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Exemples de transition

Comme je l’ai dit plus haut, ce sont deux savants japonais, Ikeno et llirase, qui ont découvert, en 1902, l’existence d’anthérozoïdes mobiles par eux-mêmes, à l’aide de cils vibratiles, chez certaines plantes Phanérogames, notamment chez le Cycas. Ces auteurs ont aussi étudié, à ce point de vue, le Ginkgo.

Il est nécessaire de nous arrêter un instant pour examiner le développement de cet arbuste du Japon et de la Chine, qu’on cultive souvent dans nos parcs et nos jardins.

Le Ginkgo est devenu maintenant aussi célèbre dans le Monde végétal que le fameux Amphioxus parmi les animaux.

De même que cette curieuse petite bête marine, qui vit dans le sable de nos plages, se présente comme intermédiaire entre les Invertébrés et les Vertébrés, nous allons voir que le Ginkgo vient nous ouvrir un passage merveilleux qui conduit des Cryptogames aux Plantes à fleurs.

Le sac pollinique d’une étamine de Ginkgo est identiquement constitué comme le microsporange d’une Cryptogame supérieure ; je ne reviens pas

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sur cette homologie évidente. Le nucellc de l’ovule est comparable, comme l’avait déjà fait remarquer Ilofmeister, à un macrosporange. Miss Carothers a démontré, en 1907, que ce macrosporange produit des cellules formées quatre par quatre, dont toutes les tétrades se résorbent sauf une. Dans celle-ci (fig. 108) trois cellules se détruisent, et, en définitive, il ne subsiste qu’une seule cellule, qui est l’unique macrospore ; celle-ci germe sur place

Fig. 108. — Un des groupes de quatre cellules formé' s à l’intérieur du nucelle ou macrosporange de Ginkgo. Tous les autres groupes de quatre cellules disparaissent, et de ces quatre dernières cellules, correspondant à quatre macrospores, il n'en subsistera qu'une seule, celle dont le noyau est indiqué en nt. C'est cette unique macrospore qui formera le prothalle femelle (endosperme; voyez end, fig. 100), ••ans lequel se produiront les archégones (grossi 850 fois) [d’après Miss Carothers].

et produit un tissu peu développé ; dans ce tissu s’organisent de petites bouteilles ou archégones, renfermant chacune une oosphère. Tout se passe donc, dans l’ovule de Ginkgo. comme chez une macrospore de Cryptogame qui vient de germer : il n’y a qu’une macrospore produite et elle germe immédiatement. D'ailleurs, certaines Cryptogames, comme la Pilulaire, petite plante à tiges rampantes qu’on trouve dans les fossés humides, présentent sensiblement les mêmes caractères. En effet, un macrosporaDge de Pilulaire ne produit

en définitive qu’une seule macrospore, et celle-ci germe dans une gelée qui est encore presque entièrement renfermée dans les replis de la feuille produisant les macrosporanges.

Ceci étant posé, examinons ce que devient la

Fig. 109. — Coupe en long d’un ovule de Ginkgo, avant la formation de l’œuf. Les grains de pollen p (microspores) sont venus par le micropyle m dans une cavité cp formée dans le nueelle de l’ovule ; les bords A B de cette cavité vont se replier et il s’y produira un liquide sucré (fe, fig. 111) : tg, tégument de l’ovule ; nue, nucelle ou macrosporange ; end, endosperme ou prothalle femelle, formé par la macrospore, et restant adhérent au macrosporange ; corp, corpuscules ou archégones; o, oosphère; fc, sommet de la feuille qui porte les ovules (grossi 60 fois).

microspore (ou grain de pollen, puisque c’est tout un) dans le Ginkgo et dans la Pilulaire.

Chez le Ginkgo, arbre dioïque, la microspore est portée par le vent depuis un arbre à étamines jusqu’à un arbre à ovules, et elle vient se fixer (enp, fig. 109) sur le nucelle de l’ovule (ou aux parois du macrosporange, puisque c’est tout un) en s’y accrochant par quelques prolongements en forme de crampons.

