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CONSÉQUENCES SOCIALES DU SCHISME GRECO-SLAVE

LES DEUX PUISSANCES POLONAISE ET BOHÊME SUCCÈDENT A L'EMPIRE MORAVE , COMME CHAMPIONS DU PRINCIPE

CATHOLIQUE BN SLA VIE.

Missions de saint Adalbert.

On a prouvé, en commençant cet ouvrage, que l'esprit de communauté dans la famille, dans la cité, dans l'Etat, est le principe de vie, le principe propre des sociétés slaves. Et cependant, quand nous jetons un coup-d'œil sur l'histoire intérieure de ces sociétés, elle nous apparaissent souffrant les plus odieux monopoles, se déchirant entre elles, flottant pour ainsi dire entre le despotisme et une irrémédiable anarchie. D'où vient une telle contradiction entre l'esprit de la race et son histoire, entre ses tendances naturelles et ses actes politiques? Pourquoi les peuples slaves sontils entre eux comme des frères ennemis? Quels griefs les divisent? quels obstacles s'opposent au développement de l'esprit de réciprocité qui est dans leur nature et qui peut seul les sauver?

La cause principale , je dirais presque Tunique cause

SiS LE MONDE SLAVE.

de tous ces maux, c'est le schisme. Lui seul détruisant l'unité admirable que révèlent les origines ethnologiques, religieuses, même linguistiques du monde slave, a introduit dans ce monde un dualisme rongeur. Viciant jusqu'aux racines même des littératures slaves, ce dualisme a créé pour elles deux alphabets totalement étrangers l'un à l'autre et qui ont fini par séparer ces peuples en deux camps Ainsi, la guerre intérieure la plus acharnée s'est trouvée allumée dans leur sein pour des siècles. Sans doute le schisme n'est pas justifiable, mais les prétentions exagérées du latinisme ont , jusqu'à un certain point, motivé les représailles de l'Orient. La cruelle obstination de l'Allemagne à imposer ses lois et ses idées à l'Europe greoo*slave pour se l'incorporer ainsi d'une manière plus sûre, n'a pas été moins fatale ni moins condamnable que l'obstination des greco-slaves euxmêmes à rester isolés de l'Occident.

Les mille intrigues de l'épiscopat allemand avaient brisé le trône des Svatopluk. Ces fils de la charrue étaient trop agrestes encore et trop naïfs pour pouvoir rivaliser d'astuce avec les héritiers de la vieille prudence romaine. Cependant , des ruines de la Moravie sortirent de nombreux rejetons. Alors les Slaves se divisèrent en plusieurs nationalités : dune part il y eut celle des Musses et des lllyro-Serbes, armés en faveur du schisme; d'autre part il y eut celle des Bohèmes et des Polonais, défenseurs du principe catholique. On conçoit qu'ayant une pareille raison

ORIGINES DU SCHISME GRECOSLÀVE. 3iS

d'être, la Pologne et la Bohème obtinrent vite le respect au milieu des Etats oltramontains du moyenâge.

Quoique encore païens , les Lekhs avaient déjà une organisation intérieure assez forte pour pouvoir disputer aux Allemands la succession des empereurs moraves et s'en approprier d'importants lambeaux. Les temps fabuleux de la Pologne étaient passés , la dynastie des Piasts venait de se fonder ; le deuxième petit roi de cette dynastie, Ziemovit, inaugura l'ère des conquêtes. Les Lentchitsaniens , les Mazures et les Silésiens furent réunis aux Lekhs de Poznanie, qui reconnaissaient déjà les Piasts. Mais le paganisme de ces peuples les empêchait encore de prendre place dans la famille européenne; et cette cause, en se prolongeant, aurait fini par occasionner l'extermination successive de toutes ces peuplades divisées et rivales. L'intérêt politique lui-même fit un devoir à leurs chefs de planter enfin la croix sur leurs frontières pour en éloigner les conquérants germains. Ce fut le roi Mieczyslav qui, le premier, accepta le baptême, en 965 , sur les prières de son épouse , Dombrovrka , princesse bohème.

