Voir Les Congrès Ouvriers en France , Armand Colin édit
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rupture entre les barberetistes et les collectivistes, qui se constituèrent désormais en « Parti ouvrier ».
Le premier programme de ce nouveau parti fut voté au Havre en 1880. — En voici la partie la plus intéressante, concernant la propriété. Cette partie du programme fut plus tard abandonnée par les collectivistes guesdistes, lorsqu’il s’agit de solliciter les électeurs.
Considérant qu’il n’y a d’émancipation possible pour les travailleurs que dans la possession de l’instrument de travail et de la matière première;
Considérant que cette possession des moyens de production ne saurait être individuelle pour deux raisons :
1° Parce qu’elle est incompatible avec les progrès et l’état même de la technique industrielle et agricole (division du travail, machinisme, vapeur, etc.);
2° Parce que, ne fût-elle pas anti-économique, elle ne tarderait pas à donner lieu à toutes les inégalités sociales d’aujourd’hui ;
Considérant que cette possession ne saurait être davantage corporative ou communale, sans entraîner tous les inconvénients de la propriété capitaliste d’aujourd’hui, c’est-à-dire l’inégalité des moyens d’action entre les travailleurs, le désordre dans la production, la concurrence homicide entre les groupes producteurs, etc. ;
Considérant, d’autre part, que cette prise de possession ne peut être opérée que par la révolution sociale;
Considérant que cette révolution doit avoir pour but la réalisation de la justice sociale, en garantissant à tout être humain le libre et entier développement de toutes ses facultés, la complète satisfaction de tous ses besoins ;
Que le premier besoin de l’homme est la liberté, que sa garantie est l’égalité ;
Attendu que la production (par la division du travail) sera, pour quelque temps encore, au lendemain de la révolution, une entrave à l’entière indépendance de l’homme;
Que, par conséquent, la liberté ne saurait exister sans la mise à la libre disposition de tous, de la production sociale,
Le congrès national ouvrier socialiste du Havre (4 e section) déclare nécessaire Vappropriation collective , le plus vite possible et par tous les moyens , du sol , du sous-sol, des instruments de
travail , celle période étant considérée comme une phase transitoire vers le communisme libertaire.
Lors des élections municipales de 1881, ce programme eut un résultat déplorable pour les candidatures socialistes; et au Congrès national de Reims (30 octobre 1881), les possibilités du Parti, alors sous la direction de M. Brousse, rendirent le programme du Havre responsable des échecs électoraux subis par eux et déposèrent la proposition suivante :
Considérant que le programme minimum ne répond qu’imparfaitement aux différentes aspirations des travailleurs;
Qu’il a éloigné du Parti ouvrier, et surtout du candidat ouvrier, plus de travailleurs qu’il ne lui en a rallié;
Que les travailleurs d’un département ou dHin arrondissement ont des aspirations différentes;
Nous demandons que le Comité ouvrier socialiste d’une circonscription ait le droit de rédiger son programme électoral, etc.
Mais cette proposition fut écartée sur la demande de M. Jules Guesde. Le Congrès renvoya l’examen de la question d’un nouveau programme au congrès de Saint-Etienne qui devait se tenir l’année suivante.
Déjà dans le nouveau parti, l’influence de M. Guesde devenait suspecte. 11 était combattu par M. Brousse, que soutenait M. Joffrin, un ouvrier manuel, fort estimé dans son parti. — Le Congrès de Reims avait décidé la création d’un Comité national, chargé de ^diriger le parti, pour échapper à l’autorité de M. Guesde. Ce Comité était composé de cinq membres par fédération. Seuls, les cinq représentants de la fédération parisienne appartenaient au clan de M. Guesde. M. Guesde avait un journal, VEgalité. M. Brousse fonda un autre journal, le Prolétaire, et
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le fit reconnaître comme l’organe officiel du parti socialiste.
Le Comité national fonctionna jusqu’à l’élection municipale de Montmartre, en 1882, où M. Joffrin remplaça les considérants et les articles du programme collectiviste, qui concernaient l’appropriation collective des moyens de production, par des articles qui réclamaient l’abolition de la Présidence de la République et du Sénat.
Les cinq délégués de la Fédération parisienne, qui se trouvaient les seuls guesdistes du Comité, MM. Dazin, Deville, Cardrat, Gosselin et Jules Guesde, demandèrent au Comité national de faire respecter le programme. Celui-ci, à la majorité, approuva la conduite de Joffrin. Les cinq protestataires se retirèrent.
La lutte s’engagea alors plus vive entre l'Égalité et le Prolétairep litre les guesdistes etlesLroussistes, entre l’Agglomération parisienne que venaient de constituer les dissidents et l’Union fédérative du Centre qui comprenait presque tous les groupes de Paris.
Le Congrès de Saint-Étienne (septembre 1882) amena la rupture définitive. Les transfuges allèrent tenir leur congrès à Roanne, et, détail curieux, ils s’empressèrent d’abandonner leur programme intégral du Havre, qui avait été la cause de la scission, pour adopter un programme conçu jadis, dans un Congrès régional de Paris, qui avait précédé de quelques jours le Congrès du Havre.
Il fallait, dit M. Zévaès, avoir un programme susceptible d’impressionner « les masses encore ignorantes et qui devait contenir un certain nombre de réformes immédiatement réalisables, afin de mettre la
République bourgeoise en demeure d’agir, ou bien d’établir sa mauvaise volonté, ou son impuissance en matière d’amélioration ouvrière ».
Les travailleurs socialistes, disait le programme nouveau, ont décidé d’entrer dans les élections avec des revendications immédiates : Abolition des lois sur la presse ; suppression du budget des cultes ; suppression de la Dette publique; abolition des armées permanentes ; repos d’un jour par semaine ; surveillance protectrice des apprentis ; minimum de salaire ; responsabilité des patrons en matière d’accidents, etc.
Et cependant, en se séparant de la majorité possibilité, les collectivistes guesdistes n’avaient pas craint d’afficher sur les murs de Saint-Etienne la protestation suivante :
« Décidés à faire au Parti tous les sacrifices de personnes, nous nous ôtions présentés au Congrès de Saint-Étienne avec la ferme volonté de lui soumettre loyalement le différend intervenu depuis plusieurs mois entre deux fractions du prolétariat militant.
« Nous ne demandions qu’une chose à ce jury national: c’était que, comme tout jury, il fût limité dans son verdict aux délégués des groupes non intéressés et que l’égalité des moyens de défense et d’attaque fût assurée aux deux parties.
« Cette garantie indispensable nous ayant été refusée, nous n’avons pas pu, sans trahir le Parti ouvrier mis en cause dans ses bases collectivistes révolutionnaires, nous prêter à ce qui ne devait plus être qu’une comédie de jugement.
« Et comme nos devanciers du Havre, qui n’ont pas hésité à briser avec les barberetistes pour sauver les décisions essentielles de notre grand Congrès de Marseille, nous avons brisé avec les 2 iossibilisles du Congrès du Cirque pour sauver le programme d’expropriation donné au Parti ouvrier par ses Congrès de Marseille el du Havre.
« C’est à Roanne, dans la ville ouvrière qui vient de s’illustrer par la plus longue et la plus héroïque des résistances à l’exploitation patronale, que s’ouvriront, dès aujourd’hui, les véritables assises du Parti.
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« A ceux qui n’entendent être ni dupes, ni complices de Yopportunisme ouvrier , à se joindre à nous dans notre œuvre de salut et de réorganisation. »
Aux élections législatives de 1885, le Parti ouvrier français (guesdiste) prit part à la lutte dans onze départements et recueillit 32.000 voix. Un seul membre du parti, M. Antide Boyer, était élu par le département des Bouches-du-Rhône.
En même temps, M. Clovis Hugues était élu par ce même département, et MM. Basly et Camélinat l’étaient à Paris, sur une liste de concentration républicaine ; M. Numa Gilly était nommé dans le Gard, sur la liste d’alliance républicaine, et M. Planteaudans la Haute- Vienne, sur la liste radicale.
Ces six députés formèrent le premier groupe ouvrier parlementaire.
Une élection complémentaire dans l’Aude envoya, en 1888,au Parlement un nouveau député du P. O. F., M. Ferroul.
