PAULINE
A<lorez~lo ilans l'ùmo et u*en témoignez rien.
POLYEUGTE.
gue J« iois tout ensemble idolâtre et clirétien!
ô Mahomet, si je f abandonne pour le Christ. Jivan, ta foi est la mienne ; rien ne nous sépare plus maintenant : la puissance, la richesse de mon père, mat conscience, je renonce à tout pour toi ! Fuyons cette nuit, fuyons au delà de la frontière.
Mais Jivan refuse; il sait que son père l'attend, que sa fiancée Loubitsa compte sur sa parole; il préfère son honneur au bonheur de Tamour satisfait. Meirima, au comble de la fureur, appelle des Turcs, elle veut le faire assassiner; il s'élance sur un arbre, franchit le mur du jardin et disparait.
Mais l'altière Meirima ne laisse pas ainsi échapper 8a vengeance. Le jour du mariage est arrivé, Loubitsa vient de revêtir sa parure de noce. Une femme turque se présente, elle refuse de dire son nom, elle a un secret important à révéler ; et d'abord elle lui pose une question: — Jivau t'aime-t-il? — S'il m*aime, puis-je en douter ? réplique la chrétienne. Mais pourquoi me regardes-tu avec de tels yeux ? Pourquoi ton corps est-il ainsi agité? — Et Meirima raconte à Loubitsa comment Jivan l'a aimée, comment il Ta trahie pour épouser Loubitsa qu'il n'aime pas. 11 faut qu'elle renonce à ce mariage. Au milieu de Tentretien Jivan arrive et chasse Meirima ; elle sort menaçante, prédisant malheur à Loubitsa si elle ose épouser ce parjure. Jivan conjure Loubitsa de ne rien croire de ce qu'à dit Meirima et Tassure de son amour.
Il y a peut-être quelque chose de fatigant et de peu sympathique dans cette duplicité du jeune Serbe ; l6 drame entier repose sur elle. La noce de Loubitsa
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ce pas? Tu voudrais maintenant être cachée au fond de la terre! Tu voudrais fuir, appeler au secours, crier! Mais si tu bouges, si tu élèves la voix...
(Elle tire un poignard.)
Avec ce poignard, je te coupe la gorge.
LOUBITSA.
mère de Dieu, protège moi contre cette femme !
MBIBIMÂ.
Personne ne peut te défendre maintenant, ni la mère de Dieu, ni Dieu lui-même. Tu es en mes mains... Je puis te tuer... je puis t'étouffer... Tu regardes cette porte, comme si quelqu'un devait tout à coup venir pour te sauver... Si ce quelqu'un se montre, sache que tu tombes aussitôt morte à mes pieds.
LOUBITSA.
Mais toi-même, tu perdras aussitôt la vie.
MEIRIMA.
Est-ce que tu crois que j'ai souci de la vie? Ne sais-tu pas que je reposerais dans le tombeau plus doucement que tu ne reposeras cette nuit dans ta couche ? Quand je viens te donner la mort, crois-tu que je la redoute pour moi?
LOUBITSA.
Eh quoi! Est-ce là vraiment ton dessein? Oh! je t'en
prie, laisse-moi la vie ! Rien que la vie ! Mourir mainte-
nant. mon Dieu ! y pouvais-je jamais penser ! Non, ce
n'est pas possible... Tu ne peux avoir eu ce dessein... Tuer
ainsi une femme seule, qui ne t'a rien fait! Mais toi aussi
tu es femme: tu as le cœur bon. Fais de moi ce que tu
veux, mais laisse moi la vie... Regarde, me voici à tes
genoux.
[Elle tombe à genoux.)
MBIBIMA.
Ah ! te voici à mes pieds. Je savoure déjà le commencement de ma vengeance. Non, je n'ai point de pitié pour toi; qui pourrait maintenant serrer mon cœur en sa main n'exprimerait au lieu de sang qu'un fiel amer... il faut que tu meures.
