Avaient voté pour
MM. A. Andrieux, J. Andrieux, Barrat, Blum, Biétry, Boutié, Camélinat, Chauclieprat, Chauvin, Compère-Morel, Constant, Delory, Dereure, Despas, Dubreuilh, Ebers, Farjat, Favrais, Fribourg, Fortin, Guesde, Labusquière, Lafargue, Landrin, Le Brun, A. Lenormand, Létang, Lavaud, Marchand, Millet, Moreau, Patey, Pédron, Prévost, Rivelin, Richard, Roland, Roussel, Sémanaz, Sembat, Vaillant, Zévaès, Toussaint.
Contre : MM. Charles Longuet, Jaurès, Yiviani.
Abstenu : M. Poulain.
Absent : M. Carnaud.
« Nous repoussons avec énergie cette imputation, et bien que résolus cl’en appeler au prochain Congrès, nous estimons ne point devoir attendre jusque-là pour soumettre nos actes au jugement de l’opinion socialiste.
« Voici les faits :
« Tous les membres du groupe parlementaire ont voté l’ordre du jour Renou-Pastre qui demandait « la punition des meurtriers » de Chalon-sur-Saône. Nous tenons à vous rappeler que les citoyens Renou et Pastre avaient été délégués àChalon par le Comité général, pour faire une enquête sur le massacre. Le chiffre de voix obtenu par cet ordre du jour prouve clairement que seuls des socialistes et des démocrates sincères pouvaient le voter. Il n’a en effet obtenu que quatre-vingt-quatorze voix.
« Seize membres du groupe parlementaire ont voté contre l’ordre du jourZévaès, qui demandait l’enquête pour « faire la lumière complète sur la catastrophe de Chalon-sur-Saône ». — Cet ordre du jour, le groupe parlementaire n’en a connu l’existence que le jour de la séance, en pleine bataille. Il s’était pourtant réuni la veille, mais le citoyen Zévaès avait préféré le communiquer à M. Berthclot, transfuge du groupe socialiste et allié politique de MM. Ribot, Méline etdeMun contre le cabinet.
« L’intervention de M. Berthelotà la tribune a donné à cet ordre du jour une signification telle, que le centre, la droite et les césariens l’ont voté en masse.
« Les seize membres qui ont repoussé l’ordre du jour Zévaès n’ont pas entendu approuver le Gouvernement, puisqu'ils ont voté l'ordre du jour Renou-Pastre. Us ont refusé de se prêter à une manœuvre parlementaire inqualifiable qui avait pour unique objet le triomphe des adversaires du régime républicain, car on ne fera jamais croire à personne que la réaction avait à cœur de faire la lumière sur le crime de Chalon.
« Et quand nous voyons l’auteur de cette manœuvre associer son vote à celui de ses collègues du Comité général, et désapprouver ceux qu’ils a attirés dans le piège tendu par la réaction, nous ne pouvons qu’en appeler à la conscience, à la droiture de tous les socialistes.
« Les dix-neuf membres qui ont voté l’ordre du jour Simyan, adultéré par l’addition du droitier Massabuau, ont-ils sacrifié les principes socialistes, et n’est-il resté dans le groupe parlementaire que dix-sept membres fidèles à ces principes?
« Qui ne voit que des affirmations aussi imprudentes ne sont pas moins dangereuses pour le progrès de la propagande socialiste, qu’injurieuses pour la majorité des élus socialistes?
« Pourquoi, au lieu d’exposer les faits, tous les faits, et de s’en
fier à l’intelligence et à la maturité politique du parti, le Comité général tente-t-il de faire croire que dix-neuf d’entre nous auraient répudié le collectivisme, tandis que les grands patrons du centre et les cléricaux de la droite se refusaient à cette répudiation ?
« Que ressort-il de tout cela?
« Que les partis de réaction, incapables de mener loyalement le combat pour leurs idées ou leurs intérêts, emploient des armes de ruse et de mensonge, tendent des pièges, faussent la signification des mots et le sens des formules. C’est la preuve de leur irrémédiable décadence intellectuelle et morale. Hommes du passé, ils pratiquent la politique du passé.
« Mais que des socialistes s’associent àcette politique, par animosité contre ceux de leurs camarades qui, à tort ou à raison, ne sont pas d’accord avec eux, sur la tactique du Parti socialiste, voilà ce que le Comité général doit blâmer avec la dernière énergie s’il a vraiment le souci de la moralité et de la dignité politiques de notre parti et de ses représentants au Parlement.
« Oui, nous eussions compris un blâme général, atteignant à la fois ceux qui sont tombés dans la chausse-trappe réactionnaire et ceux qui les y ont attirés ; nous aurions admis qu’on exigeât des uns l’infaillibilité, du moment qu’on exigeait des autres la droiture. Le Comité général a préféré choisir.
