‹ Le monde végétalChapitre 26 sur 88 · A B AB · texte numérisé non relu

A B AB

Fig. 37. — Détail de la formation de l’œuf de Spirogyre : K et B, deux filaments de Spirogvres, côte à côte ; en 1, 1'; en 2, 2'; en 3, 3'-; en 4, 4'; en 5, 5', états successifs de la conjugaison ; en 5'. l’œuf w est for- : mé (grossi 400 fois).

Fig. 38. — Formation de l’œuf chez un Mesocarpus : en 1, 1', les deux cellules opposées émettent des prolongements; en 2, 2', les prolongements se sont réunis ; en 3, 3', l’œuf est formé (grossi 400 fois).

de A, la première qui a manifesté un changement, se meut en entrant dans la communication tubulaire et arrive au contact de la masse vivante de B, qui est restée dans sa cellule. Il en résulte que la cellule A reste vide ainsi que le tube de communication, tandis que les deux contenus cellulaires se trouvent réunis dans la paroi de la cellule B (en

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4 et 4', fîg 37). Là, ils se 'conjuguent, se contractent encore et ne forment plus qu’une seule masse.

Cette masse ovale s’entoure immédiatement d’une nouvelle membrane de cellulose et passe à l’état de vie ralentie (en 5', w, fig. 37) : c’est un œuf. Lorsque le filament sera détruit, cet œuf, qui était resté d’abord englobé dans la paroi de la cellule du filament B, tombera au fond de l’eau, germera au printemps suivant et donnera une nouvelle Spirogyre.

Où est la cellule mâle, où est la cellule femelle, dans la formation de cet œuf si bien observée par Vaucher ?

Les deux cellules reproductrices sont exactement pareilles ; seul le chemin parcouru diffère. Mais cet espace parcouru dans le tube de jonction par le contenu d’une première cellule allant rejoindre la seconde, est déterminé par le temps. C'est, en effet, la première des deux cellules situées face à face dont le contenu se contracte, qui va à la rencontre de l’autre. Si c’est une cellule du filament B qui se contracte la première, ce sera celle-là qui ira à la rencontre de celle qui lui correspond dans le filament A. Autrement dit, les œufs peuvent se produire de A en B aussi bien que de B en A (voyez fig. 35). Il est donc difficile d’appeler ici cellule mâle celle qui se déplace et cellule femelle celle qui reste immobile. D’ailleurs, dans une Algue voisine, le Mesocarpus , l’œuf se forme exactement entre les deux cellules de deux filaments, dans le tube même qui les a réunis (fîg. 38). Dès lors, il y a égalité complète dans la forme, le trajet et le rôle des deux cellules reproductrices dont la combinaison forme l’œuf. Il est absolument

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impossible d’appeler Tune mâle et l’autre femelle.

En somme, cette conjugaison de deux cellules égales avait été fort bien vue par Yaucher qui, le premier, a observé véritablement dans ces algues la formation de l’œuf chez les végétaux.

A cette époque, des mémoires de Girod-Ghantrans, de Besançon, relatifs aux Conferves, furent envoyés par leur auteur à la Société Philomatique , et des amis complaisants, sans même les avoir lus, les prônèrent comme des ouvrages de premier ordre. Vaucher envoya son Histoire des Conferves d’eau douce à la même Société.

De Candolle fut chargé de faire un rapport comparé sur ces deux séries de recherches. Il eut peu de peine à s’apercevoir que les observations de Chantrans formaient une suite non interrompue d’erreurs grossières. Cela tenait à ce que l’auteur laissait macérer les algues dans de l’eau avant de les étudier; il s’y développait dans cette eau un grand nombre d’infusoires et autres animalcules, que Chantrans croyait produits par les Conferves. Tous ces organismes étaient embrouillés et confondus dans les descriptions de Chantrans.

D’autre part, en comparaison de ces mémoires incertains et obscurs, où l’auteur changeait à chaque instant de manière de voir, les recherches de Vaucher apparaissaient comme exécutées avec rigueur et sagacité.

« Je fis l’analyse de ces deux ouvrages, dit De Candolle, avec une rigoureuse exactitude; je fis ressortir le peu de faits tolérablement vrais qui se trouvaient dans Chantrans ; j’établis, d’après les lumineuses observations de Vaucher, une classification des Conferves en genres, et je donnai

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à l’un d’eux le nom de Chantransia et à un autre celui de Vaucheria, Par la première de ces dédicaces, j’espérais prévenir la colère d’un homme dont je venais de renverser les illusions; par la seconde, qui était mieux méritée, je rendais hommage au génie de l’observation et au sentiment de l’amitié. »

Sans ce rapport, la Société Philomatique allait donc conclure en faveur d’un travail absurde ! >

le célèbre naturaliste Ehrenberg, bien connu par ses travaux sur les infusoires, publia un remarquable ouvrage sur la reproduction des Champignons.

