DOMINATION GAULOISE EN SLAVIE
Mélange des Tendes d'Illyrie, de Bohême et de Volojpe les Celte*. — Iieori lotte* commnnet «entre les et lee Infini — I»nr amiétsMeiaent ««s
Tout le monde connaît la fameuse migration de ees 300,000 Gaulois qui eooduits par Bellovèse, vers l'an 390 avant J.-C, inondèrent l'Italie et toutes les proviuoes situées entre l'Adriatique et le Danube. Les Vendes, marins et cultivateurs paisibles n'opposèrent pas, à ce qu'il parait, une grande résistance aui conquérant*; ils étaient d'ailleurs déjà opprimés par les Tbraces, caste de soldats qui paraissent être les Albanais de nos jours, et par les Liburnes, race de pirates, passée d'Asie en Europe, et qui devenue maîtresse de T Adriatique et des lies Ioniennes, avait fait alliance avec les Étrusques pour subjuguer les Vendes et toute l'Italie septentrionale.
Le principal port des Vendes sur l'Adriatique était alors Ardée ou Ardia, dont on a fait plus tard Achia, nom qui malgré sa physionomie latine est cependant
îi LE M0KD1 SLÀTI.
tout à fait slave. Ard eo slavon, borod en russe, brad en bohème, signifient citadelle. Quant au nom national sous lequel Adria était et est encore désignée chez les Vendes, ce nom est Adra ou ïadar, de l'illyrien ïadro, la voile et ïadriti naviguer, peut-être aussi des mots ïadr et ïedrina, qui sont relatifs au culte païen du lingam, et qui désignent à la fois les organes et la puissance génératrice. Ardée ou ïadar était donc à F arrivée des Gaulois le principal sanctuaire de la nationalité vende. Cette ville avait alors étendu ses comptoirs et ses colonies sur une vaste étendue de cotes, comme le prouvent un grand nombre de dis* tricts et de lieux serbes qui ont garde jusqu'à ce jour le nom de ïadar. Hais les marins étrusques, jaloux de la prospérité des Vendes, les avaient déjà attaqués avec toutes leurs forces. Vainqueurs dans la lutte, les Étrusques avaient rasé toutes les forteresses des Vendes, et avaient semé du sel sur l'emplacement de leurs remparts.
Jl paraîtrait même que pour mieux s'assurer la possession du pays, les Etrusques transplantèrent les tribus les plus rebelles de la Veuétie, du littoral adriatique sur le côté opposé de la péninsule. Le savant illyrien Appendiui croit retrouver des noms de tribus illyrienues dans ceux de plusieurs petits peuples voisins du Latium ; ainsi il retrouve les Vilki dans les Volsci ou les Volsques, et ïadar ou Ardia dans la cité latine d' Ardée. Allant beaucoup plus loin, le professeur actuel d'archéologie slave à Vienne, Jean Kol«
)ar, va jusqu'à regarder comme slave toute 1* Italie primitive; nous renvoyons, sans discuter, à son énorme compilation ceux qui voudront en apprécier la valeur.
Arrivés immédiatement après les dévastations étrusques, il fut facile aux Gaulois de se faire accueillir par les Vendes comme des libérateurs, Bellovèsc put donc fonder en Hlyrie un empire durable; les Vendes adoptèrent sa race, qui leur donua une longue série de rois. Le ravage de l'Etrurie et l'incendie de Borne par Brennus furent, suivant toute probabilité, la conséquence de cet établissement de princes gaulois parmi les Vendes. Ces princes paraissent avoir étendu successivement leur domination d'un bout à l'autre du monde slave primitif. On les voit sous les noms les plus divers, mais toujours avec leur physionomie celtique, occuper la Bohème, qu'ils désignent par l'appellation gauloise de (erre des Oo'icm ; descendre la Vistule el couvrir les polés de combattants héroïques ; enfin franchir les cimes transylvaniennes, remonter le Borystène et le Don, longer la mer Noire et poursuivre l'élément nomade partout où les Moscovites le poursuivent aujourd'hui.
Toutefois la partie du monde slave où l'épée gauloise brilla avec le plus d'éclat fut l'Ulyrie. Là, les descendants de Bellovèse ne tardèrent pas à devenir si puissants qu'ils se crurent uu moment assez forts pour disputer la Méditerranée aux Grecs, principalement à ceux de la Sicile.
Il U MONDE SUYI.
Diodore raconte longuement l'expulsion des Sien* les de tous les ports de r Adriatique, malgré les efforts de Denis r Ancien et des flottes syracusaioas, qui longtemps maîtresses absolues de cette mer, durent enfin se retirer dorant les nuées sans cesse rebaissantes de corsaires illyriens. Denis r Ancien ne s'était BMintenn dans sa tyrannie qu'à force de via* loir»; Denis le Jeune vaincu par les corsaires, vit bientôt Syracuse s'insurger contre lui. Enfin ce puissant despote qui s'était tu à la tète de quatre cents trirèmes, dut s'en aller à Corinthe expier comme maître d'école l'impopularité que lui avaient attirée les triomphes des chefs slavo-gaulois d'Ulyrie. Le plus puissant de ces chefs, le roi Bardyles, dont Diodore semble se complaire à raconter les exploit*, franchit les monts acroceranniens, soumit l'Épire, et rendit tous les petits rois grecs de la Macédoine ses tributaires.
Les rois, aïeux d*Alexandre-le-Grand, étaient obligés d'envoyer leurs fils comme otages au monarque de rillyrie. Enfin, Bardyles étant devenu vieux, Philippe vainqueur des Athéniens, crut pouvoir secouer le joug des barbares d' I llyrie; il attaqua d'abord ceux qui se trouvaient le plus près de ses domaines, les Pœones qui portaient aussi le nom de Pelages. Après les avoir subjugués, il ne craignit plus, vers l'an 359 avant J.-C, de marcher contre Bardyles lui-même, auquel il livra une grande bataille, pompeusement décrite au seizième livre de Diodore. Malgré Ibérois*
tJNrrt PMMmvi de la sacs slavb. 17
me des troupes slavo-gauloises, la victoire resta aux Grecs, et Bardyles dut évacuer toutes les villes de nom macédonien, c'est-à-dire sans doute de nom grec dont il s'était emparé. Les représailles des vaincus ne firent que donner à Philippe l' occasion de nouveaux triomphes.
Après la mort de Bardyles, deux de ses parents, Clitus et Glaucias se partagèrent l'Illyrie. Tous deux, l'un comme roi des Tri halles, l'autre comme roi des Taillantes continuèrent la lutte contre Philippe. Les femmes même prenaient part à cette guerre acharnée ; et Fou cite une princesse du nom de Cœrie qui, daus Une bataille rangée, lutta contre une sœur d'Alexaa* dre-la-Grand, nommée Synane, et fut tuée par sa ri- >ato. Les 111 j riens durent céder au génie d'Alexandre. fit comme plus tard Joies César, une fois mettre des Gaules, se sentit le maître du monde ; de même Alexandre après avoir soumis les belliqueuses nations de 1' 11lyric, et les avoir attachées à sa fortune, ne balança plus à partir pour l'Asie, où il proclama bieutôt dans les palais de Bahylone — la dernière des monarchies universelles d'avant Jésus-Christ.
La mort prématurée d'Alexandre, et l'anarchie qui en fut la suite, permirent aux III) riens de ressaisir leur première liberté. Toujours conduits par leurs chefs gaulois, et renforcés de troupes gauloises, ils allèrent vers Tan '279, au nombre de 150,000 fantassins et de 20,000 cavaliers, exercer en Grèce des dévastations qui ne s'arrêtèrent que sous les murs de
Delphes. Glaucias, redevenu un poissant monarque, élève à sa cour le jeune Pyrrhus, dont il fait son fils adoptif, et qu'il va ensuite avec une armée illy tienne, replacer en Epîre sur le trône de ses pères. Le roi des Triballes, Clitus reparait également sur la Drina, et lègue son trône à sou fils Pleurât, qui vers l'an 140 avant J.-C. a pour successeur Agron, le plus grand des princes gaulois d'HIy rie.
Agron parvient à soumettre dans le sud les Taillantes , Epidamme et même une partie de FEpire : Dans le uord les républiques d'istrie, de Carniole et une partie de la Carinthie reconnaissent sa souveraineté. Sous le sceptre d' Agron l'illyrie se centralise comme elle ncl'avait encore jamais été. Agron régnait sur une énorme étendue de côtes et d'iles ; ses flottes voyaient fuir devant elles les flottes même de la Grèce. Appien xdc Hellis Illyricis) nous apprend que les Illyriens d'alors étaient de tous les peuples de la Méditerranée ceux qui savaient construire les meilleurs vaisseaux de guerre, que ces vaisseaux pour leur légèreté et la vitesse de leur course remportaient sur tous les autres , et volaient sur la mer pareils à des oiseaux de proie. Les Romains donnaient à ces navires le nom de birèmes liburtùennes. Appien ajoute même que c est à l'intervention de ces birèmes d* Il ly rie dans la bataille d'Actium, qu' Auguste dût la victoire qui lui donna l'empire du monde. La légèreté encore proverbiale des barques dalmates de nos jours, semble attester chez les marins slaves de ces côtes, une trans«
UNITÉ PRIMITIVI DK LA RACE SLATI. 39
mission de la méthode des constructeurs maritimes de la Liburnie, méthode que le Grec ancien enviait à ses rivaux de l'Adriatique.