Aux élections municipales de 1888, le Parti ouvrier français compte plusieurs de ses représentants dans les hôtels de ville de Calais, Roubaix, Montluçon, Commentry, La Celle, Roanne, Cette, Alais.
Les années 1888 et 1889 sont marquées par l’aventure boulangiste. — Entre le parti boulangiste et républicain, les guesdistes refusèrent de prendre parti, ne voulant pas se mêler aux disputes de la bourgeoisie. — Certains socialistes, amis de Rochefort, prirent carrément parti pour le général : c’étaient MM. Granger, Breuillé, Ernest Roche. —MM. Paul Brousse, Jofïrin, Lavy, Allemane s’unirent par contre
aux ligueurs de la rue Cadet. Il faut remarquer ici que M. Millerand suivit l’exemple des guesdistes dans son journal la Voix, qui avait pour devise : Ni l'un, ni Vautre .
Lors des élections générales de 1889, un appel aux électeurs fut rédigé par les chefs du P. O. F. et du Comité révolutionnaire central (blanquiste) :
« Le seul et unique mal qui vous accable, était-il dit aux électeurs, sous la République bourgeoise, comme sous la monarchie, c’est la féodalité capitaliste, pour laquelle gouvernent aujourd’hui opportunistes et radicaux... pour laquelle gouvernerait et sabrerait Boulanger... Ni Ferry, ni Boulanger, mais la République sociale qui ne peut aboutir que par l’expropriation des détenteurs du pouvoir et du capital. »
C’est sur ce programme que furent élus M. Ferroul dans l’Aude, M. Àntide Boyer dans les Bouches-du- Rhône, M. Thivrier dans l’Ailier, MM. Lachize et Couturier dans le Rhône.
Le total des voix recueillies par le Parti s’éleva à 47.000.
Le 14 juillet 1889 s’était ouvert à Paris, salle Pétrelle, le Congrès ouvrier, socialiste international, organisé par les groupes de l’Agglomération parisienne du Parti ouvrier, d’accord avec les blanquistes et la Fédération des syndicats et groupes corporatifs de France 1 . Il n’y eut guère que des délégués alle-
1. En même temps se tenait un autre congrès international organisé par les possibilist.es à la rue de Lancry, et auquel assistèrent huit délégués belges, cinq espagnols, douze italiens, deux hollandais, trente-neul' anglais. — En voir le compte rendu dans les Congrès ouvriers en France , p. loi. Armand Colin édit.
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mands; on en comptait 81. « C’est l’Allemagne ouvrière et la France ouvrière, déclara Liebknecht, qui s’unissent en ce moment. »
C’est ce Congrès qui décida la manifestation internationale du 1 er Mai, « de manière que, dans tous les pays et dans toutes les villes à la fois, les travailleurs mettent, le même jour, lespouvoirs publics en demeure de réduire légalement la journée de travail à huit heures ».
Le 1 er mai 1891 fut marqué, à Fourmies, par de tristes événements. Dix cadavres d’ouvriers, d’ouvrières et d’enfants furent relevés sur le pavé sanglant de la petite ville industrielle du Nord.
« C’étaient des membres de notre Parti, Langrand et Renard de Saint-Quentin, ditM. Zévaès avec enthousiasme 1 , qui, avec Paul Lafargue, avaient, par une série de conférences, préparé le 1 er mai à Fourmies et dans toute cette partie jusqu’alors négligée du Nord. »
Les deux auteurs responsables de l’effervescence de Fourmies, MM. Culine, secrétaire du groupe de Fourmies, et Paul Lafargue, furent condamnés, aux assises de Douai, pour leurs excitations à la révolte, le premier à six ans de réclusion, le second à un an d’emprisonnement.
J’accuse, moi, — avait dit le défenseur de Lafargue, M. Millerand, aux applaudissements de l’auditoire, — le commissaire de police de Fourmies, M. Ruche, qui n’a pas fait son devoir , j’accuse M. le sous-préfet d’Àvesnes qui aurait dû être sur la place; j’accuse M. le procureur de la République qui m’entend, qui devait prendre les mesures propres à empêcher la collision; j’accuse les fonctionnaires civils et M. le Maire de Four-
1 . Aperçu historique sur le Parti Ouvrier Français, L ille, imp. Lagrange.
mies; je les appelle devant cette barre pour répondre de leurs actes et ce ne sera pas votre verdict, quel qu’il soit, qui les innocentera devant l’opinion publique.
Le 25 octobre suivant, une élection législative complémentaire devait avoir lieu dans le chef-lieu du département du Nord. M. Lafargue fut élu député du Nord, par 6.470 voix, contre 5.175 voix à M. Dépassé.
M. Paul Leroy-Beaulieu indiquait ainsi le sens de cette victoire socialiste :
Tous les esprits superficiels qui encombrent la presse et le Parlement regardent — et cela de très bonne foi, vu le peu d’habitude qu’ils ont de voir les choses de loin — l’élection de Lille comme un fait secondaire. Nous déclarons hautement, quant à nous — et nous sommes heureux de prendre date — que nous considérons cette élection comme un fait capital, comme peut-être le fait politique le plus important qui se soit passé en France depuis 1871. Avec M. Lafargue, gendre de Karl Marx, ce qui entre dans le Parlement, c’est le collectivisme, c’est une doctrine arrêtée, systématique.
Qu’on ne s’y trompe pas : l’entrée brusque du collectivisme au Parlement est un événement. Que M. Jules Guesde, par hasard, soit élu à son tour et la France aura l’équivalent do Licbknecht et de Bebel. Il y a loin, de ces hommes, qui ont été des hommes d’étude et de propagande, à toutes ces poupées de l’extrême-gauche, curieuses des coulisses de l’Opéra, indigentes de cervelle, vides d’opinion et de dévouement, bavardant toujours sur le même thème assommant et étroit de la séparation de l’Église et de l’État et autres balivernes. Ces poupées de l’extrême-gauche étaient, nous devons l’avouer, prodigieusement agaçantes par la monotonie de leur langage maigre et acerbe et par la contradiction de leur vie avec leurs prétentions; mais au fond elles n’étaient pas dangereuses ni ne cherchaient a l’être, se contentant de prendre des attitudes et de capter des jouissances. L’entrée du collectivisme au Parlement dans la personne de rudes batailleurs sans prétentions, ni relations mondaines, est un tout autre facteur.
Eh bien! qu’on y prenne garde.
(Économiste Français.)
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Le programme municipal 1 .
Le Congrès de Lyon (novembre 1891) précédait de six mois les élections municipales fixées au 1 er mai 1892. Il rédigea le programme municipal du Parti ouvrier français.
Article premier. — Institution des cantines scolaires, où les enfants trouveront à prix réduit ou gratuitement un repas de viande entre la classe du matin et la classe du soir; et, deux fois par an, à l’entrée de l’hiver et de l’été, distribution de chaussures et de vêtements.
Art. 2. — Introduction, dans le cahier des charges pour les travaux de la ville, de clauses réduisant à 8 heures la journée de travail, garantissant un minimum de salaire déterminé par le Conseil d’accord avec les corporations, et interdisant le marchandage aboli par un décret-loi de 1848. — Organisation d’un service d’inspection chargé de veiller à l’exécution des clauses.
Art. 3. — Bourse du travail confiée à l’administration des syndicats ouvriers et groupes corporatifs.
Art. 4. — Suppression des taxes d’octroi sur les denrées alimentaires.
Art. 5. — Exemption pour les petits loyers de toute cote mobilière et personnelle, reportée sur les loyers d’un taux supérieur progressivement imposés. — Assainissement et réparations aux frais des propriétaires des logements reconnus insalubres. — Imposition des terrains non bâtis proportionnellement à leur valeur locative.
Art. 6. — Placement par les municipalités et les Bourses de travail ou les syndicats, et retrait des autorisations aux placeurs.
Art. 7. — Création de maternités et d’asiles pour les vieillards et les invalides du travail. — Asiles de nuit et distribution de vivres pour les passagers et les ouvriers à la recherche de travail sans résidence fixe.
Art. 8. — Organisation d’un service gratuit de médecine et d’un service de pharmacie à prix réduit.