LOCBITSA.
Mais que t'ai-je fait, femme? Que t'ai-je fait?T'ai-je seulement vue jusqu'à ce jour? dis-le moi?
MEIRIMA.
Ce que tu m'as fait, tu me le demandes ? As-tu la mémoire si courte...? Je vais te le dire. Je suis venue t'annoncer hier que Jivan en aime une autre. Cette autre, saistu qui elle est? le sais-tu?
LOUBITSA.
Ah? je le sais, je le comprends à ta fureur.
MEIRIMA.
C'est moi, la fille d'Alipacha.
LOUBITSA.
Tu es la fille d'Alipacha ! Alors il n'est plus de salut pour moi ! Tu peux tout.
MEIRIMA.
Il n'aime que moi, le sais-tu, moi seule? Tu n'es pour lui qu'un jouet aux mains d'un enfant, il s'en amuse un instant, le brise et le jette. Tu n'es pour lui qu'une créature odieuse, que la force lui impose pour compagne. Le sais-tu? Ne crois pas que je mente, que je parle ainsi par jalousie; je n'ai rien à t'envier. tu n'es devant moi rien qu'un ver de terre, moins qu'un ver, une fourmi... Mais assez de paroles. Je suis venue pour punir ton audace, ton opiniûtrité. As-tu pensé que tu enlèverais l'amant d'une musulmane sans te perdre?...
tK DRAME MODBRNB EN SERBIE.
LOUBITSA.
Oh I mon Dieu ! je ne te Tai point enlevé : mon père me ^ donné pour époux, qu'avais- je à faire, sinon d'obéir?
MEIRFMA.
Ton père te Ta donné. Et que t'ai-je dit ce matin, ne ^Vais-je pas dit qu'il en aimait une autre ? Que par ton îïiariage tu briserais le cœur d'une rivale ? Pourquoi t'es-tu ïûariée malgré mes avertissements? Pourquoi m'as-tu volée? Pourquoi as-tu brisé à jamais la joie et la paix de mon Ime.
Loubitsa épouvantée veut s'enfuir, une lutte s'enentre les deux femmes. Loubitsa blessée par le poignard de Meirima tombe sur le lit nuptial, Meirima s'enfuit protégée par son déguisement.
Jivan attiré par le bruit accourt, il est trop tard. Loubitsa expire entre ^es bras en lui pardonnant. 11 ramasse par terre le poignard ensanglanté : il cherche à pénétrer le secret de ce drame lugubre. Les svats entrent dans la chambre avec le père de Jivan. Voyant le poignard aux mains de son fils et se rappelant la répugnance qu'il avait pour le mariage, il Taccuse du crime, il le maudit. On entraine en prison Jivan qui essaie en vain de se Justifier; le père annonce qu il demandera lui-même la condamnation de son fils.
Au troisième acte, nous retrouvons Jivan dans sa prison. Il est condamné, Taurore va paraître, il n'a plus que quelques instant à vivre. 11 gémit sur sa destinée. — Mourir ainsi I on va venir, on va lui lier les
mains, on Tentraînera devant la prison; et le sabre du bourreau va trancher celte tête à qui tant d'années étaient encore promises. Ah ! si du moins il pouvait succomber sur le champ de bataille en combattant pour la délivrance de sa patrie... — Un bruit se fait entendre à la porte de la prison, serait-ce déjà le bourreau? Non, c'est le père de Jivan qui a lui-même sollicité le châtiment de son fils et qui vient lui dire un dernier adieu. La scène est belle et dramatique. Nous la reproduisons en retranchant quelques longueurs, ainsi que nous avons fait dans nos citations précédentes.
JIVAN.
C'est toi^ mon père!... et ma mère, et mes frères, où sont-ils?
NOVKO.