La Bohème était alors la seule partie du nord slave qui eût embrassé le christianisme. Aussi , dans l'opinion delà chrétienté, tous les droits qui pouvaient encore rester aux Moraves, retournaient-ils naturellement à la Bohême. C'est pourquoi Cracovie et la petite Pologne, parties intégrantes de l' empire mo-

rave , étaient passées , à la chute de cet empire , cotre les mains des ducs qui régnaient à Prague. Voulant à tout prix élever la Lekhie à l'état de royaume , Mieczyslav cherchait à s unir intimement avec la Bohème, et avait, dans ce but, pris pour épouse la fille du souverain tcbekb, Dombrovka. A la suite de cette alliance, le prince des Lekhs reçut le baptême à Gnezue , des mains d'un prêtre tchekh nommé Bohovid. Une partie de son peuple suivit sans doute l'exemple qu'il lui donnait, et le nombre des chrétiens de la Poznanie étant devenu peu à peu considérable , un évèque allemand , nommé Jordan, leur fut envoyé en 968. Jordan établit son siège à Posen, et fut soumis à la juridiction de l'archevêque d'abord de Hayeuce, puis de Hagdebourg , que l'Allemagne avait chargé d'évangéliser tout le nord slave. Mais le paganisme conserva encore longtemps en Pologne un puissant parti. Ce ne fut que vers les dernières années du dixième siècle que les efforts de saint Adalbert parvinrent à faire triompher définitivement l'Evangile dans ce pays.

Quelques auteurs ont pensé que Mieczyslav , avant de recevoir le baptême de l'Eglise latine, avait déjà reçu, avec une partie de son peuple , le baptême des prêtres slaves envoyés par Cyrille et Méthode. Le chroniqueur Dithmar, qui vivait alors , ne dit rien de semblable: Il nous montre, au contraire, dans Mieczyslav, un champion zélé, presque un martyr du latinisme et de la Germanie. Quoiqu'il fut souverain indépendant des Lekhs d'au-delà de l'Oder, ce prince

se reconnaissait vassal de F Allemagne pour toutes les provinces qui étaient situées sur la rive gauche de roder et de la Varta , et qui formaient la plus grande partie de sou royaume. 11 dut ainsi comparaître , en 973, à la diète de Quedlinbourg , comme un simple comte ou fonctionnaire de l'empire. 11 avait tant de frayeur des margraves teutons de la frontière , qu'il n'osait se montrer devant eux en pelisse slave , ni s'asseoir en leur présence. Pour comble de chagrins, sa conversion lui attira des guerres cruelles de la part des Lutitses et autres peuples slaves encore païens. Ji lui fallut répandre , contre les idolâtres et pour le service de Y Allemagne , des torrents de sang polonais. En retour, la Germanie le laissa sans aucun appui contre les attaques des Tchekhs, qui, maîtres de Cracovie , ravagèrent à plusieurs reprises ses Etats. Les Allemands ne payèrent ses services que par un profond dédain. Enfin, le pape lui-même, sollicité d'ériger la Pologne eu royaume, s'y refusa, en répondant que les Lekhs étaient une race de chasseurs et non pas de citoyens, une horde de cavaliers, plus préoccupée de ses chiens et de ses chevaux que de l'humanité, et plus aptes à faire la guerre qu'à élever des églises ou ù former un Etat.

Cette condamnation terrible portée contre les premiers seigueurs de la Pologne ne put, en quelque sorte, être levée que par l'intervention d'un saint d'origine polonaise, mais d' éducation latine, par saint Adalbert. Ce pieu* personnage naquit en 950 dans le

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comté bohème de Lipié , dont le chef-lien était et est encore aujourd'hui la petite ville de Libitse, an confinent de la Tsidlina dans l'Elbe. On appela le nouveau-né Voïtsiekh, mot qui signifie consolation des guerriers. Son père, le comte Slavnik, qui possédait de grandes richesses , était allié de sang avec les princes lekbites, et sa mère, Strzezislava , descendait de la maison régnante de Bohème. Le premier instituteur de Voïtsiekh fut un pope ou prêtre de rite slave, nommé Radio. Puis il se rendit au couvent de Saint- Maurice à Dzievina ( tfagdebourg) , où était alors une école saxonne florissante , dirigée par le scbolastique Otbericus. Ayant pour condisciples à cette école des jeunes gens des premières familles d'Allemagne, Voïtsiekh se lia d'amitié avec eux et contracta ainsi le goût des mœurs latines et le dédain des rites slaves, dont il donna tant de preuves dans le courant de sa carrière.

