I. VieiUard qui joue de la guzla
TiA LE X05DE SLATM.
Près da ciel et du brillant soleil ; Là où, assises sur des uuages d'or.
Flottent dans Tair les Vilas ' vaporeuses, Répandant le bonheur sur les héros !
Là, lliomme n''a point de maître ; n ne craint personne, hormis Dieu, n est libre, heureux et fier Comme Taigle gris soiis les nuages.
Oh! qu'elle est belle, la vie du hejdouk !
Lorsque le ciel se couvre d'un voile noir,
Voir là-haut, au-dessus de sa tête,
Jouer les éclairs enflammés ;
Entendre autour de soi
Résonner le tonnerre furieux ;
Sentir la montagne sous ses pieds
Trembler jusqu'en ses fondements.
Kl. debout sur elle, au milieu de ces épouvantes,
Chanter sur la guzla une pesma héroïque :
Oh I qu'elle est belle, la vie du heydouk !
Du haut de la montagne, fondre comme l'ouragan
Sur les demeures des spahis turcs ;
Couper les têtes des spahis ;
S'emiwrer de tous leurs biens,
Kt» avec les biens, des jeunes musulmanes,
HriJllor leurs demeures
S<ui5^ qu'il reste trace des maudits,
Kt rvvt^uir en chantant dans la montagne :
OU î quVUe est belle, la vie du heydouk !
Kt^ iM\l\n\d;ju\t \x> chaut farouche, on serait tenté d'ac v'WH^r U biirbarto des hevdouks; mais ils nousdon-
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LE DRAÂfE MODERNE EN SERBIE. 149
nent eux-mêmes la raison de cette vie étrange : J'ai élevé une meule de foin, j*ai Mti une maison, raconte l'un d'eux; les spahis me Tont brûlée, ils m'ont enlevé un fils âgé de dix ans. Pour venger ma meule et ma maison, j'ai brûlé des meules de foin et trois tchardab (maisons turques), mais je n'ai pas encore vengé mon fils. — Nous dansions le kolo^ dit un autre, à la fête du pays; le bey est arrivé, il a demandé à boire el à manger; une fois ivre, il a ordonné qu'on lui amenât la plus belle de nos filles. On la lui a amenée. A ce spectacle, je n'ai pu me contenir; j'ai saisi un poignard, j'ai tué le bey et nous nous sommes sauvés dans la montagne. — Je chevauchais sur la route, dit un troisième, je rencontre un Turc à cheval, il m'ordonne de descendre; je lui réponds : La route est assez large pour nous deux. Il s'élance sur moi avec sa carabine, je l'ai tué et me suis sauvé dans la montagne.
La scène est longue ; le poète ne se soucie guère de se conformer au précepte d'Horace : Semper ad even- ^umfestina. Que lui importe plus ou moins de rapidité dans l'action, du moment où il est sûr d'attacher les spectateurs par le tableau de cette vie héroïque qu'ont naguère menée leurs ancêtres? Les Perses d'Eschyle ne sont certes pas un drame dans le sens moderne du mot; cependant quelle œuvre nous a jamais autant émus que la tragédie épique du vieux poète, joué en face de cette mer où les Athéniens avaient triomphé, devant ceux-là mêmes qui avaient été les héros de la victoire ? Le poëte serbe sait combien ces hey-
Wiî LK MONO S SLAVE.
Que gagnerons-nous à cela ? nous tomberans du joug des pachas sous celui du vizir. — Patience î réplique Novko dans une langue imagée qui rappelle celle des pesmés populaires, tout vient avec le temps ; le jour ne vient pas sans Taurore, ni Taurore sans Taubc. Le jeune aiglon veut atteindre les hauts sommets; il aie désir, mais il n'a pas la force; il s'enfuit du nid, il s'envole, il tombe... et se brise sur les rochers... Les Bosniaques ne sont encore que des aiglons. — Et ils décident le soulèvement de la Bosnie.