La mort inopinée d'Agron, et la minorité de son fils Pinée, livrèrent l'empire d'Ulyrie à une femme, la reine Tenta. Borne profita de cette espèce d'interrègne pour attaquer les Illyriens, sous prétexte qu'ils rendaient par leurs pirateries les mers d'Italie impraticables. Le sénat romain commença par intervenir en faveur de l'ile d'Issa, et somma les Illyriens de renoncer au blocns qu'ils lui faisaient subir. L'attaque et la prise de Corcyrc ( Corfou) parla reine Teuta, fut la réponse des chefs slavo-gaulois aux menaces de la république romaine. Mais l'habileté diplomatique des latins ne tarda pas à jeter l'anarchie entre les tribus illyriennes. Teuta vaincue demanda la paix et l'obtint, mais elle ne conserva qu'un quart de l'Illyrte : les trois autres portions furent données à autant de souverains différents et rivaux. Le principal de ces petits rois, Démétrius avait son siège dans l'Ile de Pharie (aujourd'hui Liesina). Ce prince ayant voulu centraliser de nouveau l'Illyrie, les Romains dispersèrent sa flotte, et détruisirent de fond en comble la florissante ville de Pharie, qui semblait avoir remplacé Adria, à la tête des cités Vencdes. Pharie s'écroulait dans l'Adriatique, presque en môme temps que Sagonte s'engouffrait dans les flammes en Espagne.
Les victoires d'Annibal poussèrent une partie des Veuèdes et des Gaulois d'illyrie à se lever encore
M Ll wxv* SUft.
contre Borne; mais plusieurs princes da pays» surtout un petit roi montagnard, que Tite Lite nomme Scerdilet, restèrent fidèles aux Romains, qui à l'aide de ces alliés et de la guerre civile , achevèrent de désorganiser rilljrie. Le dernier roi indépendant de ces contrées fut Gentius, fils de Pleurât H, et petit-fils de Pinée. Gentius, que les auteurs romains peignent comme un chef de corsaires, parait avoir défendu héroïquement sur terre et sur mer l'indépendance de sa patrie. De l'an 180 à Tan 168 avant J.-C., on le voit lutter à la tète de ses flottes contre plusieurs consuls successifs, de concert avec son allié Carmel, chef des Istriens, qui étaient, à en croire les annales romaines, un autre peuple de pirates.
Avide de venger contre Rome les défaites de son père Philippe, le roi de Macédoine, Persée, n'eut pas de peine à attirer dans son alliance les lllyriens insurgés. Mais l'habileté romaine venait de persuader une partie des sujets de Gentius de s* ériger en république, avec la ville de Dalininium pour capitale, d'où ils prirent le nom de Dalmitani, plus tard Dalmates. Avec le concours de ces lllyriens à demi latinisés, le préteur .A ni ci us bloqua et prit successivement tous les ports de rillyrie indépendante. Enfin, séparé de la mer, et réduit au petit territoire du Zen ta, Gentius fut assiégé dans sa capitale de Scodra, (actuellement Skadar ou Scutari;, qui semble avoir été dès cette époque le point stratégique le plus dominateur de rillyrie. Aprte une sortie malheureuse! repoussé dans la viik|
UNITÉ PfttMITIVl DÉ LA RACE SLAVt. M
et n'espérant plus de secours , le dernier des princes gaulois d'Illyrie, avec sa femme Etleva, son frère Ca« ravantius et ses deux fils Pleurât et Scrrdilet, était obligé de se rendre au préteur Auicius, presque en même temps que Perséè était vaincu et pris par le consul Paul Emile- Le préteur et le consul rentrèrent dans Rome, traînant à leur ebar de triomphe les deux derniers souverains d'Illyrie et de Macédoine.
J'ai insisté sur ces faits primitifs, parce que, enfouis dans les auteurs anciens, ils n'ont été a ma connaissance relevés par aucun moderne. J'ai pensé qu'en tirant de l'oubli de tels événements, j'avais chance d'intéresser à la fois les Français et les Slaves, qui ne verraient pas sans plaisir l'histoire de la première al* liante contractée entre leurs aïeux réciproques, entre des émigrants de la Gaule et le plus ancien des peuples slaves. Les événements dont je viens de donner le sommaire indiquent assez la bonne harmonie et la solidarité qui existaient dès-lors entre les deux races. J'ajonterai que la dynastie gauloise de Bardyles présente plus d'un nom où s'aperçoivent des racines slaves. Scerdilet n'aurait-il pas signifié le terrible, de strdili, terditi se, être irrité? Le nom de Caravantias pourrait bien n'avoir été qu'un titre, le juge ou le prince vende, du verbe karati (châtier). Qui sait si dans la langue figurée des Slaves d'alors, le nom de Carmel, donné au roi des corsaires istriens, n'aurait pas désigné simplement un amiral, de l'ilJyrien kor» milo, gouvernail? La reine Cœria n'aurait-elle pas
3* Ll MOIKDK SLAVE.
tiré son nom du district montagneux de Cet ou Tser en Bosnie? Les Taulautes n'étaient-ils pas des Àntes ou Vendes mêlés à d'autres tribus? Enfin qui sait si k nom même de Geutius ne signifiait pas le chef dn Zenta on Zêta, district dont Skadar est la capitale, et qni forma de tout temps l'apanage principal des souverains de rillvrie?
Je laisse toutes ces conjectures, pour tirer une conclusion générale. Ma conviction est qu'au milieu de la quantité de races ou plutôt de débris de races qui remplissent le berceau de l'Europe, il y en a deux principales, qu'on voit dominer par leur nombre sur toutes les races secondaires. Ces deux races sont à l'occident celle des Gaulois, et à l'orient celle des Slaves, confondus à tort sous le nom de leurs dominateurs thraces , scythes et sa r mates , par toute l'antiquité qui commettait sous ce rapport la même erreur que pourraient commettre les modernes, s'ils ne voyaient que des Turcs en Turquie. Toute l'histoire primitive de l'Europe semble n'être que le tableau du développement de ces deux races autochtones, et de leurs luttes diverses contre les étérochtones, émigrants d'Asie.
Il semble donc que la race vende avant Jésus-Christ formait avec la race celtique une espèce de ligue barbare des peuples laboureurs de l'Europe continentale contre les peuples marins et civilisés de la Méditerranée. Ces deux races réunies étaient destinées à défendre* le plus longtemps possible l'état de nature contre le système factice et l'idolâtrie savante des Grecs, de»
hiiTK NuiftTivi m ik race slave. Dit
Bornait» et des Goths ou Teutons. Aussi ces trois nations n' ont-elles jamais cessé d'affecter un grand dédain pour leurs tributaires slaves. Les Gaulois au contraire, dans leurs rapports historiquement connus avec les Slaves, ne manifestent rien de pareil. Loin de s'isoler, les deux races tendent tellement à s'unir, qu'elles semblent très souvent se confondre. Ainsi dans F Italie septentrionale et en lllyrie, Slaves et Celtes paraissaient ne faire qu'un seul peuple. De même que Tacite mentionne parmi les Vendes ou les Slaves primitifs de la Pologne méridionale une nation gauloise/ établie sous le nom de Peucini et de Bastarnes entre le Dniestre et les Karpatbes ; de même aussi César nous montre des Vendes établis en Belgique et en Gaule. Ainsi Slaves et Gaulois dans ces temps reculés s'offraient déjà, comme ils le font de nos jours, uue hospitalité fraternelle.
Comment supposer que des communications si intimes, durant tant de siècles, entre les deux grandes races de Y Europe primitive, n'aient laissé aucune trace dans l'àme de leurs descendants? Ne semble-t-il pas au contraire que ces traces mystérieuses agissent en core? L'attraction indéfinissable qui pousse les Slaves vers la France existait déjà 400 ans avant Jésus-Christ. Le moyen-Age et les temps modernes n'ont fait que fortifier ces instincts ; ils sont désormais entrés dans le sang même des deux races. Le monde se développe
sans doute, mais il ne change pas. Sous d'autres noms, n. a
14 Ll HOKM aLàît.
1rs Celtes et les Vendes subsistent eneore, et de kars bous oa mauvais rapports dépend l'avenir heurcui ou funeste de ï Europe et de sa
SECOND! PÉEIODI D' UNITÉ DE LA RACE SLAVE !• m» général dt »tfci.
Nous venons de voir les primitifs Venèdes du Da*
**tabe et de l'Illyrie donner leur nom à la raoe slave
***mt entière, et en représenter r unité avant les temps
historiques. En même temps les Vendes nous appa*-
*%issent mêlés partout à des eolouies celtiques. Ces
■apports entre les deux races avaient fini par amener
1* fondation en llljrie d'un empire gaulois, assez
Puiseaut pour refouler les Scythes nomades au-delà
«lu Danube, assez civilisé pour obtenir le respect des
Grecs, et pour exciter même l'enthousiasme de Dio-
4ore. Cependant les Vendes de la Venétie subjugués
-Par les Étrusques, puis par les Romains, avaie.it fini
-par se latiniser, au point que T idiome slave paraît
*Yoir disparu dès avant 1ère chrétienne, de la côte
occidentale de l'Adriatique pour se réfugier peut-être
«Uns les plus hautes montagnes du Frioul , où Ton
(tria *Uva jusqu'à ce jour. Mais la cdte orientale!
88 il MNM SLAVB.
