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INDÉPENDANTS

En 1885 fut fondée à Paris, par Benoît Malon, Gustave Rouanet, et Fournière, la Société d f économie sociale dont les statuts contenaient les déclarations suivantes :

Art. 1 er . — La Société d’économie sociale a surtout pour but de mettre à l’ordre du jour les réformes urgentes, d’élaborer des projets et de travailler à leur adoption et mise en pratique.

Art. 2. — Groupe d’études et non groupe militant, la Société ne se livrera à aucune action politique proprement dite, ses adhérents restant d’ailleurs libres d’agir individuellement de ce chef, comme ils l’entendent.

Les projets élaborés par la Société d'économie sociale furent publiés par la Revue socialiste, fondée à la même époque par Benoît Malon; et parmi ces projets, nous signalerons surtout celui qui fut préparé par Eugène Fournière sur les accidents du travail.

Ce fut là l’origine du parti socialiste indépendant en France. Auparavant, deux ou trois groupes de socialistes indépendants existaient bien, mais à Paris seulement, et, parmi eux, le groupe très influent et très important des « Egaux du XI e arrondissement».

En 1886, les socialistes indépendants firent une excellente recrue en la personne du citoyen Ilovelacque, président du Conseil municipal de Paris, qui, à l’inauguration de l'Exposition ouvrière de Paris, prononça un discours franchement socialiste. Bientôt d’autres radicaux l’imitèrent, notamment MM. Laguerre, Michelin et Faisant, députés de Paris. À la fin de 1887, un grand* banquet organisé à la salle du Rocher-Suisse, à Montmartre, parla Revue socialiste, sous la présidence de Benoît Malon, réunissait plus de 1.800 socialistes indépendants.

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Au point de vue économique, ils sont partisans de la nationalisation des mines, des chemins de fer, de la Banque, des compagnies d’assurances, enfin de tous « les fiefs de la féodalité capitaliste ». Dans le domaine communal, ils demandent la création des boulangeries, boucheries, pharmacies municipales.

Au point de vue politique, ils sont fédéralistes et partisans de l’autonomie communale. Un d’eux, M. Hovelacque, déposa à la Chambre des députés, deux projets dans ce sens.

Au point de vue philosophique, ils sont pour la plupart matérialistes et partisans de la séparation des Églises et de l’État et de la nationalisation des biens des différents clergés. Cependant MM. Jaurès etFournière se déclarent de préférence idéalistes par réaction contre le matérialisme trop réaliste selon eux de Karl Marx.

Mais en ce qui concerne les relations du socialisme français avec les partis socialistes étrangers, les socialistes indépendants se sont divisés. Tandis que les uns se déclaraient patriotes d’abord, internationalistes ensuite, comme MM. Rouanet et Fournière; d’autres se proclamaient patriotes et adversaires de l’internationalisme, meme entre ouvriers socialistes. Parmi ces derniers, nous citerons MM. Pierre Richard, ancien secrétaire de la Ligue des Patriotes, et Paulin Méry qui a organisé une ligue contre les ouvriers étrangers immigrés en France. Les socialistes indépendants se sont également divisés au sujet de la grève générale.

A l’époque du boulangisme, en 1888, une scission complète se produisit chez les socialistes indépendants. Pendant que quelques-uns d’entre eux, comme MM. Laguerre, Michelin et Laisant, se prononçaient

pour , d’autres avec MM. Rouanet, Benoît Malon et Fournière se prononcèrent contre et adhérèrent à la Société des droits de l’homme, fondée rue Cadet, au Grand-Orient, par MM. Clémenceau et Jofïrin. Enfin une troisième fraction se déclara anti-boulangiste et anti-cadettiste, et à l’élection législative de Paris, du 17 janvier 1889, opposa la candidature socialiste révolutionnaire du tailleur de pierre Boulé aux candidatures de M. Jacques et du général Boulanger.

