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marchands des différentes gbildes ont également, pouf décider dans leurs procès, des tribunaux de jury dans chaque petite ville ; ainsi qu'il y a des jurys mixtes pour juger les causes mixtes entre les gosts et les nobles, de façon que chacun est jugé par ses pairs.
Vis-à-vis de ces différents tribunaux, le pouvoir, nof envahissement, n'est de droit qu'un conservateur des archives, chargé d'enregistrer les arrêts d'une magistrature mobile et élective que lui envoient périodiquement les différentes classes du peuple. Ainsi les nobles, les marchands, les paysans et les serfs même se jugent entre eux. L'administration de la justice est doue, tout comme l'administration des provinces et des communes, un droit national, devant lequel doit s'incliner le despotisme. Ces franchises judiciaires et administratives, en d'autres termes le jury et la com- Mne, sont incontestablement la source principale de la prospérité intérieure et des progrès de l'industrie en Russie.
Pour bien juger la nation russe, c'est à Moscou qu'il finit aller l'observer. Pour ma part, je n'oublierai jamais l'impression en même temps d'admiration et de bonheur que me causa la vue de cette capitale. Après avoir cherché de longues années à travers l'Europe une tille qui réalisât à mes yeux l'idéal que je me formais de la véritable cité slave , je me sentys tout-àcoup frappé du sentiment que j'avais enfin trouvé la ville objet de mes rêves. Moscou a dans son aspect extérieur quelque chose qui révèle à l'âme tout à la
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fois les monuments féeriques du vieux Orient et les monuments non encore nés de l'Europe future. Cette recherche des beaux, sites pour y asseoir les édifices publics, ces. vastes perspectives qui remplacent rues étroites, ces places d'armes à perte de vue, larges espaces vides et plantés d'arbres , où des troupeaux paissent l'herbe le long des barraques en bois des marchands ambulants, et où de petites villes s'asseoiraient à Taise au milieu de la grande cité, ces jardins qui entourent presque chaque maison, les pots de fleurs qui en décorent les fenêtres et les seuils : tout trahit dès le premier coup d'œil F amour de la nature, de l'air libre, de la vie champêtre, en même temps que de la vie de famille ; traits qui partout caractérisent le Slave.
Ce ne sont pas seulement les mœurs et l'esprit social russes, qui se sont conservés purs à Moscou. La religion même du pays a fait de cette ville son sanctuaire et sa citadelle. Le Eremle est la véritable Sion des chrétiens greco-slaves. Les tsars modernes ont eu beau transférer à Pétersbourg le saint-synode, héritier du patriarcat moscovite aboli, ils ont eu beau transférer les reliques même les plus vénérées de Moscou sur la Neva, malgré tout cela Moscou est restée la ville sainte, la ville de l'église, des popes, des monastères et des icônes miraculeuses. Moscou est la vraie représentation de la Russie comme nation, de même que h cité toute cosmopolite de Pétersbourg est l'expression parfaite de la Russie comme empire.
Aux premiers siècles de son histoire, Moscou offrait le type le plus grandiose de l'antique commune slave, dans son autonomie presque illimitée et sa large existence. Aujourd'hui elle ne conserve plus qu'une vainc ombre de ses privilèges magnifiques d'autrefois. Les parties de la Russie où l'esprit communal slave s'est conservé le plus longtemps sont 10 Ukraine et les différentes Kosaquies. Les communes de ces contrées furent durant des siècles de véritables républiques démocratiques. C'est à partir seulement de 1 834 qu'on les a soumises à un impôt en argent, et que le gouvernement s'est arrogé le droit de nommer leurs magistrats et leurs officiers militaires. Dès lors les communes kosaques ont subi, comme toutes les autres, le régime du knout.
En réfléchissant à fond aux envahissements que la centralisation impériale a faits partout sur l'autonomie des communes, on trouve que ces envahissements étaient inévitables. La commune en Russie, et généralement chez tous les Slaves, est trop patriarcale, trop soumise à l'influence de ses slarchines (vieillards). L'esprit routinier et stationnaire , toujours plus on moins inséparable de la vieillesse, imprime nécessairement à toute société qui lui est soumise une progression très lente. C'est pourquoi la commune slave n offre généralement qu' un champ fort restreint à la concurrence et aux élans de l'ambition et du génie. H est singulier et digne de remarque qu'en russe le mot liberté (sloboda) désigne une simple commune,
on gros village. Ceci est significatif. En effet, la liberté slave n'a pu jusqu'à présent créer en permanence que des slobodes, c'est-à-dire des villages ou tout au plus de petits états microscopiques, comme le Monténégro et la Serbie. C'est précisément ce côté passif de la vie communale slave, qui a rendu possible la formation de l'autocratie ; et qui a provoqué en Russie la réaction européenne et toute occidentale de Pétersbourg contre le sommeil slave et quasi asiatique de Moscou.
Pierre-le-Grand vint tirer les Busses de ce sommeil profond. Il provoqua dans tout son empire une sorte de lutte dualistique entre la tradition et la réforme, le passé et le présent. Cette lutte renferme toute la signification historique de la période de Pétersbourg, et tout le secret de la centralisation impériale. Ce n'était pas certes une idée essentiellement mauvaise de secouer ainsi la vie de village, et ce communisme patriarcal slavo-russe, où s'absorbe la personnalité. Habitué à se reposer de tout sur la commune, à la prendre pour son unique boussole , l'individu dans ee système ne sait ni penser ni agir par lui-même. Isolé il ne sent que son impuissance. Au moindre péril il court se cacher parmi les siens , et sous l'abri de son clocher, comme un enfant au berceau se cache, quand il a peur, dans le sein de sa nourrice. L'objet, le but de l'empire russe a été de déraciner cette adhésion aveugle du slave à la vie de commune. 11 nous reste à examiner comment ce but a été rempli.
raipira.
Noos venons de caractériser d'une manière générale la Russie comme nation : caractérisons-la maintenant «Nome empire. Impériale , la Russie repose sur trois principes vitaux, que nous résumerons dans ces trois npts : le tsqr, le tchin et le knout. L' analyse de ces trois élémeqts va nous montrer qu'apcun d'eux n'est essentiellement slave. Étrangers à l'esprit russe et par leprs origines et par leur développement moderne, ils ont dû amener en Russie un état social factice et violent, état qui, malgré son triomphant passé, ne présente , comme nous allons le voir , aucun gage de dorée.