommée, se bàtait-il de livrer à des éditeurs étrangers , et sous un pseudonyme libéral, ses œuvres, même les plus strictement littéraires ; à plus forte raison quand il s'agissait de considérations politiques et sociales. Cette défiance universelle des esprits avait obligé, depuis déjà longues années, le cabinet aulique d'établir à Leipzig, pour sa propre défense , une fabrique de brochures autrichiennes , censées écrites par des plumes étrangères et indépendantes, et qu'il faisait ensuite introduire et répandre dans la monarchie par voie de contrebande.
On conçoit facilement que l'effet d'un despo&M aussi exagéré, ait été de prédisposer les esprits u radicalisme. La réaction est toujours en raison de Ta*
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tkra. Plus la centralisation bureaucratique dissolvait r esprit national des hautes classes dans les pays conquis, plus le bas peuple se raidissait dans le sens inverse, et développait au contraire sa conscience politique. Or les progrès de la civilisation ayant amené partout le réveil des races, et un épanouissement brillant des littératures jusqu'alors les plus obscures: telles que les littératures illyriennes, maghyare et bohème, il en est résulté cette décomposition étrange et subite de la vieille Autriche, tombée pour ainsi dire en cendre en 1848.
Une fois Schônbrunn évacué, et la cour en fuite vers les montagnes du Tyrol , le gouvernement provisoire convoqua h Vienne rassemblée constituante, chargée de refaire une Autriche selon le vœu des peuples. Aucun esprit impartial ne pouvait se méprendre sur ces voeux. Le fédéralisme formait Tunique base désirée par tous. Ce principe se résumait dans un seul mot : (gleichberechtigung) , égalité de droits entre tous les peuples devenus enfin majeurs. Mais ce mot d'ordre, de ee qu'on appelait le para* slave, mettait d'un seul . coup à néant et les prétentions absolutistes de la cour et les rêves d'hégémonie des patriotes allemands. Entre ces deux partis extrêmes d'un despotisme vermoulu et d' une démocratie égoïste, il y avait doue possibilité de coalition. Elle eut lieu. La majorité, représentée par le juste-milieu slave, se trouva ainsi opprimée; et les plans de centralisation violente, sous un masque de liberté, refoulèrent peu à peu le programme fédératif
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La constituante de Vienne avait d'abord été transférée à Kreinsier, eu Moravie, sous la protection dtt l>arti slave. On laissait en apparence libre carrière i oe parti dont tout semblait pronostiquer la victoire décisive. Mais la camarilla impériale qui , au milieu des plus furieuses tempêtes, s'était toujours obstiné! i retenir entre ses mains sa centralisation bureaucratique, ne voyait que des instruments dans les amis qui la servaient avec un zèle si digne dune meilleure oausu, et auxquels elle enlevait par là même toute popularité. Indépendammentde ces causes, la formation d'un juste-milieu parlementaire présentait, en Autriche, des difficultés bien plus grandes que dans notre société française. Les deux extrêmes qu'il devait concilier sont, en effet, bien plus séparés l'un de l'autre que ne le seront jamais chex nous la plaine et la monftyne. Néanmoins, la diète de Kremsier a travaillé à ee but de conciliation avec une conscience digne d'éloge* Sans cesser un moment d être révolutionnaire dans la plus belle acception de ce mot , le parlement autrichien n'a pas cessé non plus de se montrer conservateur. Mais il avait à rapprocher des extrêmes trop antipathiques^ et au lien de devenir, comme en France, maître de la situation, il a succombé à sa tâche.
\a diète de Kremsier subit donc en 1819 le même sort que le congrès slave de Prague. Malgré m rxti\vtue modération* pour ne pas dire ses complet» •aitcet* ce parlement, après avoir remis sur pied 11 carearilla d Otlauti, fut jugé par elle trop révoluttOi*
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Mire. En conséquence, la force armée ferma le local et se* séances et en dispersa les membres avec les plus grossiers traitements. Seize d'entre eux furent même arrMés, et bceocoop d'autres menacés d'emprisonnéit.