Jusqu’aux élections législatives de 1893, les socialistes indépendants restèrent à l’état de faible minorité ; mais quelques semaines avant ces élections, l’entrée de M. Millerand à la Petite République , comme rédacteur en chef, mit à leur disposition, dès l’ouverture de la campagne, un organe quotidien déjà fort répandu. L’active propagande de ce journal, unie à celle de l’ Intransigeant y fit élire un certain nombre de socialistesindépendants, réconciliésàlamort de Boulanger.

Après les élections de 1893, un groupe socialiste nombreux se constitua à la Chambre; mais dans ce groupe nombreux où fraternisaient guesdistes, broussistes, blanquistes et indépendants, des éléments hétérogènes s’étaient glissés. C’étaient les anciens boulangistes et les radicaux socialistes. Les allemanistes s’autorisèrent de cette confusion pour refuser de s’inféoder à ce groupe disparate.

Pour la faire cesser, le groupe résolut de dissiper l’équivoque et de définir le programme minimum que devaient accepter le$ députés socialistes. — M. Millerand fut chargé de cette rédaction et définit nettement ce programme semi-collectiviste. Au banquet de Saint-Mandé, le 30 mai 1896, les éléments boulangistes ou anti-collectivistes s’exclurent d’eux-

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mêmes. MM. Alphonse Humbert, Salis, Chassaing, Goussot, Pierre Richard, Gaston Laporte, Turigny, Argeliès, Castelin, déclarèrent qu’ils ne voulaient pas de la tyrannie socialiste, ni s’enrégimenter dans la caserne marxiste. M. Mirman s’étonna que certains membres du groupe parlementaire voulussent mettre à l’union socialiste des conditions, qu'il appartenait au groupe seul, après délibération, de fixer.

« Aux dernières élections législatives, dit M. Mirman à un interviewer du Matin \ la Petite République enregistrait les résultats obtenus, classait sous l'étiquette socialiste tous les hommes indépendants et de bonne volonté qui, las du piétinement sur place, las des injustices, des inégalités sociales, avaient triomphé en menant le bon combat contre les oligarchies privilégiées. — On ne demandait pas aux nouveaux venus s’ils appartenaient à tel groupe ; on se bornait à constater le triomphe de l'idée socialiste, et l'on avait raison... quel besoin a-t-on, tout à coup, de transformer les conditions de notre union fructueuse et de nous imposer une adhésion à une doctrine quelconque ? »

Espérait-on ainsi attirer à soi les allemanistes et les socialistes intransigeants? — C’est peu probable. Les allemanistes plaisantaient fortement Y Unionisme et ses chefs collectivistes et ne semblaient pas aloi^s disposés à s’unir à MM. Guesde et Millerand.

« Non, écrivait M. Barat dans l’organe du parti allemaniste, le Parti ouvrier , du 30 janvier 1896, franchement nous voit-on en compagnie d'un Guesde prétentieux, d’un Jaurès applaudisseur de toasts

Malin du 2 juin 1896.

présidentiels, d'un Millerand donneur d’eau bénite aux ministres de la bourgeoisie chéquarde, d’un Viviani rendant hommage à Y honnêteté de Floquet...! Fort heureusement, nous avons su éviter cet amalgame charlatanesque. — Du reste la question électorale, pour nous, n'est que de second ordre, tandis que pour d’autres c’est le point essentiel dans la comédie politique qu'ils jouent... La Petite République ne représente qu’une espèce de bureau de placement , ou plutôt une agence électorale ! »

Il est plus probable que M. Millerand avait voulu délimiter à droite les frontières de son parti pour l’empêcher d’être envahi par les radicaux purs et en faire un parti autonome et nullement intransigeant, auquel on pût faire appel, à l’occasion, pour des combinaisons ministérielles.

Les élections du 8 mai 1898 donnèrent au parti vingt-cinq élus.

