I.KS 0RIÜ1NES DU PANSLAVISME
à la Cour des rois de Pologne et des grands princes de Lithuanie. Les livres bohèmes se répandent en Pologne, et quelques-uns portent sur leur frontispice qu’ils ont été écrits pour le bien du royaume de Bohème, des Tchèques, des Moraves, des Polonais. Dans leurs ambassades, les représentants des deux peuples emploient indifféremment l’une ou l’autre langue. On a vu plus haut ce qu’écrit, à propos de la langue tchèque, l’auteur du Courtisan polonais.
On connaît d’autre part les relations fréquentes des Polonais avec leurs voisins de race russe, on sait que l’histoire des Ruthènes, ou Russes blancs et rouges, se confond en grande partie avec celle de la Pologne. Ce qui est plus ignoré, ce sont les rapports de la République avec le Tsarat de Moscovie. Plus d’un document atteste la foi qu’avaient alors les deux États en l’identité de leur langue et en l’unité de leur race. « L’unité seule de la langue, dit le chroniqueur polonais Bielski, indique que nous et les Moscovites nous sommes issus d’une seule et même nation ; nous devons donc être les fils d’un même père. » Un instant, après l’extinction de la race des Jagellons, il fut question de confier le trône de Pologne à Ivan de Russie; l’archevêque primat de Gniezno, Uchanski, conseille à Ivan de faire comprendre aux Polonais, dans les lettres qu'il leur adresse, qu’il n’est pas hérétique, mais chrétien baptisé au nom de la Très-Sainte Trinité, et que les Polonais et les Russes, étant d’une même race slave ou sarmate, doivent, comme de bons frères, n’avoir qu’un seul souverain.
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A plusieurs reprises, dans les rapports des deux nations polonaise et russe, il est question de cette identité de la race, qui trouve son contre-poids dans la différence des religions. En 1646, un seigneur polonais, Kysel, est envoyé comme ambassadeur près du tsar Alexis, pour négocier une alliance de la Pologne avec la Russie moscovite contre les Tartares de Crimée, au moment même où le croate Krijanich invite le tsar à cette alliance.
Dans le discours qu’il prononça à l'occasion de sou ambassade, Kysel s’étendit longuement sur l’alliance de ces deux pays « que la main du Très-Haut avait fait naître d’une même souche, comme deux cèdres du Liban, d’un même sang slave, d’une même nation, ainsi que le démontrent les sources historiques et surtout la langue commune de ces deux grands empires. L’histoire des Slaves, disait l’orateur, peut se diviser en trois périodes, le temps heureux où les Slaves, par l’union de toutes leurs forces, s'illustraient dans le monde entier; le temps malheureux, le temps des querelles et des divisions, où les Slaves laissèrent conquérir beaucoup de leurs contrées parles étrangers et par les païens; enfin, la troisième période sera celle de l’éternelle alliance, de l’amour fraternel, le retour au premier état d’unité. »
Ce langage prouve suffisamment qu’à l’époque où il fut tenu, les deux peuples russes et polonais ne songeaient guère à s’exclure mutuellement de la race slave au profit d’un intérêt égoïste. Ce n’est que plus tard qu'éclata entre eux cette haine profonde que les