Ne m'approche pas, ne me touche pas ! Ta main est la main d'un démon. Elle a accompli l'acte d'un démon. Tu oses m'appeler ton père. Tu oses me demander où sont ta mère et tes frères? Tu n'as plus de mère, tu n'as plus de frères. [Sanglotant.) Ta mère, en apprenant ta condamnation, est morte de douleur... Tremble ! En paraissant devant Dieu, il faudra que tu paraisses devant elle... Infidèle à la croix sainte, tu g^s vendu ton âme à une mécréante. Si je ne t'avais arrêté, tu t'enfuyais avec elle sans songer à ceux que tu as laissés exposés à la vengeance des Turcs. Tu ne rougissais pas d'acheter ton bonheur au prix de la tête de tes vieux parents !
JIVAN.
Non, ce n'est pas la vérité: cent fois j'ai pu fuir avec elle, et même sans fuir, j'aurais pu la posséder. Ah! tu ne sais pas encore.,. Je ne V?à\^^^^feN^Çi
LE DRAME xMODERNE EN SERBIE. 161
NO\TCO.
Ne crois pas me tromper : ne te défends point par d'impudents mensonges! Pour détourner tout danger de nous et de toi. je t'ai marié avec la plus noble fille du pays. Le cœur d'une bête féroce Peut adorée... Et toi, qu'en as-tu fait? Dis-moi, qu'as-tu fait d'elle?
JIVAN.
Mais écoute-moi, par pitié.
NOVKO.
Tais-toi. Penses-tu n'avoir tué qu'elle ? Avec elle, tu as tué ta mère. Tu as excité une vengeance terrible entre deux familles jusqu'ici heureuses ! Et moi, triste vieillard, je resterai seul à pleurer sur la tombe des miens tués par toi.
Oh! arrête, arrête, au nom de Dieu!
NOVKO.
Non, je ne me tairai pas. Je suis venu t'apporter la malédiction de ta mère, la malédiction de tes frères, de ta famille et la mienne. Je te maudis vivant et mort, je te maudirai jusqu'à mon dernier jour. Puisse ton âme avoir dans l'éternité la paix que tu as donnée à ma vieillesse!
(// veut se retirer.)
JIVAN. Venlaçant de ses bras.
Ne t'en va pas... il faut que tu m'entendes... il faut que tu saches...
NOVKO.
Laisse-moi...
JIVAN.
Non, il faut que tu m'entendes ; il faut que tu saches...
liîi LE MaNDB SLAVE.
Jamais !
JIVAX.
Si j'avais commis tous les crimes dont tu m'accaseset plus encore, Dieu même entendrait ma prière. Tu es plus implacable que Dieu.
XO>'KO.
Que veux-tu donc? je Técoute. parle, mais vite et en peu de mots: car je ne puis attendre longtemps.
Attends un peu. Mon esprit, mon cœur, tout chez moi est troublé. Laisse-moi me recueillir un instant ; mais tu ne me croiras pas.
XOVKO.
Tes mensonges sont plus clairs que le jour. Tu vas me dire que tu ne Tas pas tuée. Qui donc Ta tuée, elle qui n'avait fail de mal à personne? Tu ne Tas pas tuée. Tu oses médire cela, à moi. qui t'ai trouvé ce poignard dans les mains, les vêlements souillés du sang de la victime.
JIVAN.
Hélas î tout m'accuse ; mais je ne suis pas coupable.
XOVKO.
Mais alors quel est le coupable? Tu n'as rien dit, tant t'es pas justifié devant le tribunal ! Oh ! vil imposteur!
JIVAS.
Mon père, l'homme ne ment pas devant la mort; soui pou jo dois comparaître devant la justice de Dieu. Devant «H>tlo justice éternelle, je jure que je suis innocent di luourtn^ do ma femme.
il a trouvé Loubitsa expirante ; comment il a ramassé le poignard, comment le sang de la malheureuse victime a rejailli sur lui.
NOVKO.
Mais pourquoi ne t'es-tu pas ainsi justifié devant le kadi ; pourquoi, par ton silence, as-tu attiré le châtiment sur ta
tête?
