‹ Le monde slave: voyages et litte?ratureChapitre 6 sur 41 · XXII LE MONDE «LAVE. — INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII LE MONDE «LAVE. — INTRODUCTION

quinzième siècle sur les côtes de la Dalmatie, n tamment à Raguse, qui voit fleurir une brillantécole poétique; chez les orthodoxes, soumis d bonne heure au joug musulman, l'idiome slavon ^ après avoir produit des œuvres de droit et de théo^ — logie, a cédé fort tard la place à la langue popu-^ laire ; les deux éléments serbe et croate se sont rapprochés depuis 1830. Agram et Belgrade sont aujourd'hui le théâtre d'un mouvement littéraire qui serait plus fécond encore si la différence des religions et des alphabets n'en contrariait, dans une certaine mesure, le développement.

Assurément ces littératures, même prises toutes ensemble, ne sauraient rivaliser avec celles de l'Occident ; mais elles les surpassent par le nombre et l'intérêt des productions populaires; elles possèdent des individualités qui, sans pouvoir être opposées aux Dante, aux Molière, aux Gœthe, aux Shakespeare, tiennent une place honorable parmi les représentants du génie humain. Au point de vue scientifique, les Slaves détiennent encore le secret d'une partie de nos mythes ; au point de vue politique, ils sont les alliés nécessaires de notre race ; ils ont moins de passé que nous ; ils ont peut être plus d'avenir.

Malheureusement, la difficulté grammaticale es langues slaves n'est pas le seul obstacle qui 'oppose à rétude des peuples parmi lesquels ces angues sont parlées. .

Le conflit des dogmes, des idées et des passions îst si violent dans le monde slave et autour de ce nonde, qu'il faut s'armer d'une triple cuirasse l'airain et de sang-froid avant d'y pénétrer. Preaiier principe : ne croyez jamais les Allemands ]uand ils parlent des Slaves, et réciproquement. Deuxième principe : ne croyez jamais les Polonais quand ils parlent des Russes, ni les Russes quand ils parlent des Polonais; défiez-vous des orthodoxes lorsqu'il s'agit des catholiques, et vice versa, La passion politique et religieuse a tellement envahi toutes les choses slaves, qu'il n'y reste plus de place, ou presque pas du moins, pour la science pure et le libre examen. Or, qui jusqu'ici s'est «*nipé des peuples slaves en dehors d'eux, en

apportant à cette étude rimparlialité et les lu« mières suffisantes?

On ne peut mieux comparer celui qui veul s'engager à fond dans ces études, qu'au voyageur qui entreprend de visiter une de ces forêts viergea de l'Amérique^ où les lianes, les ronces et souvent aussi les bêtes venimeuses se pressent dans lei jambes du hardi voyageur^ aveuglent ses yeux et l'obligent, bien malgré lui, à rebrousser chemin, après quelques tentatives infructueuses. Rappelez-vous les beaux vers de Dante, au début de VInferno :

Mi ritrovai per una selva osciira

Questa selva selvaggia, ed aspra e forte Che nel pensier rinnova la paura

Cette forêt obscure^ âpre et dure, dont le seul souvenir éveille la terreur, représente assez bien le monde slave. Et, phénomène singulier, dont on ne doit, espérons-le, tirer aucune conséquence pour l'avenir, les premiers qui chez nous s'y sont enga-

Page 1