‹ Le monde végétalChapitre 25 sur 88 · Progrès variés, mais sans coordination · texte numérisé non relu

Progrès variés, mais sans coordination

Au milieu de ce chaos, les botanistes descripteurs, armés cette fois du microscope, firent cependant leur œuvre, et se mirent à décrire les Mousses, les Algues, les Champignons, les Lichens, comme on décrivait les plantes à fleurs au xvie et au xvne siècle.

Les nombreux collectionneurs nouveaux entreprirent de constituer des herbiers de Cryptogames.

De l’organisation, du développement, de la physiologie spéciale de ces plantes, de leur reproduction, la plupart de ces botanistes n’avaient nulle cure. Beaucoup d’entre eux collectionnaient ces végétaux comme ils auraient réuni n'importe quels objets similaires dans une collection quelconque.

Et cependant des Linnés de la cryptogamie se révélèrent dans l'exécution de ce travail. Des naturalistes, dépourvus de tout document sur le développement et la reproduction des groupes principaux des Cryptogames, surent souvent deviner des affinités par l’aspect seul des formes comparées de ces plantes si diverses, si variables, si difficiles à définir.

11 suffit de citer pour les Algues : le Suédois Agardh, l’Anglais Harvey, l’Allemand Külzing; pour les Champignons : l’Autrichien Corda, le Suédois Elias Fries, l’Allemand Nees von Esenbeck, le Français Léveillé; l’Anglais Berkeley; pour les Lichens : le Suédois Acharius.

A leur tour, après les phanérogamistes, cesnatu-

l’étude des cryptogames

ralistes eurent la grande joie de faire connaissancë avec les formes multiples de tout un monde nouveau de végétaux, de nommer les espèces par milliers, de les grouper en genres et en familles, comme les autres plantes.

Pendant cette période qui dura environ un siècle, quelques esprits remarquables, particulièrement intéressants à signaler, viennent trancher nettement sur le tableau général de confusion que présentait alors l’étude de l’organisation des Cryptogames. On doit surtout citer les naturalistes Vaucher en Suisse, Ehrenberg en Allemagne et Dutrochet en France.

Vaucher (1763-1841), était un précepteur de

Fig. 21. — Figure de Vaucher, montrant un fragment de Yaucheria dont les extrémités des ramifications forment des spores s, s' (grossi 15. fois).

Genève qui eut parmi ses élèves le prince Charles- Albert de Savoie. Tout en instruisant la jeunesse, Vaucher se livrait à l’étude de la Botanique et, plus particulièrement à celle des Cryptogames. Son ouvrage le plus remarquable est intitulé : Histoire des Conferves d'eau douce, et parut en 1803.

PROGRÈS NON COORDONNÉS

En étudiant une algue qui vit sur la terre humide, Vaucher y découvrit des organes très divers. C’était d’abord une grosse spore (s ou s', fig. 21 , visible à l’œil nu, qui est mise en liberté à l’extrémité de certaines ramifications.

Cette grande cellule, sans membrane de cellulose , en s’isolant de l’algue, peut se fixer sur le sol, germer (fig. 22 à 26) et donner directement une nouvelle plante semblable à celle qui l’a produite. Peu de temps après, en 1807, Trentepohl montra que cette spore est mobile par elle-même et se déplace avec rapi-

Fig. 22 à 26. — Figures de Vaucher, montrant divers états de germination des spores de Vaucher ta (grossi 15 fois).

fie. 27. — Figure de Vaucher, montrant un filament de Vauehcria avec des cornicnles c (organes mâles) et des oogones o (organes femelles) f grossi 15 fois].

dité dans l’eau comme un infusoire. Vaucher avait donc découvert les zoospores des Algues,

