Lanterne du 12 juillet
LE PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS. 15
des chefs des vieux partis socialistes. Ce Comité d’entente était composé de sept délégués guesdistes, sept blanquistes, sept broussistes, sept allemanistes.
« Quelques-uns, trop pressés, écrivait M. Vaillant, voudraient le suicide des organisations qui font toute la force du socialisme français, et leur fusion dans une organisation générale pour laquelle ils font des vœux,, mais qu’ils ne conçoivent môme pas. »
M. Jaurès n’était d’ailleurs, pour les socialistes révolutionnaires, « qu’un bourgeois confondu dans la cohue des politiciens faméliques , pour lesquels le socialisme et les organisatiotis ouvrières ne sont qu'un champ à exploiter '».
On ne voulait pas de l imité qu’il proposait, parce que les chefs des vieux partis ne voulaient rien céder de leur autorité, et que lui-même était soupçonné, par beaucoup d’ouvriers révolutionnaires, de vouloir unifier le « parti » pour en prendre la direction.
M. Jaurès, disait un de ces ouvriers, parle trop bien. Et le peuple de Paris se rappelle Gambetta.
Nous arrivons ainsi à la crise de l’affaire Dreyfus, où la bourgeoisie-se divisa en deux camps. Plusieurs socialistes rappelaient que leur rôle était de marquer les coups ? sans se compromettre dans la mêlée. Ainsi parlaient MM. Guesde et Vaillant, soutenus par M. Liebknecht, le « doyen du socialisme international ».
M. Jaurès, au contraire, se lançait dans « l’affaire », et allait dans le camp dreyfusiste comme jadis les allemanistes étaient allés au Comité de la rue Cadet,
Le Parti ouvrier, organe du Parti allemaniste.
pour défendre la République gravement menacée par le boulangisme.
Enfin, après la tentative de M. Déroulède, M. Millerand entrait au ministère, où il trouvait comme collaborateurs M. Waldeck-Rousseau et M. de Gallilîet. Ce ministère est, dit-on, un « Ministère de Salut public », l’acte de M. Millerand soulève, cependant, les plus vives discussions. « M. Millerand, disait M. Lagardelle, a affecté à l’égard du parti un absolu dédain. Il s’est, au cours de toutes les négociations, tenu à l’écart, agissant en son nom personnel, ne prenant pas la peine de consulter son parti, comme s’il n’avait relevé que de lui-même. — L’indiscipline de M. Millerand est peu surprenante, d’ailleurs. Il vivait à l’écart du parti socialiste, et il semblait craindre surtout, lui, l’ancien protagoniste de Y union électorale, le mouvement puissant que provoquait l’idée, lancée par Jaurès, de Y union organique du prolétariat français en parti de classe. Aussi se tenait-il sur la limite incertaine du socialisme et du radicalisme socialiste, où M. Waldeck- Rousseau a été le trouver. »
« Le parti socialiste, disait encore M. Hubert Lagardelle 1 , ne sort pas triomphant de la crise présente. Je viens d’accuser l’incertitude de son action théorique et pratique et le désordre de son organisation interne.
« Le problème était, il est vrai, complexe et posé à l’improviste. Il s’agissait de savoir si l’action parallèle qu’il avait menée avec la bourgeoisie libérale, au cours de l’affaire Dreyfus, allait se transformer en