‹ Le Monde slave voyages et littératureChapitre 63 sur 68 · OC · texte numérisé non relu

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LES ORIGINES DU PAXSLAVISME. 325

guiste russe contemporain, M. Bodianski *, a pu l’appeler le père de la philologie comparée. Il se montre dans sa grammaire très-sévère pour les divers dialectes, dont il connaît assez mal la littérature et dont il s’exagère la corruption. Il cherche à constituer une langue panslave et il en esquisse les règles. Ajoutons, pour en finir avec les Slaves du Sud, au dix-huitième siècle, que quand il fut question de réviser le texte corrompu des livres liturgiques slaves usités chez les catholiques de Dalmatie, cette tâche fut confiée, par l’évêque de Zara, au prêtre dalmate Karaman, qui avait longtemps résidé en Russie ; son travail de révision fut soumis à la censure de quatre prêtres ruthènes. Les connaisseurs reprochent même à Karaman d’avoir enlevé au slave liturgique d’Illyrie son originalité, en remplaçant les idiotismes illyriens par des idiotismes ruthènes. Nouvelle preuve de cette solidarité, de cette mutualité des idiomes slaves.

Interrogeons des peuples encore plus ignorés, par exemple ce petit îlot des Serbes de Lusace resté debout après tant de siècles au milieu des flots menaçants de la grande Allemagne; là aussi, à Bautzen même, en pleine Saxe, on savait combien était grand le monde slave, et, au dix-huitième siècle, le philologue lusacien, Frencel, dans son Traité sur la langue sorabe , parle avec emphase de l’immensité de sa race ; l’un

1. M. Bodianski a publié cette grammaire à Moscou en 1849. Je dois à son obligeance un exemplaire de cet ouvrage aujourd’hui fort rare.

de ces amis complaisants, qui, en ce temps-là, ornaient de vers latins les premières pages des ouvrages nouveaux, s’écrie dans un poétique enthousiasme : « Si la fortune des Slaves avaient égalé leur courage, le monde adorerait leur sceptre en tremblant. »

Si par virtuti Slavis fortuna fuisset.

Orbis adoraret slavica sceptra tremens.

Encore aujourd’hui, les Slaves de Lusace, isolés dans la Saxe et la Prusse, n’ont pas la prétention de remonter le courant de l’histoire, et de rentrer dans le monde slave dont la destinée les a pour jamais séparés. Cependant, ils conservent pieusement leur langue et restent fidèles au sentiment de leur race; la petite ville de Bautzen (Budissin) est, toute proportion gardée, un des centres les plus actifs de la Slavie. Ils sont là cent cinquante mille à peine, derniers représentants de ce grand peuple des Slaves de l’Elbe, convertis par les Allemands au christianisme, comme certains peuples chrétiens le furent, plus tard, à l'islamisme. Les Slaves de l’Elbe succombèrent, nonseulement sous la vaillance et la supériorité de leurs adversaires, mais surtout sous le poids de leurs propres dissensions. Les uns furent anéantis, les autres à peu près germanisés... Ne nous étonnons pas que l’histoire de ce peuple disparu se présente souvent à l'esprit des Slaves d’Autriche, en face des dangers dont les menace le Saint-Empire ressuscité/

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