- Comparons ce teite ri vague à celui de Févèque de Itavenne, du Goth Jornandè*. Cet auteur divise aussi la race slave en deux branches, Tune qui porte Spécialement le nom de Steve, et l'autre qui s'appelle Ante. Seulement au lieu de reconnaître comme Procope que le nom général de la race est Spores, Jornandès continue de la désigner par le nom de Vinidi on Vendes 4. Ainsi nous voyons qu'en Italie l'ancien nom de Vende continoe de désigner l'ensemble de la race slave; tandis qu'à Bjsance le nom des Tendes oublié est remplacé par celui de Spores. Nais qu'est-ce que ce ttom mystérieux de Spores, par lequel, au dire de Procope, les Slavesdo Danube se désignaient eut- mêmes? Nulle part et à aucune époque du monde, F histoire ne nom montre la moindre trace d'un peuple qui se soit nommé Spore. Si une nation slave, ou même de simples tribus de cette race avaient porté ce nom en lllyrie , on ea trouverait le souvenir dans quelque nom de ville, de fleuve ou de montagne. Or c'est ee qu'on ne rencontre nulle part. Ne devons-nous pas en conclure que Procope, ne sachant pas le slavon, dénatura un nom qut
* Ab ortu Vistul» fluminU per immeasa spatia Winidaram nati© po* pfltoaacoaaedn.Qoorim aooriua lied oimc par farias fusillât et toet «aleatur, principaliier ttmea Sda? ioi et Aates Boatinaotar. Sctariai a <»< vitale Novittunenst ei lacu, qui appellatnr Mnsianat, aaqnead daaastrua, et in Boream Vis tu la tenws, eommoraalnr. Hi paladea ftifosqne pro cifltatibnj aabent. Anus ?ero qui suai eorum fortissimi , qoa Ponticum awff curvaiur a Danastro, exteoduatur asque ad Daaapraat , qoa) Samiaa aaltis numionibua »b inrieem abstint.
( Josjuma, et Çûêlmnm êrt§. et rata fatal».)
tmni ranmtvi m la bagi slavb. 8t
M éMf peononeé par dés bouches slaves, et qu'en l'écrivant il chercha à F adapter à F organe grée? Or li Tou cherche quel nom de peuple «lare se rapproche leptvi du MU de Sf*r$, on n'en trouve pas d'autre que erlui de Serpes ou Sorbet. — Sorbe et Spore! 4ir*-t-on, ne se rwsumhlent guère : je l'avoue. Hais il fiHt bien trouvef un sens aux paroles d* un homme aussi grave que (historien Procope. U est à croire qu'appréeient *v*c a finesse hellénique la nature des Slaves, Procope crut voir un rapport entre leur nom et leur eiraetère; c* voyant leur zèle à coloniser la terre 9 et l'Instinct qui les faisait ressembler à des caravanes ambulantes de laboureurs à travers la Seythie , Procope crut pouvoir ks désigner par le nom grec de Spores, les ivpmè*. -«- nom qui n'était d'ailleurs qu'un renversement du mot Serpes, — désagréable pour les oreilles grecques auxquelles il n'offrait aucun sens. S'il avait été plus versé dans la connaissance des langues, Procope aurait su qu'en persan charab veut dire absorber, qu'en hébreu zarab signifie couler. Il n'aurait pas manqué sans doute de faire remarquer le rapport du mot hébreu zarab avec le mot $orab§ ou serbe; et l'analogie de ces deux mots avec le genre de vie bien couuu des laborieuses peuplades slaves qui se répandent , qui coulent pour ainsi dire comme des fleuves fécondants, à travers la Stepe. Pour nous modernes, la science nous interdit d'admettre aucune relation entre l'hébreu et le slavon, et nous ne pouvons chercher que dut les Slaves ou leurs voisins 1 étymo-
4é LA ttONM SLA VI.
logie du mot sbore. Discutant le texte de Procope, Dobrovski osa le premier soutenir que le nom de Spores était une corruption du mot serbes. Cette opiuion a été adoptée de nos jours par Chtfarjik et les Slavistes du Nord. Noos pensons nous que spore est ideutiqnt an mot sbore, qui signifie encore aujourd'hui cbesles Serbes un conseil, une assemblée nationale, du verte sboriti, délibérer, parler : d'où il suit que le* sbora signifiait les porkuds. et que cette expression primt* tive est le sjnooime complet du mot slave.
Ainsi voilà deux noms, eebri de Vende et celui de Serbe, qui désignent également au sixième sièdc les peuples slaves, tant du sud que du nord. Si nous examinions la question par rapport au temps actuel, nom trouTerions qu'après 1300 ans les dénominations sont encore les mêmes pour les Slaves d'IHyrie. Jornaudès de Revenue, organe de l'Occident, les appelait Vendes, Procope de Byxance, organe de l'Orient, les appelait Serbes. Encore aujourd'hui les Illyriens occidentaux établis entre Venise et Vienne s'appellent Vendes ; et les Illyriens orientaux placés entre Pest et Constante nople s'appellent Serbes.
Je ne chercherai point ici laquelle de ces deux dé* nominations a précédé l'autre; je me bornerai à constater que le nom de Serbe est employé tout comme le nom de Vende pour désigner la race slave entière. Avant Procope, Ptolémée avait déjà mentionné les Serbes, UpCsi ou £j>Coi, peuple établi, dit-il, entre k filia { Volga} et les montagnes ctrauniques, auprès des
ami PRiurnvB de la race suvi. il
Viles et des Oryuées. A l'exemple de Ptolémée, Pliue signale également les Serbes ou Servi, comme habitant entre le Don et le Volga, dans le voisinage des Valcs et des Néotiques. Ces Serbes de la Russie apparaissent tout à coup au neuvième siècle comme on grand peuple. Enfin, vers l'an 050 l'empereur Constantin Porpbyrogenète mentionne de nouveau parmi les peupies de la Scythie la grande nation des Serbes qu'il divise en deux branches ; les Serbes blancs ou libres et les Serbes noirs ou subjugués .
Si de la Russie anté-historique nous passions en Pologne, nous y trouverions de même les Slaves désignés pendant longtemps sous le nom de Serbes. Le livre des étjmologies, mater verborum, rédigé vers la fin du neuvième siècle, sous la dictée de Salomon, évoque de Kostnits, dit formellement que les autochtones de la Sur ma tic furent des Serbes. Vers la fin du onzième riède, le géographe anonyme de Bavière qui parait avoir eu des relations personnelles très intimes avec les Slaves, va jusqu'à écrire ces remarquables paroles : Zeriuani, quod tanlum est regnum. ut ex eo cuneiee génies Sclavorum exorlœ sint, et originem, sieut affirmant, ducant. Dans les vastes contrées qui formaient les annexes primitives de la Pologne, on trouve également les Slaves désignés sous le nom de Serbes. Ceux de la Saxe et de la Prusse conservèrent ce nom pendant une grande partie du moyen- âge. Les Sorabes ou Sorbes de la Lusacc attestent encore aujourd'hui par leur* chants populaires toute V et en-
4f Lft M0NDS SLAVI.
due et la puissance du peuple dont ils sont en Allemagne le dernier débris.
Les Slaves de la Styrie, de la Carinthie, de la Car* niole et du golfe de Venise, c'est-à-dire ceui-là même qui aujourd'hui encore se nomment do nom spécial de Vendes, sont également appelés Serbes sons les successeurs de Cbarlemagne par les chevaliers allemands, qui les attaquent en même temps que les Serbes de lt Saxe, et commencent à les germaniser. Enfin le poète anonyme bohème de Tan 1310, dans sa ehroniqoe riraée dite de Dali mil, désigne les Tchekbs eux-mèaes comme des Serbes, émigrés de la Grande-Serbie on de la Chrobatie blanche* Les auteurs tchekbs des quinzième et seizième siècles traduisent partout le met Vende par Serbe. Ainsi, de même que nous avons va Jes Vendes d'avant Jésus-Christ occuper simultanément le littoral de la Baltique, de l' Adriatique et de la Mer Noire, de même aussi les géographes des premiers siècles chrétiens nous montrent des Serbes éta» blis sur les terres de la Pologne et de l'ancienne Prusse, en même temps que dans les stepes de la Russie méridionale et sur l'Adriatique, où les SU to- Serbes ont conservé jusqu'à nos jours leur nom primitif.