J'ai simplement nié le crime, pour ne pas déshonorer ton nom et celui de ma famille ; mais je n'ai pas songé à me défendre. Je veux en finir avec une destinée désormais intolérable. On m'a condamné à mort, et je ne le regrette pas; seulement je ne veux pas te laisser convaincu d'un crime que je n'ai pas commis.
NOVKO.
Je ne sais quel esprit de vérité respire en ton langage et pénètre mon cœur. Réfléchis bien. Certainement tu ne veux pas me tromper. Tu m'as dit tout à l'heure que tu allais paraître devant Dieu. Tu ne gagnerais rien à ce inensonge en ce monde, et il pèserait sur ton âme en l'autre.
JIVAN.
Crois-moi, ô mon père ! par Dieu, crois-moi ! je ne prends que Dieu à témoin.
NOVKO.
Oui, je te crois ; oui, ce serait pécher de m'y refuser plus
longtemps.
[Sanglotant.)
malheureux enfant ! malheureux enfant !
JIVAN, se jetant à son coUy Bnfin. mon père; enfin I
Irt4 LK VO!ID« ^UAWn.
yOYKQ.
Mal1i<^ureux enfant! malheureux père! ^inaî La dois mourir quoique innooenL Mourirsi jeune.âbeaiuaifiKi! Par mon ^«Alut, tu ne mourras pa&. Je puis te dâirrer^k <uti!vtu? Je puis maintenant armer cent bras^ mille bns pour U défen^K. Tu ne sais pas de quelle force je di^cse en i^eoret. Attends-moi; avant Taurore je reviemiraL
()\\ vaivtu? Que veux-dire? De quelles forces^ de queb bras vf^ux-tu parler?
NOVKO.
Je 5mis ce que je dis ; laisse-moL
JIVAX.
l'H'ndH garde, mon père; à quoi bon t'exposer en vain?
XOVKO.
Nr l'in(|ui<îte pas de moi, ma léte blanche et nue doit rrpowT l)i«!ntôt dans le tombeau. Mais toi, tu viens d'enfnT dnnw la vie, tu peux être utile à ton pays, pour toiu i^îît juHto (|uo J<î Har^rific ma vie.
lé^^ lil» HUpplio en vaiu le père de renoncer à ses (lp»H<iln»; mai» lo temps passe, le geôlier vient arracher Novko aux ombrassements de son fils, et le vieillard (|iiitl() la |)rison en bénissant celui qu*il était veau
niaiatiro.
A |HMUO a-t-il quitté le cachot, Meirima y pénètre; vinnt-pll(f iuHultor aux derniers instant de son amaut! Non, nlli^ viout pour lo sauver. Elle lui apporte les ('l»'ffi (In la priHuu ; uu cUoval çvéçaré par ses soins
LE DRAME Moderne en Serbie. i6o
Vaitend à la porte. Qu'il se hâte, il n'y a point de temps à perdre :
Et toi, tu restes?
meirimâ, après un instant de silence.
La femme doit rester auprès de son mari; je suis devenue la femme d'Osman.
JIVAN.
Depuis quand?
MEIRIMA.
Depuis hier. Les svdts sont venus me chercher, et ils
vont m'emmener dans la Kraïna * . Avant de partir, j'ai
voulu te sauver. Va donc, adieu, sois heureux, c'est mon
dernier désir.
(Elle va pour sortir,)
JIVAN.
Arrête... O mon Dieu, de quels sentiments suis-je agité! mon Dieu !
Et la jalousie s'empare de Jivan, une passion mal éteinte se réveille dans son cœui*. Va donc, Meirima : quand les svats t'amèneront à ton époux, il te faudra passer sur mon cadavre.
MEIRIMA.
Fuis, malheureux! ce n'est pas toi qui dois mourir?
JIVAN.
Qui donc?
Et sa passion s'exaltant de nouveau, il raconte à