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L ETUDE DES CRYPTOGAMES

Déjà, en 1822, Nees von Esenbeck avait reconnu nettement les anthérozoïdes de certaines Muscinées (. Sphagnum ) ; en 1828, Bischolf avait décrit ceux des Chara, plantes aquatiques d’eau douce voisines des Algues (fig. 45), mais ces auteurs n’en avaient pas bien compris le rôle. Au contraire, Unger décrivait avec une réelle précision, en 1836, les anthérozoïdes produits par les anthéridies des Mousses et les considérait avec raison comme des éléments mâles doués de mobilité.

C’est peu après que vient se placer une découverte importante. Le célèbre naturaliste allemand

Nægeli examina au microscope cette petite lame (appelée p rot halle), que l’on voit se produire lorsque germe une spore de Fougère (fig. 46) et qu’on avait prise pour un cotylédon.

Il y décela l’existence des anthérozoïdes , Cette lame verte n’était donc pas un cotylédon? Mais s’il y a à ceux des Mousses, des

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Fig. 4.'i. — Figures de BischofT, montrant des anthérozoïdes de Chara ; en A. anthérozoïdes en voie de formation dans les cellules qui les produisent ; en B, anthérozoïdes formés; en C, un anthérozoïde isolé (grossi 250 fois).

des anthérozoïdes analogues

organes

il doit s’y trouver des oosphères, femelles. Nægeli les chercha en vain.

La solution du problème, et par suite la découverte de la sexualité chez les Cryptogames vasculaires, fut trouvée peu après, lorsque parut, en 1848, le travail du comte Lesczyc-Suminsky.

Le botaniste polonais, étudiant avec le plus grand soin les prothalles des Fougères, y décou-

DÉCOUVERTE DES ANTHÉROZOÏDES

vrit des anthéridies et des archégones. Les premiers de ces organes sont situés en grand [nombre à la tace inférieure de la lame verte qui constitue

|ic. 46. — Prolhalle de Fougère, vu par sa face inférieure : ar, orifices des archégones; an, orifices des anthérozoïdes; f~ v,~\nmê végél alive""vérlê ; rh, poils absorbants; s, région où a germé la spore pour donner le prothalle (grossi 10 fois).

le prothalle (an, fig. 46); les seconds se trouvent du même côté, en beaucoup plus petit nombre (ar, fig. 46), près de l’échancrure que présente ordinairement le prothalle.

l’étude des cryptogames

Lesczyc-Suminsky vit que chaque anthéridie est une petite protubérance constituant une singulière boîte dont les parois latérales sont formées par une cellule en forme de tube, ou si l’on veut de rond de serviette, close au sommet par un couvercle bombé en forme de verre de montre, parfois de

Fig. 47. — Archégone d’un prothalle de Fougère, coupé en long :

0, oosphère; c, mucilage qui se trouve dans le col de l'archégone et par lequel un anthérozoïde atteindra l’oosphère pour former î'œuf (grossi 100 fois).

Fig. 48. — Anthéridie d’une Fougère, coupée en long, et s’ouvrant par un couvercle an contact de l’eau : c, anthérozoïdes non encore complètement formés; a anthérozoïdes sortant de l’anthéridie et nageant dans l’eau à l’aide de leurs cils vibratiles (grossi 200 fois).

deux cellules de même forme et superposées (fig. 48). A l’intérieur prennent naissance les anthérozoïdes, lesquels ont une forme spiralée et peuvent se mouvoir dans l’eau à l’aide de nombreux cils vibratiles (a', fig. 48).

Le même auteur découvrit aussi les archégones de ces prothalles; ce sont des bouteilles renversées (fig. 47), plongeant dans le tissu du prothalle. Chacune renferme son oosphère immobile (o, fig. 47), cellule arrondie sans membrane de cellulose.

DÉCOUVERTE DES ANTHEROZOÏDES

Lorsqu’il a plu, le prothalle se trouve baigné dans l’eau. C’est alors que s’ouvrent en dessous les petits couvercles des anthéridies ; des centaines d’anthérozoïdes spiralés nagent de tout côté dans le liquide et il suffit que l’un d’eux rencontre le col d’une bouteille pour qu’il s’y enfonce comme un tire-bouchon afin d’atteindre l’oosphère. Alors la cellule mâle (anthérozoïde), et la cellule femelle (oosphère), se fondent et se combinent en une seule; l’œuf est formé. Cet œuf, en se développant, sera le point de départ de la tige feuillée et enracinée de la Fougère.

A la vérité, le comte Lesczyc-Suminsky n’avait pas aperçu les détails de la formation de l’œuf et s’était trompé sur certaines interprétations; il n’en est pas moins vrai que c’est à lui que revient l’honneur de la découverte de la sexualité chez les Cryptogames vasculaires. L’année d’après, en 1849, cette découverte était déjà généralisée et étendue à d’autres plantes que les Fougères.

C’est vers la même époque que le naturaliste français Gustave Thuret, portant ses études sur les organes de reproduction des Cryptogames, décrivait avec soin les anthérozoïdes et leurs cils vibratiles; il en observa chez plusieurs espèces d’Algues.

Tel était l’état delà science en 1849. Que pouvait-on conclure de ces découvertes? Un fait très important, il est vrai, à savoir que la plupart des plantes Cryptogames se reproduisent comme les animaux.

Mais en dehors de ce fait général, et malgré les études intéressantes de BischolT sur l’évolution de certaines Cryptogames vasculaires ou Muscinées, aucun lien n’apparaissait entre les divers groupes

l’étude des cryptogames

de plantes sans fleurs, et leur ensemble paraissait de plus en plus opposé à l’ensemble des Phanérogames.

Les anthéridies et les archégones se trouvent sur la tige feuillée des Mousses, tandis que la tige feuillée des Fougères ne produit que des spores. Le premier état de développement d’une Fougère (prothalle) forme des anthéridies et des archégones, tandis que le premier état de développement d’une Mousse (protonéma), ne produit pas directement d’organes sexuels et donne directement les tiges feuillées des Mousses sans formation de spores ni d’œufs. Tous ces faits, qui étaient exacts et bien observés, paraissaient encore contradictoires.

En somme, malgré l'importance des progrès réalisés dans cette courte période, comprise entre 1844 et 1849, l’absence de recherches embryogéniques, l’insuffisance des notions acquises sur le développement des Phanérogames, ne permettaient pas de relier ensemble, ni même de comparer utilement les divers groupes du règne végétal.

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