Art. 9. — Établissement de bains et de lavoirs publics et gratuits.
1. Ce programme est d’autant plus intéressant qu’il a pu être applique partiellement par les municipalités socialistes de Lille, Roubaix, etc.
Art. 10. — Création de sanatorium pour l’enfance ouvrière et envoi dans les sanatorium existants aux frais de la commune.
Art. 11. — Service de consultations judiciaires gratuites, pour les litiges intéressant les ouvriers.
Art. 12. — Rétribution des fonctions municipales au taux minimum des salaires ouvriers, à l’elfet de ne pas exclure de l’administration de la commune une classe entière de citoyens, la plus nombreuse, celle qui n’a que son travail pour vivre.
Art. 13. — En attendant que soit remaniée dans un sens conforme aux intérêts du travail la juridiction de la prud’homie, rétribution des prud’hommes ouvriers à un taux qui leur assure l’indépendance absolue vis-à-vis du patronat.
Art. 14. — Publication d’un bulletin municipal officiel et affichage des décisions prises par le Conseil.
ni
Les élections de 1892 furent pour le programme de Lyon et pour le Parti ouvrier une éclatante victoire. Cent soixante mille suffrages obtenus; 29 hôtels de ville entièrement conquis, parmi lesquels ceux de Roubaix, Montluçon, Commentry, Marseille, Narbonne, la Ciotat, Toulon; et 25 autres conseils municipaux dans lesquels le P. O. F. faisait entrer des minorités importantes : Calais, Saint-Nazaire, Montpellier... ; tel fut le bilan électoral des journées des 1 er et 8 mai 1892.
M. Carrette fut élu maire de Roubaix, M. Dormoy, maire de Montluçon; M. Flaissières, maire de Marseille; M. Ferrero, maire de Toulon; M. Ferroul, maire de Narbonne.
Les élections aux conseils généraux et aux conseils d’arrondissement qui se firent à la fin de juillet, furent l’occasion de nouveaux succès pour le Parti.
Le programme agricole .
Le Congrès national du Parti ouvrier français tenu
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à Marseille au mois de septembre de la meme année (1892), s’occupa de la propagande agraire.
Le manifeste suivant fut lancé aux travailleurs des champs :
Aux travailleurs des campagnes.
Travailleurs, depuis bientôt cinquante ans, nous possédons le suffrage universel, et depuis tantôt vingt-cinq ans, nous sommes en République; et la République, qui devait être le bien de tous, n’appartient qu’aux grands propriétaires, aux gros industriels et commerçants et aux riches financiers; si cela est ainsi, c’est qu’au lieu de choisir des cultivateurs pour vous représenter à la Chambre des députés, vous avez nommé de grands propriétaires.
Qu’est-il arrivé? C’est que la République, au lieu d’être gouvernée par des ouvriers et par des cultivateurs et de faire le bonheur de tous ceux qui travaillent, a été gouvernée par des propriétaires et des capitalistes : ces messieurs ont fait les lois à leur seul avantage.
Tous les impôts qu’ils ont votés ont été mis sur les travailleurs, qui paient toujours et ne reçoivent jamais rien.
Quand les députés du Parti socialiste demandent des secours pour les travailleurs, le Gouvernement répond qu’il n’y a pas d’argent pour eux ; cependant les députés, propriétaires et capitalistes trouvent toujours des centaines de millions, pour les riches Compagnies de chemins de fer et pour les expéditions au Tonkin et à Madagascar.
Les députés propriétaires et capitalistes sont tous membres des Conseils d’administrations ou actionnaires des Compagnies de chemins de fer, de mines et autres sociétés financières. Les agents de ces sociétés vont dans les campagnes ramasser vos épargnes, en vous faisant des promesses mensongères; et souvent ces sociétés finissent comme le Panama, en ruinant les malheureux, qui avaient été assez naïfs pour leur confier leurs économies.
Le Panama, qui a été la plus gigantesque des escroqueries, avait été vanté par les journaux capitalistes : des curés et des vicaires plaçaient des actions et recevaient 20 francs par titre qu’ils vendaient.
Les députés propriétaires et capitalistes récoltent de si gros bénéfices à soutenir les voleurs de la finance, que lorsqu’un député radical-socialiste, le citoyen Raspail, proposa de défendre aux députés et aux sénateurs d’appartenir aux sociétés financières, sa proposition fut repoussée à une énorme majo-
rite. Le Parti ouvrier est le seul parti en France, qui interdise à ses élus de faire partie d’une société financière quelconque.
Les députés, qui devraient vous protéger contre les fabricants et les marchands qui achètent vos produits agricoles, les laissent tranquillement s’entendre entre eux, pour fixer au-dessous de leur valeur les prix qu’ils vous donnent, pour vos grains, vos raisins, vos vins, vos betteraves et vos bestiaux.
Pendant que les députés que vous avez élus trahissent vos intérêts, l’hypothèque et les dettes vous dévorent; la concurrence des grands propriétaires, qui peuvent employer les machines et qui possèdent des capitaux pour faire de la culture intensive, vous ruine : aussi le nombre des petits propriétaires diminue tous les jours et leurs terres vont grossir la propriété des riches. Aujourd’hui en France, 29.000 gros propriétaires ont accaparé la moitié des terres cultivables, c’est-à-dire 12 millions d’hectares, tandis que 7.000.000 de petits propriétaires se partagent l’autre moitié ; et ce sont ces 29.000 gros propriétaires qui font la loi aux 7.000.000 de petits propriétaires qui restent encore.
Ces petits propriétaires sont chasses tous les jours de leurs propriétés; et il leur arrive bien souvent d’être forcés pour gagner leur vie de cultiver pour un gros propriétaire la terre qu’ils possédaient de père en fils depuis des générations.
Il est temps que vous, les travailleurs de la terre, vous cessiez ce rôle de dupe; il est temps que vous nommiez des députés qui défendent vos intérêts.
Travailleurs des campagnes, étudiez le programme agricole qui a été voté dans les Congrès du Parti ouvrier, discutez-lc entre vous, complétez-le si vous croyez qu’il ne contient pas toutes les réformes dont vous avez besoin, et imposez-le à vos députés et aux candidats qui demandent vos suffrages. Ce n’est qu’en vous occupant vous-mêmes de vos intérêts, que vous obligerez le Gouvernement à faire quelque chose pour vous, et que de la République des capitalistes vous ferez la République des travailleurs.
Considérants.
< Considérant qu’aux termes mêmes du programme général du
Parti, « les producteurs ne sauraient être libres qu’autant qu’ils seront en possession des moyens de production » ;
Considérant que, si, dans le domaine industriel, ces moyens de production ont déjà atteint un tel degré de centralisation capitaliste qu’ils ne peuvent être restitués aux producteurs que sous la forme collective ou sociale, il n’en est pas de même ac-
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tuellêment, en France du moins, dans le domaine agricole ou terrien, le moyen de production, qui est le sol, se trouvant encore sur bien des points possédé, à titre individuel, par les producteurs eux-mêmes ;
Considérant que, si cet état de choses, caractérisé par la propriété paysanne, est fatalement appelé à disparaître, le socialisme n’a pas à précipiter cette disparition, son rôle n’étant pas de séparer la propriété et le travail, mais au contraire, de réunir dans les mêmes mains ces deux facteurs de toute production, dont la division entraîne la servitude et la misère des travailleurs tombés à l’état de prolétaires;
Considérant que, si, au moyen des grands domaines repris à leurs détenteurs oisifs, au même titre que les chemins de fer, mines, usines, etc., le devoir du socialisme est de remettre en possession, sous la forme collective ou sociale, les prolétaires agricoles, son devoir non moins impérieux est de maintenir en possession de leurs lopins de terre, contre le fisc, l’usure et les envahissements des nouveaux seigneurs du sol, les propriétaires cultivant eux-mêmes;
Considérant qu’il y a lieu d’étendre cette protection aux producteurs qui, sous le nom de fermiers et de métayers, font valoir les terres des autres, et qui, s’ils exploitent des journaliers, y sont en quelque sorte contraints par l’exploitation dont ils sont eux-mêmes victimes.
