DE PARIS A PRAGL'K. ISI
OU lerre-iieiive est généralement un des plus beaux animaux de son espèce : je n en dirai pas autant de son propriétaire; le chien a sur lui bien des avantages : il ne reste pas couvert dans les lieux publics, ne porte pas de lunettes d'or et ne se bat pas en duel. Cette mode d'avoir des chiens ne subsiste plus que dans les petites villes. Celui de M. de Bismarck était célèbre à Bonn, du temps où le futur ministre étudiait dans cette Université. Un jour qu'il avait été invité à une grande soirée, il alla, accompagné de son boule-dogue, commander au cordonnier voisin une paire débottés vernies pour le lendemain. L'iionnèle artisan avait, paraît-il, de la besogne pressée, et déclara qu'il ne pouvait satisfaire son client dans le délai prescrit. « Voyez ce chien, lui dit avec le plus grand sang-froid M. de Bismarck, je n'ai qu'un signe à faire si vous ne me donnez pas votre parole de livrer les chaussures à l'heure dite, il saute sur vous et vous étraugle. » Le cordonnier ne se le lit pas dire deux fois : les bottes furent faites pour le lendemain.
L'Université pourrait longtemps nous retenir; mais elle intéresse peu le simple voyageur, et sur cent touristes, — je parle des Fi-ançais, — pas nn n'en a franchi le seuil. Ce n'est pas la docte cité <iui attire le touriste, c'est le sclUoss eu ruine; quitter Heidelberg sans l'avoir visité, ce serait, comme dit un proverbe polonais, être allé à Rome cl n'avoir pus vu le Papr. Si le château était aujourd'hui intact, il mériterait certainement l'attention des curieux; mais il aurait bien moins de prestige et de charme. Ce qui fait son mérite, c'est
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son délabrement : le jour où l'on s'aviserait de le reconstruire en entier, Heidelbei'g perdrait la moitié de ses visiteurs.
La vieillesse couronne et la ruine achève; Il faut à rédilice un passé dont on rêve.
Deuil, triomphe ou remords, Nous voulons, en foulant son enceinte pavée, Sentir dans la poussière à nos pieds soulevée
De la cendre des morts.
Il faut que le fronton s'eifeuille comme un arbre. Il faut que le lichen, cette rouille du marl)re De sa lèpre dorée au loin couvre le mur; Et que la vétusté, par qui tout art s'efface. Prenne cha([ue sculpture et la ronge à la face Comme un avide oiseau qui dévore un fruit mùr.
Il faut (|u'uu vieux daUage ondule sous les portes, Ouo le lierre vivant grimpe aux acanthes mortes,
Que l'eau dorme aux fossés; Que la cariatide eu sa lente révolte Se refuse, enfin lasse, à porter Farchivolte
Et dise : « C'est assez. »
Ce n'est pas. ce n'est pas enire des pierres neuves Que la brise et la nuit pleurent connue des veuves, llélas ! D'un beau palais le débris est plus beau 1 Pour que la lune émousse à travers la nuit sombre L'ombre par le rayon et le rayon par l'ombre, Il lui faut la ruine à défaut du tombeau.
Voulez-vous qu'une tour, voulez-vous qu'une église Soient de ces monuments dontl'àme idéalise
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La forme et la hauteur, Attendez que de mousse elles soient revêtues Et laissez travailler à toutes les statues
Le temps, ce grand sculpteui-1
D'un beau palnis le débris cal jdus beau '. Cula est vrai surtout pour le schlos.s de Heidelberg; le caractère auguste et pittoresque de la ruine fait oublier les fautes de goût de l'architecte, le sentiment de la critique disparait, il ne reste plus que de l'admiration, je dirai presque de la reconnaissance pour les barbares (ce sont, hélas! nos ancêtres), qui ont préparé cette fête des yeux au poëte et à l'artiste.
On monte au château par un plan incliné (jue l'àue et le mulet peuvent gravir aisément: on longe, abrité par l'ombre des vieux arbres, un mur de soutènement qui s'adosse à la colline et fut bâti par les électeurs pour arrêter, dit-on, l'ébouleraent des terres. Sur la première terrasse qui s'étend à notre gauche et qui est convertie aujourd'hui en un jardin anglais, était jadis une cerisaie. C'est là que la princesse palatine Elisabeth-Charlotte, celle qui fut la seconde femme de Mousivu)- après la mort d'Henriette d'Angleterre, c'est là, qu'au milieu des splendeurs de Versailles, la Palalinc, comme on l'appelait alors, déclarait avoir passé les meilleurs moments de sa vie : « Ah! mon Dieu! combien de fois, écrit-elle, ai-je, dans la montagne, mangé des cerises à cinq heures du matin, avec un