L'AUTRICHE ET LE SLAVISMS
tions la récompense des efforts du peuple magbyar pour subjuguer ses confédérés Slaves. Hais au food les Slaves de Hongrie ne sont pas plus décidés que les Magbyars à se laisser germaniser. Ni les uns ni les autres ne renonceront à leur nationalité, à leur nom, pour se faire Autrichiens.
Que dire du sixième et dernier élément national de r Autriche! La cité de Vienne, restreinte à l'enceinte de ses remparts, n'est qu'une très petite ville, qui devient grande seulement à l'aide de ses vastes foubourgs ; c'est ainsi que le petit archiduché d'Autriche, appajé sur les nombreux royaumes conquis, s'élève à la dignité d'empire. Vienne et F archiduché nous représentent avec une vérité parfaite le rôle et la situation de l'élément teutonique en Autriche. Placées comme une barrière de séparation entre les cinq autres nationalités prédominantes par leur nombre , on voit s'étendre en longs filets les anciennes colonies allemandes, qui d'âge en âge se sont augmentées jusqu'au chiffre de six millions d'hommes. Ce sont ces conquérants de l'époque féodale qui ont joué jusqu'à nos jours le rôle de dominateurs dans une monarchie de trente-cinq millious de sujets. De quel droit, par quels moyens soutiennent-ils leurs monopoles? Ce n'est pas ici le lieu d'approfondir une telle question. Nous nous bornerons à constater un fait. Au moyenâge, quand toute l'Allemagne réunie sous uu empereur, pesait dans uu seul plateau de la balance politique vis-à-vis des Slaves, elle n'a pu cependant les dé-
nationaliser. La fameuse bulle dorée de Chartes IV, an quatorzième siècle, imposait la connaissance de la langue slave à tout candidat pour le trône impérial. Vers la fin du dix-huitième siècle l'empereur autrichien Joseph II, effrayé du nombre croissant de ses sujets slaves, alla jusqu'à délibérer en conseil, lequel du slavon où de l'allemand devait être l'idiome officiel de rempire. On se décida pour l'allemand , mais arec des restrictions nombreuses. Comment les Habsbourg d'aujourd'hui pourraient-ils réaliser ce que h' ont pas osé tenter, au plus fort de leur puissance, les empereurs germaniques?
De cette appréciation rapide des six éléments de la monarchie autrichienne, il résulte avec évidence que leur harmonie et leur concert, peuvent seuls amener pour l'empire un état social tolérable. Ce fut cette coalition heureuse de toutes les races asservies dans une commune pensée de liberté politique, qui fit réussir à Vienne la révolution de 1818. Lorsqu'après nne exploitation gouvernementale de trente deux ans , le prince Metternich prit la fuite, entraînant après lui là cour épouvantée, les quatre-vingt mille Slaves, tebèkhs presque tous, que la capitale de l'Autriche comptait alors parmi ses habitants , avaient prêté un concours enthousiaste aux Allemands insurgés contre le trône vermoulu de leurs maîtres. On peut dire que dans l'assaut combiné livré par elles au vieux burg impérial, les diverses nationalités de l'Autriche avaient toutes réclamé avec ardeur le baptême démocratique.
i/itrraicm et lb slavismi. S6S
Frmr le Teuton comme pour le Slave , la démocratie était alors une bannière commune, nn point de ralliement merveilleux, devant lequel se taisaient toutes les rancunes des temps passés.
Cette complicité primitive des diverses races pour la révolution est un fait si vrai qu'avant même le mouvement de Vienne, les Bohèmes avaient déjà commencé die* eux un mouvement analogue. G* est en effet au U toars 1848 que remonte la fameuse émeute du Wenzelsbad à Prague, ou plusieurs milliers d'étudiants, de médecins et d'ouvriers tchekhs, réunis malgré la policé, malgré la garnison, et malgré des torrents d'une pluie glaciale qui aurait dû les disperser, proclamèrent tout d'abord la révolution, et à la de- Mode de leur énergique et populaire tribun, Pierre Fastr, signèrent, pour l'envoyer immédiatement à tëmpereur, une pétition qui transformait la monardHe. Puis Trolan et Karl Sabina firent décider la formation d'un comité national où entrèrent Strobach, Bruiner, Fritscb, Gabier, les deux Veith, Pospichil et autre* patriotes. Le programme de ces prétendus conspirateurs était une constitution fondée sur la plus complète égalité politique entre les deux langues et fct deux races, tchèque et allemande en Bohème. C'était, comme on le voit, l'ancien système d'Ottakar qui reparaissait à Vienne sous une forme nouvelle.
Bien de plus rationel et de plus libéral que cette pensée de fondre fraternellement ensemble les deux grands intérêts allemand et slave. Mais la théorie
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était-elle possible en pratique ? Ne heurtait-elle pis des antipathies encore trop profondes, trop enracinées dans l'histoire? À la tyrannie gouvernementale la vieille Autriche unissait depuis longtemps la tyrannie des races. On s'était bien entendu pour détruire le premier de ces despotismes, parce qu'il avait une seule tête ; on ne s'entendit plus pour couper les mille et raille têtes du despotisme de race, qui aboli sur un point se relevait aussitôt sur un autre, qui déchu à Prague allait planter sa bannière sur les murs de Tienne insurgée, puis à Pest, en Transylvanie et à Venise même. Partout les égoïsmes et les antipathies de race paralysaient l'essor de l'émancipation. Partout il y avait appel brutal à la force.
Quoi donc d'étonnant à ce que les Slaves formant la majorité au parlement et dans les armées de l' Autriche, aient voulu jouir des droits qu'ont partout kf majorités : qu'ils en soient venus à l'idée de faire de l'Autriche un empire slave? Les Tchekhs surtout avaient la perspective flatteuse de faire jouer dans cet empire nouveau à Prague la dorée le rôle de capitale, une fois que la colère des peuples aurait changé Vienne en un monceau de ruines, résultat qui semblait de plus en plus inévitable. Les régiments slaves qui de toutes parts venaient bloquer cette ville superbe, à lasuite de Wiodiscbgraetz et cl Ielatchitj , et au nomdu principe d'obéissance et de légitimité, n'étaient pas moins animés de passions haineuses contre l'Autriche allemande, que ne. l'étaient les Maghyars eux-mêmes insurgés par Kossutb, A 11