John Ray et Tournefort. — Idée des grandes divisions
Deux ouvrages fondamentaux étaient donc en présence à cette époque : le Traité des plantes de Êésalpin et le Pinax de Bauhin. Beaucoup de botanistes, adoptant l’un ou l’autre de ces guides, se mirent à décrire de nouvelles espèces. Les voyages se multipliaient, d’ailleurs, et l’exploration de l’Amérique ajoutait tout à coup un énorme contingent de matériaux nouveaux à examiner.
Parmi les nombreux naturalistes français, allemands, anglais et italiens de xvne siècle, qu’on peut considérer à divers titres comme les précurseurs du grand botaniste anglais John Ray, on doit citer surtout Jung, de Hambourg (1587-1657).
Jung critique l'œuvre de Césalpin et fait voir que les caractères physiologiques ne doivent pas servir à l’établissement des groupes de végétaux. Le premier, il enseigne qu’on ne doit pas diviser le règne végétal en Herbes et Arbres, comme l’avaient fait tous ses devanciers. En effet, qu’une plante ait des tiges persistantes devenant ligneuses et formant ensuite un arbre, ou que ses tiges meurent chaque année, cela n’a aucune importance au point de vue des caractères d’affinités. Que l’on considère un Robinier Faux-Acacia, par exemple,
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cet arbre bien connu dont les fleurs en grappes blanches s’épanouissent à la fin de mai. Si l’on compare ses fleurs à celles d’un Pois, qui est comme on sait une espèce annuelle herbacée, on y trouvera les mêmes parties, disposées de cette manière caractéristique qui a fait donner à ces plantes le nom de Papilionacées.Le fruit et les graines du Faux-Acacia sont organisés de la même manière que les fruits et les graines de Pois. Ce serait donc une faute grave de placer la première de ces plantes dans une division du règne végétal et la seconde dans une autre, toute différente. Jung fait voir qu’en procédant de la sorte, on rompt les affinités les plus évidentes.
L’œuvre du naturaliste anglais, John Ray (1628- 1705), est sans comparaison possible avec celle de ses devanciers. Ray combine l’étude scientifique de l’organisation des plantes avec la classification. Il remarque que J’embryon des plantes à fleurs présente des caractères constants dans le nombre des cotylédons qui est toujours de 1 ou de 2, et cette différence en entraîne d’autres avec elles par corrélation. Par leur port, les nervures de leurs feuilles, la composition de leurs fleurs, les Monocotylédones diffèrent des Dicotylédones. De plus, il sépare complètement sous le nom d 'Imperfectæ les plantes cryptogames qui étaient presque toutes confondues au milieu des autres dans les classifications précédentes. Enfin les trentetrois classes établies par Ray, renferment, pour la plupart, des groupes très naturels constitués par des végétaux dont les études modernes ont démontré les affinités.
Voilà donc le savant qui a le premier énoncé les principes essentiels sur lesquels doit être fou-
RAY ET TOURNEFORT ; GRANDES DIVISIONS
dée la classification des plantes, qui a précisé la différence entre les Phanérogames et les Cryptogames, qui a découvert la distinction entre les Monocotylédones et les Dicotylédones, qui a établi rationnellement de grandes divisions dans le règne végétal. D’où vient que son œuvre n’a pas eu un retentissement suffisant, et qu’elle n’a été appréciée à sa juste valeur que dans les temps récents? Serait-ce à cause des erreurs inévitables qui se trouvent dans l’ouvrage de John Ray? Serait-ce encore parce que, malgré la remarque de Jung, Ray a laissé à part les arbres et les arbrisseaux, mais toutefois en y établissant des divisions parallèles à celles qu’il a proposées pour les herbes ?
Non pas. L’insuccès relatif de Ray tint surtout aux discussions qu’il eut à soutenir contre ses adversaires, et notamment contre son contemporain Bachman, de Ilalle, connu sous le nom de Rivinus. Celui-ci, qui avait exprimé sur l’organisation de la fleur les idées les plus fausses, qui avait dilapidé sa fortune pour faire exécuter de très inutiles figures sur cuivre, était beaucoup plus versé dans la critique et la polémique que dans les études scientifiques. C’est à ses attaques contre Ray, au plagiat de l’œuvre de Jung, ainsi, du reste, qu’à son talent de rédaction qu’on doit attribuer le succès des ouvrages de Rivinus.