Le Parti ouvrier, qui, à l’inverse des anarchistes, n’attend pas de la misère étendue et intensifiée, la transformation de l’ordre social, et ne voit de libération pour le travail et pour la société que dans l’organisation et les efforts combinés des travailleurs des campagnes et des villes s’emparant du gouvernement et faisant la loi, a adopté le programme agricole suivant, destiné à coaliser dans la même lutte contre l’ennemi commun, la féodalité terrienne, tous les éléments de la production agricole, toutes les activités qui, à des titres divers, mettent en valeur le sol national.
Programme .
Art. premier. — Minimum de salaire fixé par les syndicats ouvriers agricoles et par les conseils municipaux, tant pour les ouvriers à la journée que pour les loués à l’année (bouviers, valets de fermes, filles de fermes, etc.).
Art. 2. — Création de prud’hommes agricoles.
Art. 3. — Interdiction aux communes d’aliéner leurs terrains communaux ; amodiation, par l’État, aux communes des.
terrains domaniaux, maritimes et autres, actuellement incultes; emploi des excédents des budgets communaux à l’agrandissement de la propriété communale;
Art. 4. — Attribution par la Commune des terrains concédés par l’État, possédés ou achetés par elle, à des familles non possédantes, associées et simplement usufruitières, avec interdiction d’employer des salariés et obligation de payer une redevance au profit du budget de l’assistance communale.
Art. 5. — Caisse de retraite agricole pour les invalides et les vieillards, alimentée par un impôt spécial sur les revenus de la grande propriété;
Art. 6. — Organisation, par canton, d’un service gratuit de médecine et d’un service de pharmacie à prix de revient :
Art. 7. — Indemnité, pendant les périodes d’appel, aux familles des réservistes, à la charge de l’État, du département de la commune;
Art. 8. — Achat par la commune, avec le concours de l’État, de machines agricoles, ou location de ces machines, mises gratuitement à la disposition des petits cultivateurs; création d’associations de travailleurs agricoles pour l’achat d’engrais, de drains, de semences, de plants, etc., et pour la vente des produits ;
Art. 9. — Suppression des droits de mutation pour les propriétés au-dessous de 5.000 francs;
Art. 10. — Abolition de tous les impôts indirects et transformation des impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3.000 francs; — en attendant, suppression de l’impôt foncier pour les propriétaires cultivant eux-mêmes et diminution de cet impôt pour ceux dont la terre est grevée de dettes hypothécaires.
Art. 11. — Réduction du taux légal et conventionnel de l’intérêt de l’argent ;
Art. 1 2. — Abaissement des tarifs de transports pour les engrais, les machines et les produits agricoles;
Art. 13. — Réduction par des commissions d’arbitrage, comme en Irlande, des baux de fermage et de métayage, et indemnité aux fermiers et aux métayers sortants pour la plus-value donnée à la propriété ;
Art. 14. — Suppression de l’article 2102 du Code civil donnant aux propriétaires privilège sur la récolte et suppression de la saisie-brandon, c’est-à-dire des récoltes sur pieds; constitution pour le cultivateur d’une réserve insaisissable, comprenant les instruments aratoires, les quantités de récoltes, fumiers et têtes de bétail indispensables à l’exercice de son métier;
Art. 15. — Révision du cadastre, et, en attendant la réalisa-
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lion de cette mesure générale, révision parcellaire par les communes ;
Art. 16. — Mise à l’étude immédiate d’un plan de travaux publics, ayant pour objet l’amélioration du sol et le développement de la production agricole;
Art. 17. — Liberté de la chasse et de la pêche, sans autre limite que les mesures nécessitées pour la conservation du gibier et du poisson et la préservation des récoltes; — interdiction des chasses réservées et des garde-chasses.
Art. 18. — Cours gratuits d’agronomie et champs d’expérimentation agricoles.
C’est sur ce programme que M. Jaurès fut élu dans la seconde circonscription d’Albi, le 22 janvier 1893, lors de l’élection complémentaire provoquée par la démission du marquis de Solages, à la suite de la grève victorieuse des ouvriers mineurs de Carmaux.
Elections législatives du 20 août 1893.
MM. Couturier, Antide Boyer, Tliivricr, Jourde furent réélus. M. Chauvin fut élu dans la Seine, M. Jules Guesde dans le Nord, M. Sauvanet dans l’Ailier.
Le total des suffrages recueillis par le Parti ouvrier français était de 250.000.
En même temps des blanquistes, tels que MM. Vaillant, Chauvière, Baudin, Walter, et des socialistes indépendants, tels que MM. Jaurès, Millerand et Viviani étaient nommés députés.
Il put donc se constituer un groupe sérieux du parti socialiste au parlement.
Ce groupe, nous ditM. Zévaès, l’historiographe du P. O. F., se composa d’abord des éléments les plus divers; mais on comprit la nécessité d ’imposer des barrières doctrinales et de préciser par une déclaration les bases essentielles de l’accord intervenu.
Voici le texte de cette déclaration, datée du mois de juin 1896 :
Le groupe socialiste de la Chambre affirme sa volonté de continuer sa lutte de tous les jours contre les gouvernements delà réaction.
Il proposera ou soutiendra les réformes immédiates qui pourraient, même sous le régime capitaliste, améliorer la condition des travailleurs.
Il n’entend lier, par aucune formule étroite, la liberté de ses membres et le développement même du socialisme.
Mais, pour dissiper des équivoques fâcheuses, il déclare nettement qu’en conformité avec la pensée essentielle des socialistes de tous les pays et avec la tradition socialiste française depuis la Révolution, il entend abolir le régime capitaliste lui-même et mettre un terme à l’exploitation de l’homme par l’homme, au moyen de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, de la substitution de la propriété, sociale à la propriété capitaliste et de l’entente internationale des travailleurs.
Elections municipales de 1S96.
Les élections municipales du mois de juin 1896 marquèrent un nouveau progrès dans le développement des idées socialistes.
Non seulement le P. O. F. maintint toutes les positions conquises en 1892 : Roubaix, Marseille, Montluçon, Commentry, la Ciotat; mais il emporta près de cent municipalités nouvelles : Lille, Croix, Calais, Denain, Ivry, Roanne, Issoudun, Cette...
Le 30 mai, pour célébrer les succès socialistes, les élus municipaux se réunirent au restaurant de la Porte-Dorée. — Ce fut le Banquet des Municipalités socialistes ou le Banquet de Saint-Mandé. M. Millerandy prononça son fameux « discours-programme 1 ».
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Elections legislatives de 1898.
A ces élections, MM. Anlide Boyer, Carnaud, .lourde, Sauvanet furent réélus. — MM. Chauvin et Jules Guesde restèrent sur le carreau.
Par contre, une pléiade de députés socialistes appartenant au P. O. F. surgissait : C’étaient MM. Bénézecli, Bernard Cadenat, J. Dufour, Ferrero, Ferroul, Krauss, H. Légitimus, Palix, Pastre, A. Zévaès.
Le Parti ouvrier récoltait 330.753 voix, contre 221.804 en 1893, 47.147 en 1889, 31.968 en 1885, et 27.902 en 1881.
Le P. O. F. comptait en 1885 un seul élu, en 1889 cinq en 1893 sept, en 1898 quatorze députés.
Le programme maritime.
Un congrès du Parti ouvrier français tenu à Lille, en 1896, avait rédigé un programme maritime, qu’il est intéressant de faire connaître :
Article premier. — Création d’un conseil du travail maritime élu par les Syndicats de marins du commerce et de pêcheurs.
Art. 2. — Maximum de travail : douze heures sur le pont; huit heures devant les feux. Un jour complet de repos par semaine, terre et mer, sauf le cas de force majeure (Congrès maritime de 1893).
Art. 3. — Minimum de salaire : 90 francs par mois sur le pont; 100 francs dans les soutes; 120 francs devant les feux (Congrès maritime de 1893).
Art. 4. — Institution de conseils de prudhommes maritimes.
Art. 5. — Interdiction de tout châtiment corporel.
Art. 6. — Suppression des tribunaux et du code maritimes et recours au droit commun pour les travailleurs de la mer.
