UN ÉVÊQUE SLAVE. HI
îDcore une fois le moyen de se raffermir. Uii^étranger, tf. de Beust, était appelé à Vienne pour sauver THmpire. Il ne vit qu une chose ; c est que la Hongrie avait, en 1848, jeté deux cent mille hommes sur les champs de bataille, et qu il fallait, avant tout, satisfaire la Hongrie, en lui rendant sou roi et sa Constitution. Mais, il était impossible de régler la question hongroise sans déterminer les rapports de la Hongrie et do la Croatie. Les Croates s'appuyaient sur leur droit historique, ainsi qu'on Ta vu dans le discours que nous avoas cité plus haut : les Magyares, fidèles à la malleureuse politique qu'ils avaient inaugurée en 1818, ne songeaient qu'à nier ce droit au profit de leur domination.
MgrStrossmayer n'avait pas disparu de la scène politique: il avait joué un rôle important à laDièLede 1865. Malheureusement, nous n'avons pas sous les yeux les discours qu'il y prononça. Au début, en 18GG, il fit partie de la Commission qui fut envoyée à Pesth pour poser les bases d'un arrangement. En 18G7, la situation était tout autre. Les Hongrois triomphaient; mais, redoutan t l'éloquence et l'influence de Mgr Slrossmay er à la Diète, où seraient définitivement discutées les conditions de VAusgleich^ du concordat entre Pesth et Agram, ils le firent inviter, par l'empereur, à voyager pendant quelque temps. Mgr Strossmayer vint à Paris, mais son absence ne changea rien aux dispositions de la Diète croate. Dans son adresse du 18 mai 18G7, la Diète de Croatie déclara nettement qu'elle n'enverrait pas ses députés au couronnement du roi de tlougvie^
iiS LE MONDE SLAVE.
tant que satisfaction ne lui aurait pas été donnée. Elle fut dissoute, mais la Croatie ne fut pas représentée à la i cérémonie du couronnement.
Une nouvelle Diète fut convoquée, puis dissoute encore; enfin, à Taide de manœuvres honteuses, ou parvint à en constituer une qui vota tout ce qu'on exigeait. Inutile de dire que Mgr Strossmayer n'a point siégé dans ce nimp-parliament. Vaincu dans ses idées politiques, il s'est retiré sous sa tente, et, en attendant des jours meilleurs, il continue de consacrer à des œuvres nationales ou littéraires, la vaste fortune dont il peut disposer.
L'un des plus beaux jours de sa vie a été assurément celui où il a pu ouvrir solennellement, inaugurer l'Académie nationale, fondée grâce à sa généreuse initiative. On n'avait pu moins faire que de le nommer protecteur de cette académie. Du reste, le Gouvernement déploya en toute cette affaire la plus mauvaise grâce qu'on puisse imaginer : défense aux habitants d'Agram de pavoiser leurs maisons, défense d'illuminer. La police ne put pourtant pas empêcher Tovatioa dont le Mécène slave fut l'objet à son arrivée à Agram ; j'assistais à cette scène, et j'ai rarement rencontré une aussi touchante popularité. Ce n'étaient pas seulement les catholiques, mais les orthodoxes, les Serbes, les Bulgares, que j'ai vus acclamer Mgr Strossmayer avec un indescriptible enthousiasme. La fête nationale, que le Gouvernement de Pesth avait interdite dans les rues, fut au moins célébrée dans tous les cœurs. J'ai sous les yeux le discours prononcé par Mgr Strossmayer ti