Devenu prêtre sous le nom d'Adalbert, le jeune adepte des Latins revint parmi les Slaves, la tète remplie de projets de réforme, il se fixa à Prague, où un évèché venait d'être récemment institué; et il y servit comme dhcre le premier évèqne de cette ville, nommé Diterikh. Ce prélat étant mort eu 982, le duc Boleslav, les Vladjkas bohèmes et tout le peuple déclarèrent d'une seule voix Voïtsiekh digne de Y épiscopat. Aussitôt le nouvel élu partit pour aller recevoir à Vérone de l'empereur Othon II ï investiture de l'anneau et de la crosse ; puis, avec une grande suite de seigneurs bohê-

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mes, il alla se faire sacrer à Majence par son métropolitain Villîgese. De là il revint à Prague, pieds nns et vêtu comme un pauvre pèlerin , mais recueillant sur la route les hommages des penples. Le premier acte de son règne comme évèque fut de parcourir celles des provinces do son vaste diocèse, où la liturgie slavone avait jeté les plus profondes racines. Dès Fan 984, accompagné de son instituteur Radio, il visita la Moravie et la Slovakie , jusqu'à Grau où résidait le duc magbyar Geiza , qui veuait récemment de recevoir le baptême. Oppresseurs des Slaves, les Maghvars trouvaient naturellement un grand avantage à se séparer de leurs sujets par la liturgie. En leur apportant les rites latins, Voïtsiekh devait donc être bien accueilli à la cour des conquérants. Il en baptisa un très grand nombre, entre autres le fils même de Geiza, Stcfane, qui plus tard, devenu roi, montra un zèle ardent pour le développement de l'église latine en Hongrie, et fut mis au nombre des saints. L'évèque de Prague avait {Minci paiement ga«;né la confiance de l'épouse de Geiza; et ce fut auprès d'elle qu'il laissa son fidèle Hadlo, pour diriger 1 église naissante des Maghvars.

De retour a Prague, Voït^irkh entreprit d'y déraciner complètement le paganisme et tout ce qui s'y rattachait, c'est-à-dire, d'après le style des Latins, la langue et les rites slavons. Il était puissamment secondé dans ses plans de révolution religieuse par la sœur du duc régnant, Mlada, qui, ayant passé plusieurs années à Rome, était toute dévouée au latinisme.

Il parait que les institutions païennes , et notamment la polygamie, conservaient encore de puissants partisans chez les Bohèmes. Une ligue des grands du pays s organisa donc contre le réformateur, qui ne tarda pas à voir son influence annulée. Abreuvé d'amertume, Voïtsiekh prétexta un pèlerinage au Saint-Sépulcre, et quitta Prague , en compagnie du plus jeune de ses ciuq frères, de Radzym, et de son vieil instituteur Radio. Arrivé à Rome , il s'y démit de son pouvoir épiscopal entre les mains du pape Jean XVI, et se rendit au mont Cassin, auquel il donna toute sa fortune, en y joignant de grosses sommes qu'il avait reçues de Tbéophanie, mère de l'empereur Othon III. Hais ne trouvant pas dans ce monastère la solitude qu'il cherchait , il le quitta pour aller demander asile au couvent de Saint-Nilus. Les moines grecs de ce couvent déclarèrent qu'ils ne pouvaient recevoir parmi eux un évéque latin. Ainsi Voïtsiekh fut obligé de revenir à Rome, où il resta plusieurs années enfermé dans le cloître de Saint-Boniface du mont Aventin , et se livrant aux plus dures pénitences.

Enfiu, sur les demandes redoublées du duc Boleslav, qui se plaignait que l'église de Bohème, privée de son pasteur, tombait en dissolution, le pape ordonna formellement à Voïtsiekh de retourner dans son diocèse. Voïtsiekh partit à contre-cœui;; il rentra à Prague, aiiit i et plus dêeiJê que jamais à sévir contre les abus. Quoique accueilli avec enthousiasme par le peuple, il itxoauittjç* aussitôt :>a lutte interrompue contre les

usages nationaux ç t les mœurs païennes de la Bohème. Il y alla avec tant de fougue, et si peu d'égards pour les personnes, que toutes les classes du pays se soulevèrent contre lui. Pour comble de disgrâce, le premier ministre du nouveau duc Boleslav II [ appartenait à la famille des Versovitch, mortelle ennemie de celle de Voïtsiekh ; et ce ministre paralysait de mille manières les réformes du prélat. Enfin l'épouse d'un de ces Versovitch, surprise en adultère, se réfugia au couvent de Saint-George ; et Voïtsiekh refusant de la livrer, tout le peuple furieux assaillit à la fois et la maison de F évèque et le couvent, d'où l'infortunée fut arrachée de force et livrée au glaive du bourreau. Ne pouvant digérer l'affront nouveau qui venait de lui être fait, Voïtsiekh reprit le chemin de Borne en 995, y dénonça au pape les excès du peuple et du clergé bohèmes, et fit lancer par le pontife une excommunication sur ses ouailles révoltées. Dans cette situation, les habitants de Prague ne pouvant se venger de leur évèque absent, mirent le feu à la maison de ses frères, dont un seul, Sobebor, échappa et put se réfugier auprès du roi de Pologne. Tout le reste de la famille des Slavnik devint victime de la haine héréditaire des Versovitch.

