‹ Le monde slave; son passé, son état présent et son avenirChapitre 21 sur 46 · L AUTRICHE ET LE SLÀVISME · texte numérisé non relu

L AUTRICHE ET LE SLÀVISME

prise de Vienne les féroces soldats croates entraient doux comme des agneaux dans toute maison où on leur répondait par des accents slaves : mais ils pillaient et saccageaient celles où ou leur parlait en allemand. Toutefois la plupart des Slaves tendaient à leur but par des moyens dignes de la modération qui est le fond de leur caractère national. Leur idéal était d'arriver à daviser F Autriche par le seul ascendant des mœurs et delà supériorité du nombre. Pour cela ils cherchaient à faire sentir vivement aux Slaves leur unité d'intérêt et de pensée politique. Ils tendaient à effacer le plus possible le sentiment et le souvenir de leurs nationalités distinctes. Car c'est à l'aide de rivalités, de jalousies internationales, qne l'Autriche règne. Divide et impera. En dénationalisant chacune des diverses branches de la race, on arrivera donc à former un seul peuple slave , qui sera en Autriche le peuple-roi. — Voilà ce que pensaient les Tchekhs. Toute leur conduite semblait dire aux autres Slaves : A quoi bon désormais nos antiques nationalités, vénérables armures des aïeux, douces à notre souvenir, mais que ronge la rouille des siècles. Ne sommes-nous pas tous slaves? Eh bien! cessons d'être bohèmes, polonais, illjriens. Bestons Slaves, et rien de plus ! Les Slaves se présentent en Autriche trois contre un. Cherchons donc dans nos communes origines, et nos communs intérêts, les bases indestructibles d'une nationalité nouvelle; et la vaste Autriche avec ses 36 millions de sujets deviendra notre héritage. L'organe principal de cette politique

était la fameuse Gazette nationale (Narodni noviny), de Prague, rédigée par Havlitchek. Dans cette feuille quotidienne on lit sans cesse des passages pareils à celui que je prends ici au hasard, « Notre ancre de salut, et notre seul moyen d'action est dans la fusion de tous nos provincialisme» en uu seul corps sotiaL Les inexplicables desseins de la Providence ayant divisé notre langue en plusieurs dialectes, et nous ayant refusé un idiome littéraire commun, nous devons sans relâche travailler à faire disparaître ces différences, progressivement et sans contrainte, pour arriver au moins à pouvoir nous comprendre tous sans difficulté* De cette manière nous deviendrons une nation compacte de 20 million* d'à mes, une nation capable de contrebalancer nos adversaires. La nécessité d'Agir ensemble, viribus unilis, est vivement sentie par tout Slave éclairé d'Autriche, qu'il soit Tchekb, Croate, Serbe, Sloveue, Slovak ou Rutbène. Seuls parmi pou les Polonais, par une idée exagérée de leurs forces, et pour leur propre ruine, rougissent encore de s'associer à de petits peuples. Quant à nous autres, noqs saluons avec joie le projet de créer tous ensemble une même terminologie pour les affaires juridiques et politiques. Dès que nous aurons acquis en commun ce terrain pratique, il nous sera facile de nous entendit tous à la diète, et de gagner par là dans l'empire l'ascendant qui nous appartient. j>

Ces paroles étaient destinées à encourager en 1841 Ucommission dite de terminologie slave qui venait

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appelée à Vienne! dans le but de rapprocher le xmsible les uns des autres les divers dialectes . Dans cette commission figuraient pour lea K>-slaves Kollar, Chembera, Kuzmany, Erbeu, locteur Beck de Moravie. Pour les Ruthéniens it entre autres Saskievitch, et le professeur Hoi de Léopol. Pour les Polonais on ne voit que ms obscurs. Pour les Slovènes de Styrie, de Carît de Carinthie paraissent Miklochitj et Dollen. pour la section croate et serbe se distinguent anitj, Ivan tsar et le poète Vuk Karadchitj. te section débattait à part et dans sa langue ; et estions se décidaient eu assemblée générale à la ité des voix. Le résultat d'identité de terniinoloté pleinement atteint, surtout pour les Tchekhs, waves et les Slovaks; et ces trois formes d'une et même nationalité jouissent maintenant d'une Qologie administrative et judiciaire à peu près que, sauf quelques mots exclusivement slovaks, n'a pu s* empêcher d'ajouter au vocabulaire. On lit par là amener, à l'aide de l'unité du langage lire, la réunion politique tant désirée de la Moet de la Slovakie avec le royaume tchekh, prepas indispensable pour conquérir aux Tchekhoi l'hégémonie sur toutes les autres nations de ire.

urquoi ces plans si bien élaborés, pourquoi cette agne en travail du pauslavisme autrichien n'aabouti qu'au ridiculus mm? C'est que sous son

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masque de radicalisme démocratique , la théorie bohème des Palackv et des Havlitchek n'était au fond qu'an prolongement du vieux machiavélisme autrichien. On prétendait recommencer en sens inverse, et au profit des Slaves, le régime de monopole si longtemps pratiqué par les Allemands d'Autriche. Ce n'était pas un changement de système, ce n'était qu'un changement d'acteurs. Aussi voyez quelles preuves multipliées d'impuissance ont donné ces doctrinaires slaves !

