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nettes. Nuremberg peut, à bon droit, être fière do cette œuvre que l'Italie lui envierait.
Les maisons vulgaires de Nuremberg passeraient ailleurs pour des monuments historiques. Comme les divers palais de Venise, elles ont chacune un caractère ditTérent et beaucoup d'entre elles demanderaient une monographie spéciale : un des traits distinctifs de leur architecture, c'est l'existence des échauguettes qui ornent la façade du plus grand nombre. C'est, je crois, le nom que les spécialistes donnent à une sorte de lanterne ou logette qui s'avance sur la rue et forme une espèce de balcon couvert d'où l'on voit à la fois sur le devant et sur le côté sans sortir de l'appartement. Les voyageurs qui ont été en. Suisse en ont pu rencontrer un grand nombre à SchatThouse. Plusieurs des maisons de Nuremberg ont d'ailleurs un intérêt historique. Voici celle de Hans Sachs le cordonnier : voici celle d'Albert Durer non loin de la(|nelle s'élève la statue du grand artiste en attendant (jnun musée spécial soit consacré à recueilhr ses œuvres ou leur reproduction; en voici une autre qui perpétue, comme la ruine de Heideiberg, des souvenirs peu glorieux pour la France; sur la façade on lit :
Ici demeurait Johann Puliii
qui luinba viclinie de la tyrannie «le Xapok'un
en juin ISOfi.
C'était un pauvre diable de iijjraire i[\\e Napoléon fit fusiller connue coupable d'avoir publié des painphlrt^
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contre la domination française. L'Allemagne n'a pas oublié cet humble martyr; Napoléon sans doute ne l'oublia pas dans la solitude vengeresse de Sainte- Hélène.
. Le Burg ou château, que l'on atteint après avoir dépassé la maison d'Albert Durer est le plus ancien monument de Nuremberg : Ijàti par l'empereur Konrad au onzième siècle, souvent habité par ses successeurs, il a été réparé en 1854 par le roi Max : la municipalité de Nuremberg en a fait don à la famille royale, qui n'use pas souvent du droit d'y résider. C'est un lourd entassement de massives bâtisses, d'appartements meublés à rancienne mode et ornés de vieilles peintures allemandes. Dans la première cour se dresse un vénérable tilleul que l'impératrice Cunégonde aurait planté au onzième siècle. Sur les murs on signale une empreinte de deux pieds 'de cheval qui naturellement ont leur légende. Un chevalier accusé (le brigandage et condauiné à être pendu — il y a de cela bien longtemps — demanda comme suprême faveur la permission de faire à cheval un tour sur le rempart. Tout à coup il pi([ua des deux et franchit le fossé. Crcdut JuclœKs Apclla! Près de l'entrée du château une salle voûtée renferme une agréable collection d'instruments de torture et une petite bibliothèque de livres consacrés à ce bel art : les tenailles, les poinçons, les chevalets ne laissent rien à désirer. D'autres instruments se trouvent au Musée germanique. Celle impoiiante collection appartient moins à Nuremberg qu'à l'Allemagne tout entière, et ce n'est pas le lieu
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d'en faire ici la description. Nuremberg est elle-même le plus curieux des musées : on ne peut regretter qu'une chose, c'est que les modes nouvelles, en y pénétrant, établissent un contraste frappant entre le costume des habitants et la physionomie de la ville. Mais il n'est, hélas! rien de parfait en ce monde. Remercions Tintelligent patriotisme des Nurembergeois d'avoir si bien conservé à leur cité son aspect primitif.
Une plaine riche en houblonniores et en sapinaies s'étend de Nuremberg jusqu'aux montagnes du Bœhmerwald. Furtli est la dernière station bavaroise. C'est là qu'on rencontre la douane autrichienne et le Ijureau des passe-ports, assez inclément jadis, aujourd'hui plus commode. Au riant blason de l'ôcusson bavarois ^blanc et Ideu) succèdent les lugubres couleurs de l'empire autrichien, lo jaune et le noir. Au-dessus de l'aigle bicéj)bale se dressent partout les deux lettres sacramentelles K. K. (Vest ral)réviation des deux épithètes KaiserUch, Kom'ujlicli^ impérial et royal : il n'est si mince débit de tabac où elles ne figurent : la Hongrie triomphante les a récemment elTacées de ses monuments. Les peuples de la Cisleithanie, obligés de les garder, se dédommagent en faisant sur l'assonance des deux lettres un jeu de mots
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rabelaisien (]ue le lecteiir aura peut-êlre le bon goût de ne pas deviner.