Au bout d'une année la Bohème, par l'intermédiaire de l'empereur Othon III, réclama de nouveau son évèque. Longtemps Voïtsiekh s'obstina dans son refus, demandant qu'on le laissât plutôt mourir seul comme un ermite. Cependant, comme il ignorait eu-

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core le massacre de ses frères , il finit par consentir à revoir ses foyers. Il prit sa route par Mayence , où r empereur Othon III le reçut arec de grands honneurs, et comme un confesseur de la foi. Ce fut dans cette ville que Voïtsiekb apprit pour la première fois T atroce vengeance exercée par les Verso vitch contre les Slavnik. Tout entier à sa douleur, l'évéque jura de ne plus jamais revoir ?a patrie. Pour se distraire, il alla visiter la France, Paris tt ses écoles. Enfin instruit par un rêve, dit la légende, il se décida à aller porter f Évangile parmi les païens de la Pologne.

Muni d'instructions de l'empereur d'Allemagne, il se rendit droit à Cracovie, dont les habitants se convertirent en foule à sa voix. 11 fonda dans cette ville une petite église, bien des fois rebâtie depuis le dixième siècle, mais toujours, à ce qu il semble, d'après sa forme primitive. Elle existe jusqu'à ce jour, isolée, sans apparence, et presque sans ornements, au milieu de la grande place de Cracovie. — Les victoires d'un héros, de Boleslav-le-G ranci, venaient d'élargir considérablement les limites de la Pologne. Ce conquérant, redouté de tous ses voisins, ayant appris du frère de VoïUiekh, qu'il avait |>armi ses officiers, la proscription et les malheurs de l'évèque de Prague, lui offrit un refuge à sa cour, et esfaya même d'intervenir eu sa faveur auprès des états de Bohème. Mais les habitants de Prague refusèrent de recevoir dans leurs murs celui qu'ils regardaient comme leur ennemi juré. Alors le pauvre exilé quittant Cracovie, se mit en route

pour Gnezne où résidait Boleslav. Il fit le voyage, vêtu en simple moine, annonçant l'Évangile dans les villages et sur les chemins à tous ceux qu'il rencontrait. Attirés surtout , dit Adcmar, par l'étrange te de son costume monacal , les paysans idolâtres de la Lekhie venaient de tous côtés pour l'entendre.

Boleslav fit le plus tendre accueil à Voïtsiekh, qui fonda en Poznanie une foule d'églises, et y plaça des prêtres formés, comme lui-même, dans les écoles d'Allemagne. Enfin il bâtit l'église de Gnezne, dont son plus jeune frère Badzim, eu latin Gaudeutius, fut plus tard le premier archevêque. Voyant que tout lui avait réussi à souhait en Pologne, Voïtsiekh résolut d'aller plus loin dans le nord prêcher les Slaves encore païens. Les Prussiens maritimes étant alors les voisins les plus dangereux pour le repos de la Pologne, Tardent prélat, sur la demande de Boleslav, se décida à aller de préférenee évaugéliser les Prussiens. Prenant avec lui son frère Hadzim et une escorte de soldats polonais chargés de le mener jusqu'à la frontière, il descendit la Vistule; et arrivé à Dantzig s'y embarqua avec un seul serviteur pour la Prusse orientale. Ayant abordé à l'embouchure du Pregel, Voïtsiekh y fut aussitôt entouré par les indigènes, qui, eu l'entendant parler contre leurs idoles, le repoussèrent avec de grands cris vers la barque qui la\ait amené. Chassé d'un coté, Voilsiekh alla demander l'hospitalité sur l'autre rive, où ayant recommencé sa prédication, il fut de uouveau poursuivi par le peuple à coups de pierre.

L'apôtre découragé se préparait à quitter les Prussiens pour passer chez les Lutitses. Mais étant entré par mégarde un matin dans une forêt sacrée et interdite aux profanes, les prêtres du lieu l'assaillirent, animés par leur chef Siggo, qui perça lui-même Voïtsiekh de sa lance et le tua, Tan 997 *.