Que conclure de tous les faits que je viens d'indiquer? N'est-il pas clair que le nom de Serbe désigne aussi bien que le nom de Vende, la race slave tout entière? Cette race avant de s'être appelée slave, aurait doue été connue sous deux noms. Je n'examine* rai point si ces deux noms ont été admis successive-
mni nmmn m u ua slavi. it
ment on tout à la fois ; quoiqu'il paraisse pins naturel qu'ils se soient succédés l'un à l'autre, rien cependant, il semble, n'empêcherait d'admettre que ces deux dénominations n'eussent été employées simultanément, l'une parles indigènes, l'autre par les étrangers. C'est ainsi que dans sa langue le Finnois s'appelle Suomi, le Celte Gael et l'Allemand Teuton. Les Magbyars sont nommés Ogres, Uhri, par les Slaves, et le mot Venelassed désigne en finnois les Busses. La même race peut souvent porter à la fois plusieurs noms, sans qu'on doive pour cela révoquer en doute son unité. Quant au sens exact du mot Serbe, les savants n'ont encore pu rien décider : cependant les Illyriens s'accordent à le faire dériver du mot slavon serp, aierpi qui veut dire tantôt la faulx des moissonneurs, tantôt la serpe des bûcherons montagnards. Il ne serait pas impossible que ce nom eût désigné d'abord eeux-des Vendes ou Slaves d'IUyrie qui, lors de la conquête romaine, s'éloignèrent delà côte et s' enfoncèrent dans les forêts de l'intérieur, où ces primitifs Ouskoquiê, s'appelèrent peut-être, par opposition aux Slaves désarmés de la côte, les hommes de la hache, les Serbes. Le peuple d'IUyrie indique dans ses légendes une autre origine au mot Serbe : il prétend qu Alcxandre- le- Grand après de longs combats contre l' II- Ivrie* et après avoir reçu de la main des Slaves deux blessures, parvint à les subjuguer. Il prit alors l'élite d'entre eux au nombre de cinq mille, et les mena avec lui à la conquête de l'Asie. La tradition ajoute qpe
il lx hokdi suvi.
c'étaient eux qui Montaient les chars armés de faulxde formée d'Alexandre; et que ces faucheurs du champ de bataille firent de tris prodiges, qu'on ne les désigut plus que par le nom de leur arme favorite, les failli, serpi. Quoi qu il « soit de ces légendes populaires, il parait tro probable que le nom de Serbe désigna priaaitivemeat des Slaves armés. Ce mot aurait donc eu cfcei les Slaves la naème signification que cekn de Germain on Webr-nmun, hoaune de guerre cbes les Allemands ; tandis qu'au contraire le mot Vende oo Tinde enfant de la lumière, Vid > aurait corresponda à celui de Teuton enfant du dieu Teut) c'est-à-dire eût été la dénomination religieuse des temps de paix.
Tue autre tradition iUyriennc, déposée dans un des pieu, anciens chants de danse nationale, ajoute qu'Alexandre en mourant affranchit ses belliqueux faucheurs. Les Serbes, affranchis df Alexandre, devinrent Pans ou seigneurs de leur pays, qui prit JnentM la nom de Pannonie, la terre des Pans ou seigneurs serbes, ou tout simplement la terre du seigneur, du dieu Vîd, divinité solaire chex tous les Slaves. Ce mot de Pannonie semble au reste la simple reproduction «fan mot antérieurement connu, celui de Pueonie, pays des Amo**$, sans doute les premiers pans ou seigneurs iliyriens du nord de la Macédoine, auxquels les aïeux d% Alexandre avaient longtemps payé tribut avant tic le leur faire payer à leur tour.
Enfin la Mcesie, que les géographes anciens confondrai souvent arec la Fannonie, fut aussi un pays
tftlTÉ PRIMITIVE DE LA RACE SUVK 4&
tende ou serbe. Mœsie en slave veut dire pays des hommes. Sans doute les Serbes se nommaieut entre eux mixe, meze (en slavon du nord moujes) les braves, les hommes de cœur ; et les Grecs, comme les Domains retinrent ce mot sans en comprendre le sens. Chafarjikcite, d'après les historiens byzantins, un général Moojidar au service grec, puis un roi po'jvtxct ou moujik, qui dans sa ville de misak sur le Danube, secoua an sixième siècle le jou& des Césars. Mais par un singulier jeu de la fortune, ce nom qui avait d'abord désigné des seigoeurs et des rois, ce nom respecte de moujik, n'est plus employé aujourd'hui que pour désigner l'esclave russe; du moins témoigne-t-il par son sens primitif que ceux qui le portent n'ont pas toujours été des esclaves.
. Un curieux travail serait celui qui rechercherait r histoire de la Mœsie et des Moujes ou des braves, des hommes libres du monde slave primitif, depuis F époque des Serbes du règne d'Alexandre jusqu'au moment où ces mêmes Serbes devinrent les serfs (servi) des Romains.
On a prétendu que le verbe servire et le mot de $ervui est Tenu en latin dn mot etpUç. par lequel les anciens Grecs, plus exacts que les Byzantins du temps de Procope, désignaient la race slavo-serbe. Nous verrons bientôt que si cette dérivation n'est pas vraie, elle reste malheureusement vraisemblable.
Il est remarquable qoe le nom de Slave n apparttt dans l'histoire que très tard, et pour ainsi dire coouk ud fruit du christianisme. Proeope et Joraandès ta sixième siècle, sont les premiers à se servir de ce no* qu ilsécrivent Sctari ouSclavini. Cette forme confinât d'être usitée et vulgaire duraut les septième et huitième siècles. La forme fctavani et $daxont$ ne rnmmmir a paraître qu au neuvième siècle. Toutefois dans la langue même de ces peuples, la racine de leur nom n'est pas, comase il semblerait, Sferu. mais Siovo; ils ues'appelaient pas Slaves, mais Slovènes, les hommes da verbe ou de la parole, c'est-à-dire les êtres parlants, par opposition aux étrangers qu'ils désignaient tous sou» )o nom cidlertif de .Vt'entii, les muets, ce qai les identifie doublement avec les Sbores de Proeope.
Ainsi ces tribus se reconnaissaient cuir elles au Un-
gage. De diversités nationales il n'y avait encore parmi ailes ancon vestige. A part leurs noms locaux et provinciaux, quelles empruntaient, comme nous l'indique Nestor, aux rivières et aux montagnes, elles ne portaient qu' un seul et même nom général. Ce nom, dépouillé absolument de tout caractère politique, désignait F ensemble de leur race et de leurs petites républiques, toutes plus ou moins confédérées ensemble, mais sans aucune espèce de centralisation ni d'unité gouvernementale. Nous a vons commencé par établir que ce nom original et général des Slaves fut celui de V enèdes ou de Vendes, puis Celui de Serbes, nom que nous verrons prochainement se changer en celui de Karpi ou Chratatî (fils des Karpatbes), d'où est sorti le nom moderne et provincial des Croates. Nous avons affirmé que les2 éléments et la source première de toutes ces dénominations successives se trouvent en lllyrie, dont la nationalité actuelle nous apparaît se dégageant avant toutes les autres nationalités slaves des ténèbres auté-historiques. Malheureusement les Ulyriens n'entrent dans la lumière de l'histoire, que silencieux et chargés de chaînes, à tel point que leur nom national, le nom de Serbes, en grec *tf>Coç , devient en latin synonime d'esclave, $ervus.
Avec le privilège de l'antériorité, les Slaves d' lllyrie paraissent donc avoir eu aussi celui de la souffrance et de l'esclavage. L'histoire de ces ancêtres des Serbes du Danube, sous la domination romaine, peut K résumer dans le nom d'une de leurs plus anciennes
villes, Servitium> aujourd'hui SerbiUa, en Maccdoidé, lieu qui parait avoir compté parmi les marchés d'esclaves les plus fréquentés de l'époque romaine. La prédilection des propiétaires d'Italie pour les esclaves Uly riens se continua jusque dans le moyeo-ège, où kl schiavoni se vendaient très cher dans les fiefs de la Lombardie, à cause de la rare aptitude de ces hommes aui travaux champêtres.
La même oppression que les seigneurs civilisés de l'empire romain faisaient subir aux Serbes occidentaux, les seigneurs barbares de la Thrace et de la Scythie l'imposaient aux Serbes de la Mœsie, du Borystène et de la Dacie. L'asservissement des Proto- Serbes du bas Danube et de la mer Noire, remontai une époque tellement reculée , qu'elle échappe même aux recherches des étymologistes. Les Thraces on Al* banais de l'antiquité apparaissent comme maîtres do bas Danube, dès l'époque du siège de Troie. Alors s'outre la première phase de la lutte de l'élément latino-grec contre l'élément ase et persique, dont le royaume de Troie, avec ses annexes, formait le boalevard le plus avancé du côté de l'Occident. C'est cette époque de destruction et de dispersion d'un grand nombre d'états asiatiques, que beaucoup d'archéologues supposent être l'époque du passage des Proto- Slaves d'Asie en Europe. D'après ces savants, les Slaves seraient entrés en lllyrie par le Bosphore de Thrace, sous le nom de Lydes ou Lydiens , mot qu'on voudrait faire dériver du slavou liudi, le peuple. Ces
UNITÉ PRIMITIVE DE LA RAGK SLAU 49
Lydes, (Slaves d'Ane), après la ruine de Troie, dont ils étaient es alliés , franchissant le Bosphore, se seraient d'abqrd établis sur les côtes où est aujourd'hui Constantinople. C'est là que les auteurs grecs nous montrent les Lydes opérant leur jonction avec les Mésiens. A les en croire, la Lydie et la Carie asiatique formaient avec la Mœsie européenne un seul et même pays. Hérodote mentionne trois frères , Lydus, Mysus et Carns, qui furent suivant lui les premiers rois de ces trois contrées. M. Mickiewicz, avec ses yeux de poète, a vu dans ces trois noms autant d'expressions slaves. Bapprocbant le slavon kara, châtiment, et le polonais czarni, noir, il prétend que les Cariens n'étaient pas autre chose que des Slaves noirs ou asservis ; et il traduit les noms de Lydus, Mysus et Carus par lud mezo'v karych ou czarnich, (le peuple des hommes noirs). C'est à peu près comme si, pour caractériser les Slaves de nos jours, on les appelait, en se servant d'une figure malheureusement trop justifiée : la race des nègres blancs.