Art. 7. — Minimum de la retraite pour les inscrits maritimes de toutes professions, porté à 600 francs après 240 mois de navigation, au moyen d’un impôt spécial sur les armateurs et sur les Compagnies de navigation.
Retraite proportionnelle, à partir de 180 mois de service à la mer.
Réversibilité de la pension maxima sur la veuve, les orphelins et les descendants des inscrits morts à la mer.
Art. 8. — Sécurité garantie : a) Par un maximum de chargement ;
b) Par un maximum de vitesse;
c) Par un minimum d’équipage, d’après la jauge du navire et la force des machines;
d ) Par l’inspection du navire au départ, confiée aux prudhommes maritimes;
é) Par l’assurance obligatoire du personnel et de ses effets.
Art. 9. — Insaisissabilité des délégations, c’est-à-dire de la partie de la solde prélevée au profit de la famille des marins.
Art. 10. — Suppression des « marchés d’hommes » et création dans les ports, aux frais des municipalités et des chambres de commerce, de sailors homes administrées par les marins eux-mêmes et chargées particulièrement de la protection des mousses.
Art. 11. — Attribution par les communes aux familles des marins associés ou simplement usufruitiers, de la partie du littoral maritime susceptible d’être mise en culture ou en valeur.
Art. 12. — Exercice de leurs droits politiques garantis aux marins par un mode de votation spécial.
Art. 13. — Interdiction légale du départ pour la pêche d’Islande avant le 1 er avril de chaque année. Modification, par voie de convention internationale, de l’itinéraire suivi sur le banc de Terre-Neuve par les paquebots faisant le service entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique.
Art. 14. — Reprise par la nation des bateaux de pêche non montés par leurs propriétaires, et mise de ces bateaux nationaux à la disposition des pêcheurs associés, moyennant un tant pour cent prélevé sur leur pêche pour l’entretien et le renouvellement du matériel.
Art. 15. — Suppression des facteurs, commissionnaires et autres intermédiaires, remplacés pour l’achat et la vente du poisson par les communes intéressées (communes de production et communes de consommation).
Art. 16. — Institution d’un Comité spécial de pêche.
Art. 17. — Suppression des bordigues et des madragues.
LE PARTI SOCIALISTE DE FRANCE
Ainsi le Parti ouvrier français guesdiste avait élaboré tous les programmes. Chaque classe du prolétariat se sentait défendue par lui. La propagande était des plus actives, grâce à cet admirable apôtre qu’est M. Jules Guesde, soutenu par des lieutenants tels que MM. Lafargue, Carette, Dormoy, Raymond Lavigne, Buscaillet.
Mais aucun lien ne reliait ce parti politique aux organisations purement économiques qui se constituaient dans les Bourses du Travail. Et même un certain dédain se manifestait, dans ce parti purement politique, à l’égard de ces organisations purement économiques. Et ce fut là l’explication de son échec.
Le recrutement du Parti guesdiste.
Pour pénétrer dans une fédération régionale du P. O. F., le postulant doit signer la déclaration suivante :
Le soussigné, après avoir pris connaissance des statuts, programme et règlement fixant les conditions théoriques et les obligations matérielles et morales que comporte la qualité de membre du Parti ouvrier français;
Sachant que la bonne marche du Parti et le maintien de sa tactique traditionnelle de lutte de classe, en vue de la Révolution sociale, exigent de la part de tous ses membres une discipline étroite et rigoureuse, pour faire respecter les décisions de scs Congrès nationaux, quelles qu’elles soient, ainsi que l’action du Conseil national chargé de la direction du Parti, dans l’intervalle des Congrès;
D’autre part, n’ignorant pas qu 'en présence des cillaques
acharnées des Jaurès et des Géraull-Richard , ainsi que de leurs journaux, notamment la Petite République, le P. O. F. est cl sera de plus en plus dans l’obligation de se défendre contre eux;
Donne en pleine connaissance de cause mon adhésion au Parti ouvrier français, dont je demande à être admis membre et auquel je prends l’engagement d’honneur de rester exclusivement fidèle et de donner tout mon dévouement.
Tout membre du Parti doit être muni d’une carte renouvelable chaque année, d’un insigne symbolique qui s’arbore dans toutes les manifestations publiques, et d’un livret qui contient le programme et le règlement du Parti. Il doit en outre payer au Conseil national une cotisation de cinq centimes par mois et une cotisation d’égale importance, pour la fédération départementale.
Voici les statuts d’une fédération
Article premier. — Les socialistes collectivistes adhérents au Parti ouvrier français et habitant Bordeaux ou la banlieue, forment dans leur ensemble la Section du Parti ouvrier français , reliée à la Fédération Girondine et au Conseil National du Parti.
Art. 2. — Ils se répartissent en groupes de quartiers ou en groupes corporatifs , lesquels sont autonomes, pour leur organisation intérieure et leur action propagandiste, mais qui, pour toute action publique, politique ou électorale, ne peuvent agir en dehors du Conseil local de la Section.
Art. 3. — Le Conseil local de la Section bordelaise , formé par la réunion des Délégués des groupes , régulièrement mandatés, à raison de deux par groupe, est souverain'pour toutes questions concernant l’action publique, politique ou électorale, du P. O. F. à Bordeaux et banlieue, bien entendu dans les limites des principes, programme, règlement et décision du Parti. — Il se réunit une fois par mois.
Pour l’exécution de ses décisions et l’administration des affaires de la section, il choisit dans son sein un Bureau , composé d’un secrétaire général, d’un trésorier général, de deux adjoints et d’un archiviste-bibliothécaire.
LE PARTI SOCIALISTE DE FRANCE
Les délégués des groupes et les membres du Bureau restent en fonction jusqu’à ce que les groupes et le Conseil local qui les nomment les aient remplacés.
Art. 4. — Lorsqu’un groupe aura pris une décision, sur des questions dont il aura pris l’initiative, — décisions qu’il aura le droit de faire connaître par écrit au Bureau général, — il va sans dire que les délégués de ce groupe ne pourront agir au sein du Conseil local à l’encontre de ces décisions.
Art. 5. La Section bordelaise et ses groupes ont pour but : 1° De propager par tous les moyens, réunions, conférences, cours, publications, brochures, journaux, etc., la doctrine et le programme du Parti;
2° De recruter des adhérents du Parti ouvrier et de former de nouveaux militants et propagandistes ;
3° De participer aux Congrès départementaux, régionaux, nationaux et internationaux du Parti, et d’assurer l’exécution loyale de leurs décisions ;
4° Le prendre part aux luttes politiques et particulièrement aux luttes électorales, afin d’envoyer siéger dans les assemblées électives des membres du Parti ;
5° De seconder de tout leur pouvoir le groupement syndical et l’action des corporations ouvrières;
6 D’assurer de plus en plus complètement l’inscription de tous les citoyens sur les listes électorales, principalement de tous les travailleurs ;
7° Le participer à toutes les manifestations et agitations utiles à l’œuvre du P. ü. F.
Admissions. — Cotisations.
Art. 6 . — Tout membre effectue en entrant un versement de un franc. Il lui est remis en échange un Matériel d'affiliation comprenant la carte du Parti, l’Insigne, le Règlementprogramme et diverses brochures du Parti. — Il aura ensuite à payer à son groupe les cotisations mensuelles, lesquelles seront constatées par l’apposition de timbres mobiles sur la carte du Parti, quadrillée à cet effet.
Art. 7. — Les adhésions sont reçues au sein des groupes. — Toute demande d’admission doit être faite par écrit, sur une formule spéciale, appuyée de deux membres du Parti servant de caution morale au candidat; elle est ensuite présentée au prochain Conseil local, qui en envoie le duplicata à tous les groupes de la Section. — Si, à la séance suivante du Conseil local, il
n’a été reçu aucune protestation contre l’admission du candidat , celle-ci est définitive et enregistrée, et le matériel d’affiliation est remis à l’un des délégués du groupe intéressé, contre versement du droit d’entrée de un franc.
Art. 8. — La caisse centrale de la Section est alimentée par une cotisation locale mensuelle de 0 fri 05 par membre, — ainsi que par toutes souscriptions, produits de réunions, fêtes, etc.