Furth est situé auprès de celte chaîne de montagnes qui dessine le contour de la Bohême. Au sortir de la station, on traverse un court Tunnel : le train gagne le versant oriental de la montagne, et en longe les flancs plantés de bouleaux et de sapius. Comme la Forêt-Noire, le Bœhmerwald demanderait à être parcouru à pied. La ligne de partage des eau.x se trouve entre deux villages qui portent tous deux le nom de Ku])itz : deux ruisseaux prennent leur source entre ces deux villages ; Fun descend vers la Bavière et appartient au bassin de la mer Noire : l'autre descend en Bohême et appartient au bassin de la Baltique. Encore quelques minutes et nous voici sur le terrain Slave : aux sons gutturaux de l'allemand succèdent des accents chuintants qui appartiennent à un tout autre ordre phonétique. Le type germanique ne disparaît pas des wagons, le chemin de fer étant chose cosmopolite. Mais à côté de lui le type (chèque apparaît. Ce qui l'rappe peut-être le plus dans ce type c'est la profondeur du regard : le trait distinctif du costume c'est la czamara, sorte de redingote à brandebourgs, et l'horreur du chapeau nommé cyliiitlrr. Nous Favons déjà constatée à Agram. La jilnpart des Tchèques porten t une sortede toque appelée IcIiepitcliUa. Si superficiel que soit le voyageur français, et quelle que soit son ignorance des langues, il ne lui faudra pas grande attonlion pour constater qu'il est entré chez un peuple nouveau. Désormais nous ne retrou-
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vei'ons plus en allant vers l'est de pays purement allemands. De Furth à Prague, de Prague à Olrautz, d'Olmutz à Cracovie, la langue tchèque parlée par cincf millions d'habitants ne cessera de se faire entendre jusqu'au point où elle cède la place à l'idiome polonais.
Jetons un coup d'œil autour de nous : nous trouverons l'histoire de la nation tchèque i)artout écrite comme nous avons rencontré l'histoire de r.\llemagne à Heideberg ou à Nuremberg. La première station bohème est Taus : ce mol est, dit-on, une corruption de l'ancien tchèque Tuliosl^ forteresse : elle s'appelle aujourd'hui en tchèque Domazlice. Cette ville fort ancienne s'élève à l'entrée du seul défilé par où les .Allemands pouvaient de Bavière entrer en Bohème : c'est une des clefs du royaume : elle était le centre des postes mihtaires préposés par les rois à la garde de la frontière. Au début du quinzième siècle, Taus se déclara avec transport pour les doctrines hussites ; elle ai'bora l'étendard du calice. Aussi en l't3l, ({uand la grande croisade germaniijuc envahit la Boiième hérétique, Taus subit un siège (ju'elle southil héroïquement. Les Taboriles arrivèrent à son secours et obligèrent les croisés allemands à décamper; les habitants se jetèrent sur les fuyards et lircnt un grand butin. Pendant longtemps, ils montrèrent le costume et la croix que le cardinal .lulion avait abandonnés sur le champ de bataille. Taus fut pendant longtenjps le siège d'un commandement militaire sui goici-is. Le prince Bretislav I", à la suite dune expédition en Pologne,
Iranspurla une partie de ses prisonniers à rextréuiilé occidentale de la Bohème et les chargea de veiller à la sûreté de la frontière. Ils devaient la garder des invasions allemandes et faire de perpétuelles patrouilles le long du Bœhmerwald. On les appela les Chodovr, c'est-à-dire les marcheurs (du xer])CcIioilili\ marcher). Us subsistèrent comme corporation jusqu'au dixseptième siècle. Les rois de Bohème leur avaient garanti de nombreux privilèges ; ils ne reconnaissaient pas d'autre chef que le roi et choisissaient eux-mêmes les juges qui décidaient leurs procès. Ces privilèges excitèrent à diverses reprises la jalousie des seigneurs du voisinage. Après la bataille de la Mouîague-Blanche, ces privilèges leur lurent retirés, et un certain bai'on de Lamingen, un de ces nouveaux venus qui sèlaienl abattus sur la Bobème vaincue, comme les corbeaux sur les cadavres, se