Ainsi le nom 'de Lydes, en supposant qu'il dérive delïudt, a fini par devenir comme celui de Serbe, un symbole de servage. Les codes germaniques du temps de Charlemagne désignaient par genus lydorum les prisonniers de guerre et les vaincus attachés à la glèbe. Les Leudesy en allemand lente, étaient pour les chevaliers chrétiens de la Germanie, les indigènes du fief, enlevé et conquis sur les païens Slaves. L'état où Ton voit languir aujourd'hui les derniers Slaves de la Poii. *
$0 LE IIOND1 SUVE.
mérauie, du Mccklenbourg, du Brandebourg et de II Saxe, n'est que la conséquence de quinze siècles de persécution des Teutons contre les Slaves du nord.
Il serait impossible de préciser des causes et d'assigner une origine à cette antipathie invétérée et corn» préexistante du Teuton contre le Slave : antipathie qui est devenue la source historique et en quelque sorte la fie même du germanisme. En effet nous la voyons déjà établie, faciliter partout aux Romains leurs conquêtes* Pois à l'époque des conquêtes romaines succède enfin l'époque dite barbare, l'époque des invasions de tous les peuples opprimés dans l'empire des oppresseurs. Dorant cette période qu'on pourrait à juste titre désigner dans l'histoire du monde, sous le nom de période slavo-germaine, l'antagonisme du Teuton contre le slave prend des proportions plus grandioses que jamais, et amène des révolutions de tout genre. Je vais tâcher de présenter ici le résultat de ces révolutions, demeurées malheureusement inconnues aux historiens d'occident, malgré l'influence qu'elles ont exercée sur tout le moyen-âge, et sur les relations réciproques des races européennes.
On vient de voir que les Slaves du midi se trouvaient partout asservis aux Romains : nous allons maintenant chercher si dans le nord la race germanique se montrait moins acharnée contre les Slaves, que m jetait dans le midi la race greco-latine.
lies plus anciens Germains paraissent avoir été les fiotha de la Scandinavie et les Suéones ou Suèytf,
tmrrt ntwrrnrs tos u uce slave. M
iqjourd'hoi Suédois. Les Gotha passèrent de bonne heurt de le Seandinavie sur las côtes venèdes de la Baltique, où ils s'établirent en conquérants parmi les Mates, mais sans pouvoir jamais refouler tout»à-fait les indigènes, ni fonder sur ces rivages une nationa* )ité darpUe. 920 ans ayant Jésus^Christ, Pythées les trouvait déjà sous le pom de Guttones, faisant prèp
des embouchure* de la Vistubs le commette de ïem* bre; et T*ritet ^Q9 w Gormania, mentionne encore au* fpémes Hep*, un peuple du même nom. U domi* nation de oee fiotbs détendait ju*qu'«n fo»d de la Po* logue, op les indigènes devaient cultiver la terra pour leurs piaitrsa étrangers, Aussi quand upe nouvelle race d'bommeQ descendus dp Caucase « sous le nom terrible de 8arm*tes, entra ep lutte avec les Gotbe pour la possession de la Ptepe, les indignes vendes regardèrent sans y prepdre part cette lutte, dont le résultat ne devait être pour eux qu'un nouvel esclavage. [«es Sanmtee ayant vaincu, forcèrent les peuplades gothiques à se retirer du uon) et du T prient vers la Germanie, c'e*t-à-dire vers les frontières de l'empire romain. Tous les pays situés entre le Caucase et la Baltique prirent alors le nom de Sarmatie. Ce nom devint bieptùt popr les historiens de Rome la désignation générale de tous les territoires cultivés par des colonies slaves hors de rillyric. Ce qui toutefois n'empêche pas EHrabon , Pline et Ptolémée (le distinguer dans la Sftrmatia plusieurs races tf hommes d'origine
tout-4-lait différente, et notamment la grand pupfc
52 Ll MONDE SLA VI.
des Serbes, sujet des Sarmates. Martien d'Héradét élève jusqu'à cinquante-six le nombre des nations (céyy) que renfermait la Sarmatie , et qui se groupaient autour de cinquante-trois Tilles importantes
Le premier résultat de l'occupation des pays slaves par la race caucasienne des Sarmates fut le refoulement des Kimris, ou Cimbres de la Grimée, vers l'occident. Ne pouvant trouver de place en Germanie, les émigrants cimbres, sans doute renforcés d'un grand nombre de volontaires germains, envahirent la Gaule et semèrent l'effroi et la destruction dans F empire romain. Vingt-six ans après cette terrible guerre des Cimbres, les Romains virent encore paraître dans leur empire une nouvelle migration de barbares du nord, causée comme la précédente par la pression que faisaient sentir à la Germanie les Sarmates , maîtres do monde slave. Heureusement pour Rome, les émigrants germains conduits par Arioviste, eurent & lutter contre Jules César, qui se trouvait alors dans les Gaules. Leur défaite sous les murs de Besançon retarda d'un demi siècle le mouvement de migration des Germains ; et l'empire romain sous Auguste put s'étendre dans h Germanie jusqu'au Danube, dont les rivages se couvrirent de castels romains.
Menacées à la fois par les Sarmates et par les Romains, les peuplades germaines forment alors deux grandes fédérations , sous deux chefs héroïques , Marbod et Hermann. Marbod, qui était allé étudier dans
Rome même la puissance romaine pour mieux apprendre à la vaincre, réassit & organiser dans le midi de la Germanie, sur le Danube, un état monarchique, à l'aide des Suèves et des Markomans. Hermann, dont le père et plusieurs parents avaient , comme Marbod, visité Borne, forma au contraire dans le nord une confédération républicaine, à l'aide des Gherusques et des Saxons. — Enveloppées par Hermann, les trois légions de Yarus périrent jusqu'au dernier bomme. Hais impatient de venger le nom romain , Germanicus accourt, et toute la Germanie depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe est subjuguée. L'héroïque épouse d' Hermann, Ihusuelda , est elle-même conduite comme esclave à Borne. La cause première de tous les triomphes de Germanicus semble avoir été la discorde et la rivalité qui existait dès lors entre le nord et le sud de la Germanie , ou ce qu'on appellera plus tard la Prusse et l'Autriche. Marbod, l'allié des Bomains, le roi despotique des Germains du midi, entra enfin en lutte avec Hermann, le chef républicain des Germains du nord. Dans cette lutte entre deux chefs et deux systèmes rivaux, Marbod succomba. 11 dut fuir en Italie, son empire fut détruit, la liberté barbare triompha , et la Germanie fut à jamais perdue pour les Bomains.
Ce fut alors le tour des Slaves de voir se tourner contre eux les armes des Latins , qui renonçaient à s'aventurer désormais au milieu des forêts germaines. Les Césars commencèrent par attaquer les Vendes du Danube. Trajan franchit ce fleuve l'année 106, et alla
chinoise, devait & perpétuité séparer les ho mtdea de la Scvthfe d'avec l'empire romain peine ce fossé était-il achevé que le cri de gnerr pur la puissante nation des Gotha , alla reti Dniepre a l'Oder, et de la mer Moire jusqu'à tique, Les Goths , en effet , occupaient alors lisière de l'Europe, depuis la Scandinavie, en la Vistule, le Dniestr» et le Dniepre jusqu'au 1 Mais ces régions qu'ils avaient conquises a'éti sur une ligne sans profondeur. C'est pourquoi mates avaient réussi à rompre cette ligne dans et les Goths du nord, vaincus, refluaient de i tés vers le midi, au moment même où Borne s'i d'étendre ses frontières au-delà du Danube. terrible qui résulta de ces deux mouvements opposé, est connu daos l'histoire sona le guerre des Mareomaos. Dans cette mêlée fur* llgurcnt pour la première fois Tannes 166, i pondes, les Hures, les Gepides, les Srires, les 1 les Tun-ilingues, et une foule d'autres peupli thiqurs, les aigles romaines Unissent par l'eus
UNITi PR1ÉITITI M LÀ RACE SLAVE. 55
déjà très remarquable d'ordre public et d'idées administratives. Pressés à la fois entre les Romains et les fermâtes , les Goths de l'Oder, de la Vistule et de la Baltique commencèrent à émigrer vers les steppes du Md-est , et s'établirent enfin entre le Dniepre et le Dnttotrè dans le pays des Roxalans qu'ils parvinrent à Kdbjugder oti plutôt qn'ils remplacèrent comme dotf ntltedrs parmi les indigènes slaves , vers la fin du tfeuiiènte siècle de notre ère.
Ayant bientôt jeté de fortes racines sur le littoral de la mer Noire, les Gotbs commencèrent leur période (Titivasions et de pillages dans l'empire romain. CaftMlla les repoussa en 215 au-delà des frontières. Mais en 222 ils reparurent avec des forces plus imposantes et ne se retirèrent qu'après avoir extorqué d' Ateiandre Sévère des présents considérables. Enhardis |tar ce succès, ils envahirent la Dacie sous l'empereur Philippe, passèrent le Danube eu 244 et ravagèrent toute la Mésie. Quelques années après, une nouvelle campagne les conduisit jusqu'en Thrace, ou ils saccagèrent Pbilippopolis et livrèrent en 251, près de la ville actuelle de Varna eo Bulgarie , une grande bataille à l'empereur Decius, qui périt avec son fils dans la mêlée. Il fallut que son successeur concédât la Bade aux Goths par un traité solennel , et les légions romaines colonisées au-delà du Danube, durent en quelque sorte se faire barbares, sans perdre toutefois la langue latine que leurs descendants moldo-valaques ont conservée jusqu'à ce jour.
l>Ius. liorgés de butin , les lioths regagnère steppes de la mer Noire. En même temps peuplades germaines parcouraient l'Italie an de 300,000 combattants; et d'antres essi Quades et de Marcomans inondaient la Pau 1' 1 llyrie romaine.