Art. 9. — Pour simplifier la perception des cotisations diverses— nationale 0 fr. 05, départementale 0 fr. 05, locale 0 fr. 05, et cotisation du groupe (facultative) — les groupes auront à recevoir de leurs membres, chaque mois, une cotisation unique totalisant celles ci-dessus, et en échange de laquelle ils remettront à l’adhérent, pour coller sur sa carte, un timbre mobile, lequel aura été acheté au prix de 0 fr. 15 au trésorier général, qui en fera la répartition voulue.
Radiations . — Exclusions .
Art. 10. — Une distinction essentielle doit être établie entre la radiation d’un membre de son groupe pour des causes d’ordre intérieur sans gravité, et l’expulsion du Parti. — La première laissant subsister la qualité de membre du P. O. F., ce membre pourra se faire inscrire dans tout autre groupe du Parti.
La seconde, au contraire, entraînant l’exclusion totale et définitive du Parti, dont avis est donné au Conseil Fédéral et au Conseil National, et nul groupe ne pouvant plus ensuite recevoir un membre ainsi exclus, il importe que pareille mesure soit entourée de garanties de légitimité. — Dans ce cas la demande d’exclusion devra être faite par écrit, signée d’au moins dix membres, et être motivée. — Le Conseil local nommera aussitôt une commission d’enquête contradictoire qui aura à lui présenter un rapport sur lequel, dans une séance ultérieure, le Conseil local prononcera définitivement, à bulletin secret, et après audition du membre incriminé.
Art. 11. — Nul membre du Parti Ouvrier Français n’a le droit d’appartenir en même temps à d’autres fractions socialistes ou politiques, sous peine d’exclusion de fait.
Art. 12. — Pour chaque élection politique, municipale, cantonale, ou législative, les groupes de la circonscription intéressée auront à s’entendre pour choisir le ou les candidats, qui devront être membres du P. O. F. depuis au moins un an. — Mais ces candidatures ne seront définitives qu’après ratification par le
LE PARTI SOCIALISTE DE FRANCE
Conseil local, c’est-à-dire par la section bordelaise tout entière dont il est l’émanation.
Assemblée générale .
Art. 13. — L’assemblée générale de tous les membres de la section bordelaise se réunit une fois par trimestre, le deuxième dimanche de janvier, avril, juillet et octobre, pour une conférence éducative, faite par un ou plusieurs orateurs du Parti ; cette conférence devant être précédée d’un rapport du Conseil local pour mettre tous les membres du Parti au courant des questions dont il se sera occupé pendant le trimestre.
Ressources du Parti guesdiste.
Les guesdistes ont cherché à se procurer de l’argent de plusieurs façons, pour pouvoir prendre part aux élections et subventionner leurs journaux.
C’est ainsi que M. Chauvin eut l’idée de constituer une véritable maison de commerce, en déposant un certain nombre de marques de fabrique socialistes applicables à tous les produits. 11 y eut la marque des Trois-Huit y du Chambard, du Drapeau rouge . Ces étiquettes, connues de la clientèle socialiste, devaient, à son avis, promettre une vente assurée. Et il proposait d’en céder le monopole aux fabriques, qui verseraient pour chaque produit, une somme fixe de 500 francs, remboursable en publicité dans les journaux du Parti, et une commission de 20 % sur les bénéfices réalisés. Ces fabriques devaient en outre s’engager à ne livrer aucun produit qui ne fût accompagné d’un prospectus socialiste.
« La conception de M. Chauvin, faisait remarquer le journal le Te?nps : a le double avantage d’augmenter les ressources pécuniaires du parti, tout en mul-
tipliant les moyens de propagande, tandis qu’elle laisse aux commerçants la douce consolation de contribuer eux-mêmes à leur expropriation éventuelle. »
Trois industriels seulement se laissèrent prendre à ces offres alléchantes, et le bazar socialiste se contenta de débiter la Montre des Travailleurs, le savon et le papier à cigarette des T rois-Huit et du Chambard .
La vignette des Trois-Huit représentait d’un côté un champ, des cheminées d’usine et trois hommes se donnant la main, un paysan, un ouvrier et un marin, — c’est le travail. De l’autre côté, on voyait une famille se reposer au bord d’une rivière, après les huit heures de travail, — c’est le loisir. La mère cueille des fleurs, l’enfant pêche à la ligne et l’homme lit le Chambard.
Sous ce premier étui se trouvait un prospectus de propagande. La figure de M. Jules Guesde, ou d’un autre militant ; était encadrée dans un sonnet :
Par sept cent mille voix acclamant notre idée En l’an quatre-vingt-treize, ô peuple conscient,
Tu fis entrer vainqueurs au sein du Parlement Quarante socios qui valent une armée.
A partir de ce jour, la déroute effarée S’est assise au milieu de tous ces impuissants :
Ralliés, radicaux, opportunards tremblants,
Tous au pape ont vendu leur âme épouvantée,
Mais ce honteux marché mêlant nos ennemis
Impose l’union aux travailleurs des villes
Aussi bien qu’à tous ceux qui font les blonds épis.
Pour vaincre les tyrans, les minorités viles,
Achetez ce savon, et tous étant unis Votre obole sera du triomphe le prix.
Malgré ces beautés poétiques, le commerce des savons ne fut pas prospère et le parti guesdiste dut chercher ailleurs d’autres ressources. Il créa des coopératives. L’Union de Lille est le type de ces sociétés.
LE PARTI SOCIALISTE DE FRANCE
La création de l’Union de Lille remonte au mois de mars 1892. — Ses débuis furent des plus modestes et souvent son existence fut compromise. — Les fondateurs, au nombre de dix, ne disposaient que d’un capital de dix francs. Un mois plus tard, ils étaient quarante avec un capital de six cents francs. Enfin, après des péripéties sans nombre, plus de mille familles étaient groupées autour de la coopérative socialiste. — Le 18 août 1896, la société achetait pour 4.000 francs un terrain et y construisait une boulangerie modèle dont les frais s’élevaient à 122.000 francs. — Aujourd’hui, c’est cinq mille familles que dessert la coopérative. — À côté des magasins de boulangerie, d’épicerie, de chaussures et de vêtements, elle a installé des associations musicales, une bibliothèque et des caisses de secours.
Les pains ont un poids uniforme de 1.500 grammes et se vendent cinquante centimes. Les jetons de pains ont cette valeur.
Pour chaque jeton de pain , le sociétaire reçoit un jeton de partage. Ces jetons épargnent à la Société une comptabilité compliquée des achats individuels. En faisant payer à ses adhérents le pain plus cher que le commerce local, la coopérative leur constitue, d’une façon automatique, une épargne difficile à obtenir dans les ménages pauvres.
La première part des bénéfices sert à alimenter pour un tiers la caisse de secours, et pour deux tiers la caisse de propagande; puis un vingtième des bénéfices nets est affecté à la caisse de réserve; enfin, sur la part de chaque sociétaire, il est retenu un franc pour les sociétés musicales. Ces premiers prélèvements effectués, tous les autres béné-
fices sont repartis aux sociétaires, au prorata de leurs achats.
Les secours sont distribués en bons de pain et en bons d’épicerie. Pendant le premier semestre de l’année 1900, par exemple, 800 familles ont été secourues. Elles ont reçu 7.800 pains et 1.300 francs d’épicerie. Il a été en outre distribué, aux coopérateurs grévistes, 10.936 pains.
Voici le nombre de pains distribués par année :
Et voici, d’autre part, le mouvement d’alïaires de la oulangerie :
Recettes. Dépenses. Bénéfices bruts.
1900(1 er sem.)
Sur ces sommes, et sur les bénéfices de l’épicerie, qui s’élevaient en 1899 à 32.000 francs, le Parti ouvrier français prélevait de 8 à 900 francs par année.
1. La surélévation de ce chiffre est duc à la cherté du pain dans le commerce local. Alors que les trois livres de pain valaient 0 fr. 60 à 0 fr. 65, la coopérative continuait à les vendre 0 fr. 50.
