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Société d'Économie politique, 5 février

Une Société, dans un état de crise, est comme un malade qui s’adresse à tous les médecins, essaie de tous les remèdes, et recourt aux plus violents.

La situation actuelle est une situation anormale, dérivant de l’avènement rapide et brutal du machinisme, qui a fait accourir vers les villes la population, dont la subsistance était jusque-là assurée dans les campagnes. — Et certains collectivistes, M. Vandervelde entre autres, qui écrivit Les Villes tentaculaires , nous servent de témoins dans cette affirmation. — Le service militaire surtout, et aussi l’appétit d’un peuple efféminé pour le fonctionnarisme facile, ont décimé les populations villageoises. N’entendons-nous pas dire depuis longtemps que l’agriculture manque de bras? L’industrie en a trop... — Le paysan, qui a revêtu le costume militaire et a réussi à faire coudre sur sa manche les galons de laine de caporal ou de brigadier, ou les galons dorés de sergent ou de maréchal des logis, croirait déroger, s’il redevenait le paysan grossier dont on s’est moqué à son arrivée à la caserne et que bafoue le peuple stupide des villes. Il a goûté aux joies brutales et grossières de la ville ; il s’est habitué aux cafés-concerts obscènes, au semblant de luxe et aux plaisirs faciles de nos cités provinciales ; il s’est démoralisé au contact de la civilisation et il rougit aujourd’hui de sa famille, de sa vie honnête et tranquille, de ses convictions et de ses chastes amours. — Le jour où le service militaire n’aura plus sa raison d’être — peut-être ce jour-là luira-t-il ? — la crise dont nous souffrons sera fortement enrayée. Les paysans cultiveront tout bêtement leurs terres, comme le faisaient leurs parents; ils ne fréquenteront les cabarets qu’aux jours de fête et de

LA THÉORIE COLLECTIVISTE

foire, et ils se contenteront modestement de vivre de la vie qui leur était destinée. En seront-ils plus malheureux ?

Et alors la population urbaine reprendra ses habitudes normales. Le peuple des villes travaillera industriellement, pendant que celui des campagnes vivra de son labour. L’agriculture ne manquera plus de bras, et l’industrie ne souffrira plus de pléthore.

Les collectivistes préconisent des moyens violents pour sortir d’une crise qu’ils affirment devoir être non passagère, mais définitive.

On n’arrivera 'jamais, affirme M. Benoit Malon, à convaincre la bourgeoisie moderne qu’elle doit se prêter à la socialisation des capitaux. C’est la force qui décidera de cette question en dernière analyse : la force, Vaccoucheuse des sociétés modernes, selon le mot de Marx A .

M. Jules Guesde, dans sa brochure : Collectivisme et Révolution, écrit dans le même sens :

« Des capitaux qu’il s’agit de reprendre ; quelquesuns, comme la terre, ne sont pas de création humaine, ils sont antérieurs à l’homme, pour lequel ils sont une condition sine qua non d’existence. Ils ne sauraient par suite appartenir aux uns, à l’exclusion des autres, sans que les autres soient volés. Et faire rendre gorge à des voleurs, les obliger à restituer, a toujours et partout été considéré, je ne dis pas comme un droit, mais comme un devoir, le plus sacré des devoirs. »

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