Voilà comment la race allemande solenni entrée dans l'histoire. Or jusqu'ici on n'a ' pari la race slave jouer un rôle actif. Enfin 1'h3 poser cette race opprimée, mais vigoureuse, i quérants germains, pour assurer la durée de 1 parai! s'être présentée vaguement dès le trois: rie à l'esprit des Césars. Ils commencèrent p poser leur garde prétorienne, uniquement d< iUvriens. Voyant la fidélité de ces barbares, reur Probus alla jusqu'à les constituer sous Ii firderati , en petits corps d'armées aux fron la Germanie; puis leur assignant des (erres. des laboureurs et les déclara citoyens. Mais I toges germains et gotbs ne tardèrent pas à dutre par bandes considérables dans ces colc lii.mvs ,ii- i'H!\ rie. au miint oui) ne fut biei
pjii'fs goths et illyricus montèrent souvent jusque sur le trône, au moyen de l'adoption qui les conduisait à se faire proclamer Césars à la mort des empereurs qui les avaient adoptés. Je me .bornerai à citer deux empereurs de cette façon, qui paraissent représenter avec pue certaine exactitude , l'un le génie des premiers Goths, l'autre le génie des proto-Slaves. Lan 335, le géant Maiimin, fils d'un pâtre goth nommé Micca, et d'une Sarmate nommée A baba, devint empereur. Haut de huit pieds et demi, ses forces étaient proportionnées à sa taille; il traiuait seul un ebarriot chargé, remplissait plusieurs coupes de ses sueurs, fendait des arbres avec les mains, pulvérisait des pierres entre ses doigts, terrassait de suite quinze à vingt lutteurs, sans reprendre haleine, et enfin suivait à la course le cheval le plus rapide. Aussi pour le nourrir lui fallait-il chaque jour, disent les historiens , quarante livres de viande. Ce type effrayant de la race gothique, dans sa sauvage puissance, ne parlait latin qu'avec peine, et mêlait sans cesse dans la conversation son jargon allemand. Ses vertus étaient une grande chasteté et un amour terrible de la justice ; ses vices étaient l'orgueil, l'égoïsme et la férocité. Honteux de son origine gothique, Maximin cherchait à dégrader tous les noms illustres du sénat, croyant relever par là le sieu. 11 faisait jeter aux bétes , coudre dans des sacs , et expirer daus les tortures, tous ceux qui osaient le tourner en ridicule. Enfin Rome, profitant de la révolte de l'A-» frique, déclara Maximin hostie, étranger ou ennemi
W h nom* SUtfl.
( deoi mois synonymes à Borne ). Le poissant Gofr devint comme un tigre , et dans sa retraite il sa» toute l'Italie de cadavres. Il inspirait une telle terreur, qtf Aqnilée assiégée par loi, vit les femmes mèw les plus délicates de la ville prendre part à la défcM des remparts, et tresser avec leurs propres chevdam des cordes pour les machines de guerre. Maximin fit enfin massacré par ses propres soldats. Peu «Tannées après, un autre géant monta sur le trône, mais eehri-là était d'origine illyrienne. Fils d'une prêtresse consacrée au culte du soleil, ou du dieu Blanc , il se nommait Aurélien. Plus astucieux peut-être , mais beaucoup moins Cruel que son prédécesseur, il avait acquis sa gloire en combattant avec ses légionnaires illyriew les Sarmates sur le Danube, et les Germains sur le Bbin. Enfant de l'Orient, il en avait la nature à la fois grandiose et brillante. Ce fut lui qui conquit Palmyre et fit prisonnière la reine Zériobie. Traînant après lui une foule de captifs goths et sarmates , il alla triompher au Gapitole, et parvint à force d'habileté et de caresses , à se faire accepter par les Romains. Depuis lors les dent factions, illyrienne et germanique, soutenues l'une par la Grèce, l'autre par les Gaulois, ne cessèrent plus de se disputer l'influence à la cour des Césars.
De ces faits il résulte que c'est la fatale rivalité entre las deux races germanique et slave qui, après avoir donné aux Romains r empire sur toute l'Europe, k*r penUt dt prolonger durant tant de «èdea tour
UNITÉ PM0ÎIT1 Dt LA MACS SUVI. M
domination, sans cesse attaquée par les ans et restau* téb pat tes antres. Le» Slaves savaient trop quel sort cfttH les Gbths avaient fait subir aux premières co- Mniea slaves établies sur la Yistule et la Baltique j € est pourquoi ils appuyaient, par esprit de vengeance, Wtttre la Germanie V empire croulant des Romains. Mais, comme il ardre toujours chaque fois qu'un peuple placé entre deux races belligérantes, prête son bras à Fu ne pour 1* aider à écraser l'autre, les Vendo- Sfcrtes se faisaient exécrer des uns, sans se faire respecter des autres. Oubliant qu' en i- mêmes étaient partout disposés à opprimer, les Teutons appelaient défft les premiers Slaves des instruments de serrilisme et d'oppression; d'un autre côté voyant combien le brts vigoureux de ces Serbes leur était utile contre kttrs enuemisdu nord, les Romains faisaient d'autant plus d'efforts pour s'approprier chaque jour davantage un instrument aussi commode entre leurs mains; de sorte qu'un asservissement croissant devenait la Seule récompense donnée à ces aïeux des Slaves par les Césars. C'était en grand, et pendant plusieurs siècles, le même spectacle que vient de donner durant trois années le dernier des empires romains d'occident, F empire d'Autriche, avec ses Slaves également taxés de servilisme par les modernes Germains.
Je ne poursuivrai pas plus longtemps cette lugubre histoire. Je me borne à constater que dans le nord, comme dans le midi, vers quelque point qu'on tourne ka yeux, partout les premiers Serbes ou Slaves appa«
60 Ll MOXDB SLAYI*
raient comme serfs. — Nulle part cependant leur asservissement ne parait avoir été aussi complet, ausâ long que dans celles des provinces danubiennes soumises aux Césars. La tradition slave raconte à ce sujet, et l'archéologie romaine confirme des laits d'une barbarie qui fait frissonner. Il semblerait que pour conjurer leur triste destin, une partie de ces servi (<npCot) du Danube se décidèrent enfin à quitter les domaines de leurs oppresseurs grecs et romains, et à fuir vers la Scythie et ses déserts; c'est du moins ce qu'indiquerait la légende des trois frères, Tcbekh, Lekhet Buss, qu'on retrouve sous diverses formes cbex tous les peuples slaves. Une des plus anciennes chroniques publiées par Kopitar dans son Gioyo/ila Mozianu*, fixe r époque de cette migration à Fau 363 et F attribue aux tyrannies et à l'insatiable avarice du gouverneur d*Illjrie, Equitius, qui après avoir dépouillé de leurs dernières ressources les Slaves de la Croatie, força trois de leurs princes, Tcbekh, Lekh et Russà abandonner leurs domaines de Kxapina, pour s'en aller au-delà du Danube fonder de nouveaux établissements dans la Bohème, la Pologne et la Russie.
J'ai bien des fois entendu des rapsodes illyriens chanter la migration des trois frères. Ils le faisaient dans des termes aualogues à ce qui suit : Au temps des Césars romains, trois bans de race au tique, Tcbekh, Lekh et Buss gouvernaient les riches vallons de la Zagorie ; mais les hommes de César venaient chaque année lever sur eux de lourds tributs. Enfin quand
UNITÉ PRIMITIVE DR U RÂdE SLAVE. 6l
les bans ne purent pins payer ee qu'on exigeait deux, César Tînt ; il leur enleva leurs troupeaux et jusqu'aux joyaux de leurs femmes. — Les trots frères alors se dirent : Que sommes-nous, pour souffrir une telle honte ? Serions-nous donc cloués à la terre des Romains? — Et ils levèrent les yeux vers le ciel. — Trois aigles en ce moment traversaient les airs ; ils venaient des chauds rivages de la Primorée latine et se dirigeaient à tire d'ailes vers le nord. — Tchekh le savant dit à Russ : frère, fuyons cet empire de l'occident où le Knèze même vit esclave dans ses palais dorés. Suivons le vol de ces aigles ; vois, ils viennent de Rome; et pleins d'indignation ils s'en vont raconter aux Scythes l'esclavage qu'ici le genre humain endure. Comprends-tu leur cri? Ils nous promettent que nous trouverons dans le nord et dans l'orient des vengeurs. — Russ penchait tristement la tète ; mais Lekh s'écria : Debout ! rien de pire que F esclavage. — Et tous les trois répétèrent ensemble : Debout! Aussitôt chargeant sur des charriots leurs armes et leurs instruments de labourage, ils partirent avec leurs familles, suivis par les tribus qui leur étaient soumises.