Le Comité révolutionnaire central, qui est l’âme de toute l’organisation blanquiste, est formé par la délégation des Comités de Paris et de la banlieue, à raison d’un délégué pour dix membres et fraction de dix membres. Les Comités départementaux peuvent s’y faire représenter par un délégué. Il se réunit tous les mardis. Son Bureau se compose d’un secrétaire, d’un secrétaire-adjoint, d’un trésorier et d’un trésorier-adjoint, élus en janvier pour un an. Le secrétaire, au moins, doit être pris parmi les membres de la Commission administrative.
La Commission administrative est l’agent d’exécution du Comité révolutionnaire central. Elle a seule qualité pour prendre, en son nom et sous sa responsabilité, toute décision urgente, dans l’intervalle des séances. Elle prépare les ordres du jour et le travail du Comité et le convoque extraordinairement, si cela est nécessaire. Cette Commission est nommée pour un an, et en font partie de droit les députés et conseillers municipaux de Paris ainsi que les députés de province.
La cotisation des Comités adhérents est, au minimum, de 0 fr. 25 par semaine, pour les Comités de Paris et de la banlieue, et de 0 fr. 25 par mois, pour les Comités des départements.
Le Comité reconnaît la lui te des classes comme la caractéristique du socialisme actuel et la règle directrice de son action. Il se déclare athée (matérialiste et transformiste), républicain, communiste, internationaliste, et surtout révolutionnaire. C’est le vrai parti de la Révolution, le glorificateur de la Commune, l'avant-garde de l’armée ouvrière, menée à l’assaut de la société capitaliste et à la conquête du pouvoir politique.
C’est aux premiers rangs de cette avant-garde militante, dit la Déclaration du Comité révolutionnaire central, que nous voulons combattre et désarmer la réaction pour armer la Révolution de cet instrument tout-puissant — le pouvoir — qui, aux mains de l’ennemi, fait notre misère et notre faiblesse, et qui demain fera notre force et notre délivrance.
Ainsi les blanquistes n’ont qu’un seul but : la Révolution; un seul souci : la politique. Que l’armée ouvrière se groupe au moyen des syndicats, et ils l’entraîneront à leur suite, eux les combattants de la première heure.
La marque distinctive du blanquisme est la franchise.
« Parti d'action, dit le programme, le Comité révolutionnaire central adopte tous les modes d’activité : économique, politique et social, électoral et révolutionnaire.
Si, clans les sections rassemblées, une question posée, des mois auparavant, par l’initiative populaire, pour qu’elle ait pu être suffisamment, discutée par la presse, par les réunions publiques et de sections, si dans ces sections, au même moment, cette question, cette loi est soumise à la délibération des citoyens assemblés, croit-on qu’elle ne sera pas mieux, plus unanimement résolue dans l’intérêt du peuple que par ses prétendus délégués d’un parlement quelconque?
Pour choisir ses délégués, au parlement, pour élire ses députés, le peuple s’assemble en réunions électorales et entend les candidats. Mais, pour ce choix cl’un homme, pour distinguer ce qu’il y a de sincérité et de vérité dans sa parole, que de difficultés! et, au jour du vote, que ce vote est peu libre! Ce sont les influences capitalistes et gouvernementales, plus que la volonté populaire, qui, dans la plupart des circonscriptions, nomment des députés, qui font ensuite les lois pour l’intérêt capitaliste et contre le peuple. Tout Gouvernement représentatif, tout parlement, toute délégation politique du suffrage universel est infidèle et réactionnaire.
C’est ainsi que, pour prendre, comme exemple, une question entre toutes : le parlement prend, contre la nation et contre les ouvriers qu’elles emploient, la défense des Compagnies de mines et de chemins de fer, comme de tout autre privilège capitaliste, et repousse les plus faibles améliorations légales.
Admettons, au contraire, que cette question soit directement proposée au peuple assemblé au même moment, sur toute la surface du pays, dans ses sections: « Les mines,les chemins de
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« 11 ne s’interdit d’autres actes que ceux qui, meme seulement en apparence, contredisant au programme et à l'idée socialiste ou à l'honneur, ravaleraient l’action socialiste au niveau des combinaisons politiciennes des partis bourgeois, la discréditeraient et la déshonoreraient. Il n’est pas deux morales, l’une privée et l’autre publique, comme l’ont dit ou pratiqué tous les politiciens. La loyauté est le devoir rigoureux, la seule vraie et habile tactique du socialisme. »
Un des principaux articles du programme blanquiste est la législation directe :
fer, au lieu de rester là propriété de Compagnies, qui ne les exploitent que pour leur profit, sans tenir compte de l’intérêt public et de l’intérêt des ouvriers employés, ces mines, ces chemins de fer ne devraient-ils pas devenir propriété de la nation, pour être gérés au mieux des intérêts de la nation et pour que les ouvriers qui y sont employés y trouvent des conditions de travail et d’existence normales? »
Cette question, discutée d’abord dans la presse et par les réunions, étant ainsi posée, croit-on qu’il y aurait une seule section, — à moins qu’elle ne fût composée exclusivement d’administrateurs et d’actionnaires des Compagnies, — qui ne répondît affirmativement? — et de cette délibération populaire sortirait aussitôt la loi d’appropriation nationale des mines et chemins de fer.
Et ainsi du reste.
L’initiative populaire proposerait les lois, qu’un Conseil de délégués, non plus législateurs mais administrateurs et rédacteurs, rédigerait, et qu’après un intervalle suffisant de discussions de presse, de réunions et de sections, le peuple, assemblé dans ses sections, accepterait ou rejetterait.
Rittinghausen et Considérant ont discuté magistralement les conditions et formes de cette législation et du gouvernement direct, que la Suisse est en train de réaliser, mais qui conviendraient bien mieux encore à notre nation si passionnément démocratique.
Revenons à la révision, à cette révision socialiste et directe par le peuple, qui serait la meilleure et vraie introduction à la législation directe et émancipatrice du peuple, qui faciliterait tant et, en tout cas, consacrerait, assurerait, contre tout hasard et toute attaque, l’émancipation du prolétariat et les conquêtes socialistes de la nation.
La révision par le peuple, n’est 'pas plus inscrite que celle par une constituante, dans la constitution de 1875; elle n’est pas davantage interdite par cette constitution, elle n’est pas inconstitutionnelle, et c’est elle que nous devons réclamer pour une participation directe et croissante du peuple aux affaires publiques, au gouvernement du pays.
Si notre propagande aboutit, si la nation réclame, exige et fait cette révision directe par le peuple, convoqué dans ses sections, quelles n’en seront pas les conséquences?
11 y a des questions constitutionnelles, telles que celles de la Présidence et du Sénat, qui sont déjà posées par l’initiative populaire, et dont la solution, devant le peuple, est aussi peu douteuse, qu’elle serait incertaine devant le Congrès des deux Chambres ou devant une Constituante.
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Quelle section populaire hésiterait à voter la suppression de la royauté maintenue dans la République, sous le nom de Présidence, et, de ce frein, à tout progrès qui se nomme Sénat.
Par cette révision directe par le peuple, révision continue, tant qu’il resterait dans les lois contitutionnelles une trace d’institutions monarchistes, s’établirait une constitution enfin républicaine.
Par là, commencerait l’organisation de la législation directe et du gouvernement direct du peuple, éliminant les éléments réactionnaires et capitalistes de ses lois et institutions, pour y substituer un État démocratique, où il serait libre politiquement et socialement.
Pour les autres points du programme qui différencient les blanquistes des autres groupements socialistes, M. Vaillant a bien voulu écrire pour nous l’histoire rapide de son parti.
fl
«« Pour nous plus exactement juger et voir les différences avec les autres partis, il est bon de se rendre compte, à la fois, de notre origine et de cette évolution postérieure à la Commune, qui, progressant sans cesse, a fait le Comité révolutionnaire actuel.
« Au lendemain de la Commune, en même temps que quelques amis et moi devenions membres du Conseil général de l’Internationale à Londres, et entrions en rapports intimes avec Marx, nous formions avec d’autres amis, dont la plupart étaient des amis de Blanqui et ses vrais disciples, un Comité dit : « La Commune révolutionnaire » qui a rempli dans l’exil un rôle politique important.
