ORIGINES ILLYRIENNES ET POLONAISES
les indigènes et fondèrent un empire composé de deux races d'hommes que l'histoire romaine appelle, les uns Sarmatae liberi, les autres Sarmatae servi. Ces Sarmates serfs ne peuvent guère avoir été autre chose que des Serbes ou Slaves. Ils étaient laboureurs; ils avaient des villes et des villages en bois , et pratiquaient la navigation et le commerce ; tandis que leurs maîtres iazyges vivaient sans cesse à cheval , et sans autre habitation que leurs tentes dans les gras pâturages du Danube et de la Tissa.
Il parait que la domination des Iazyges ne dura pas longtemps : car Tannée 180 on voit les Slaves des Karpathes, sous le nom de Rarpi et de Karpiani, attaquer les stations romaines du Dauube , et obtenir des Césars la promesse d'un tribut annuel. Au troisième siècle leurs invasions recommencent. Zozime constate une victoire remportée sur les Karpi par le général Émilien ; puis l'empereur Volusianus les repousse hors de l'empire, et fait frapper à ce sujet une médaille commémorative de sa victoire sur les peuples qu'il nomme Venèdes '. Une autre médaille , de l'an 218,
1 On conserve de cette médaille des exemplaires avec eiergues dans les deux langues grecque et latine. Sur les exemplaires grecs on lit : ATT. K. TA. 4>IN. TAA. OTENA OTOAOTSIANOC. SEB.
C'est-à-dire » kùroxpârup Kaiexp TxyJâltico*; ^ivvixoq YxXiv
JiKcq Oùéi/Jixoç Oùo\ou<Tiavèq ZeGaaréç.
Les exemplaires latins portent avec d'autres mots la même exergue : IMP. C VA. F. GAL VEND. VOLUSIANO. AUG.
Lisez : Imperatori Caesari Vandalico Finnico Galindico Vendico Yolusiano Auguste [foir Vaillant, t. 2, p. 351.)
440 u nom* tuvi.
mentionne également on nouveau triomphe de t'crtlpereur Philippe l'Arabe sur ces peuples. Mais SêW cesse repoussés, les Venèdes des Karpàtbes revenaient sans cesse à la charge. Enfin, eu 295, Galerius, pour mettre un terme à leurs dévastations , résolut d'alkt attaquer les Venèdes dans leurs montagnes mérne ; et en 305 il en déporta violemment tiù grand bofnbit vers le sud, dans les plaines de rillyrie.
Voilà donc le nom de Venèdes qui reparatt sous là plume des historiens romains , pour désigner un peuple nouveau de montagnards karpathiens. Nous avens déjà vu les premiers Venèdes , vers Tan .188 ataflt Jésus-Christ , en lutte avec les Gaulois qui avaient quitté leur patrie au nombre de 300,000 combattant*, sous la conduite de Bellovèse. « Ces émigrants, dit l'auteur romain Justin, ayant consulté le vol des oiseaux ( car on sait que les Gaulois excellent dans là science des augures ), se décidèrent à fixer sur les eôtrt d'UIyrie leurs nouvetles demeures;... et là après avoit* dompté les barbares pannoniens, ils restèrent maître! du pays '. » Dès lors le nom de Venèdes avait peu à
* Lct paroles de Justin ou plutôt de son abréviatéur trogne Peapte sont remarquables :
Galli abundanti inullitudiue, cura eos non tapèrent terne, qme genuerant, trccenta millia hoininuni ad sedes novas quaerendas, Telut fer sacrum ujiserunt. Ex bis poriio illyricos sinus, ducibus avibas (naoi angurandi studio Galli praeter ceteros callenl) per s t rages Barbtrornni pénétrât it et in Pannonla consedit : gens aspera, audai, betliedsi, que prima pou Htrcuiem, cul ea res Ytoutii adalrtlliim il
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peu &mé de désigner les populations établies entre le Danube et l' Adriatique. La résistance obstinée des indigènes ayant exaspéré les conquérants , les Venèdes vaincus qui ne voulurent pas accepter la servitude , durent s'enfuir vers le nord dans les parties k* plus inaccessibles des Karpathes.
Ces faits s'accordent d'ailleurs merveilleusement avec le récit de Nestor sur l'expulsion des Slaves de la Pannonie et du Danube par les V laques, nom qui est sjnonime du mot allemand welscb, et qui signifie en slavon tous les peuples latins, par conséquent aussi les Walls ou Gaêls, c'est-à-dire les Gaulois. Parmi les historiens polonais, Bogukbval et Kadlubek, parlent comme Nestor, de longs combats entre les Vlaques et les Slaves de l' Illy rie. A près avoir montré combien les Venèdes ou Slaves étaient à l'origine nombreux et puissants, Ralubek cherche à concilier les traditions polonaises sur cette époque avec les récits de Trogué- Pompée. Mais à l'opposé de Nestor, il s'efforce de montrer la victoire restant fidèlement du oôté des Slaves : ce qui ne les empêche pas d'être obligés finalement d'évacuer le pays.
