‹ Le Monde slave voyages et littératureChapitre 34 sur 68 · Région des forêts. C’est le centre de la Serbie actuelle · texte numérisé non relu

Région des forêts. C’est le centre de la Serbie actuelle

3. Karageorge fut assassiné à l'instigation de Mjloch Obrenovitcli,

Mi MONDE SLAVE.

Que gagnerons-nous à cela? nous tomberons du joug des pachas sous celui du vizir. — Patience ! réplique Novko dans une langue imagée qui rappelle celle des pesmês populaires, tout vient avec le temps ; le jour ne vient pas sans l’aurore, ni l’aurore sans, l’aube. Le jeune aiglon veut atteindre les hauts sommets; il ale désir, mais il n’a pas la force ; il s’enfuit du nid, il s’envole, il tombe... et se brise sur les rochers... Les Bosniaques ne sont encore que des aiglons. — Et ils décident le soulèvement de la Bosnie.

La scène change : Alipacha a reçu des nouvelles de l’insurrection qui se prépare, mais il ne se sent pas assez fort pour la comprimer par la force ; il veut la prévenir par la douceur. Meirima, tout occupée de sou amour trompé, s’abandonne à ses désirs de vengeance. Ghérifa a, pour le soir, ménagé une entrevue entre Jivan et elle, dans le jardin de son père. Elle l’accepte et s’ÿ rend avec l’idée bien arrêtée de tuer l’infidèle. Jivan est venu lui dire un dernier adieu; il la supplie de l’oublier, il lui reproche d’avoir fait enlever Loubitsa.

MEIRIMA.

Oui, j’ai promis ma main à Osman s'il enlevait Loubitsa : car je veux me venger de loi. Je ne veux pas te donner un moment de repos, je veux empoisonner tout le bonheur que tu peux goûter auprès de cette femme. Je le veux... me comprends-tu?... Tu as violé tes promesses. Tu as rejeté celle que tu poursuivais naguère; tu as flétri ce que tu aimais ! Oh ! puissé-je t’infliger les tortures les plus affreuses ; ce que tu souffrirais ne serait rien en comparaison de ce que je souffre ! Et tu viens m’insulter ici?

JIVAN.

Tu me juges d’après les apparences. Mais tu ne connais pas mon cœur...

MEIRIMA.

Je te juge d’après tes actions. Que peuvent des paroles quand les faits parlent?... Aucune violence ne t’a contraint, tu as agi librement.

JIVAN.

J’ai cédé à une violence plus terrible que celle du sabre... à ma conscience.

MEIRIMA.

El c’est ta conscience qui t’a obligé de te jeter contre les Turcs, de leur arracher Loubitsa? Oh ! infidèle, que ne me dis-tu simplement : Meirima, je ne t’aime plus; l.oubitsa a pris mon cœur.

JIVAN.

Tu m’obliges à dire ce que j’aurais voulu taire. Cette Loubitsa dont tu me fais un reproche, sache que je lui ai cent fois souhaité la mort, que je l’ai souhaitée à moimême. Cent fois j’ai pensé à m’enfuir chez les heydouks pour échapper à cet affreux mariage, et, quand j’ai appris que les Turcs l’avaient enlevée, je te le jure, je m’en suis réjoui. Mais mon père me soupçonnait d’avoir, en secret, provoqué cet enlèvement. La crainte de la honte m’a jeté à la poursuite d’Osman. Plût à Dieu qu’en le poursuivant, j’eusse perdu ma vie dans la montagne !

MEIRIMA.

Je ne survivrai pas à mon malheur ; le jour de ton mariage sera celui de ïna mort. Il ne me reste plus qu’à mourir.

jivan, avec passion.

Ah ! je mourrai avec toi : et ma mort retombera sur l’âme de mon père qui m’a forcé à ce mariage.

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