« Quelle que soit notre tristesse de voir méconnus tant d’efforts et de bonnes volontés, nous continuerons à chercher loyalement notre devoir, dans les obscurités d’un combat pénible et dans un Parlement empoisonné de mensonge.
« La lumière des principes socialistes proclamés par le Congrès général nous guidera et la force qu’ilsxontiennent nous guidera jusqu’au bout.
Vive la République sociale 1
Vive le Parti socialiste !
Antide Boyer, Cadenat, Calviniiac, Carnaud, Colliard, Gras, Ciiassaing, Devèze, Ferrero, Ferrocl, Fournière, Jourde, Krauss, Labussière, Narbonne, Palix, Pastre, Poulain, Rouanet, Pierre Vaux, Viyiani.
La guerre était donc ouvertement déclarée entre le Comité général et le groupe parlementaire socialiste de la Chambre.
A la séance du Comité général, du 4 juillet 1900. M. Briand attaqua violemment M. Zévaès, en lui re-
prochant d’être en coquetterie réglée avec les nationalistes.
« La veille du vote. Zévaès s’était mis en rapport avec le socialiste renégat, le nationaliste Berthelot, pour une intervention dans l’interpellation au sujet des événements de Chalon. Le fait a été reproché publiquement à Zévaès, et celui-ci ne Ta pas nié. À la Chambre, M. Berthelot raconte à qui veut l’entendre, que, dès la veille, il était d’accord avec Zévaès. Eh bien! je veux mettre ce soir Zévaès en demeure de s’expliquer. Oui ou non, a-t-il communiqué à M. Berthelot la demande d’enquête qu’il allait formuler ? »
— « On prétend, répond INI. Zévaès , que mes amis et moi avons manqué à la discipline, parce que nous n’avons pas communiqué au groupe notre demande ^d’enquête parlementaire sur les événements de Chalon. Mais comment l’aurions-nous fait, puisque le groupe ne s’est pas réuni pour discuter au sujet de l’interpellation sur les événements de Chalon? Du reste, ce manquement à l’une des décisions du Comité général est de règle au groupe parlementaire. On citerait à peine un ou deux cas où le groupe s’est réuni, pour délibérer sur la question qui allait venir en discussion au Parlement. — Donc, en admettant que certains ici prennent texte de la faute qu’ils nous reprochent pour essayer de prendre une revanche de Vénergique désapprobation infligée à son avant-dernière séance parle Comité général aux députés qui ont renié la doctrine et la tactique socialiste, on n'a pas le droit de nous blâmer seuls.
« J’arrive au grief direct formulé contre moi. Ma demande d’enquête a été rédigée par moi et par moi seul, non pas la veille, mais en séance même, à deux
heures et demie. À deux heures et demie, je me suis rendu à la bibliothèque de la Chambre. J’ai consulté le Journal officiel pour y trouver le texte de la .demande d’enquête rédigée par Millerand, dans un cas analogue, à propos des assassinats de Fourmies. J’ai reproduit littéralement ce texte en substituant simplement Chalon à Fourmies. Ma proposition a été transmise au bureau. A ce moment, la signature de M. Berthelot n’y figurait pas. »
— « Oui ou non, repartit M. Briand, y a-t-il eu entre vous et M. Berthelot un conciliabule, au sujet de l'interpellation sur les événements de Chalon ? »
— « Non, répondit M. Zévaès. — Il est arrivé qu’à plusieurs reprises, avant ou depuis, j’ai causé avec M. Berthelot. Mais je revendique le droit, sans être mouchardé, de causer avec qui bon me semble. De ces procédés de délation, nous en avons assez. »
— « J’ai des choses graves à dire, afïirmaà son tour M. Poulain. Je vais prouver que le pacte avec les nationalistes existe. — Lorsque M. Berthelot est descendu delà tribune, j’allai le trouver et je lui dis : « En voilà « du propre : Qu’est-ce que c'est que cette histoire? » — Et, comme il me croyait dé ses amis, il me répondit : « Mais nous nous sommes entendus, Zévaès et « moi, pour présenter la demande d’enquête... » Donc, ou Berthelot a menti, ou Zévaès a menti. — Je n’ai aucune confiance dans la parole de Zévaès. Je suis au courant d’un fait passé, qui me donne le droit d’avoir cette opinion. »
Une confrontation semblait nécessaire. En attendant, le Comité, par 43 voix contre 5, vota l’ordre du jour suivant :
« Le Comité général rappelle aux membres du groupe parle-
mentaire qu’ils ont été invités par une décision du Comité général, en date du 21 février, à se réunir pour délibérer en commun sur toutes les questions à l’ordre du jour, de façon à amener, autant que possible, l’unité du vote et à éviter les surprises de séance.