Une chose est digne de remarque, c est que tout ce qu'on sait d'authentique sur ce grand apôtre se trouve dans les chroniqueurs allemands. Les écrivains slaves ne disent presque rien sur saint Adalbert. Sans doute la sainteté de ses intentions leur interdisait d'en dire du mal; mais d'un autre côté sa tendance trop exclusivement latine les empêchait de voir en lui un véritable civilisateur du peuple. Car c'est incontestablement lui qui a le plus contribué à arrêter chez les Slaves le développement de l'église nationale fondée par saint Cyrille.

Bol es! a v ayant racheté des mains des Prussiens le corps du martyr, l'exposa dans la cathédrale de Gnezne, où la foi des Lekhs ne tarda pas à voir des miracles s'opérer sur sa tombe. La vénération dont il devint l'objet fut telle, que l'armée polonaise l'adopta pour patron, et que l'on battit des monnaies à son effigie, avec l'exergue sanclus Adalberlus, sanctus Votseikus. Des monnaies de ce genre ont été déterrées aux environs de Plotsk et de Cracovie. Ce furent en

* Ces faits sont tirés de Cosmos de Prague (Legenda de tancto Adalberto) et de Boldaczki (Bosa bohemica vel vita sancti Voittchi, episcopi jwwgensis, apottoli Uungar., Polon. et Prus$., Prag» 1668, in-12).

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Quelque sorte les os de cet apôtre qui firent de la Pologne un royaume. En effet x l'empereur Othon III, qui avait été dans sa jeunesse l'ami personnel d'A~ dalbert, désira faire an pèlerinage à sa châsse devenue miraculeuse. 11 s'y rendit pieds nus ; et après une ardente prière devant les saintes reliques , il mit , diton , de ses mains sa propre couronne sur la tète de Boleslav-le-Grand, et déclara que la Pologne, convertie par un si pieux apôtre, méritait une complète indépendance. 11 l'affranchit donc de toute sujétion vis-à-vis de l'Allemagne, et fonda les trois nouveaux ëvèchés de Cracovie, de Breslau et de Poméranie , les plaçant sous l'obédience de celui de Gnezne, qui fut érigé en métropole de toute la Pologne. Ces faveurs inattendues de l'empereur Othon III furent aussitôt ratifiées par le pape, à cause des éminents services que la Pologne rendait à l'église latine. Ces services en effet étaient déjà grands, et ils allaient bientôt devenir plus grands encore. On peut douter cependant qu'ils aient tourné au profit définitif de la Pologne, et de la civilisation chez les Slaves.

Sans doute l'influence du clergé, de la langue et des lois de Borne, s'était montrée au plus haut degré bienfaisante en Occident. Cette influence y répandait les lumières , y défendait le bas peuple , y contreminait la féodalité germaine et les effets de la conquête. Mais chez les Slaves tout était autre. Il n'y avait point eu chez eux d'invasion étrangère comme en Gaule et en Italie. Chez les Slaves , le peuple avait gardé tous ses

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droits naturels , et le sabre ne remplaçait point encore, la loi. La sécurité régnait daus leur pays, les communes elles-mêmes y faisaient la police et y protégeaient l'agriculture et le commerce. L'élément indigène portait donc en lui des garanties évidentes de bon ordre et de civilisation. Aussi, tant que les missionnaires chrétiens s'étaient avapeés au milieu des païens slaves avec la liturgie slavonne, ils n'avaient éprouvé nullq part de persécution ; à leur voix , le christianisme s'établissait partout sang effort. Mais il en fut bien autrement quand les missionnaires de Rome viqrent lisant une messe que les peuples ne comprenaient plus, et leur apportant des rites qui n'avaient aucmj rapport avec leurs mœurs. Alors les populations devinrent furieuses , et leur résistance amena des guerres atroces et enfin l'asservissement.

Il faut bien reconnaître que, restés jusqu'alors étrangers à la civilisation romaine, les Slaves ne pouvaient pas tirer des rites latins ni des lois de Rome, le même profit que l'occident de l'Europe. Leur langue, encore pure de tout mélangge, n'avait pas besoin , comme les langues franco-romanes, de se purifier de ses barbarismes en se retrempant à sa source, qui, d'ailleurs, ne pouvait être en aucun cas latine. Civilisateur en Occident, le latinisme fut donc fatal et destructeur chez les Slaves primitifs.

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