Et cependant, par suite d'une justice posthume, il ne devait presque rien rester des publications de Rivinus, tandis que John Ray est considéré maintenant, à juste titre, comme le réel fondateur de la Méthode naturelle.
C’est un botaniste français, Joseph Piton de
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Tournefort, qui, par la clarté et la méthode de son ouvrage principal, devait recueillir le succès que John Iiay n’avait pu obtenir.
Tournefort, né à Aix-en-Provence (1656-1708), était destiné par son père à l’état ecclésiastique; mais il désertait souvent le séminaire pour aller herboriser dans la campagne. « Il pénétrait, dit Fontenelle, par adresse ou par présents, dans tous les lieux fermés où il pouvait croire qu’il y avait des plantes qui n’étaient pas ailleurs ; si ces sortes de moyens ne réussissaient pas, il se résolvait plutôt à y entrer furtivement, et un jour il pensa être accablé de pierres par des paysans qui le prenaient pour un voleur. » Après la mort de son père, en 1677, il put se livrer sans contrainte à sa passion pour la Botanique, et en 1679 il quitta la théologie pour suivre les cours de l’Université de Montpellier. Deux ans après, il fit son premier voyage d’exploration dans les Pyrénées-Orientales où il éprouva de nombreuses difficultés, car ces contrées étaient peu sûres à cette époque. Comme il avait été dépouillé déjà plusieurs fois par les bandits ou par les miquelets espagnols, il résolut, pour continuer ses recherches sur les plantes de montagnes, de revêtir un costume des plus pauvres, et imagina de placer dans un morceau de pain bis le peu d’argent qui lui était nécessaire.
Le célèbre médecin de Louis XIV, Fagon, qui avait entendu parler des travaux de Tournefort, le fit nommer démonstrateur de Botanique au Jardin royal des Plantes. Mais cet emploi sédentaire ne pouvait plaire à Tournefort. En effet, il n’était pas de ces botanistes qui restent dans leur salle d’herbier et décrivent minutieusement les plantes qu’ils n’ont jamais vues, à l’état vivant, dans la Nature.
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Non seulement Tournefort avait parcouru les diverses montagnes de France, mais il visita les différents pays d’Europe et, plus tard, Louis XIV le chargea d’une mission en Orient, d’où il rapporta treize cent cinquante-six espèces de plantes, pour la plupart nouvelles. Après son retour, il fut nommé professeur au Collège de France. Tournefort était dans toute la force de l’àge lorsqu’en passant dans la rue Copeau, près du Jardin des Plantes, il reçut en pleine poitrine le timon d’une charrette; il en mourut un mois après, à l’àge de cinquante-deux ans.
Les principales causes du succès qu’obtint la Méthode de Tournefort furent la clarté générale de son œuvre, les divisions méthodiques qu’il établit, les emprunts bien choisis à tout ce qu’il trouva de meilleur dans les travaux de ses prédécesseurs, un style remarquable, et aussi l’emploi de la langue française à la place du latin, ce qui contribua à répandre le goût de la Botanique.
Dans sa classification, fondée surtout sur la forme de la fleur, Tournefort donne aux genres une très grande importance et en rédige le premier les caractères avec un ordre excellent, ce qui simplifie beaucoup l’étude de la connaissance des plantes.
Il est intéressant de constater que l’esprit méthodique de Tournefort et ses capacités remarquables dans la Botanique descriptive contrastent avec l’insuffisance du même auteur en Physiologie. C’est là encore une preuve que, ainsi que le soutenaient avec raison Jung et Ray, la recherche des affinités végétales doit être tout à fait indépendante de l’étude des fonctions.
En définitive, l’œuvre de Tournefort eut un très
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grand retentissement et son système de classification fut universellement adopté.