Or, lemêmejonrquele ministère dissolvait violemit la Chambre, il avait la précaution de publier la ivclle charte octroyée par le jeune empereur, en remplacement des libertés conquises par le peuple. Cet ndacteoi coup d'État avait été élaboré de longue nain. Il s'agissait, pour le cabinet, de réduire d'un ml eoop à néant, toutes les conquêtes de la révolution, et il n'y pouvait mieux réussir qu'en substitaant inopinément, de par le bon plaisir impérial, une Aorte octroyée an programme achevé de la diète, représentation légale des peuples vainqueurs à Vienne. Les oéMHs motifs par lesquels le cabinet, dans son Muifeste, essaie de justifier un acte aussi arbitraire, Mit que tous les États héréditaires de la maison impériale n'étaient pas représentés kla diète de Kremsier; qoe h Hongrie, la Croatie, la Transylvanie, n'avaient pas encore envoyé leurs députés ; qu'ainsi une constatation faite par le parlement autrichien ne pouvait pas être promulguée dans toute la monarchie. Pour qw h oonstitation fût applicable à la généralité de F empire, il fallait donc que le seul pouvoir reconnu généralement, c'est-à-dire l'empereur, la promulguât. Noa content de ces subtilités , le manifeste impérial tftftopfc et de «aurais vouloir la diète de
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Kremsier: oc Nous avions laissé, dit ce document, la « diète convoquée par notre prédécesseur poursuivre « ses débats , même après les événements peu justice fiables cT octobre. Nous l'avions laissée élaborer aussi « mûrement que possible la constitution pour uue « partie de notre empire, espérant qu'elle arriverait « enfin à un résultat fructueux. Malheureusement elle « a trompé notre attente. Après bien des mois de dis* « cussion, ses longs débats n'ont rien produit que « des spéculations purement théoriques, étrangères « à l'état actuel et aux besoins de la monarchie. »
Ainsi la cour seule prétendait comprendre en Autriche les besoins de la monarchie. Examinons donc avec impartialité cette charte octroyée d'un empereur par la grâce de Dieu. Nous verrons si réellement elle mérite la confiance des peuples, et si elle tient les promesses solennelles faites par le jeune monarque à son avènement au trône.
Cette charte décrète ( article 5 ) que toutes les races sont égales politiquement (gleicb berechtigt) , et que tout peuple à un droit inviolable au maintien ci au développement de sa nationalité et de sa langue. Telle est, eu effet, la base de l'Autriche nouvelle. Mais par quelles mesures la charte octroyée met-elle en pratique ce grand principe? Gomment la diète particulière de chaque peuple, investie du droit de débattre ses intérêt» daus sa propre langue, est elle mise en état de faire prévaloir ses tendances? L'article 80 nous répond, eu restreignant les droits de chaque diète particulière au
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simple privilège de répartir l'impôt voté ailleurs, et de surveiller la mise en vigueur des lois faites par la diète eratrele d'Autriche. Les articles 88, 80 et 93 stipulent, en outre, que dans chaque État F administration appartient directement aux ministres de l'empereur, qui ont droit d&Ia surveiller dans tous ses détails. Les gouverneurs, nommés par le cabinet, peuvent même wéger à la diète particulière de la nation , et en suspendre les débats, s'ils sont jugés par eux contraires au intérêts de l'empire.
Voici donc comment les Habsbourg comprennent la fameuse maxime de la gleichberechtigung, F égalisation politique de toutes les nationalités. Rlles seront tontes égales entre elles dans leur asservissement sous le monopole de la bureaucratie de langue allemande, qui étend plus serré que jamais son immense réseau t argua sur toute l'Autriche.
On vient de voir comment la charte octroyée prétend réaliser la fédération ou la fraternité entre les peuples divers de F Autriche. Voyons maintenant comment cette môme charte entend la fraternité entre lei personnes privées. L'article 27 déclare, il est vrai, que tons les citoyens de F empire sont égaux; mais rarticle 19 stipule en même temps que l'empereur peut décerner des distinctions honorifiques et des tifafes de noblesse, et l'article 44 fixe une quotité d'impôt variables suivant les localités , de 5 à 20 florins mûnz pour posséder le droit électoral. Ainsi la conservation de la noblesse et du ceo* électoral s'açcor-
dtnt parfaitement , selon l'empereur Joseph» avec rivalité de tous 1rs citerais.
