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Petit Sou du 1 er juin

R. Petite République du 2 septembre 1901. — Le Congres du Cher.

autonome du Cher et attaquait violemment ses alliés de la veille.

Dans d'autres Fédérations, la discorde s’élevait également. Ainsi, dans la Fédération du Nord : M. Édouard Delesalle, adjoint au maire de Lille, qui dirige une importante fabrique de papiers peints, avait été le fondateur du Réveil du Nord, grand journal quotidien, qui devint l’organe officiel du parti guesdiste.

Quand fut soulevée, pour la première fois, la question Millerand, M. Delesalle, qui était l’ami personnel du ministre du commerce, se rangea du côté des ministériels, sans pourtant abandonner son parti.

Dès ce jour, on put prévoir une scission imminente. Le Réveil du Nord , qui s’imprimait à l’imprimerie du Parti ouvrier, commença par reprendre son autonomie, et, du même jour, réapparut hebdomadairement le Travailleur, organe des guesdistes.

Au moment du Congrès de Lyon, le parti guesdiste refusa d’y prendre part. M. Delesalle accepta d’y représenter un groupe socialiste ministériel de Lens. Il y allait, disait-il, pour essayer d’aboutir à la réalisation du rêve d’unité, qu’il faisait pour le Parti socialiste, et il donnait les explications suivantes à la veille de son départ :

« J’ignore ce que penseront de cet acte mes camarades du Parti ouvrier français. Je n*en ai consulté aucun, de crainte qu’il ne s’efforçât d’affaiblir ma conviction, que je servais la cause socialiste et que je ne desservais pas le Parti ouvrier français, en accueillant l’offre du secrétaire de la fédération autonome.

« J’ai dit que, pour apporter mon appoint modeste au rappro-

LE CONGRÈS DE LYON (iMÀI 1901). 175

chôment de toutes les forces du prolétariat socialiste français, j’irai jusqu’au bout. J’y vais, et advienne que pourra. »

Le Travailleur répliqua :

* Le gros événement socialiste de ces derniers jours, c’est la lettre du citoyen E. Delesalle, au secrétaire des autonomes, lettre par laquelle il a déclaré accepter d’être le délégué du groupe de Lens au congrès Wagram de Lyon.

« Nous nous étions cependant bien promis de ne pas nous occuper de ce congrès, qui ne nous intéressait nullement. La fédération du Nord, représentée à Ivry, ainsi que toutes les fédérations, agglomérations et groupes du Parti ouvrier français, ayant décidé deme pas se faire représenter à Lyon, le devoir de tous les membres du parti était donc d’observer strictement cette décision.

« Mais il y a des gens qui sont impayables, l’immobilité les tue ; les uns éprouvent le besoin de sortir des rangs pour se constituer en médiateurs et les autres, qui répudient leur qualité de membres du parti ouvrier, pour ne pas subir sa discipline qu’ils étaient cependant des premiers à appliquer à autrui, s’arrogent le droit de lui déterminer sa ligne de conduite vis-à-vis des partis bourgeois.

* Des médiateurs et des directeurs de conscience, on n’en a que faire dans le Parti ouvrier; des « intellectuels » et des grands lrèrcs spirituels, trop spirituels (!), je crois que nous en avons assez, nous autres, les petits frères i...

« Le Parti ouvrier français a, pour régler sa marche, des organes, qui sont les conseils locaux et régionaux, et son conseil national; car ce sont eux qui sont chargés d’appliquer les décisions — des congrès absolument souverains — pendant l’intersession d’un congrès à un autre. La doctrine, le programme et le règlement général déterminent la ligne de conduite de chaque jour, pour tous les militants; aucun d’eux ne peut prétendre s’v soustraire, sans se mettre de lui-même en dehors du parti. 11 ne peut donc y avoir qu’un même poids, qu’une seule mesure! »

M. Delesalle fut rayé du parti et obligé de donner sa démission d’adjoint.

Mais la Fédération autonome, qui s’était formée à

la suite de ces incidents, voulut proposer à la vieille Fédération guesdiste d’instituer « une commission mixte, pour décider quelles circonscriptions seraient laissées aux candidats de chaque organisation ».

La vieille Fédération répondit avec brutalité :

« Le Comité fédéral du P. O. F. ne pouvant oublier que la fédération des autonomes, qui ne lui a, après tout, pas demandé la permission de naître, a essayé, dans son ardeur ministérielle, de supplanter le P. O. F. dans la région du Nord, comme son comité général de la rue Portefoin tente encore tous les jours de le faire dans la France entière ;

« Que, malgré les ordres du jour votés dans certaines réunions publiques, cette fédération, ou plutôt ceux qui la dirigent, restent des ministériels et continuent à se refuser aux conditions de tactique, c’est-à-dire à la lutte de classe, qui exige du parti socialiste en France une opposition révolutionnaire dans les pouvoirs publics et dans le pays ;

« Par ces motifs,

•< Le comité fédéral du Nord (P. O. F.) déclare ne pas accepter une pareille proposition et passe à l’ordre du jour. »

Ainsi, partout naissaient des divisions entre socialistes, partagés sur la question Millerand. Tels étaient les résultats les plus immédiats du Congrès de Lyon.

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