C’étaient : MM. Millerand, Viviani Paschal Grousset, Desfarges, Dejeante, Groussier, Rouanet, Coûtant, Lassale, Bourrât, Basly, Lamendin, Vigné d’Octon, Mirman, Pierre Richard, Doumergue, Labussière, Goujat, Defontaine, Salis, Palix, Sauvanet, Dufour, Jourde, Antide Boyer.

Les élections de ballottage complétèrent ce nombre et le portèrent, au. dire des journaux socialistes ; à soixante-huit. — Mais il fallait au moins défalquer une vingtaine de députés de ce calcul fantaisiste.

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Les élus du ballottage étaient, d’après les journaux socialistes, MM. Cliassaing, Ch. Gras, Berthelot, Girou, Dubois, Chauvière, Marcel Sembat, Clovis Hugues, Vaillant, Goussot, Walter, Renou, Laloge, Létang, Sauvanet, Poulain, Saba, Carnaud, Cadenat, Michel, Borie, Vacher, Pierre Vaux, Breton, Marius Devèze, Pastre, Calvinhac, Delieux, Bénézech, Lafère, Zévaès, Léo Melliet, Alfred Massé, Bonnard, Florent, Krauss, Colliard, Em. Chauvin, Compayré, Allard, Ferrero, Fourgniol, Légitimus.

Lorsque le tassement des partis et le classement des groupes se furent faits dans la Chambre, les soixante-huit élus se réduisirent à quarante-sept.

La rentrée au Parlement d'un grand nombre d'élus socialistes, leur formation en groupe indépendant laissaient supposer que la direction de ce parti allait être unifiée, et remise à MM. Millerand, Jaurès et Viviani. Leur journal, la Petite République , progressait rapidement sous la direction de M. Gérault- Richard. M. Jaurès désirait particulièrement cette union et rêvait de copier l’organisation socialiste allemande.

Au commencement de juillet 1898, un grand meeting socialiste était réuni au Tivoli-Vaux-Hall, où dix mille hommes se pressaient pour entendre la parole enflammée du grand orateur. Et la foule décidait de donner à un Comité d’entente le soin d’unifier ou de discipliner le « parti ».

« Tous, disait la Lanterne 1 , à quelque fraction socialiste qu’ils appartiennent, avaient pu se rendre compte des inconvénients mêmes de Vémulation entre les partis , dans la lutte quotidienne contre Vennemi commun .

« Certes, c’est grâce à cette émulation que le parti socialiste a vécu et sans cesse grandi, mais souvent aussi, elle provoquait, entre les divers groupes organisés, de vives et déconcertantes animosités.

« Évidemment, aux heures décisives, pour les actions d’ensemble et contre les ennemis communs, l’entente se faisait commandée par la force meme des choses. Elle n’était et ne pouvait être que temporaire et cessait avec les causes qui l’avaient fait naître.

« Le prolétariat parisien a voulu que cette entente fût permanente et que, pour cette action, électorale ou autre, ce fut de concert qu’à l’avenir agisse le parti socialiste, décuplant ainsi sa puissance d’action.

« Quelle ne sera pas sa force, quand, uni, il engagera la lutte contre la bourgeoisie capitaliste et gouvernante...! »

Dans le groupe meme de la Chambre, en effet, sur quarante-sept députés socialistes rentrés à la Chambre aux élections de mai 1898, les scrutins révélaient les différences les plus tranch ées, le s disse ntiments les plus profonds. Chacun voulait garder sa liberté d’action. « Heureusement, disait M. Rouanet, il ne se trouvait, parmi les politiciens qui avaient pu se faire inscrire chez nous, grâce à l’étiquette commode de socialiste, aucun orateur ou publiciste de talent, dont l’autorité ou la compétence aurait pu nous créer de sérieux embarras, s’ils avaient porté à la tribune les contradictions qu’ils soulevaient à l'intérieur du groupe. »

Un Comité d’entente fut donc nommé. Il est vrai que son existence fut peu féconde et qu’il eut à lutter surtout contre une opposition, nullement déguisée,

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