‹ Le monde slave; son passé, son état présent et son avenirChapitre 4 sur 46 · LE MOUJIK · texte numérisé non relu

LE MOUJIK

Le peuple russe est représenté avant tout par un

être ou plutôt par on granit brut, en qui se résument merveilleusement tons les défauts , comme toutes les énergies natives de la nationalité : cet être c'est le moujik. Mouj vent dire en siavon l'homme viril on fort; le moujik est en quelque sorte l'homme élémentaire. Il faut donc étudier ce bloc humain, dont toute r existence morale est dans les pratiques de son culte, et qui, s'il n'y avait pas les réflexions auxquelles ce coite r oblige, vivrait comme un animal, sans pensées et sans désirs. Ayons le secret de ses mœurs , nous aurons celai des forces de la Russie. Toute la puissance rosse est concentrée dans ce cœur qui renferme aussi T avenir de la liberté slave. Le trait le plus prononcé de son caractère est un amour exalté de la patrie, dont le culte se confond dans sa conscience avec «loi de Dieu. Ce patriotisme souvent poussé jusqu'au fanatisme, et par leqoel la religion et l'état, le Christ et le monarque sont inséparablement unis , électrise le moujik esclave, qui sans cela n'aurait point de patrie terrestre. Ce sentiment, malgré ce qu'il a de peu sensé, prépare par degrés à la liberté civile : on ne peut aimer à ce point sa patrie sans mériter d'en devenir citoyen, « Si l'on examine ces corps robustes qui défient la rigueur des supplices comme celle des climats, écrivait naguère un voyageur dans Y univers pittoresque, si l'on interroge ces physionomies expressives , on sera forcé de reconnaître dans cette race d'hommes une organisation riche et puissante, et de pressentir que leurs descendants auront un jour la

parole haute et libre, là où leurs ancêtres auront fécondé le sol sous le fouet et l'orgueil d'un maître... L'émancipation des esclaves donnera seule à la Russie un rang élevé parmi les peuples. C'est dans la partie la plus méprisée de sa population actuelle que dorment les germes de son éclat futur. »

Lé mot de moujik était autrefois un terme honorifique. Ceux qui s'appelaient de ce nom formaient lé souverain collectif de la Russie : leurs mandatait siégeaient autour du trône comme législateurs. En contemplant aujourd'hui leurs vigoureux deseeii* dants, on ne saurait plus douter qu'ils ne soient à la veille de redevenir ce qu'étaient leurs aïeux. La condition de cette métamorphose du moujik est qu'il resté fidèle à ses mœurs et à ses coutumes héréditaires. Dent éléments plus forts chez lui que chez la plupart de* autres peuples, l'ont maintenu debout jusqu'à ce jour: c'est la vie de famille et la vie de commune. Dans sa famille le moujik, même esclave, est patriarche et rttij et son foyer est pour tous ses parents ce qu'est le foyer communal pour tous les membres du village. Dans l'un comme dans l'autre de ces foyers, la solidarité la plus étroite unit, comme une seule âme, tous ceux qui y sont assis.

La commune champêtre en Moscovie est organisé» dans un sens moitié communiste et moitié patriarcal.. Chaque famille ou couple marié reçoit une pari de tettain proportionnelle au nombre de ses enfante. Cette propriété purement viagère est le droit inalié-

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