‹ Le Monde slave voyages et littératureChapitre 21 sur 68 · A G R A M ET T, F. S CROATES · texte numérisé non relu

A G R A M ET T, F. S CROATES

Développer par des publications périodiques ou autres, des missions scientifiques, des subsides accordés aux savants ou aux artistes, la science, l’art et la littérature chez tous les Slaves du Sud, telle est la tâche que se propose l’Académie jougo-slave. Elle saura la remplir. Erudit profond, historien distingué, son président, M. Ilaczki, compte parmi les plus doctes d’entre les Slaves; Serbe orthodoxe, naguère professeur à Belgrade, le secrétaire, M. Danicic, témoigne par sa présence de l’intime alliance des Serbes et des Croates, et apporte à l'Académie le concours d’une science philologique qui lui assigne un rang distingué à côté de Schleieher, des Miklosich et des Hattala.

Les autres membres se sont fait connaître par des travaux justement appréciés Les nombreux volumes publiés par l’Académie ont justifié les espérances que sa fondation a fait naître.

Mais la fondation de l’Académie ne suffît pas aux Jougo-Slaves : ils réclament en outre l’établissement d’une Université nationale. Sept millions d’AUemamls (et non pas quinze, comme on l’a prétendu jadis chez nous), disséminés dans tout l’Empire, n’y occupent pas moins de quatre Universités. Quatre millions de Jouglo Slaves n’en ont pas une et sont obligés d’envoyer leurs fils à Gratz ou à Vienne. Us demandent, avec raison, à sortir de cette servitude morale. Le Gouvernement refuse jusqu’ici de les satisfaire. Pourquoi? Serait-ce par hasard que l’idiome serbo-croate ne lui paraîtrait pas propre à l’enseignement des hautes sciences? On ne peut le croire, pour peu qu'on

OC I. F MONDE SLAVE. — A G li AM F. T LES CROATES.

sache quelles nobles idées cette langue peut exprimer au besoin. Est-ce qne les Magyares n’ont pas leur Université à Pesth? Est-ce qiùl n’y a pas à Agram une Ecole de droit? Est-ce que dans les gymnases de Varazdin, d’Agram, de Fiume, d’Osiek, de Ilelgrade, cto., l'enseignement secondaire ne se donne pas en langue nationale? J’ai assisté, à Agram, à des examens de maturité (ispili zrelosti) qui correspondent à notre baccalauréat et en dépassent peut-être la portée. Je n’ai point remarqué qu’on y traitât la science autrement qu'en France et en Allemagne. Je ne sache point que la civilisation ait reculé en Croatie, depuis que l’idiome national a remplacé, dans l'enseignement secondaire, les langues latine ou allemande.

La langue allemande est assez belle pour se faire aimer de ceux qui l’étudient librement : du moment où elle s'impose, elle devient oppressive ( zwangsprachr ), elle se rend odieuse et intolérable. On a vu des étudiants slaves, par une sanglante ironie, envoyer des adresses au tsar pour lui demander la fondation d’Universi tés slaves dans son Empire. Le Gouvernement autrichien sert mal l’Allemagne, et se fait tort à luimême, en résistant aux légitimes réclamations des Croates : j'ai dit leurs griefs, et ils sont assez nombreux. Ce n’est pas en refusant justice sur le terrain moral, qu'on peut préparer une conciliation sur le terrain politique.

Agram et Belgrade sont actuellement les deux pôles, les deux loyers du monde jougo-slave. Agram, capitale du royaume' triunitaire, est le centre de résistance des Slaves d’Autriche contre les Magyares et les Italiens. Belgrade, capitale de la principauté serbe, est le centre d’action des Serbes contre la Turquie. Entre ces deux villes sœurs, la Save sert de trait-d'union : elle passe au pied d’ Agram dont elle baignait autrefois les remparts, devient navignable à Sissek, puis descend en ligne droite jusqu’au Danube, et le rencontre au pied de la colline où s’élève Belgrade. Dans la belle saison, un bateau à vapeur part toutes les semaines de Sissek, et descend à Belgrade en trente six heures. Mais quand la Save a trop ou trop peu d’eau, ce qui arrive à tous les fleuves rectilignes, le chemin le plus court entre les deux cités n'est pas précisément la ligne droite. 11 faut remonter en chemin de fer jusqu’à

ÜK

Page 1