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Voici ce manifeste

Lyon, 28 mai 1901.

Citoyens,

Le Congrès de Lyon avait reçu du Congrès de Paris le mandat de réaliser l’unité socialiste. Ce mandat, le Congrès de Lyon l’a rempli. L’unité n’est pas seulement proclamée : le plan en est défini. Désor-

LE CONG ltÈ S DE LYON (MAI 1901).

Du Congrès de Lyon, il sortait donc, non pas Limité, mais deux unités.

mais, c’est dans le cadre d’un seul et grand parti que toutes les énergies socialistes et révolutionnaires peuvent trouver place.

Tous ceux qui reconnaissent de cœur et de fait les mêmes principes essentiels, sont appelés à une action commune, et c’est par les fédérations autonomes que l’unité s’accomplit, avec le concours de celles des organisations nationales qui, tout en conservant leur existence propre, travaillent de bonne foi au rapprochement de toutes les forces socialistes.

Par ces fédérations départementales ou régionales, toutes les intelligences, toutes les consciences, toutes les activités socialistes sont mises en éveil, et le mouvement socialiste, au lieu d’être déterminé de haut par la volonté de quelques hommes ou la passion étroite de quelques sectes, jaillira de la conscience socialiste et de la spontanéité populaire.

Citoyens,

L’heure de l’unité est enfin venue, et la preuve que maintenant l’unité est à la fois nécessaire et possible, c’est que les organisations nationales qui s’y refusent encore sont obligées, pour justifier leurs scissions préméditées, d’alléguer les plus futiles prétextes.

Il y a sept mois, le Parti ouvrier français se retirait de salle Wagram à la suite d’un incident minuscule. Hier le Parti socialiste révolutionnaire et l’Alliance communiste étaient réduits, pour expliquer leur départ, à dénaturer le sens évident de la motion adoptée par nous.

Nous avons tenu à dégager le Parti socialiste de toute responsabilité collective dans le fonctionnement d’un ministère bourgeois.

Nous avons voulu dire et nous avons dit qu’aucun citoyen n’avait reçu mandat du Parti socialiste et du prolétariat organisé d’entrer dans une combinaison bourgeoise.

Nous avons voulu dire et nous avons dit qu’entré dans un ministère, sous sa responsabilité personnelle et de son initiative, le citoyen Millerand n’avait, en aucune façon et à aucun moment, représenté et engagé le Parti socialiste, et il est fâcheux que des socialistes, dont toutes les préoccupations de principes étaient consacrées par notre vote, aient cru devoir rompre avec nous, sans doute par la raison qu’à notre décision très ferme et très nette, ne se mêlait aucune arrièrepensée d’excommunication et de flétrissure.

Nous sommes convaincus que ces scissions factices ne dureront pas. Nous sommes sûrs que l’expérience décevante où ils sont entrés et l’attraction croissante de l’unité socialiste ramèneront bientôt, militantà militant, groupe à groupe, tous les socialistes de bonne foi, tous les révolutionnaires agissants, qui ne tarderont pas à comprendre que l’intérêt du prolétariat socialiste doit être placé au-dessus de toutes les préoccupations de personnes.

Ils entreront dans ce grand Parti unifié qui leur reste ouvert et qui bientôt sera fait de toutes les forces socialistes.

Vive l’unité socialiste!

Vive la Révolution sociale!

I. Le Parti socialiste français, dirigé par MM. Briand et Jaurès.

II. Le Parti socialiste de France (unité socialiste révolutionnaire), dirigé par MM. Guesde et \ aillant.

Enfin, les allemanistes, sans abandonner immédiatement le parti de MM. Briand et Jaurès, commençaient une évolution pour arriver à reprendre leur isolement farouche. j

Le premier résultat du Congrès de Lyon fut la désunion, portée dans le groupe socialiste de la Chambre.

« Le bon grain se sépare de l’ivraie », disait le Petit Sou du 1 er juin 1901.

Le secrétaire du groupe socialiste parlementaire,

M. Marius Devèze, reçut la démission de MM. Coûtant, Groussier, Allard, Walter, Vaillant, Dejeante,

Zévaès, qui constituèrent immédiatement le groupe socialiste révolutionnaire, auquel venaient bientôt s’adjoindre MM. Dufour, Sauvanet, Létang, Sembat, Chauvière.

Cependant ces deux derniers adhéraient au nouveau groupement, tout en continuant à adhérer à l’ancien.

« Le collectivisme de la fraction (Jaurésiste), disait alors M. Charles Bos^est un collectivisme singulièrement édulcoré, car son programme est exactement celui que Millerand a défini dans son fameux discours de Saint-Mandé. Est-ce môme du collectivisme? Dire en effet que les raffineries peuvent être nationalisées, tout comme les chemins de fer, les mines, etc., et baptiser ce retour à l’État ou à la société, collectivisme, c’est restreindre dans des proportions énormes le système collectiviste.

A coup sur, c’est là une dose infinitésimale de collectivisme introduite dans la société actuelle. J’oserai môme soutenir qu’en paraissant faire une concession considérable aux collectivistes purs, Millerand n’a fait qu’ajouter le mot collectivisme à son ancien programme radical-socialiste. «

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