Indépendamment de ses recherches sur les spores et leur germination, Ehrenberg décrit la formation de l’œuf chez les Mucorinées qui forment un groupe important parmi les Champignons filamenteux et microscopiques désignés vulgairement sous le nom de moisissures.

C’est encore une produc* tion d’œuf par deux cellules reproductrices par* faitement égales. Deux filaments de cette moisissure vont à la rencontre l’un de l’autre, se renflent et se fusionnent ensemble pour former l’œuf (fig. 39 à 41).

Fig. 39 à 41. — Figures d’Ehrenberg, montrant la formation de l’œuf chez une Mucorinée : en 1, les deux prolongements arrivent en contact; en 2, l’œuf se forme; en 3, l’œuf est formé (grossi 150 fois).

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Le naturaliste français Dutrochet fit, en 1834, une découverte d’un autre ordre, mais de la plus haute importance au point de vue du développement et de l’évolution des Champignons.

Pour comprendre quelle est la question traitée par Dutrochet, il est nécessaire de rappeler en

Fig. 42. — Schéma du développement du Champignon de couche.

quelques mots ce que sont les « ronds de sorcières », et comment la disposition plus ou moins circulaire de ce qu’on appelle ordinairement les champignons est en relation avec le développement d’un seul champignon issu d’une seule spore initiale.

Prenons, comme exemple, le Champignon de couche dont on se sert comme aliment, qu’on cultive dans les carrières des environs de Paris et qui, d’ailleurs, se trouve à l’état naturel dans les prés.

On sait qu'il suffit de placer une feuille de papier blanc sous le chapeau mûr d’un de ces champignons, pour voir au bout de peu de temps la surface du papier se colorer en violet par la poudre impalpable qui tombe des lames, et qui est formée de spores.

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Or, chacune de ces spores microscopiques, si elle rencontre les conditions qui lui sont nécessaires, peut, en se développant, produire un réseau de filaments blancs et ténus qui sont l’origine d’un nouveau végétal tout entier, capable de former, plus tard et pendant des années, un grand nombre de fructifications semblables à celle qui a produit cette spore. L’ensemble de ces filaments constitue ce qu’on appelle le mycélium , ou vulgairement le «blanc de champignon »; c’est, à proprement parler, la partie végétative de l’être, qui se ramifie indéfiniment dans le sol, en absorbe les substances nutritives, et s’agrandit en cercle. Ensuite, lorsque l’organisme est devenu assez puis-

Fig. 43. — Fragment d’une coupe faite perpen- < . . '

diculairement à la surface d’une lame de pOUl’ y prOQUire Champignon de couche : //, tissu de la lame; autant de cha-

par un pied dressé. La figure 42 représente le schéma de ce développement. La figure 43 fait voir les spores s, s, sur un fragment d’une des lames situées en dessous du chapeau, examinée au microscope.

if

sant, les filaments du mycélium s’agglomèrent entre eux de façon à former de petites boules blanchâtres qui grossissent rapidement sur toute la circonférence de ce cercle et s’épanouissent à la surface du sol.

b, cellules produisant les spores s, s; p, cellules stériles (grossi 120 fois).

peaux sporifôres supportés chacun

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C’est dans les prairies où le champignon de couche se trouve à l’état naturel qu’on saisit le mieux ce mode particulier de développement. En automne, on voit fréquemment dans les prés ce que les paysans désignent sous le nom de « ronds de sorcières » (fig. 44).

Ces cercles formés par la plupart des espèces

Fig. 44. — Ronds de sorcières, formés chacun par les appareils sporifères d’un môme champignon, disposés en cercle.

de champignons, ainsi que les caractères qui les accompagnent, ont été décrits depuis longtemps. Écoutons à ce sujet Prospero, dans la Tempête , de Shakespeare :

« Vous, menu peuple d’esprits nains qui, sur les prairies, tracez au clair de la lune ces ronds enchantés plus verts que le gazon, et dont la brebis refuse l’herbe amère; vous, folâtres farfadets,

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dont la joie s’éveille le soir au son solennel du couvre-feu, et dont le passe-temps est de faire éclore à minuit les cercles de mousserons. .... »

Allons contempler l’un de ces ronds de sorcières que les Anglais appellent plus poétiquement des « cercles de fées ». Au centre, il semble que la prairie soit dévastée, et le sol stérile 11e produit plus ni mousse ni brin d’herbe; sur les bords, l’herbe est drue et hqute, d’un vert foncé ; les pâquerettes et les boutons-d’or qui y sont mêlés ont pris une taille géante, et c’est au milieu de ce gazon foncé que l’on aperçoit, disposés en cercles, les nombreux champignons qui ne sont autre chose, nous l’avons dit, que les fructifications produites par l’unique mycélium circulaire.

Comment peut-on s’expliquer ce singulier phénomène ?