D'abord il leur fut impossible de faire accepter à la grande diète de Vienne, puis de Kremsier, comme langue des débats, tout autre idiome que l'allemand : car malgré l'ardente antipathie des Slaves pour le germanisme, l'allemand est pourtant la langue dont ils sont obligés de se servir vis-à-vis de tous les étrangers , la langue du commerce et des affaires en Autriche. Aussi malgré tous les efforts des Bohèmes et de quelques Polonais pour mêler à la tribune les sons de leur idiome aux accents teutoniques, la risée des uns et l'indifférence des autres les firent reculer. Ainsi k privilège de posséder la langue parlementaire resta aux Allemands , et avec ce privilège toutes les garanties de supériorité morale qu'il entraîne.

En outre, la diversité si tranchée d'intérêt national entre les Polonais et les Tchckho-Slaves ramena à b diète de Kremsier les mêmes discordes qui avaient déjà dissout la diète constituante de Vienne. Le Polonais ne se sent pas comme le Bohême marié à tout jamais

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à F Autriche. Il y a bien plus de Polonais en Russie qu'en Autriche. Aussi quand les députés galiciens se Tirent à Kremsier en présence des députés tchekhs, ils leur reprochèrent amèrement l'intention de sacrifier la nationalité de la Pologne à un fantôme de nationalité générale des Slaves , qui n'a de réalité que dans les livres des savants, et qui tôt ou tard amènera le triomphe du panslavisme russe. Dès lors les Slaves à Kremsier formèrent deux grands partis dirigés l'un par les Galiciens, l'autre par les Tchekhs, partis dont l'hostilité se manifesta par les luttes fatales entre le Galicien Smolka et le Bohème Strobach pour la présidence. Pourtant il y avait chez les Tchekhs un certain nombre d'hommes qui s'obstinaient à maintenir les débats de la constituante autrichienne à la hauteur des principes du congrès de Prague. Le bourgmestre de Prague , Strobach , suivait assez fidèlement les inspirations de Palacky et de Chafarjik. Brauner n'était pas sans élan ; et le plus jeune des députés tchekhs, Bieger, se rendait fameux dans son pays par son admirable discours sur la souveraineté du peuple. C'était trop de hardiesse de la part des serviteurs nés de la maison de Habsbourg; et ces Slavistes, déjà si rudement châtiés à Prague, reçurent à Kremsier une nou vdle leçon plus humiliante et moins méritée encore que la première.

Après le double affront et la double défaite de Prague et de Kremsier, les panslavistes d'Autriche se sont-ils enfin aperçu des inconséquences de leur thèse, i. a*

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ci de V impossibilité de slaviser l'Autriche? Pat d tout. A cette heure encore ils poursuivent U rétliM lion de leur rêve , par tous les moyens qui leur i* lent, moyens qui diminuent comme leurs forces, i qui se renferment dans un cercle de plus en plus étroit A part l'action militaire de leur adepte lelatcbitj et d son état-major, presque toute la propagande de « hommes se borue à des publications littéraires.

Des questions de linguistique et des élucubritiofl profondes sur les siècles passés, voilà donc où s*ab sorbe la plus grande partie de l'activité patriotiqa des Bohèmes. Pourvu qu'on parle avec eux un idktan rlave, on est sûr de leur sympathie. Les archidiM d* Autriche, en parlant bohème aux régiments tchekhi leur font verser, presque avec joie, leur sang pour I défense du despotisme. L'année 1 849 tous les jour naux bohèmes ont retenti de discussions sur un pnji qui résume assez bien les tendances dont nous parkm 11 s'agissait de la fondation d'une ; cadémie panslav* à laquelle auraient contribué toutes les nations slava en y envoyant des fonds, et en s'y faisant représes ter par un comité spécial, chargé de surveiller la tri duction dans sa langue des ouvrages en tout genre, ad mis et reconnus comme classiques slaves par uu vot général des tections de l'académie entière. Ces académi tiens, à l'instar des académiciens français, auraiea touché uu traitement annuel pour travailler tous en semble au développement de leurs littératures respec tives. L'immense avantage d'une telle institution dan

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des temps ordinaires et pacifiques n'est certes pas contestable; mais en 1849 une telle académie c'était la proclamation de l'impuissance politique des Austro- Slaves; c'était l'aveu que leur littérature, leur propagande et toutes leurs iusti tutions indigènes ne formaient que des succursales de celles de Pétersbourg. Cet aveu certes n'est pas venu des peuples; mais il est parti de ceux qui s'en disent h jpocritemeut les organes.

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