D’autre part, sur ce même végétal qui, comme

l’étude des cryptogames

nous allons le voir, lui a été dédié sous le nom de Vaucheria , Vaucher remarqua deux sortes d’organes se produisant latéralement sur l’Algue, les uns arrondis (o, fîg. 27) les autres en forme de cornicules (c, fîg, 27). Il supposa que ce pouvaient être les organes mâles et femelles. On sait aujourd’hui, en effet, que les cornicules sont les anthéridies renfermant de petites cellules mâles mobiles

Fig. 28 à 31. — Formation des zoospores de Vaucheria : 1, l’extrémité du filament se cloisonne et le protoplasma granuleux ps se condense dans le sporange S ; 2, la zoospore s sort du sporange S ; 3, zoospore isolée, garnie tout autour de cils vibratiles; 4, fragment de la zoospore vu à un plus fort grossissement (1, 2, 3, grossi 40 fois; 4, grossi 200 fois).

(anthérozoïdes), et les oogones arrondis les organes renfermant une cellule femelle immobile (oosphère). Les figures 28 à 34 font voir avec détail les formations des spores et des œufs dans les Vaucheria.

Parmi les Algues, étudiées par Vaucher, il faut citer encore les Spirogyra, curieuses petites algues d’eau douce chez lesquelles chaque cellule renferme un élégant ruban vert en spirale, teinté par la chlorophylle ( chl , fig. 36).

PROGRÈS NON COORDONNES

Le botaniste suisse, en examinant des Spirogyres, découvrit la formation de l’œuf chez lesCryptogames. Il vit en effet que deux filaments, appartenant à deux exemplaires différents de la môme espèce de

Fig. 32 à 34. — Développement et formation de l’œuf chez un Vauchcria : 1, jeune Vaucheria , ayant produit des crampons cr et les premiers filaments f; 2, formation de l’œuf sur un filament f par la conjugaison d'un anthérozoïde a produit par l’anthéridie A avec l’oosphère o renfermée dans l’oogone 0; 3, un anthérozoïde plus grossi (1 et 2. grossi 150 fois; 3, grossi 400 fois).

Spirogyre, se rapprochent l’un de l’autre en se disposant presque sur deux lignes parallèles.

C’est alors que Vaucher put assister à un phénomène des plus remarquables (fig. 35 et fig. 37).

Lorsque les deux filaments A et B d’algue sont ainsi côte à côte (fig. 37), on voit se modifier deux cellules situées l’une en face de l’autre, l’une appartenant au filament A, l’autre au filament B. Le contenu vivant, c’est-à-dire le protoplasma de la cellule du filament A, se contracte, abandonne

l’étude des cryptogames

la paroi de la cellule, en même temps que celle-ci émet un prolongement qui se dirige vers la cellule du filament B. Cette dernière cellule, comme influen-

Fig. 3'>. — Figure de Vaucher représentant des filaments de Spirogyres, au moment de la formation des œufs ; r, deux renflements allant l’un vers l’autre: c, c, jonctions entre les cellules opposées: v. cellule vide dont le contenu est allé se combiner avec celui de la cellule opposée; o , œuf formé par la conjugaison du contenu de la cellule qui le renferme avec le contenu de la cellule opposée qui est venu s’y réunir (grossi 300 fois).

cée par ce changement qui s’opère chez sa voisine, contracte à son tour le protoplasma qu’elle contient, et émet un autre prolongement qui jva

Fie. 36, — Fragment de Spirogyre : chl , corps chlorophyllien rubanné en spirale ; «, noyau d’unè cellule (grossi 350 fois),

à la rencontre de celui produit par la cellule du filament A (1, 1' et 2, 2', fig. 37).

Bientôt, les deux prolongements se sont rejoints, la membrane qui les séparait se résorbe, et une communication tubulaire se trouve ainsi établie

PROGRÈS NON COORDONNÉS

entre le filament A de Spirogyre et le filament B d’une autre Spirogyre de la même ' espèce (en 3 et 3', fig. 37).

Alors, la masse vivante contractée dans la cellule

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