Parmi ks fûts qui prouvent tes prêt— tions absolu tistes du nouveau monarque, doos citerons ks «rtkks 1 6 et 67 qoi statuent que k droit de décider sur les questions de guerre ou de paix appartient unique* ment à r empereur, sans que b diète ait k droit <T y toit quelque chose. Enfin ks articles 1 17 et 1 18 établissent que toutes les lois de discipline militaire sont maintenues en pleine rigueur pour l'armée, et fnt pour le soldat le serment à k constitution est compris dans k serment de fidélité au drapeau.
En 7 réfléchissant à fond, ou ne sait vraiment ce qpri, dans cet ouvrage de Schwaraeuberg etdcStadion, mé» rite le plus d'admiration ou de l'audace réactionnaire qui a présidé à l'œuvre, ou de r habileté des réticence* et de la perfidie des promesses, dont la réalisation art indéfiniment ajournée, et subordonnée i des arranfements ultérieurs. * Ein u>eiUr$$ eerordne* ictrd tom vçrhœltnissê regeln », dit le teste à plusieurs Tout cet étalage de libéralisme officiel, qui venir et qui engage à peine k présent, ces de concessions prétendues volontaires, qui ont bat de ramener 1* antique arbitraire, tout cela eiàta un profond dégoût.
En présence des tempêtes qu'une telk conduite psipare à l'Autriche future, il ne peut être sans intérit de voir d'un côté quelles garanties de durée orita puissance offre à ses peuples, et d'un autre cftté
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quel» gages les peuples autrichiens désiraient obtenir.
L'un et l'antre de ces deux problèmes peuvent être jusqu'à un certain point résolus par l'appréciation comparative de la charte octroyée et du programme des représentants de Kremsier. Le parallèle entre ces deux constitutions ne présente pas d'ailleurs d'aussi grands contrastes qu'on devrait s'y attendre. Hais les points nombreux où elles se ressemblent ne serviront précisément qu'à démontrer avec plus de clarté la mauvaise volonté du pouvoir.
Dans le programme de Kremsier, comme dans celui de la cour, le trône est héréditaire en vertu de 1* pragmatique sanction de 1713, l'intégralité de l'empire est garantie, la personne du monarque est invio* laide. Quoique le pouvoir exécutif réside tout entier dans ses mains, ses ministres seuls sont responsables. Mais contrairement à la charte octroyée, le programme de Kremsier statue (art. 69) que la diète peut mettre en jugement les ministres suspects, et que le monarque n'a pas le droit de leur faire grâce. En outre l'empereur ne peut quitter l'empire sans être accompagné d'un ministre responsable (68) ; et même en ce cas U pesaurait demeurer à l'étranger au-delà de deux mois, article évidemment inséré dans le but de prévenir des visites trop intéressées chez le voisin et l'ami moscovite. On peut rapprocher de ce statut un autre article (151) qui dit: Le ministère ne peut employer de troupes étrangères dans l'empire, sans le consentement du parlement central : ce consentement est indispensable
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pour l'entrée de tout corps de troupes venues du dehors, quand même elles ne devraient que traverser le territoire. Une autre garantie, que la charte octroyée u a pas daigné donner, c'^t celle qui stipule (152) que chaque localité de mille habitants et au-dessus doit avoir sa garde nationale.
Le programme des députés établissait encore (53) que tout en pouvant continuer de distribuer des ordres et des titres, l'empereur ne pouvait plus y attacher aucun privilège; qu'à l'entrée de chaque nouveau règne la liste civile doit être (54 ) révisée et votée par la diète pour toute la durée du règne; qu'aucun traité de guerre, de paix ou de commerce ne peut (48) être mis à exécution avant d'avoir obtenu l'assentiment de la diète centrale ; qu'aucun représentant ne peut (82 et 83) être arrêté tant que dure la session, sans que le ministère ait obtenu pour cela une autorisation spéciale delà diète. Enfin une stipulation très grave de la constituante autrichienne se trouvait dans les articles 87 et 88, où il est dit : « Tout projet de loi, que l'empereur refuse de sanctionner, doit être retiré ; si à la session suivante le môme projet obtieut encore la majorité des voix, le ministère peut dissoudre la chambre; mais si à la troisième session le même projet est encore accueilli, alors il a force de loi et l'empereur est contraint de le ratifier.
Comme la charte octroyée, celle des députés avait aussi restreint le droit électoral par le cens, quoiqu'ra stipulant que ce cens ne surpasserait jamais 5 florins