La scène change : Âlipacha a reçu des nouvelles de l'insurrection qui se prépare, mais il ne se sent pas assez fort pour la comprimer par la force ; il veut la prévenir par la douceur. Meirima, tout occupée de son amour trompé, s'abandonne à ses désirs de vengeance. Chérifa a, pour le soir, ménagé une entrevue entre Jivaii et elle, dans le jardin de son père. Elle Taccepte et s'y rend avec Tidée bien arrêtée de tuer Tinfidèle. Jivan est venu lui dire un dernier adieu; il la supplie do l'oublier, il lui reproche d'avoir fait enlever Loubitsa.
MEIRIMA.
Oui, j'ai promis ma main à Osman s'il enlevait Loubitsa: car jo veux me venger de loi. Je ne veux pas te donner un moment de repos, je veux empoisonner tout le bonheur que tu poux goûter auprès de cette femme. Je le veux... mo comprends-tu?... Tu as violé tes promesses. Tu as rejeté (^ollo que tu poursuivais naguère; tu as flétri ce que tu ainu\is ! Oh ! puissô-je t'infliger les tortures les plus affreuses; co que tu soulTrirais ne serait rien en comparaisonde co (juo jo soulTre ! Kl tu viens m'insulter ici?
JIVAN.
Tu me juges d'après les apparences. Mais tu ne connais pas mon cœur...
MEIRIMA.
Je te juge d'après tes actions. Que peuvent des paroles quand les faits parlent?... Aucune violence ne t'a contraint, tu as agi librement.
JIVAN.
J'ai cédé à une violence plus terrible que celle du sabre... àraa conscience.
MEIRIMA.
El c'est ta conscience qui t'a obligé de te jeter contre les Turcs, de leur arracher Loubitsa? Oh l infidèle, que ne me dis-tu simplement ; Meirima, je ne t'aime plus; Loubitsa a pris mon cœur.
JIVAN.
Tu m'obliges à dire ce que j'aurais voulu taire. Cette Loubitsa dont tu me fais un reproche, sache que je lui ai cent fois souhaité la mort, que je l'ai souhaitée à moimême. Cent fois j'ai pensé à m'enfuir chez les heydouks pour échapper à cet affreux mariage, et, quand j'ai appris que les Turcs l'avaient enlevée, je te le jure, je m'en suis réjoui. Mais mon père me soupçonnait d'avoir, en secret, provoqué cet enlèvement. La crainte de la honte m'a jeté à la poursuite d'Osman. Plût à Dieu qu'en le poursuivant, j'eusse perdu ma vie dans la montagne !
MEIRIMA.
Je ne survivrai pas à mon malheur ; le jour de ton
mariage sera celui de ma mort. Il ne me reste plus qu'à
mourir.
JIVAN, avec passion.
Ah! je mourrai avec toi : et ma mort retombera sur l'âme de mon père qui m'a forcé à ce mariage.
ISt LC MOJS9m SLATI
Par AIIaL ! ^liMa !a Térité? Est-fl possible que tu m^ai-
srvxs.
Paavre enCaiit ! ei quand donc ai-je cessé de f aimer?
MEiaUCA.
Jivan. si la ne me trompes pas. nous pouvons, encore tout réparer. Je sais comment gagner mon père : dis seulement une parole, et nous serons heureux pour toujours. Avec le nom et la fortune de mon père, avec ta bravoure et ton génie, tu seras le premier seigneur de la Bosnie. Et, si tu es las de la Bosnie, Alipacba est assez aimé à Stamboul pour que les portes brillantes du Divan s'ouvrent aisément â son gendre. Tu siégeras à côté du sultan. Amour, fortune et puissance, je t'apporte tout, ô mon Jivan ! Peux-tu me refuser ?
JIVAN.
Ta voix, tes discours, les baisers, feraient descendre un ange du ciel... laisse-moi, je ne puis sacrifier ma foi... je ne le puis.
MEIRIMÂ.
Garde en ton âme la foi que tu voudras '. Prends seulement un nom turc ! Oh ! tu peux le faire sans rien sacrilicr 1... Ne me réponds pas non ! La foi est-elle donc si forte chez vous? Vous lui sacrifiez tout. Moi aussi je lui immolerais tout, mais non pas mon amour. Devant lui je ne vois plus rien dans le ciel, plus rien sur la terre. Fardonne-moi>