« Il est bien entendu que ce rappel ne vise pas l’attitude de membres du groupe dans une séance en particulier, mais leur attitude générale dans le passé, jusqu’ici. -
Quelques jours plus tard, le 11 juillet, le Comité général s'occupait de la déclaration des députés socialistes, appelée « manifeste des 21 », que nous avons reproduit plus haut, et y ripostait par deux ordres du jour extrêmement sévères, dont voici le texte :
« Considérant le manifeste publié par vingt et un députés, à propos de la résolution votée par le Comité général dans sa séance du 23 juin;
« Considérant que le groupe parlementaire socialiste avait décidé, à la majorité, de passer à l’ordre du jour sur une proposition de réponse collective à cette résolution ;
« Qu’au nombre des vingt et un signataires du manifeste, se trouvent deux députés, dont l’un a déclaré, par une lettre adressée au Comité général, ne pas appartenir au groupe, et l’autre n’a pas cru devoir se mettre à la disposition du Comité général pour l’action et la propagande socialistes;
« Le Comité général déclare qu’en appréciant les votes émis à la Chambre lors de l’interpellation sur les massacres de Chalon-sur-Saône, et en décidant de soumettre le cas au prochain congrès, il n’a fait qu’user d’un droit, dont il avait ete investi par une décision votée unanimement au Congrès de Paris, en décembre 1899, et aux termes de laquelle les élus ont été, avec leur consentement formel, placés sous le contrôle direct du comité général. »
Le second ordre du jour décidait de la discipline du Parti socialiste.
« Le Comité général, disait cet ordre du jour, a simplement voulu faire un rappel aux principes supérieurs du socialisme,
autour desquels se rallie le prolétariat, et qui, sous aucun prétexte et clans aucune circonstance , ne devaient être subordonnés aux incidents de la politique courante. «
Il revendiquait également la nécessité du contrôle des élus par le parti :
« C’est un parti sans organisation, n’ayant pas de contrôle sur les élus qui les livre, isolés, privés du secours puissant de la solidarité, aux entreprises des partisans de la dictature, et
substitue, aux principes, des influences hétérogènes et des combinaisons variables selon les milieux et les temps.
« Le Parti socialiste, en se constituant, a précisément voulu remédier à de si graves inconvénients. Ce n’est pas lui qui manque de respect au suffrage universel, mais plutôt ceux qui réduisent la fonction politique et sociale des électeurs ' à de simples relations avec leur élu.
« ... Le suffrage universel, qui n’a pas de constitution organique et qui ne saurait imposer un contrat positif à ses élus, sait parfaitement, quand il nomme des socialistes, que ceux-ci relèvent d’un parti organisé qui les contrôle en même temps qu’il les soutient. — Si ce parti laissait s’affaiblir dans ses rangs le lien de la discipline et le sentiment du devoir, le suffrage universel n’y trouverait pas plus de garanties que dans les autres partis se détournant de nous.
« Un député qui méconnaîtrait ces vérités ne saurait être considéré comme un député socialiste : aucun travailleur socialiste n’oserait prendre sa défense.
« ... Nous espérons que ces explications seront comprises de tous et qu’on n’y verra que l’ardent désir du Comité général d’élever la pensée socialiste au-dessus de toutes les considérations de personnes, au-dessus de toutes les tactiques, et de faire l’union entre tous les socialistes, sur la base durable des principes, et jamais sur des plates-formes politiques , destinées à disparaître avec les causes secondaires qui les ont produites. »
Pour donner à ce désaveu un sens encore plus précis, le Comité général clôturait par la résolution suivante, adoptée à l’unanimité, la discussion sur le « cas Zévaès » :
« Le Comité général, après avoir entendu les explications fournies par les citoyens Vaillant et Groussier, au sujet d une
prétendue entente entre M. Berthelot et le citoyen Zévaès, au cours clc l’interpellation à la Chambre sur les affaires de Chalon, — déclare que le citoyen Zévaès ne s’est pas un seul instant départi du devoir socialiste, contrairement aux insinuations formulées à cette occasion. »
A partir de ce moment, le parti socialiste était virtuellement coupé en deux et divisé en « ministérialiste » et « antiministérialiste ».
~ Le ministre du commerce, M. Millerand, semblait
d’ailleurs se soucier fort peu de ces condamnations sévères. Dans un banquet qui lui était offert par les associations ouvrières de production, il faisait un éloge pompeux de M. Waldeck-Rousseau « l’éminent homme d’Etat^ » qui lui avait confié un portefeuille, et prononçait un discours que le Temps couvrait de ses louanges.
Le Congrès international et le Congrès national de 1900 allaient-ils porter sur le ministre socialiste et adopter les votes de flétrissure du Comité général?
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1. Dans un banquet, donné le 15 mai 1897, au gymnase Huygens, M. Millerand, non encore ministre, disait : « Comment ne resterions nous pas attachés au suffrage universel, au moment où se forme, sous l’initiative de M. Waldeck-Rousseau, la coalition patronale que vous connaissez. Vous avez lu l’appel qui a été publié, et au bas duquel il ne manque, pour être complet, que la signature de M. Eiffel. » (Rires et applaudissements.) Et il ajoutait : « C’est le syndicat des rentes ! »