« Au retour de l’exil, nous avons poursuivi notre action en cherchant à créer, non plus comme nos pères (et j’entends par là toute la lignée des révolutionnaires français aboutissant à Blanqui) avaient été obligés de le faire, non plus des groupements secrets, mais un parti d’avant-garde et de combat, un parti essentiellement socialiste révolutionnaire en contact constant avec le peuple pour l’agiter, le soulever, l'entraîner à l'action incessante, sous toutes les formes et surtout sous la forme politique , c'est-à-dire la plus efficace.
« Le premier acte du parti a été, avec Blanqui comme directeur, la publication du journal : Ni Dieu! ni Maître! en 1880.
« C’est en 1881, à l’occasion des élections législatives, et pour
former les cadres du parti que nous voulions créer, que nous avons décidé son organisation sous le nom de Comité révolutionnaire central. Son action a été en effet incessante. Elle n’était nullement doctrinaire, elle se produisait à chaque occasion et dans toutes les directions par meetings, réunions privées et publiques, manifestations et élections. En 1884, j’étais élu au Conseil municipal, où peu après Chauvière venait me rejoindre. Notre propagande s’en accrut.
« En 1887, le Comité révolutionnaire central prit une part prépondérante à l’agitation populaire, qui empêcha l’élection présidentielle de Ferry.
« En 1888, nous avons fondé Y Homme libre , repris le Cri du Peuple et traversé la crise boulangiste, brisant avec d’anciens amis, refusant de suivre les autres socialistes dans le camp opportuniste, restant enfin fidèles à l’idée de la politique socialiste, mais sans y pouvoir rallier le peuple, égaré, divisé dans les camps bourgeois.
« Peu à peu, cette politique que, pris entre deux feux, nous n’avions cessé d’affirmer et de pratiquer, devint celle de tous les socialistes dont les divisions prirent ainsi un caractère moins aigu.
« Le Comité révolutionnaire central avait pris ainsi un caractère plus homogène; tout en maintenant l’action politique comme le premier objet du parti socialiste, nous n’en excluions aucune. Et parce que nous considérons l’organisation comme la condition essentielle de toute action, nous demandions au prolétariat de réorganiser et fédérer ses syndicats , ayant leurs centres dans des Bourses du travail , pour une action exclusivement économique , en même temps que nous demandions au parti socialiste de se constituer en dehors de toute organisation économique pour une action toute politique. Nous voulions constituer les deux organes nouveaux de cette double action du prolétariat militant et du socialisme. A la différence des divers Partis ouvriers français, qui admettent des adhésions syndicales, nous n’en admettons pas et nous demandons aux syndicats de ? Y adhérer à aucun parti politique , de façon à pouvoir comprendre la totalité des travailleurs de la corporation , et nous demandons aux groupes politiques recrutés en partie dans ces syndicats, d’être tout politiques. Pour nous, nous ne désirons que de rester Y avant-garde politique , le parti d’action n’aspirant qu’à créer un jour l’unité du Parti.
« Notre tradition révolutionnaire française et son esprit patriotique ne sont nullement en contradiction, avec notre internationalisme, ainsi que notre campagne, renouvelée de Blanqui, pour la transformation de l’armée permanente en milices na-
t.ionales sédentaires vous le montre. Nous voulons chaque peuple maître chez lui, n’ayant rien à redouter du voisin, ni rien à lui faire craindre, et la paix internationale assurée par cette sécurité commune, prélude de l’union, au fur et à mesure du développement et du rayonnement des institutions républicaines et socialistes.
« La grève générale n’a pour nous que l'importance d’un moyen complémentaire des divers moyens d’action révolutionnaire directs et de plus haute valeur. Vous avez lu la déclaration du Comité révolutionnaire central qui réclame comme condition essentielle préparatoire, l’organisation syndicale pour l’action syndicale et l’organisation socialiste politique pour l’action du parti socialiste.
« Or cette action du parti socialiste nous la comprenons comme incessante et multiple , comme devant répondre à toutes ces questions de milieu et de circonstance, visant tantôt le progrès le plus minime, parce qu’il est le seul possible, et tantôt le but révolutionnaire, parce qu’il est à notre portée ; et ainsi le suffrage universel, l’action légale et parlementaire sont des éléments de notre activité, au même titre que la propagande et l’action révolutionnaire. Nous ajoutons, en outre, que, dans l’incessante évolution des idées et des volontés du prolétariat militant, et dans la suite du cours des choses, des éléments nouveaux d’action se peuvent produire et que nous acceptons d'avance tous moyens formulés par les congrès internationalistes du prolétariat et du socialisme. C’est bien à un congrès seulement national que l’idée du citoyen Briand, de la grève générale, a été acceptée; mais nous n'avions aucune raison pour la rejeter , sans lui donner , je le répète , l'importance que lui ont attribuée les socialistes de politique syndicale qui en ont fait leur cheval de bataille. Si nous séparons, ou plutôt si, pour répondre à leur double fonction, doivent se distinguer, l’organisation politique et l’organisation économique, il n’en est pas moins vrai que tel fait économique, — et celui que nous rechercherions le moins, mais que nous acceptons toujours quand il se produit — la grève , prend souvent un caractère politique , et qu'alors toutes les forces prolétaires et socialistes doivent entrer .en ligne.
« C’est ainsi que, dans des circonstances données, la grève .d’une corporation dont le travail est nécessaire à la vie sociale, Ja grève combinée de plusieurs corporations, et, si elle peut se réaliser, la grève générale, auraient une valeur politique déci- .sive. Pour nous , il nous parait qu'au moment où elle pourrait se produire, ou seulement essayer, nous serions assez fort pour nous .en passer , que nous aurions déjà pu nous emparer du pouvoir
NI
politique et user de cet instrument souverain pour accomplir, dans la République devenue ainsi socialiste, la révolution économique.
« Je ne comprends guère ceux qui semblent supposer qu'une révolution se fait comme à volonté , et détermine librement ses conséquences, ou plutôt les laisse déterminer par ses acteurs. Il y a là un vieux fond de scepticisme <et une erreur. Les révolutions ne sont que les crises politiques et sociales, qui éliminent les éléments vieillis de l’ordre social, et mettent en œuvre, dégagent pour une évolution nouvelle, les éléments accumulés par le progrès des choses et des mœurs, au libre développement desquels s’opposait le régime antérieur survivant, par la force organisée de son gouvernement, de sa classe privilégiée, aux conditions qui l’avaient créé, et qui, disparaissant, amènent sa chute. Certes, plus nous irons, plus la volonté des hommes et la force organisée du parti socialiste joueront un rôle dans les déterminations ultérieures, mais à la condition d’être exactement en accord avec le développement historique, avec l’évolution sociale, qu’il lui sera facile de précipiter, mais impossible de contredire ou altérer. Quant au temps, à la durée des phases des étapes à parcourir, nous ne pouvons rien dire, n’étant pas prophètes.
« Nous ne pouvons donc, à la lumière de la critique socialiste et de la notion historique du développement, qu’esquisser, mais avec certitude, les lignes générales de l’évolution qui nous mène sûrement, par la force des choses et l’action socialiste, à la société communiste, à la liberté individuelle dans la solidarité sociale, et qui nous rapproche toujours davantage de cette société idéale, qui assure de plus en plus le jeu libre et harmonique de toutes les facultés de l’homme individuel et social.
« Cette idée communiste n'est pas nouvelle , ou créée par tel ou tel inventeur breveté. De même que les Allemands y sont arrivés avec Marx, notre filiation communiste , pour ne pas remonter plus loin , va des babouvistes d Blanqui, et l’idée s’éclaire de plus en plus des lumières des sciences historiques et sociales, communes maintenant à tous les partis socialistes, à tous les pays. Si Blanqui était arrivé à une conception exacte du communisme, ainsi que le reconnaissait Marx, c’est évidemment une preuve de plus de cette progression nécessaire qui a de plus en plus rapproché le socialisme du communisme, et aux mêmes époques (le manifeste communiste de Marx, écrit en 1847, était publié au commencement de 1818, et les affirmations communistes concordantes de Blanqui sont de la même époque) les deux courants se formaient en France, comme en Allemagne, pour se réunir bientôt après la Commune. »
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LE PARTI SOCIALISTE DE FRANCE