Écrit en
AGRAM ET L E S CROATES
Suisse ou du Dauphiné : viaducs, tunnels, rampes rapides sont tour à tour franchis par le train, avec une lenteur désespérante; de temps en temps, de petits hameaux dominés par un clocher à tuiles rouges égayent le fond des vallées. Le paysan slave a horreur des grandes agglomérations. Voi ci Laybach, la capitale de la Carinthie; c’est la ville slovène par excellence. La diète qui s’y tient tous les ans, le théâtre national, la société littéraire (Matiça) donnent à cette petite ville toute l'importance d’une capitale. Charles Nodier, qu’un caprice de Napoléon y envoya jadis en qualité de bibliothécaire, y apprit la langue illyrienue, et les habitants de Laybach gardent encore le souvenir sympathique de ce Français, qui parlait leur idiome èt appréciait leur littérature. Laybach s’appelle en slovène Lublania. Je tiens à rétablir tous les noms slaves, qu’on nous présente toujours sous une forme germanique. Libre aux Allemands de se faire illusion à eux-mèmes par cette facile supercherie; il est plus aisé, et ils le savent bien, de germaniser les noms que les individus. Mais qu'il soit aussi permis au voyageur, au géographe non -allemand, de rétablir la vérité défigurée, dans l’intérêt non-seulement de la philologie, mais de la politique européenne. Il esL important de dire, et l’on ne saurait trop répéter que l’Allemagne ne va pas au-delà de Klagenfurth. Quelques prétentions qu’elle invoque sur l’Adriatique, quarante lieues de pays slaves la séparent de Trieste, et c’est aux Slovènes, aux Italiens et aux Dalmates que la mer appartient./La France suit avec un trop vif