GESNER J CÉSALPIN ; BAUHIN | LE « GENRE
a affaire, dans les deux cas, à la même plante.
Mais qu’il laisse fleurir la salade dans son potager, au lieu de la cueillir pour la manger, il verra s’épanouir de belles fleurs d’un bleu clair. S’il compare alors ces fleurs à celles de la Chicorée sauvage, lorsque celle-ci fleurit en été sur le bord des routes, il les trouvera identiques; il en sera de même de leurs fruits.
Que l’on considère, à côté l’une de l’autre, la tige raide à feuilles plates et larges d’un Boutond’or des prairies, et la tige molle, mince, à feuilles découpées en lanières d’une Grenouillette aquatique, aucune idée de parenté entre ces deux plantes ne pourra venirà l’esprit. Mais plaçons côte à côte une fleur jaune du Bouton-d’or et une fleur blanche de la Grenouillette, nous verrons que ces deux fleurs, et aussi les fruits qui en proviennent, sont constitués de la même manière dans toutes leurs parties.
Ce sont de telles études comparées qui ont fait exprimer à Gesner la première idée de cette catégorie à laquelle on donne le nom de genre. Gesner rangeait le Bouton-d’or et la Grenouillette, malgré la diversité de leurs organes végétatifs, dans une de ces catégories. On dit aujourd’hui que ces deux plantes appartiennent à deux espèces du même genre, le genre Renoncule.
Quant à Charles de l’Écluse, bien connu comme bienfaiteur de l’humanité par l’extension donnée par lui, un siècle et demi avant Parmentier, à la culture de la pomme de terre en Europe, son œuvre botanique est remarquable à d’autres titres. C’est lui qui, le premier, sait donner aux descriptions des plantes une valeur vraiment scientifique, par la précision des caractères. Si Gesner peut
LA CONSTITUTION DES GROUPES
être considéré comme le créateur du genre, c’està-dire comme ayant l’idée de grouper des plantes qui présentent des ressemblances, on peut dire que de l’Écluse est le premier naturaliste qui évoque une première idée de l’espèce, c’est-à-dire d’une parenté bien plus étroite. Le « genre » est une convention qui résulte du rapprochement de plantes offrant entre elles un certain nombre de caractères communs. Par la notion d’ « espèce », on cherche à représenter quelque chose de plus réel, car les plantes issues des graines d’une même plante en reproduisent tous les principaux caractères, et c’est cet ensemble de végétaux, dérivant directement les uns des autres par semis, qui constitue l’espèce.
L’Italie commençait, vers cette époque, à produire de nombreux savants, dont plusieurs se consacrèrent à l’étude des végétaux.
Au commencement du xvie siècle, Luca Ghini constitua pour la première fois des herbiers, dans un but tout autre que celui des collectionneurs. Il pouvait ainsi comparer entre elles, à la fois, les formes de nombreuses plantes croissant en des saisons diverses ou habitant des localités les plus variées.
Ghini fit école; il eut plusieurs élèves remarquables, parmi lesquels il faut citer Aldrovandi qui étudia directement les animaux, les plantes, les minéraux, décrits par lui dans un immense ouvrage d’ Histoire naturelle, et aussi le célèbre Cesalpini ou Césalpin.
Césalpin (1519-1603) fut vraiment l’initiateur de la classification scientifique. 11 jeta un regard d’ensemble sur les végétaux connus au xve siècle. Mais