Lorsqu'une spore du champignon a germé sur un point de la prairie, elle produit un mycélium qui s’étend sous le sol et se nourrit au détriment de tout ce qu’il rencontre. Le cercle formé par les filaments s’agrandit peu à peu sans que rien du champignon soit visible au dehors ; mais à mesure que l’être évolue, sa nutrition devient plus active, et la première trace de son existence secrète se manifeste par l’appauvrissement de l’herbe qui croit en ce point. Plus tard, toute végétation disparaît au centre, là où était la spore primitive ; le gazon n’y pousse plus, et le champignon lui-même y a disparu. L’organisme est alors, non plus un cercle, mais un anneau, et toute son activité, de plus en plus intense, s’est reportée sur les bords : c’est là qu'il pourra fructifier, et l’apparition des jeunes chapeaux du

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champignon indique à l’extérieur la formation du rond de sorcières.

Cailletet, le chimiste bien connu, a étudié avec soin les transformations profondes qui se produisent alors dans le sol. Le mycélium a non seulement détruit les filantes de la prairie ; mais, partout où il a passé, il a profondément et pour longtemps stérilisé le sol : on ne trouve plus, dans le sol, aucune trace de potasse ni d’acide phosphorique. Au contraire, le mycélium a pour vinsi dire transporté avec lui, sur la conférence du cercle, ces principes nutritifs; c’est comme si l’on avait répandu des engrais chimiques sur tout le pourtour du cercle. Ainsi s’explique pourquoi l'herbe est plus drue, plus verte sur les bords du rond de sorcières.

Or, c’est précisément en observant ces « ronds de sorcières » que Dutrochet découvrit le vrai développement des champignons. C’est lui qui, le premier, fit voir que ce qu’on nommait un champignon n’est en réalité que la fructification ou, pour mieux dire, l’un des appareils sporifères du champignon. C’est lui qui montra la continuité qui existe entre le mycélium, issu de la spore, partie végétative du champignon, avec ces appareils sporifères qu’il produit directement.

Or, avant Dutrochet, on croyait que les mycéliums étaient des organismes distincts. On les réunissait dans un genre, le genre Hyssus.

Dutrochet a montré que les soi-disant espèces de ce soi-disant genre ne sont que les états jeunes de Champignons déterminés, déjà décrits ailleurs et placés dans différents genres. Le genre Ihjssus fut alors supprimé. L’établissement de ce faux genre constituait une des nombreuses erreurs des

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botanistes descripteurs cryptogamistes , qui n’observaient jamais le développement des végétaux, et décrivaient un peu au hasard toutes les formes qui se présentaient devant eux, sans s’apercevoir qu’en bien des cas, plusieurs de ces formes n’étaient que les états successifs de l’évolution d’une seule et même plante.

Pendant que se produisaient ces travaux sérieux de Vaucher, d’Ehrenberg, de Dutrochet, les idées les plus étranges étaient émises par la plupart des naturalistes de cette époque au sujet des Cryptogames.

Telles furent, entre autres, les théories soutenues par Hornschuch (1821), par Meyen (1827), par Kützing (1833).

D’après ces naturalistes, les Algues inférieures pouvaient prendre naissance spontanément dans l’eau. Pour les uns, les Champignons n’étaient que des excroissances formées par le tissu des plantes sur lesquelles on les trouve ; pour les autres, ils se développaient par génération spontanée, sans qu’aucun de ces auteurs tînt compte des spores et de leur germination.

Kützing imaginait qu’il existait au fond des eaux une «matière priestleyenne », ainsi nommée parce quePrietsley avait découvert le dégagement d’oxygène par la substance verte des plantes. Or, d’après cette doctrine, les Algues les plus simples ayant été formées aux dépens de cette matière verte priestleyenne inerte, ces végétaux peu compliqués pouvaient donner naissance ensuite aux Algues les plus variées, et même à des Lichens et à des Mousses.

Une autre question, qui a toujours préoccupé

DÉCOUVERTE DES ANTHEROZOÏDES

les savants et les naturalistes, se trouvait posée de nouveau à cette époque, par suite des études faites en grand nombre sur les organismes inférieurs. Cette question est la suivante : quelle est la limite qui sépare les animaux des végétaux ?

La distinction alors admise était bien simple et portait sur un seul caractère.

Les organismes qui se meuvent par eux-mêmes étaient considérés comme des animaux, et les autres comme des végétaux.

Aussi, lorsque Trentepohl vit sortir d’une vraie algue, du Vaucheria , cette spore couverte de cils vibratiles (voyez plus haut : 3, fîg. 28) et qui, à peine libre, se mit à nager dans l’eau comme un animal, on crut, jusqu'en 1830, qu’on assistait à la transmutation d’une plante en animal ! C’est de la même façon qu’on avait décrit les champignons rameux qui peuvent se développer sur le corps des chenilles. La chenille mourait et se transformait en un champignon. C’était la transmutation d’un animal en un végétal !

D’ailleurs il n’y a pas si longtemps que ces idées, absolument inexactes, étaient admises par divers savants. Trécul, par exemple, adversaire de Pasteur, admettait qu’un champignon quelconque pouvait se transformer suivant les circonstances en d’autres espèces de champignons. Je reviendrai plus loin sur cette question du polymorphisme des êtres inférieurs.

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