Bientôt, la cavité cp , formée par déchirure dans la paroi du macrosporange, rabat ses bords A, B, devient close, et il s’exsude dans cette cavité un li-

quide sucré(/s,fig.liO).

La microspore se gonfle alors dans ce liquide, ne produit pas de tube pollinique , s’ouvre et met en liberté des anthérozoïdes , munis d’une spirale de cils vibratiles (fig. 113), qui tourbillonnent, comme

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des infusoires, dans la cavité pleine de liquide creusée dans le macrosporange (a', a'

, % no);

ouvertures

cette cavité est située au-dessus des des archégones, c’est-à-dire en contact avec l’extrémité des cols de ces petites bouteilles renfermant les oosphères. Il suffît qu’un anthérozoïde arrive près de l’ouverture d’un archégone, pénètre dans le col et vienne se combiner avec l’oosphère (o, fig. 110) pour que soit formé l’œuf, point de départ d’une plante nouvelle.

On voit que la formation de l’œuf s’effectue exactement de la même manière que chez les Cryptogames.

Chez le Ginkgo, il n’y a pas de tube pollinique, et la microspore donne naissance à des anthérozoïdes mobiles par eux-mêmes.

Dans la Pilulaire passe de môme. Il

Fig. 110. — Formation de l'œuf chez le Ginkgo : nue, nucelle, rabattu sur la cavité qui s'est remplie de liquide sucré Is ; p, grain de pollen d'où sortent les anthérozoïdes a" a' qui nagent dans le liquide. L'un d’eux va se conjuguer avec l’oosphère o;no, noyau de l’oosphère ; corp, corpuscule; end, endosperme.

(plante Cryptogame), tout se n’y a entre les deux plantes qu’une différence insignifiante : c’est que la microspore de la Pilulaire n’est pas transportée sur les parois mêmes du macrosporange. Chez cette plante, les microsporanges sont tout à côté des

macrosporanges, et les microspores et macrospores germent à la maturité dans une gelée liquide (#, en 2, fîg. 111) encore renfermée dans les replis de la plante mère. La microspore germant à proximité de la macrospore émet des anthérozoïdes mobiles (a, en 2, lig. lit) qui tourbil-

nUC

Fig. 111 et 111. — Comparaison schématique de la formation de l’œuf chez le Ginkgo, Phanérogame (en 1) et chez la Pilulaire, Cryptogame (en 2) : nue, parois du macrosporange; end = pef, prolhalle femelle; o, oosphère; f.t = g , liquide dans lequel peuvent nager les anthérozoïdes a : gp = sm, microspore ayant germé, et d’où s’échappent les anthérozoïdes.

lonnent dans cette gelée liquide, comme se meuvent ceux du Ginkgo dans le liquide sucré; l’un d’eux pénètre dans le col d'un archégone, formé par le macrosporange et va y former l’œuf, en se combinant avec l'oosphère (o, en 2, fig. 111) qui se trouve au fond de la petite bouteille.

Mais, il y a plus. Une autre naturaliste américaine, Miss Florence Lyon, a trouvé que chez certaines Sélaginelles des montagnes d’Amérique, la

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macrospore peut ne pas être mise en liberté ; elle reste dans le macrosporange qui s’entr’ouvre simplement, et le prothalle femelle se développe à l'intérieur même du macrosporange (pfi %• 114), comme le sac embryonnaire (ou prothalle femelle) du Ginkgo (end, fig. 109) se développe à 1 intérieur môme du nucelle (ou macrosporange).

Chez ces espèces, les microspores mises en liberté sont disséminées, et il sultit, que l'une d’elles. ,?•//, arrive

Fjg.I 13.— Un anthérozoïde de Ginkgo (grossi 300 fo s).

