‹ Le monde slave; son passé, son état présent et son avenirChapitre 6 sur 46 · LA RU88U · texte numérisé non relu

LA RU88U

Ce mécanisme, assurément merveilleux au point de vue de la moralité sociale, mais qui tend toujours pins ou moins à absorber l'individu dans la famille, et la famille dans la commune, n'est sans doute compatible qu'avec une civilisation très simple, et un ordre public encore peu compliqué. Là où les besoins croissants du luxe et de l'intelligence font commencer la hiérarchie, qui n'est que l'inégalité des classes, là aussi le communisme primitif cesse. C'est pourquoi dans les villes slaves il revêt une forme tout autre que dans les campagnes; il se fait industriel, renonce à la possession de la terre, et crée les différentes confréries ou ghildes d'ouvriers et de marchands.

u GOST.

Ce sont les confréries ouvrières et marchandes qui forment, après les communes rurales, la seconde base de la société russe. Les 905(5 ou négociants russes se régissent d'ailleurs par des institutions singulièrement analogues à celles des moujiks. Les gosts aussi possèdent une partie de leur fortune en commun, dans ee sens que chacune de leurs associations a sa banque ou caisse de crédit , ouverte à tous ses membres , et qui les garantit contre les razzias des usuriers juifs, fléau du commerce dans la majorité des autres pays slaves ; tandis que dans les provinces proprement moscovites leurs usures ne sont pas même tolérées. Aussi les gosts y forment-ils une classe opulente, éclairée, li- 1. il

bérale, et qui s'est constamment distinguée par un patriotisme ardent.

De temps immémorial, les gosts russes se classèrent en confréries ou communes industrielles , modelées sur celles du peuple même des campagnes, et qui s'ad* ministrent elles-mêmes, élisant leurs magistrats, leum prudbommes, faisant leur police intérieure et jugeant l^urs procès. Hais ces confréries établies dans les villes et les citadelles même où siégeait le pouvoir impérial, avaient fini, à cause de leur esprit de corps et de leur opulence, par donner de l'ombrage aux tsars. A chaque pas qu'il faisait dans les voies de la réforme, Pierrele-Grand rencontrait ces gosts barbus et à robes km* gués, en travers de sa route. Us étaient devenus pour ce révolutionnaire monopoleur et couronné , comme de véritables ateliers nationaux. Il jura de les dissoudre, mais sans pouvoir y réussir. Car la transformation qu'il leur fit subir n'a point altéré le fond même <le leur existence. En effet, les six ghildes nouvelles, qu'il créa, ne diffèrent des anciennes classes marchandes, qu'en ce que l'argent, au lieu du mérite et de l'élection, y fait seul la base des droits.

Pour être membre de la première ghilde, il faut posséder un capital de 50,000 roubles. Arrivés èce haut chiffre, les gosts sont dès-lors assimilés aux nobles; ils ont comme euxje droit d'acheter des terres, nobles et des villages de serfs : ils peuvent jouir fëodalement dans leurs domaines de tout ce qui est sur le sol9 sous le sol, dans l'air et dans les eaux. Les deux

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