mit à accabler les Chadure de corvées et de vexations de toute espèc.e. Ils se plaignirent à l'emijereuf, roi de Bobème, invoipiaut leurs anciens privilèges. Ou leur rèponilit par une lin de non-recevoir. Mais il arriva (juen IG23 l'empereur, allant de Ratisbonne à Prague, dut passer par le pays des Chuilocc. Ceux-ci latlendirent rangés sur la grand'roule drapeau en tète. Leurs chefs tenaient à la main, déployés, les parchemins qui constataient leurs droits. L'empereur eut peur à la vue de cette masse d'iiommes à l'air martial, et envoya son cbambellan en avant pour savoir ce (ju'ils voulaient ; ils répondirent qu'ils l'éclamaient la conlirmation et le maintien de leurs privilèges; qu'ils priaient l'empereur do vouloir bien
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apposer sa signature sur leurs parchemins. « Mes >(raves gens, répliqua le chambellan, cela ne saurait se faire sur la grantVroute. — Qu'à cela ne tienne, répondirent les Chodove, nous avons apporté une plume et de l'encre. » Le chambellan alla rapporter la . chose à son maître; l'empereur fit venir le chef des Chodove et lui remontra que la signature royale ne valait rien sans le sceau royal; en conséquence il le priait de venir le retrouver à Vienne, muni de ses parchemins. Les Chodove envoyèrent en effet leurs représentants à Vienne; mais on leur répondit que leurs privilèges étaient périmés par la rébellion de la Bohême. Puis, comme les Chodove appartenaient à la secte des utraquisles (|ui communiaient sous les deux espèces, le pieux baron de Lamingen les fit, à l'aide de missions bottées, rentrer dans le chemin de la vraie foi. Pour le remercier de ce beau zèle, l'empereur lui vendit les C/jOf/otv' en 1G28, movennant la somme de 00,000 florins. Les pauvres gens eurent beau réclamer à la Cour de ^"ienne, on mil leurs envoyés eu prison. Pourtant, ils ne se découragèrent jjas. On les voit réclamer encore en 1652, en 1668, en 1688. Pour se débarrasser d'eux, en 1692, on décapita leurs principaux chefs. Ils durent se taire; peu à peu ils se fondirent avec le peuple environnant dont ils ne se distinguent plus aujourd'hui que par (jut.'l,u(is particularités de langage, et [lar leur belle stature.
Le long du brehmerwald s'étend une région agreste, sauvage, la région des forêts, la Schumava que l'on considère comme une des plus pittoresques de la Bohème.
Puis, le chemin de fer longe les bords de la Radbuza; le train glisse entre le lit de la rivière et des collines grises, d'aspect mélancolique. Il suit pendant quelque temps la ligne de démarcation des populations germaniques et slaves ; à. votre droite on parle allemand, à votre gauche on parle tchèque. La première station inqtortante est celle de Pilsen, en tchèque Plzen. Les délicats seront peut-être choqués de celte aggloméi'ation de consonnes, mais je leur ferai observer que les lettres l et r, très-fréquentes en Bohême, renferment elles-mêmes une voyelle (jui ne s'éci-it pas, mais se prononce. Plzen — Pclzcn. Les orientalistes qui ont étudié l'hébreu comprendront aisément ce phénomène.
A Pilsen tous les voyageurs se précipitent vers le buffet pour y goûter l' excellente bière qui est un des produits les plus remarquables de la cite. La bière de Pilsen égale, si elle ne les surpasse, celles de Vienne et de Munich. Il s'en fait dans l'empire autrichien une consonmiation considérable, bon an, mal an, on en brasse cent mille tonneaux environ et on l'exporte jusqu'en Turquie. Mais l'histoire de Pilsen m'intéresse plus que sa bière. (Tétait jadis une des villes fortes de la Bohême. Dans les giierres des Hussites, elle tomba de bonne heure aux mains des catholiques dont elle embrassa la cause, t^e fut la seule ville tchèijue qui ne défendit pas le hnssitisme. Ce rôle lui valut les sympathies de l'Empire et du concile de Bàle. Ses habitants furent affranchis de tous droits dans toute l'étendue du royaume et du Saint-Empire et autorisés à eu per-