Fig. 114. — Cas paiticulier de la formation .le l'œuf chez le Selaqmelta rupeslns : SM, macrosporange ; sM, macrospore ; «m, mi rospores accolées au macrosporange; A, amhéridie d'une microspore germée ; a, anthéro-

I (grossi' £ fois)éfer°ne : Vf' Pr0lhalle feme"e: l' ligC ; A feuille ^Porifère

près de la fente du macrosporange SM, et y germe dans l’air humide, pour que l’œuf soit formé. Il y a même ceci de curieux qu’une sorte de courant s’organise entre la microspore germant et les archégones O de la macrospore la plus voisine de l’ouverture du macrosporange, dans la substance gélifiée qui se trouve à la surface des tissus. Les anthérozoïdes (a, fig. 114) sortant de l’anthéridie de la microspore sont entraînés par ce courant, et l’un d’eux pénétrant dans un archégone, l’œuf est formé.

L’œuf va se développer en embryon greffé sur le prothalle femelle qui est encore enfermé dans le macrosporange, et par suite, au début, l’embryon

jeune sera lui-même encore entouré par la paroi du macrosporange, comme l'embryon des Phanérogames reste d’abord enfermé dans le nucelle.

A quelques détails près, tout se passe chez cette Sélaginelle (Cryptogame) comme chez le Ginkgo (Phanérogame).

Miss Lyon a même examiné des sommets sporifères de Sélaginelles, couchées dans la boue humide par le mauvais temps, et d’où l’on voyait sortir tous les jeunes embryons de Sélaginelles avec leur première racine, leur première tige et leurs premières feuilles (fig. 115); cela rappelle tout à fait le blé mûr versé, dont les

Fig. 115. — Sommité de Selaginella rupesiris portant des embryons dont le développement s’est produit dans l’intérieur des maerosporanges (d’après Miss Lyon) [grossi 3 fois].

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grains germent sur le sol plein d’eau, retenus encore dans l’épi.

Nous avons vu, en étudiant l'histoire de la fleur, que ces recherches ont été complétées par celles du savant russe Nawaschine, qui a découvert que lorsque les Phanérogames produisent un tube pollinique, c’est simplement pour conduire jusqu’au voisinage de Poosphère des anthérozoïdes formés par une anthéridie rudimentaire qui est elle-mcme issue du grain de pollen (ou microspore).

Reste à examiner l’autre différence entre les Cryptogames et les Phanérogames : les premiers n’ont pas de graines, les seconds ont des graines. Tout d’abord, au point de vue de la morphologie du développement, cette différence n’existe pas; car, que la jeune plantule passe ou non par un état de vie ralentie au milieu de son développement, c’est là un caractère purement physiologique. Cependant, admettons qu’on attache une grande importance à ce caractère, bien qu’il ne change en rien l’évolution de chaque plante. Alors, il suffit de citer des exemples de Cryptogames, chez lesquels l’œuf ou l’embryon se détache avec une partie de la plante mère pour passer à l’état de vie latente avant de germer. C'est ce qui se produit chez les Charaignes, Cryptogames voisins des Algues et qui croissent dans les mares: l’œuf de Charaigne, entouré d’un certain nombre de cellules protectrices provenant de la plante mère, forme une sorte de graine qui se détache, passe à l’état de vie latente, et germera au loin lorsqu’elle trouvera des conditions favorables. Plusieurs espèces d’Algues présentent des

caractères analogues, l’œuf se détachant avec une partie de la plante mère.

Réciproquement, on peut citer des Phanérogames qui n’ont pas de graine, au point de vue physiologique actuellement en question. Lorsque l’œuf est formé dans l’ovule des Mangliers. par exemple, il se développe en embryon, et l’embryon ne passe pas par l’état de vie ralentie ; il continue à se développer en jeune plante sur le fruit même que portaient les ovules, et la plante déjà évoluée tombe simplement dans la vase humide, où elle achève son évolution, sans cesser un instant d’être à l’état de vie active.

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