Après avoir traversé trois grands fleuves, ils arrivèrent au milieu d'une vaste contrée entourée de tous côtés par des montagnes en amphithéâtre. — En voyant ce beau pays, Tchekh, l'aîné des trois Knèzes, se décida à échanger son camp nomade et ses tentes de peaux de bêtes contre une blanche citadelle à mu-
M ts nota* sut».
railles de pierre. Aussitôt il traça avec la eharree l'enceinte de sa cité, et s'adressent aux vilas eâestes qui conduisent les nuages, et dirigent dans les airs k toi des oiseaux, il les conjura d' écarter de l'enceinte sacrée de sa ville les coucous, les oorbeeux et tous les oiseaux de mauvais augure; de chasser vers les mon* tagnes lointaines les nuées qui recèlent la grêle et l'orage, et de faire constamment luire vu doux soleil sur la tète da ses enfants. — Après cas supplications aux vilas, Tehekh s'adressa aux hommes et adjura tous œux qui devront passer par la Bohème jusqu'à la fin des temps, de quelque nation, de quelque état qu'ils soyeat, iunaks ou marchands, rabes ou ô* toyens, d'entrer dans son kradekin comme amis, pour y jouir joyeusement de l'hospitalité slave. Ainsi fut fondée la capitale des Tohekbs, surnommée par Isa Slaves la Joyeuse et la Dorée.
Lekh chercha à son tour où il pourrait bâtir sa ville ; après avoir longtemps erré de la Moldave à Is Vistule, il s'arrèu un soir avec sa troupe au pied d'ua noir rocher qui ressemblait à celui du hradcbiti. Une aire d'aiglons blancs ep couronnait la cime j et leur mère qui les nourrissait étendit aussitôt ses larges ailes à l'approche des voyageurs, comme pour sa préparer à défendre sa couvée. A cette vue la caravane salua par un bourra l'oiseau, interprète des destinées. Un sillon fut tracé autour de la colline que protégeait l'aigle bleue Un sajnfk. (chAteau fort) s'é-
kva sur lis roohers» at la villa qui se f<wma è fa*
UNITÉ PRIMITIF DS LA lUCï SLAV*. Il
tour prit lp nom de G nez ne, c'est-à-dire le nid (gniazdo) de la famille de Lekh.
Busa, le pipa jeune des trois frères, 8* ennuya enfin de vivre à la cour de Lekh; il appela les siens, prit son arc de chasseur et se dirigea vers r orient à travers la stepe scythique. La Scythie n'était encore qu'âne immense forêt; ses habitants peu nombreux n'étaient encore que des nomades qui se transportaient suivant les saisons d'un désert dans un antre. Après avoir marché longtemps, Bu6s arriva sur les bords du Dniepre ; frappé de la majesté de ce fleuve, il gravit pour mieux le contempler la montagne où s'élève maintenant Kiôv. Effrayée à son approche, Une troupe d'oiseaux carnassiers sortit avec fracas des Cavernes des Petcberies. J'accepte l'augure, dit Busa : ici finira la Lekhie ; ici commencera mon empire ; le Dniepre séparera deux langues et deux peuples à jamais rivaux ; et de même que mon frère a mis dans ses armes une aigle blanfebe, moi j'étendrai sur les miennes l'aigle noire pour être la terreur du monde. —
Les légendes polonaises racontent un peu différemment la fondation des trois nationalités slaves du nord. Suivant Bielski, çp fut par opposition à l'fiigle noire des Allemands, et non pas des Busses, encore trop peu redoutés que la Pologne mit sur sou écusson l'aigle blanc. En outre, après avoir construit son uid (gniazdo) sur le rocher actuellement nommé Guezne, Lekh alla au-devant de ses deu* frères, qui parcou-
64 LE MONDE SLAVrf.
raient le monde en preui chevaliers, pour redresser les torts et combattre les tyrans. Tous les trois se rencontrèrent, sans s'y être attendus, aux frontières de la Germanie; et en souvenir de la joie qu'ils éprouvèrent à s'embrasser, ils bâtirent sur le lieu même de leur rencontre une citadelle qu'ils appelèrent Poznan ou Posen, du verbe polonais poznali sie, ils se sont reconnus. En preuve de ce fait, le peuple de la grande Pologne montre à la façade de l'hôtel de ville de Posen sous la corniche d'une tourelle, les tètes des trois frères, sculptées en granit et coiffées d'un même bonnet. J'avoue qu'en faisant partir Tchekb, Lekh et Russ de rillyrie, j'ai contre moi les pins savants archéologues slaves qui s'accordent presque tous à les faire venir des stepes du Don et du Volga, du pays que les Byzantins appellent la Chrobalie blanche (bielo-khorvacia) . Mais cette Croatie est très vaguement i ndiqnce ; on ne sait où elle était située ; on sait seulement qu'elle faisait partie des pays serbes, comme l'anonyme bohème de l'an 1 3 1 0 le dit lui-même dans sa chronique de Dalimil : te srbskem yaziku gesl ternie, gix charwali gest gtnie (dans la langue, c'est-à-dire le pa) s serbe il y a une terre dont le nom est Croatie). C'est de là, ajoute le chroniqueur, qu'est parti Tchekb. J'admets ce texte ; seulement j'observe que la Croatie illyrienne est aussi un pays serbe et qu'il me parait préférable de faire partir les trois frères de cette Croatie historique et permanente plutôt que d'aller chercher au fond de la Russie, pour en faire le berceau
unité pmnmrs de la race slave. 65
des trois grands peuples slaves, une Croatie qui n apparaît dans l'histoire que comme un météore passager.
Je puis cT ailleurs appeler à mon aide le témoignage même du pins ancien historien de la Russie ; j'ouvre Nestor, et j'y lis : « Les Slaves illyriens habitaient depuis longtemps les bords du Danube , lorsque les Ylaques (les Latins) vinrent s'établir sur ce fleuve. Les Vlaques s'emparèrent aussitôt de tout le pays slave; c'est pourquoi les Slaves prirent la fuite et émigrèrent chez leurs frères du nord.... Ceux d'entre ces émigrants qui s'arrêtèrent aux bords de la Horava ( la March) s'appelèrent Horaves. D'autres reçurent le nom de Tchekhs, de Poméraniens, de Lutitses ; quelques-uns celui de Polianes ; et le nom de Liaks ou Lékhs fut donne à ceux qui s'établirent sur la Vistule. » Nestor semble ignorer l'époque précise de cette émigration des Slaves opprimés du Danube vers les steppes du nord. C'est qu'il serait sans doute fort difficile de la préciser. Cette émigration doit s'être répétée à bien des reprises différentes. Chaque révolution arrivée sur le Danube, même avant l'ère chrétienne, a dû envoyer vers les steppes encore vides, quelques nouvelles colonies slaves, dont les premières ont sans doute précédé de bien des siècles celle des trois frères de la légende. Je suis donc loin de prétendre qu'avant Lekh et Buss la Pologne et la Russie ne fussent pas déjà des pays slaves. Je doute cependant qu'on puisse faire
remonter historiquement la colonisation de ces couu. s
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trées bien avant dans l'antiquitéi Les plaines de là Pologne et de la Russie offrait nne absence de monements , et dans leur sol même un caractère de nouveauté qui interdit, à ce qu'il me semble, de les negtrder cotnme des régions très anciennement habitées ; de sotie qu'il parait contraire non-seulement à Mu»» taire* mais même è la science géographique, dfe placer dans le nord le berceau de la race slave*
De plus, en admettant une nation slave déjà établie au bort du Danube et sur les montagnes de l'Illyrie, avant V époque des grandes migrations du bord vers l'empire ftomatn, on lève bien des difficultés historiques. L' histoire mus montre > il est vrai, de grand* armées slaves venant du nord au sixième et au septième siècle, passant le Danube, et s' établissant dans les provinces romaines» Hais ce n'étaient que des légions de soldats; — même en les supposant suivis de leurs femmes et de leurs enfants, ee n'étaient que dm hommes armés ; ce n'étaient pas des nations. L'imfluence que ces Slaves du nord ont dû alerter stor les pajs conquis, peut donc se comparer à celle que tat francs exercèrent dans les Gaules. — Or* je le de* mande, les Francs changèrent- ils radicalement la langue des Gaulois? Les Gaules, avant l'arrivée dm Francs, étaient latinisées ; au milieu de leurs serfs latins, les Francs s'obstinèrent pendant quelques siècles à garder leur idiùme germanique; mais l'élément indigène ou latin finit par l'emporter ; — et la langue des Francs, la langue française est devenue la pn-
tîNTli MLllMtfl Dt ta 1UCC SUVS. 17
mièft do* lougirt* romanes ou latines. Pourquoi ftftp* pose* «uns prends qu'il y eût dans l'Illyrte uh fééul-» tat tout oontraf te , et que ce furent lés nenquttautt slaves du nord qui firent oublier aux indigènes le*# ancien idtom? N'ést-tl pas beaucoup plus natal*! d'admettre, puisqu'il y a d'ailleurs tant de témoigna* ges en faveur de nette opinion i que ha Ulyrieoi étaient déjà Slaves, qu'avant l'ère des taVMtotfS» il* parlaient déjà M slavbn, et que n'est pont Uêl« qu'ils le partent encore , nullement part* qu'il fcu* «trait été imposé par une fatmée do oonquéfaiits?
