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Égalité du 2 mars

Un autre socialiste, M. Gabriel Deville, avait jadis manifesté son mépris pour le suffrage universel et sa prédilection pour les moyens violents :

Le suffrage universel, disait-il 1 , voile, au bénéfice de la bourgeoisie, la véritable lutte à entreprendre. On amuse le peuple avec les fadaises politiciennes, on s’efforce de l’intéresser à la modification de tel ou tel rouage de la machine gouvernementale; qu’importe, en réalité, une modification, si le but de la machine est toujours le même; — et il sera le même tant qu’il y aura des privilèges économiques à protéger.

Prétendre obtenir par le suffrage universel une réforme sociale, prétendre arriver, par cet expédient, à la destruction de la tyrannie de l’atelier, de la pire des monarchies, de la monarchie patronale, c’est singulièrement s’abuser sur le pouvoir de ce suffrage.

Qu'on le déplore ou non , la force est le seul moyen de procéder à la rénovation économique de la société!... Le nombre ne suffit pas pour dispenser de l'emploi de la force. En 1789, le Tiers-État était majorité dans la nation, il était majorité dans les États-Généraux; malgré cette situation,sans le 14 juillet, il aurait échoué.

Les révolutionnaires n'ont pas plus à choisir les armes qu'à décider du jour de la révolution. Ils n’auront à cet égard qu’à se préoccuper d’une chose : de l'efficacité de leurs armes , sans s'inquiéter de leur nature. 11 leur faudra évidemment, afin de s’assurer les chances de victoire, n’être pas inférieurs à leurs adversaires et, par conséquent, utiliser toutes les ressources que la science met à la portée de ceux qui ont quelque chose à détruire.

C’était alors l’époque héroïque, et l’opinion que nous venons dë rappeler était celle de tous les socialistes sans exception. M. Guesde l’avait aussi brutalement exprimée, en écrivant 2 :

1. Aperçu sur le socialisme scientifique (préface du Capital, de Marx). Impuissance de toutes méthodes pacifiques, pp. 47 et 48.

2. Nous aussi , article de M. .Iules Guesde dans l 'Egalité du 3 novembre 1882.

Ce n’est pas sur la question de la dynamite que nous nous séparons des anarchistes , prêts que nous sommes à employer , comme ces derniers , toutes les ressources que nous fournit la science pour notre œuvre d’affranchissement de l’humanité... Tous les moyens nous paraîtront bons, qui mèneront au but, c’est-à-dire à l’expropriation gouvernementale de la bourgeoisie en vue de son expropriation économique. Nous ne sommes pas pour rien les sucessseurs et les vengeurs des pétroleurs de

Mais depuis, M. Deville s’est présenté aux élections dans le IV e arrondissement, et, comme M. Guesde, il a renié, dans de solennelles circonstances, le programme que jadis il avait si solennellement affirmé \

Jadis, a-t-il déclaré, j’ai pu croire à l’efficacité de la violence, j’ai pu avoir confiance dans la force brutale. Mais comprenant que l’affranchissement du prolétariat devait être l’œuvre, non d’une minorité en révolte, mais d’une majorité consciente, je reviens sur ces écrits qu’on veut me reprocher.

La crainte des électeurs est le commencement de la sagesse.

Et M. Deville essayait d’attirer à lui les électeurs, que ses premiers écrits auraient pu détourner :

Ouvriers, employés, petits commerçants et petits patrons, vous pouvez compter sur moi!

D’ailleurs, qu’est-il besoin de chercher si loin et d’opposer des textes? Le programme du parti guesdiste, nous le connaissons. Prenons le manifeste de juillet 1893; il nous enseignera la doctrine, la pure doctrine électorale.

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