I . llois (le Croalie
•2. Princes de Serljie au nioven ;1ire,
nous avait arrêtés au milieu de notre développement. C'est ce que suffisent à démontrer les progrès accomplis dans ce siècle, malgré tant d'obstacles. . Malgré la différence des noms g'éograpliiques; malgré celle des alphabets, Serbes et Croates, nous nous sommes reconnus frères : il n'v a plus ni fleuve ni montaune, entre le Serbe, le Croate, le Slovène et le Bulgare. Xous avons fondé une littérature une et ideu tique sur la base de la langue, qui, des bords de l'Adriatique aux bouches du Danube, résonne sur les lèvres de plusieurs
millions d'iiommes
» Le principal théâtre de cette lutte morale a été," est encore le royaume triuuitaire et la principauté de Serbie, ces deux pôles autour desquels gravitent le passé, le présent et l'avenir de notre peuple. . Il nous faut aujourd'hui, ou avancer dans la science et acquérir toutes les ressources qu'elle donne, ou rester les esclaves, ici de la science romane, là de la science germanique, et n'être plus que l'instrument de la grandeur des peuples voisins. »
Certes, c'est là uu fier et noble langage. « Hinlevdem Berge sind auclt Lente. Derrière la montagne, il y a aussi des hommes, » dit le pioverbe alleuiand : il me revenait en mémoire en écoulant l'orateur croate, et je me prenais, malgré moi, ;"i nuu'nmrer les lieaux vers de Lamartine :
Clliacun est du cliiiuit de son inlclligcnre : Je puis concitoyen de toute âme qui pense : La vérité, c'est mon pays!
Développer par des publications périodiques ou autres, des missions scientiOques, des subsides accordés aux savants ou aux artistes, la science, l'art et la littérature cIjcz tous les Slaves du Sud, telle est la tâche (]ue se propose l'Académie jougo-slave. Elle saura la remplir. lù'uJit profond, his'orieu distingué, son président, M. Raczki, compte parmi les plus doctes d'entre les Slaves; Serbe orthodoxe, naguère professeur à Belgrade, le secrétaire, M. Danicic, témoigne par sa présence de l'intime alliance des Serbes et des Croates, et apporte à lAcadémie le concours d'une science philologique qui lui assigne un rang distingué à côté de Schleicher, des Miklosich et des Hattala.
Les autres membres se sont fait connaître par des travaux justement appréciés Les nombreux volumes publiés par l'Aca léniie ont justifié les espérances que sa fondation a fait naiti'e.
Mais la fondation de l'Académie ne suffît pas aux Jougo-Slaves : ils réclament en outre l'établissement d'une Université nationale. Sept millions d'Allemands (et non pas quinze, comme on l'a prétendu jadis chez nous), disséminés dans tout l'Empire, n'y occupent pas moins de quatr;; l'niversités. Quatre millions de Jouglo Slaves n'en ont pas une et sont obligés d'envover leurs fils à (5ratz ou à Vienne. Ils demandent, avec raison, à sortir de cette servitude morale. Le Gouvernement refuse jusqu'ici de les satisfaire. l'our- (jnoi? Serait-ce par hasard que l'idiome serbo-croate no lui paraîtrait pas propre à l'enseignement des hautes sciences? On ne peut le croire, pour peu qu'on
lU) LF. >rO\nE SLAVK. — Ad p. A M ET LES CROATES.
sache quelles noLles idées cette langue peut exprimer au r)esoin. Est-ce que les Magyares n'ont pas leur Université à Pesth? Ksl-ce qu'il n'y a pas à Agram une Ecole de droit? Est-ce que dans les gymnases de Varazdin, dWgrani, de Eiume, d'Osiek, de l?elgrade, etc., l'enseignement secondaire ne se donne pas en langue nationale? J'ai assisté, à Agram, à des examens de matin-ilr ispili zirlosli, qui correspondent à notre baccalauréat et en dépassent peut-être la portée. Je n'ai point remarqué qu'on y traitât la science autrement qu'en France et en Allemagne. Je ne sache point que la civilisation ait reculé en Croatie, depuis (jue l'idiome national a remplacé, dans l'enseignement secondaire, les langues latine ou allemande.
La langue allemande est assez belle pour se faire aimer de ceux qui rétudieut librement : du moment oà elle s'impose, elle devient oppressive {zicanrjsprachc), elle se rend odieuse et intuléi-abli\ On a vu des étudiants slaves, par uu(> s;iuL;lanU' ironie, (Mivoycr drs adresses au tsar pour lui demander la fondation d'Universités slaves dans son Empire. Le Gouvernement ;nilriclii(Mi sert mal l'Allemagne, et se fait tort à luimême, en résistant aux légitimes réclamations des Croates : j'ai dit leurs griefs, et ils sont assez nombrcMix. Ce n'est pas eu refusant justice sur le terrain moral, qu'on peut pi-éparer une conciliation sur le lei-rain [toliliiiue.