On mu detnanderu peut^étro comment tt m Mi qu'ayant habité dès avant Jésuft-Gbrist à la frontière des Grecte , ko (Mavos no soient pà* une Medte Mi mentionnés datrt les antiens antefet-s tattéutqttéi. lu réponds que le nom de Mate esl un nom comparait* vement peu anoion , qui semble avtrir suceédé aut noms de Vende et do Serbe; il est démontrë do mille manières que le nom de Vende n'avait point été ignoré de l'antiquité \ quant au nom de Sorbe, en grefc <rrp^c, ou Servos, les Romain* paraissent ne l'avoir que trop connu, s'il est vrai qu'ils en aient fait leur fttbt sema. — En outre ou connaît l'usage de toute l'antiquité de ne mentionner dans l'histoire que le nom et tes actions des mattres, sans s'inquiéter dès esclaves. Cet usage peut expliquer pourquoi dans les saiiglahto guerres faites par Trajan, Déeios, Vathm-, HostiUamis, et plusieurs autres Césars sur le Danube , il tt'tfet ja* mais question que des Sartnatt*. Il fout oWi» froUr-
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tant que sous ce nom de Sarmates, les Slaves combat* taient depuis bien longtemps les armées romaines, lorsqu'ils firent enfin , sous leur propre nom 9 irruption dans F empire. Ce sont ces Sarmates, enfants du Caucase, et les tribus errantes et guerrières connues sous le nom de Scythes, qui ont durant toute l'antiquité dérobé leurs tributaires slaves aux yeux du monde civilisé.
Essentiellement agricoles, et portées à la vie sédentaire, les colonies slaves dans leurs migrations s'établissaient de préférence au milieu des solitudes et des forêts, pour les défricher et les rendre habitables. Aimant la paix, peu exercées dans le métier des armes, elles évitaient avec soin de s'approcher des frontières des grands états. Et comme les steppes incultes de la Scjthie n'étaient alors ambitionnées par aucune monarchie, c'est vers ces contrées que se portaient de préférence les émigrants slaves des rives du Danube. Ce nom de Scjthie parait avoir dès l'origine désigné un pays de nomades. En illyrien , Scythe désigne un homme sans gîte, du verbe skilati, vivre en vagabond. Ce mot passa ainsi, suivant toute probabilité, des Slaves aux anciens Grecs, qui abusèrent tellement du nom de Scythe, qu'on le trouve employé par leurs écrivains, pour désigner une foule de nations étrangères ks unes aux autres, an point que c'était presque une dénomination générale, qui signifiait les barbares du nord.
Ua fallu toute l'infatigable persévérance des Sla-
Tes , pour faire de cette antique Scy thie un pays habitable. Depuis le Danube jusqu'au fleuve Jaune de la Chine, la zone des Stepes n'est qu'une continuelle alternative de provinces fécondes et de landes arides. Ces landes, rebelles à l'action de l'homme, n'admettent pas d'autre exploitation que celle des troupeaux, ni d'autre genre de vie que l'existence nomade des tribus de pasteurs. Malheureusement ces déserts coupent et interrompent en tous sens les provinces fertiles , où ils se plongent pour ainsi dire comme des fleuves dévastateurs, portant sur leurs ondes de sable mouvant, non-seulement les essaims de sauterelles venues d'Asie, mais encore des bordes de chasseurs, avides de carnage et de butin.
Séparées les unes des autres par ces stepes inhospitalières, les différentes peuplades slaves d'au-delà du Danube, ne pouvaient que difficilement correspondre cotre elles, et s'entendre pour leur défense commune. A la moindre discorde qui naissait entre ces petits états slaves , les tribus de pâtres et de chasseurs du désert s'élançaient sur les provinces cultivées parleurs rivaux Slavons. Étaient-ils vaincus, ils rentraient avec leurs tentes sous forme de charriots dans la stepe. Habitué à une vie réglée, à une nourriture abondante et très variée , étant de plus , comme tout laboureur, assez mauvais cavalier, le Slave ne pouvait poursuivre longtemps , dans ces sables incultes, le Scythe et le Hun, habitué à vivre à cheval, et à se nourrir du lait de ses juments. Les tribus de laboureurs slaves vi-
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«aient donc cachées aux jeu do mande , et le pins souvent opprimée» par cm essaims de cavaliers scy thés, fui parcouraient , comme l'ouragau , tous les paji slaves, depuis l'extrême nord, jusqu'aux montagasi «clatiraoc«
On peut maintenant comprendre pourquoi les tuteurs grecs et romains parlent si rarement des Slaves. Ils étaient serfs, et l'antiquité n'avait de sympathie que pour les maîtres. Toutefois , le plus ou le moins de liberté de ces pauvrea laboureurs, sous la domination des Khans Scythes on Tatares, servait peur ainsi dire à marquer le plus ou le moins de paix et de prospérité de l' Europe. Les laboureurs slaves se trouvaient-ils , par leur coalition, en état de refouler ks pitres au fond de la Stepe, alors T Europe grecque et latine jouissait d'une tranquillité profonde. Les Skvm au contraire étaknt*ik débordés et entraînés par Tirroptioa des nomades, l'Europe aussitôt en subissait le contrecoup, et se voyait menacée par des essaims de Scythes, de Huns, de Gotha, de Tatares, qui aprèi avoir passé sur k corps des Slaves, s'en allaient tnanéer et eaœager ks provinces do monde civilieé.
Le premier fait historique de ce genre , fut l'invasion des Cimbm en Occident, où ils parcoururent k Germanie et toutes ks Gauka, et que Marins seul pat arrêter, lu autnt faitdu même genre, mais eoeure plas terrible, fut U longue guerre <T Attila contre kt Ho* mains, fnrrre qui eut été împossihk sans resservisse* ment dm ^ves4«IHn«be au nomades 4s la Scythie,
UNIT* PRIMITOTI M LA IAGI SUIVE. Tl
H anjeorcF hoi l'asservissement de ces mêmes Slaves eu midi et de F occident à F autocratie moscovite, sera inévitablement le signal d* une nouvelle ère de destruction pour les états européens. Déjà dans F antiquité, l'histoire nous montre cette race Serbe, pins tard appelée slave, servant de boulevart à la Grèoe et à l'Italie contre les barbares. Ses travaux de colonisation du désert protégeaient déjà avant J.-C. le travail intellectuel et social des heureuses notions du sud et de k Méditerranée. En récompense de leurs services , Fanoienoe Bouae réduisit ces hommes à F état de $erfb ; ils Revinrent comme les cariatides de F édifice impérial, somme le marchepied du trône des Césars.
Depuis cette époque jusqu'à nos temps, le rèle de la pece slave n'a pas changé. Au moyen-âge, dans les temps modernes, depuis trois mille ans, c'est elle, toujours elle qui , assise entre l'Europe et l'Asie, refonte an désert ou absorbe dans son sein , en les rendant cultivateurs, les peuples nomades de l'Asie, et qni protège par là, à ses dépens, le repos du reste dé F Europe. Et l'Europe? qua-t elle jusqu id rendu aux Slaves? un dédaigneux oubli, pour ne pas dire une servitude éternelle.
Nos philanthropes , qui depuis un demi-siècle ont déployé tant d'activité pour l'émancipation des nègres, ne se doutent même pas qu'il y a au sein de l'Europe toute une race, et la plus nombreuse de toutes les races blanches, qui subit en ce moment sur son propre sol, le même sort que la race noire dans les colonies d' A-
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luérique. Comment après cela s'étonner que les Slaves soient devenus au instrument de servilisme et de ivaction européenne? S'ils le sont , c'est parce que Y Europe, et ancienne et moderne , les a cruellement condamnés à l'être, parce qu'elle a fait d'eux une race de serfs, depuis le premier des Césars romains, jusqu'au tsar ou césar actuel de toutes les Russies et bientôt peut-être de toute l'Europe. La monarchie universelle de Pétersbourg sera la conséquence nécessaire de l'obstination de l'Europe à méconnaître les diverses nationalités de la race Slave, et à considérer les enfants de cette race comme les serfs-nés des autres peuples. Le destin du monde est désormais lié aux destins du slavisme : Libre avec les slaves, ou esdaveaveceux, voilà l'alternative posée en ce moment à l'Allemagne comme à la Turquie, à l'occident comme à l'orient de l'Europe.
L'histoire en effet nous montre dans la nature slave une double tendance, qui se manifeste dès le berceau même de la race. Dès l'époque anté-historique , les peuplades de la Pologne, de la Bohême et du bas Danube, recevaient dans leur pays des colonies gauloises, et s imprégnaient pen à peu de mœurs et d'idées celtiques, tandis que d'un autre côté les llly riens de l'Adriatique, des balkans et du bas Danube, entraînés dans le tourbillon des conquêtes d'Alexandre, s'initiaient de plus en plus à la civilisation hellénique. En même temps l'esprit et la vie des Romains s'infiltraient dans la société venède, qui, entourant l'Italie,
semblait couver la place où Veuise devait venir s'asseoir un jour. Ainsi la Grèce et l'Italie se disputent dès l'origine l'éducation des Slaves. De là sont venues toutes les complications, tous les malheurs des peuplades slaves : mais de là aussi paraissent devoir émaner bientôt pour cette race de glorieuses destinées. Gomme le slave par toutes ses racines se rattache à la fois au grec et au latin, de même les idées, les institutions, les tendances des Slaves offrent un heureux mélange d'hellénisme et de latinisme, de mœurs d'orient et de mœurs d'occident. Un tel mélange , certes , est de nature, si le despotisme n'y met pas obstacle, à s'adapter d'une manière merveilleuse aux besoins nouveaux du monde. Je dirai plus, un tel mélange semble destiner les Slaves à devenir les plus ardents apôtres de cette civilisation unitaire, cosmopolite, qui s'élabore si péniblement en France, et vers laquelle n'en gravite pas moins de plus en plus toute l'humanité.
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