Vers la même époque, les autochtones de Bohème, qui très probablement aussi étaient Slaves, devaient également se retirer devant une antre invasion de Celtes Boïens , qui conquéraient pour des siècles ce
fldem dedii, Alpium injineta juga et frigore intraettbilia te» trawettdit : ibt domitis Pannoniis, per multo» tara cuui fioittois tarit bellt ftactruaf.
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pays, et lui donnaient leur nom. De ce côté encore les indigènes refoulés ne trouvaient d'asile pour leur indépendance que derrière les rochers stériles et peu enviés des Karpathes. C'est donc dans les gorges de ces montagnes qne de toutes parts les Vendes subjugués se réfugiaient pour y conserver au moins une ombre d'existence politique. Enfin l'empire des Césars s' étant écroulé sous les coups des Huns, et les peuplades germaniques, maîtresses des Stepes du nord, s'étant précipitées comme des torrents vers le midi, on vît subitement les primitifs autochtones redescendre de leurs montagnes, et occuper de nouveau, sous le nom de Croates, les plaines devenues désertes, d'où leurs ancêtres avaient été violemment expulsés.
De tout ce qui vient d'être dit, je crois que uous pouvons hardiment conclure que l'occupation des Karpathes par les Slaves remonte à nne époque aotéhistorique. La science étymologique vient ici au secours de l'histoire. La rivière hongroise de la Tissa ou Theisz, était appelée par les Romains Potisi , mol qui en slavon signifie pays sur la Tissa. On a découvert et on voit aujourd'hui à Mehadia un marbre avec nne inscription romaine de l'an de notre ère 157, écrite sous le consulat de Barbatus et de Begulus, et où ou lit : Valerius Félix miles coh. IV êtationis tourne*. Cette station romaine de Tsierna a laissé des ruines encore visibles au bord du torrent de la Tcherna, mot slave qui signifie l'eau noire. La Tcherna affluent du Danube, qui sépare la Hongrie de la Valachie, a donc
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très probablement donné son nom à la citadelle fondée sur ses bords par les conquérants romains. Les écrits de l'empereur philosophe Antonio, vers l'année 180, mentionnent dans les mêmes contrées une autre rivière, appelée Grana, aujourd'hui Hran, mot qui semble également venu du slavon grana, granitsa, froutière. Enfin parmi les peuplades illyriennes de l'antiquité, celles des Krovitses, des Koralles et des Besses , offrent des analogies au moins frappantes avec les Krivitches, les Gorals et les Besses des Karpathes du moyen-âge.
Il est donc difficile de nier la présence des Slaves dans ces montagnes avant l'ère chrétienne. Aussi les slavistes les plus distingués ont-ils fini par l'admettre. Comment en effet supposer que tous les Slaves du Danube et de l'Adriatique, échappés des champs de bataille celtiques et romains, aient alors abandonné leurs terres aux guerriers vlaques, sans y laisser derrière eux un noyau considérable de population champêtre? On peut d'autant moins le supposer, qu'il se manifestait alors d'étonnantes similitudes de mœurs, d'instincts et de caractère entre les Slaves et les Celtes; et les deux races, comme on l'a vu , réussirent si bien à se mêler, que parmi les noms même des princes gaulois de l'illyrie, nous en avons remarqué plusieurs qui sont tout-à-fait Slaves.
J'avoue qu'aucun monument ne prouve d'une manière formelle que des tribus parlant slave, aient habité aux temps des Césars les côtes de l'Adriatique, ii. •
4U tî MONDf SLATÎ.
Mais il n'en est pas de môme pour les Karpathes : Sur les versants de ces montagnes apparaissent dès les premiers siècles de notre ère, plusieurs peuples d'à ne physionomie tout-à-fait slave. Il est vrai que les historiens allemands qui voient des Germains partout,
nous montrent les Karpi comme un peuple teuton ique, parce qu'ils allaient piller les provinces romaines, de concert avec les Bastarues , les Quades et les Gôths. Cependant nous avons montré que leur nom n'a de signification qu'eu langue slave. En outre il parait impossible que les Karpi ne soient pas identiques avec les Kbrbatl ou Khrovati , habitants des sommets (Kbrbeti) qui bordent la rive septentrionale du thnabe.
Cest faute d* avoir aperçu F identité si indispensable à constater de ces deux noms, que les historiette ne fout commencer qu'au septième siècle les invasions slaves. Us nous représentent alors les Croates se précipitant de leurs montagnes, pareils à un fleuve immense, et couvrant à la fois de leurs colonies la Bohème, Tlllyrie et la Pologne. Hais il y a des preuves nombreuses qu'avant le septième siècle ces contrées renfermaient déjà des Slaves. Jornaudès nous les montre eu plusieurs endroits de son livre, mêlés aui Huns d'Attila. Parmi les peuplades de la liante Hongrie soumises à ce conquérant, il mentionne par exemple les Satagres ; et une partie du coinitat slovak de Sempline porte encore jusqu'à ce jour le nom de gotaker. La cérémonie même de la sépeltnre d'Attila